‹ Le Produit Net des Physiocrates et la Plus-Value de Karl MarxChapitre 3 sur 16 · LA DOCTRINE DE QUESNAY ET LE XVIII° SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE DE QUESNAY ET LE XVIII° SIÈCLE

guérison de l’état de maladie social de son temps (1). »

Quesnay n’a pas le seul culte de la science, mais également celui de la raison. Lui aussi croit en la raison, en la force bienfaisante des lois et vérités qui, éclairées aux lumières de cette raison, se manifestent aux hommes instruits comme évidentes. Et est-il besoin d'insister sur sa préoccupation exclusive de l’agriculture, sur sa conception de la richesse dont la terre est l'unique source (2) ?

Faut-il aussi appuyer longuement sur la conception qu'il se fait du droit naturel, des lois naturelles, sur le sens même du mot physiocratie (gouvernement de la nature) (3), pour qu’il soit permis d'affirmer qu’il honorait également les trois déesses du siècle : la science, la raison, la nature (4): qu'il personnifie assez bien les écrivains de l’époque ; que toute sa doctrine est imprégnée des idées qui flottaient dans l’atmosphère. Est-il besoin d’insister pour montrer que toute la physiocratie est pleine des reflets que lui envoie le cadre du xvirr° siècle, dans lequel elle fut conçue.

Quesnay confond ensemble morale, politique, éco-

(1) Oncken, Geschichte der Nationalükonomie. 0p. cit., p. 814.

(2) Quesnay, Maximzs générales, OEuvres de Quesnay, éd. Oncken, p. 331. « La terre est l’unique source des richesses ».

(3) M. Deschamps, Cours de Doctorat, 1905-1906.

(4) M. Schelle fait remarquer avec justesse que Quesnay ne prend parti ni pour Rousseau, ni pour Hobbes; il ne regrette pas l’état de nature, il ne parle pas du droit de tous à tout. V. Schelle, Du Pont de Nemours, Paris, Guillaumin, 1881, p. 49.

nomie (1), sa doctrine contient une partie économique et une partie sociologique qui se pénètrent mutuellement ; on peut dire pourtant que la première est la base de la seconde. Dans la partie économique, il ne distingue pas l’art et la science (2). Il étudie les lois naturelles auxquelles obéissent les phénomènes sociaux, mais en même temps il indique que pour obtenir la plus grande somme de bonheur possible, ce qui est le but de tout individu (5), il suffit de ne pas entraver le jeu de ces lois naturelles. Etant donnée cette conception, la confusion de l’art et de la science semblait fatale, la constatation scientifique se métamorphosant nécessairement en précepte d'art.

C'est précisément la croyance en ces lois naturelles qui domine toute la doctrine. De là l'opinion de Quesnay sur la nécessité d’une pleine et entière liberté, de là la fameuse maxime de Gournay : laissez faire. L'autre idée

centrale est le concept de la productivité exclusive de

(1) V. Oncken. Geschichte der Nationalükonomie, op. cit., p.341. V. également Quesnay, Despotisme de la Chine, éd. Oncken, p. 605 : « Les lois de la Chine sont toujours fondées sur les principes de la morale, car comme on l’a déjà dit, la morale et ja politique ne forment à la Chine qu'une même science. »

(2) A. Deschamps, Cours d'histoire des doctrines économiques professé à la Faculté de droit de Paris, année 1905-1906.

(3) Oncken, Geschichte der Nationalükonomie, op. cit., p. 358 : « Et maintenant Quesnay a de nouveau recours au principe hédonistique qui existait déjà dans l’antiquité, et il désigne comme l'apogée de la sagesse économique « d'obtenir la plus grande augmentation « possible de jouissance, par la plus grande diminution possible de « dépense ».

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