‹ Le Produit Net des Physiocrates et la Plus-Value de Karl MarxChapitre 15 sur 16 · VALEUR |, PRIX | PRIX | TAUX |DIFFÉRENCE · texte numérisé non relu

VALEUR |, PRIX | PRIX | TAUX |DIFFÉRENCE

2 . de revient 1 î 3 CAPITAUX EU | e u |entrele prix

DES MARCHANDISES | Vente Profit etla valeur

. 10c.+30 v. 103 | 2204, RODCEEAON ( 29 0/ 2900 LOVE > 118182210/0 PROD ADIVE 2 1 31 | 220)

Dans le tableau I, nous voyons des plus-values, et par suite des taux de profit qui diffèrent suivant les grandeurs de c et de v: ce sont les conséquences logiques de l'Economie Idéale de Marx. Dans le tableau Il, nous voyons au contraire un taux de profit égal, pour des capitaux égaux. «Les marchandises seront donc vendues à 2 + 7 + 17 — 26 au-dessus et à 8 + 18 — 26 audessous de leur valeur, c’est-à-dire qu'il y aura compensation des différences qui affectent les prix par suite de la répartition uniforme de la plus-value et de l’addition à chaque capital de 100 d'un même profit (le profit moyen) de 22... Le coût de production, s'obtient en ajoutant au prix de revient dans une sphère de production donnée la moyenne des taux de profit dans les diffé-

rentes sphères de production » (1).

(1) Le Capital, Ii, pp. 1638 et 164.

Ainsi donc, alors que dans le premier volume, Marx sSupposait que les marchandises sont vendues à leur valeur et qu’il bâtissait sur cette hypothèse toute une série de raisonnements, il doit, dans le troisième, l’abandonner complètement, lorsqu'il veut confronter sa théorie avec les faits. Dans le troisième volume, le prix s’écarte de la Valeur, et la plus-value n’est plus en rapport avec le capital variable : il y a des dislocations dans le système. La théorie de la valeur ne peut plus expliquer la théorie des prix, ni celle de la plus-value L’ouvrier peut maintenant vendre sa force de travail à sa valeur d'usage et la plus-value tombera à zéro. Marx est alors forcé de substituer à sa théorie de la valeur, celle du coût de production. (Produktionskostentheorie). Le prix de revient (Kostpreis) d’une marchandise est égal à la valeur du capital coustant qu'elle contient, plus la valeur du capital variable qui y est incorporé et le grix de production est égal au prix de revient plus le taux de profit moyen. Cette théorie du coût de production est un recul en arrière et il faut dire avec Sombart: « .. Si j'arrive fatalement au coût de production pour expliquer le profit : à quoi bon tout le lourd apparat de la théorie de la valeur et de la plus-value » (1)?

Mais si l'hypothèse que la valeur des marchandises

coïncide avec leur prix, si la loi que le profit ne dépend

(1) Sombart, « Zur Kritik des 6konomischen Systems von Karl Marx, » p. 2.

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plus du capital variable ne sont plus vraies, au point de vue individuel, elles restent justes si l’on considère la masse totale des marchandises, des prix, des plus-values. Marx abandonne ainsi le point de vue ?ndividuel pour le point de vue social, et ce changement est fort important à noter. Tel ou tel industriel ne touche pas la plus-value qu'il devait régulièrement toucher d'après la grandeur de son capital variable : il touche le profit moyen proportionné à son capital total. « Chaque capitaliste ne reçoit pas exactement la quantité de la plus-value et de profit produite par la branche d'industrie à laquelle il appartient ; la quantité qui lui tombe en partage est proportionnelle à sa participation au capital total de la société et à l’ensemble de la plusvalue et du profit créés par ce capital. Le profit qu’il touche pour 190 de capital avancé (quelle que soit la composition de celui-ci) est le même, qu'il soit calculé pour une année ou toute autre durée, que celui qui échoit à 100 de capital total pendant la même période. Les capitalistes sont donc dans la situation d'actionnaires d’une société distribuant tel bénéfice pour cent et leur situation, quant au profit, ne diffère de l’un à l’autre que d’après l’importance de leur participation à l’ensemble des entreprises de la société, d’après le capital qu'ils y ont engagé, d'après les actions qu'ils ont

prises (1).» Et voilà qu'ainsi la composition organique

(1) Le Capital, Ulr, p. 165.

du capital de tel individu, qui avait une si grande importance dans le premier livre, n’en a plus dans le troisième. De la sorte, pour faire cadrer ses théories avec les faits, pour boucher /es voies d'eau, comme dit Vilfredo Pareto, Marx doit reculer au dernier plan ses théories premières, en faire des théories idéales douées de forces attractives, mais bien éloignées de la réalité. Marx n’a pas dénoué le nœud du problème, il l'a éranché (1).

Cette brève exposition de l’'Enigme, contient de notre part une partie critique qui était indispensable. Il nous fallait dire si oui ou non lelivre Ill contredisait le livre I, pour continuer notre exposé. Si, parexemple, nous avions cru que la théorie pure de la plus-value existait encore dans le livre Ill, il n’y aurait pas eu lieu de faire quelques nouveaux rapprochements avec le produit net : ce que nous allons au contraire essayer.

Le fait capital à noter dans l'explication marxienne est que la plus-value (ou le profit) individuelle ne dépend plus seulement du capitel variable, mais de tout le capital. En ceci, Marx se rapproche de Quesnay. Nous avons vu en effet — nous le rappelons seulement ici — que le produit net dépend du capital total, des avances en général. De plus, la théorie du coût de production à laquelle

finalement aboutit Marx, n’est autre que le prix nécessaire

(4) V. Sombart, op. cit. p. 572.

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des Physiocrates(1) d’après Marx (2), ce prix de production étant égal au capital variable employé, plus le capital constant utilisé, plus le profit moyen. Mais peut-être pourrait-on nous opposer que la masse de plus-value est toujours du travail non payé, et qu'il importe peu que les capitalistes se partagent cette masse proportionnellement à leur part de capital variable, ou à leur capital total. Nous pourrions répondre tout d’abord que la marchandise force de travail pouvant se vendre au-dessus de sa valeur, la théorie de la plus-value — travail non payé — s'écroule.En second lieu, il existe, à notre sens, dans le livre II, nombre de passages où l’on assiste à la création

d’une plus-value qui n’est pas due à l’ouvrier.

Autres faits infirmant la théorie première de la Plus-Value

Les différentes considérations qui viennent fausser la

théorie première de la plus-value, sont éparses dans le

(4) Le Capital, Ui, p. 212 : Nous avons donné le nom de coût de production à ce qui est appelé « natural price » par A. Smith, « price of production » ou « coast of production » par Ricardo et « prix nécessaire » par les Physiocrates. »

(2) Nous disons d’après Marx, car il n’y a pas identité entre le coût de production (Produktionspreis) et le prix nécessaire. Pour Marx, le coût de production = prix de revient (Kostpreis) + taux de profit moyen Dans le prix nécessaire, les Physiocrates ne font pas rentrer une somme pour le taux de profit moyen, donc, il serait plus juste de rapprocher le prix nécessaire du prix de revient de Marx.

troisième volume. Elles peuvent donner lieu au classement suivant : nous examinerons d’abord celles ayant trait à la production, puis celles concernant la cireulation.

A.— Production. — C’est d’abord le temps de rotation du capital qui fait échec à la loi de Marx : plus la rotation est rapide, en un an, par exemple, plus la masse de plusvalue réalisée sera grande. L’ouvrier la plupart du temps n’est pas responsable de cette vitesse de rotation. Voilà donc une plus-value ou une surplus-value dont il n’est pas cause. Cette influence du temps de rotation est déjà signalée dans le livre Il; on y voit qu’un industriel qui dispose d’un capital de 500 I. st., peut lui faire rapporter, le degré d'exploitation étant le même, une plus-value annuelle aussi forte qu’un industriel qui dispose d’un capital de 5 (00 I. st. : il suffit de supposer que le premier industriel fait accomplir à son capital dix rotations par an et le second une seulement. Le taux annuel de la plusvalue ne dépend donc plus seulement du capital variable, mais aussi du temps de rotation de ce capital (1). Ce temps

de rotation du capital s’il est important pour la plus-

(1) V. à ce sujet : Liebknecht : Zur Geschichle der Wertheorie in England, Fischer, 1902, p. 79 : « Un second trouble important de la loi de la valeur tient à la différence des périodes de circulation du capital variable. Le même capital variable peut évidemment, dans un temps donné, s’imbiber de quantités très différentes de surtravail.… De là, vient la différence entre le taux de la plus-value et le taux annuel de la plus-value. »

value, l’est aussi pour le produit net : il est évident que le taux annuel du produit net sera plus grand si l’on peut faire deux récoltes par an.

Marx insiste également sur ce fait que les économies dans l’application du capital constant, peuvent être une source de profit, donc de plus-value. Si un industriel trouve le moyen,par un procédé quelconque,d'économiser par an æ sacs de charbon sur le chauffage nécessaire à ses moteurs, ces æ sacs seront bien un excédent disponible pour l’année suivante, une plus-value qui ne sera pas du travailnon payé. Ces économies nous sontaussi signalées par Quesnay, quiles croit possibles surtoutdans la grande culture, mais alors un tel produit net, n’est pas à vrai dire du produit net : il n’est pas un don de la nature.

Il est un point spécial sur lequel il y a accord entre Quesnay et Marx. Marx reconnaît, en effet, au patron, un certain rôle. Il cite des cas où le patron crée de la plusvalue. Quesnay, nous l’avons déjà indiqué, lui aussi, déclare qu’un fermier intelligent peut augmenter le produit net. Dans le troisième livre, la machine devient elle aussi productive de plus-value, Marx nous donne l’exemple de charrues spéciales (1) qui permettent d'obtenir un meilleur rendement ; Quesnay lui aussi est du même avis. Mais ce fait que la charrue est source de plus-value et de produit net, renverse les théories de la plus-value et du

produit net. Le rôle de la nature et celui de l’ouvrier sont

(4) V. Le Capital, lu, p. 233.

éclipsés parle rôle de l'inventeur, qui doit être, à notre avis, placé en pleine lumière. L’inventeur qui permet d’abord la production d’un excédent disponible qui profite seulement à certains, puis dont bénéficie toute la société.

- Nous insistons sur cette différence entre l'excédent disponible endividuel et l'excédent disponible social. Si un industriel découvre une machine perfectionnée, il jouira un certain temps d’un excédent disponible individuel, puis lorsque sa machine sera employée par tous les industriels, l'excédent disponible profitera à tous : ainsi en estil de l'emploi de la vapeur ou de l'électricité qui engendre un excédent disponible social (1).

B.— Circulation. — Une autre cause qui influe sur la plus-value, et dont Marx tient compte dans le livre III, c’est le mouvement de l'offre et de la demande. Il reconnaît ainsi qu’une forte demande peut tout à coup augmenter, dans de grandes proportions, le profit de tei ou tel industriel, bien que cet industriel ne soumette pas pourtant ses ouvriers à une exploitation plus intense que ses voisins. Mais il s’agit alors non d’une question de production de plus-value, mais simplement de répartition : certains industriels vont se trouver momentanément dans

une situation de monopole, et ils en profiteront pour

(1) Cf. la différence que fait, avec justesse, M. Gide, à propos du coùt de production social. Gide : Principes d'Economie politique, 9e éd., Paris, 1905, p. 144.

s'approprier une part plus forte de l'excédent disponible existant déjà. Marx insiste à plusieurs reprises sur l'importance de cette loi de l’offre et de la demande, sur l'adaptation de la production au besoin social; si l’on produit au delà de ce besoin, il y aura gaspillage d’une certaine somme de travail social. Quesnay lui aussi est préoccupé par ce phénomène, il souhaite qu'on ne produise pas trop de blé, car le bon prix s’en ressentirait. Nous croyons donc à ce sujet, c’est-à-dire au point de vue de la réalisation en argent de l’excédent disponible, que nos deux auteurs émettent des idées analogues. En effet, ce n’est pas tout que d’avoir un excédent en sacs de blé ou en produits fabriqués : encore faut-il trouver des consommateurs. Aussi Quesnay demande-t-il une large consommation pour rendre possible le bon prix et Marx, pour éviter les crises. Mais pour le produit net et pour la plusvalue, l’importante question de la réalisation, attachée à celle de la consommation, ne dépend plus de l’essence des deux théories : du travail non payé, du don de la nature.

Enfin Marx qui, jusqu'ici, avait tout à fait négligé le rôle de la concurrence, consent à en tenir compte. C’est elle qui contribue à la formation du taux de profit moyen. Les Physiocrates eux aussi ont considéré le jeu de la con-currence qui doit résulter de la liberté. Mais Marx et Quesnay n’ont pas envisagé le phénomène sous toutes ses faces. Quesnay est partisan d’une grande liberté ca-

pable de permettre à la concurrence de jouer librement,

afin que le produit net soit vendu à un on prix. Mais cette concurrence dont Quesnay voit bien les effets dans l’industrie, s’exercera aussi entre les laboureurs et il est à prévoir que peu à peu ce seront les consommateurs qui profiteront du produit net. Le produit net qui ira ainsi aux consommateurs n’en aura pas moins élé créé, mais au lieu de se répartir entre propriétaires fonciers, il se répartira entre tous. La concurrence peut influencer la répartition de la plus-value d’une façon analogue. Si un industriel vole 6 heures à ses ouvriers, il peut, pour augmenter ses ventes, faire profiter les consommateurs d’nne heure de travail volé et en garder seulement cinq pour lui, un autre se contentera de quatre, etc. . Ainsi peu à peu /a plus-value individuelle deviendra une plus-value sociale. Marx considère la masse totale de la plus-value comme se répartissant entre tous les capitalistes, il faut aller plus loin et dire que les consommateurs en ont eux-mêmes leur part. Mais industriels et laboureurs garderont toujours une part de plus-value suffisante pour qu'ils puissent toucher l'intérêt de leur capital et le profit d'entreprise qui les indemnisera des risques courus par eux. Ainsi la pleine concurrence doit réduirele produit net et la plus-value individuels à son minimum, mais au point de vue social ils n’en existent pas moins l’un et l’autre. Il faut, en effet, ne pas perdre de vue la distinction essentielle entre la création de l’excédent disponible et sa répartition.

En résumé nous voyons que la plus-value seconde ma-

nière, se rapproche sur certains points du produit net ; mais que, sur la plupart de ces points, les rapprochements ne sont possibles que si l’on juxtapose ensemble la plus-value déformée et un certain produit net déformé lui-aussi, en insistant sur certains faits que les Physiocrates avaient sigrialés, mais dont ils n’avaient pas tiré toutes les conséquences, comme par exemple, à propos du rôle joué par les machines.

Dans les deux théories ainsi présentées le rôle de la nature et le rôle de l’ouvrier se trouvent singulièrement

réduits.

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