A BAS LES CHEFS
a jeté une voix. 11 semble que l'on s'égorge. On échange des regards de défi. Les lèvres tremblent. Les poings se crispent... Dans un coin, des généraux regardent, les yeux pleins de larmes. Et M. Zola, debout au milieu de ses amis, ricane toujours.
Dehors, sur les marches de l'escalier, je vois Me Loblois. Il est livide et s'esquive. J'aspire délicieusement, après tant d'heures fiévreuses, la fraîcheur apaisante du crépuscule. Je voudrais m'en aller par les rues en flânant, mais ce cri troublerait ma rêverie qui s'élève de partout :
— A bas Zola !
De quelque côté que Ton se dirige, il éclate furieux, strident, colossal comme un légitime cri de malédiction :
— A bas Zola!
11 est dans la bouche de tous ceux qui passent :
du pioupiou qui rentre à la caserne, de remployé qui fuit son bureau, du bourgeois qui regagne sa maison. 0 douleur! la solidarité nationale trouve aujourd'hui son expression dans un cri de haine, puissant, sacré presque, et que rien n'étouffera : — A bas Zola !