‹ Le Produit Net des Physiocrates et la Plus-Value de Karl MarxChapitre 2 sur 16 · LA DOCTRINE DE QUESNAY ET LE XVII° SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE DE QUESNAY ET LE XVII° SIÈCLE

élégants, causent d'amour en des termes subtils ; scènes mièvres, froides et sans vie que l’on voudrait rapprocher de la peinture vigoureuse du paysan de La Bruyère pour en montrer toute l’irréalité et qui contrastent étrangement avec les larges tableaux de la nature quise rencontrent chez Rousseau. Mais cette passion des beryerties a pourtant un résultat pratique, elle attire les regards vers l’agriculture qui devient l’objet de mille attentions. « La nation, a dit Voltaire, rassasiée de vers, de tragédies, de comédies, de romans, d’opéras, d'histoires romanesques et de réflexions morales plus romanesques encore, s’aperçut un beau jour qu’on pouvait raisonner sur les blés. (1).» Le Dauphin manie la charrue avec adresse, et, en voyant son cocher prêt à lancer son carrosse à travers un champ de blé pour rattraper la chasse, il lui donne l’ordre d'arrêter et s’écrie : « Ce blé ne nous appartient pas, il ne nous est pas permis de le fouler (2). »

Culte de la raison et culte de la nature ont imprégné fortement l’œuvre physiocratique. Comment en eut-il été autrement? L'inventeur du système est le sympathique Quesnay,médecin de la Pompadour, qui vit à Versailles au milieu des courtisans et des dames sensibles, et qui, le

soir, s’entretient avec Turgot, d’Alembert, Marmontel,

(1) Citation faite par M. Pigeonneau dans son Introduction à l'Administration de l'Agriculture, Paris, Guillaumin, 1882, p. 2.

(2) V. OŒuvres de Quesnay, Ed. Oncken. Paris, Peelmann, 1888, p. 694.

Buffon, Helvétius et enfin Diderot (1), Diderot matéria-

liste et adorateur de la nature.

Quesnay (2) débuta par l'étude des sciences naturelles et de la biologie, de là son esprit scientifique et la concision de ses travaux économiques. À ce sujet Oncken dit avec raison: « Il n’est pas indifférent qu'il ait été un médecin qui le premier construisit un système, établi

d'après la méthode des sciences naturelles, pour la

(1) M. Faguet cite ce passage caractéristique de Diderot :

« Il m’entendit et me répondit d’une voix altérée :

« Il est vrai. C’est ici qu'on voit la nature. Voici le séjour sacré de Penthousiasme. Un homme a:t-il reçu du génie. il quitte la ville et ses habitants. Il aime selon l'attrait de son cœur, à mèler ses pleurs au cristal d’une fontaine, à porter des fleurs sur un tombeau ; à fouler d'un pied léger l’herbe tendre de la prairie ; à traverser à pas lents des campagnes fertiles ; à contempler les travaux des hommes ; à fuir au fond des. forèts. I! aime leur horreur sacrée... Qui est-ce qui s’écoute dans le silence de la solitude? C’est lui... C’est là qu’il est saisi de cet esprit, tantôt tranquille et tantôt violent, qui soulève son âme et qui l’apaise à son gré.

« Oh !' nature! tout ce qui est bien est renfermé dans ton sein. Tu es la source féconde de toutes les vérités !... L’enthousiasme naît d'un objet de la nature. Si l'esprit l’a vu sous des aspects frappants et divers, il en est occupé, agité, tourmenté...» Dix-huitième siècle, Etudes littéraires, p. 288.

(2) Pour la biographie de Quesnay v.Schelle, Le Docteur Quesnay, Paris, Alcan, 1907, et Oncken, Geschichte der Nationalükonomie, Erster Teil, p. 314 et suiv.

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