‹ Le procès Pache (extraits du dossier)Chapitre 51 sur 66 · PACHE AUX SIX DISTRICTS DU DÉPARTEMENT DV CALVADOS · texte numérisé non relu

PACHE AUX SIX DISTRICTS DU DÉPARTEMENT DV CALVADOS

Paris iS Juin ijp'^, l'an 2'' de la République

Frères et amis, Nous ne pouvons pas croire au bruit que l'on a répandu ici, qu'un arrêté du département du Calvados défendait de laisser passer aucun des approvisionnements destinés pour Paris ; ce crime est trop honteux, trop infamant, il blesse trop les droits de la société pour que nous y ajoutions foi, il assimilerait les auteurs de cet arrêté aux brigands qui brûlent et ravagent les moissons, pour faire périr par la famine ceux qu'ils n'ont pu faire périr par le fer. Les liens de commerce qui unissent, enrichissent, alimentent mutuellement toutes les parties de la république seraientils rompus par vous? Cet exemple s'il était suivi par quelques départements, vous perdait vous, nous, et toute la France, ce système destructeur de tout principe, liberticide, monstrueux ne pourrait être enfanté que par des hommes qui voudraient nous replonger dans le chaos de la barbarie, de l'anarchie et faire sortir du milieu de nos divisions, de nos guerres intestines un despotisme bien affreux, bien sanglant, devancé par la famine et les assassinats. Que les passions, la fureur, les haines nées de l'ambition ne vous arment pas les uns contre les autres ; éclaironsnous mutuellement, mais ne nous égorgeons pas, que ceux surtout qui veulent la liberté ne tiennent ni le langage, ni la conduite des despotes qui nous cernent, et des rebelles de la Vendée, qui marchent à travers des ruines et des débris. Il serait affreux, il serait incompréhensible pour la postérité, que les Cobourg, les Brunswick et tous les mangeurs d'hommes de l'Europe voulussent renverser de fond en comble la ville de

Paris qui a tant fait de sacrifices pour la liberté, en même temps que des Français, des républicains voudraient l'affamer.

J'attends, frères et amis, avec l'impatience de l'amitié et de la fraternité votre désaveu formel d'un tel projet qui n'existe, sans doute, que dans la pensée et dans les propos des contrerévolutionnaires. Paris a été trop longtemps victime de la calomnie, pour que ses magistrats ne se hâtent pas de détruire celles qu'on pourrait répandre contre les autres départements à la défense desquels ils seront toujours prêts à voler ainsi qu'ils l'ont prouvé plusieurs fois.

Vive l'unité, l'indivisibilité de la République !

Le Maire de Paris (i).

Page 1