SAISIES AU DOMICILE DE PACHE
ROLAND à PACHE (2)
Paris, le 50 Octobre i'/92, Van I*^^ de la Bepiihlicjne Française.
Je suis informé, mon cher collègue, qu'il existe encore dans Paris, une fermentation sourde que des malveillants entretiennent dans l'esprit du peuple, et je sais que, si elle éclatait, il résulterait nécessairement des troubles qui exposeraient la tranquilité publique. Les circonstances actuelles semblent donc exiger des mesures de prévoyance que je crois très instant de prendre pour le maintien de la paix dont nous jouissons heureusement depuis quelque temps, et pour empêcher que de nouveaux désordres ne se manifestent, j'aurais pu m'adresser directement au commandant général de la force armée, pour invoquer sa surveillance à cet égard, mais le peu de succès qu'ont eu
(i) Le chiffre arabe correspond à la cote du procès-verbal de saisie.
(2) Pache devenu Tadversaire des Girondins inspirait une grande terreur à Roland : « Je ne mourrai que de la main de Pache, depuis qu'il se met à la tète des factieux de Paris ». Discours de Danton. André Fribourg, p. ^tJ. Déclaration de guerre aux Girondins, i" avril 1793.
jusqu'à présent les diverses réquisitions que j'ai été souvent dans le cas de lui faire, me détermine, mon cher collègue, à avoir recours directement à vous. Vous savez qu'une loi particulière vous a donné la faculté d'employer immédiatement la force armée de la capitale dans des cas particuliers^ et je pense que vous pourriez faire un usage utile de cette faculté, soit en prenant quelques précautions pour connaître l'esprit des corps militaires que renferme actuellement la capitale, soit par d'autres moyens sur lesquels je ne puis que m'en rapporter à votre prudence. J'ai lieu de croire que votre zèle et votre amour pour la tranquillité publique vous porteront à prendre en considération l'avis que je crois devoir vous donner.
Le Ministre de l'Intérieur : Roland.
Post scriptum, de la main de Roland :
J'ajouterai, mon cher collègue, que je n'ai pu jusqu'à présent, obtenir aucune garde pour les magasins publics des subsistances de Paris ; que ceux même qui étaient dans l'usage d'en avoir, n'en ont plus; enfin, qu'une partie des comestibles destinés pour l'approvisionnement de Paris, a été pillée par le peuple avant-hier, sur le pont de la Tournelle et que l'on a forcé à vendre une autre partie de grains et fourrages à un tiers au dessous de leur valeur ; le tout faute d'une force suffisante pour réprimer de pareils excès.
Il [3]
J'ai craint, prévu et prédit ce que vous allez lire, mon cher collègue; je n'y ajouterai autre chose que les malheurs ne paroviennent pas tant de la déviation des principes, dont le public peut s^apercevoir et avertir à temps, que du retard ou défaut d'à-
propos. Quoi qu'il en soit, renvoyez moi, je vous prie cette lettre singulière mais bien de la circonstance et de l'homme. Salut.
Roland.
Le 30 octobre.