AUX CITOYENS DES 85 DÉPARTEMENTS
Il me revient que Ton répand, dans les départements, les mensonges les plus absurdes, concernant ce qui s'est passé ici le 31 mai et les deux jours suivants.
On écrit que Paris était en contre-révolution qu'on y a massacré et pillé ; que des grilles à boulets rouges étaient à la place de la Révolution; qu'on a abattu l'arbre de la liberté et le drapeau tricolore dans celle des Piques, pour y arborer le drapeau blanc.
Je vous affirme que Paris n'a été ni en contre-révolution, ni même en tumulte ; qu'il n'y a pas eu une goutte de sang répandu, pas un carreau de vitre cassé, qu'il n'y a pas eu de grilles à boulets rouges dans une place où ils eussent été d'ailleurs fort inutiles; et qu'enfin le drapeau blanc n'a pas paru.
Chers citoyens, méfiez-vous non seulement de ces nouvelles, mais encore de ceux qui les donnent.
Tout homme qui a habité Paris durant ces trois jours, ne peut ignorer que jamais le peuple ne s'est montré plus grand et surtout plus calme; et celui qui, connaissant cet état de choses, annonce sciemment le contraire, est non seulement un homme vicieux, en morale un /iu'iitcii/% mais encore un homme vicieux en politique, un agitateur qui veut maintenir la discorde pour établir le fédéralisme ou le royalisme, un coutrc-rcvoliitioiinairc .
XX [20] VILATE à Xavier AUDOUIN (i) Tarbes, 2 avril l'an 2 de la Rép. (2 avril i/Çj).
Ne sois pas surpris, Xavier Audouin de ne pas avoir pris congé de toi avant mon départ de Paris. L'un des députés commissaires pour les départements des Hautes et Basses-Pyrénées, Ysabeau (2) m'a appris ma nomination tout au plus deux heures avant de monter en voiture. Malgré les écrits de Roland et de la faction impie, le peuple nous a paru partout excellent. Les sociétés populaires, ou s'est signalé de la manière la plus méritoire le citoyen Ysabeau, loin d'ajouter foi aux calomnies atroces lancées contre les vrais défenseurs de la République, vouent à l'exécration tous les associés au parti prétendu organisateur existant dans et hors la Convention.
Le département des Hautes-Pyrénées, le plus éloigné du grand théâtre de la Révolution, ne sera pas le dernier à embras. ser les principes de la société républicaine de Paris. Les admi-
(i) Vilal-' JoachiQi, né en 1768 à Ahun, dans la Creuse, professeur de seconde au collège de Limoges en 1791, se rend en 1792 à Paris, pour suivre des cours de médecine. Paraît aux Jacobins et dans les assemblées générâtes. Se lie avec Ysabeau, député à la Convention, qui se l'attache comme secrétaire.
A son retour de mission, juré du Tribunal révolutionnaire. Guillotiné à 26 ans, le 18 floréal an 11(7 "lai 1794)-
Cf. Aphonse Dunoyer. Deux jurés du Tribunal révolutionnaire : Vilate, le petit maître, Trinchard, l'homme de la nature. Paris, Perrin. 1909, in-8.
(2) Claude-Alexandre Ysabeau, né à Gien, le 14 juillet 1754, prêtre de l'Oratoire, curé de Saint-Martin de Tours, député d'Indre-et-Loire à la Convention, membre du conseil des anciens employés des postes à Paris sous l'Empire, proscrit en 1816, mort à Paris, le 30 mars 1831. (Aulard : Rec. des actes du Comité de saint public, tome III, p. 215.) En mission avec Neveu dans les Hautes et les Basses-Pyrénées. (Ibid , tome II, 303-313.)
nistrateurs sont entachés de feuillantisme et de fédéralisme. Les fourberies brissotines ont ici circules. La société de Tarbes avait rompu avec celle de Paris. Nous l'avons fait revenir de son égarement. Elle a renoué sa correspondance : grâces en soient rendues à l'éloquence mâle et vigoureuse du citoyen Ysabeau. Nous avons dévoilé des complots aristocratiques. Si les malveillants sont en nombre, les patriotes sont fermes, ils surveillent. On fait répandre ici des bruits faux pour intimider. Tantôt l'Espagnol a envahi notre territoire, tantôt des scènes sanglantes souillent certaines contrées : de vigoureux arrêtés ont été pris par le citoyen Ysabeau, notre cher confrère, pour réduire au néant toutes ces ces machinations infernales. Je regrette de n'avoir pas plus de temps, adieu. Nous triompherons de tous nos ennemis.
Semproxius-Gracchus Vilate, Apôtre et missionnaire de la liberté et de l'égalité Secrétaire de la Commission (i)
Donne-moi quelques détails sur la situation de Paris ; si j'avais été dans cette ville, j'ose me flatter qu'on aurait fait une toute autre nomination de ministres. Avant d'arriver à Paris, j'espère bien t'envoyer mes lettres à l'adresse du ministre de l'Intérieur. J'écris tous les jours à nos amis.
(i) Les mots « Secrétaire de la Commission » ont été rayés par Vilate.