‹ Le Produit Net des Physiocrates et la Plus-Value de Karl MarxChapitre 8 sur 16 · PLUS-VALUE RAPPROCHÉE DU PRODUIT NET · texte numérisé non relu

PLUS-VALUE RAPPROCHÉE DU PRODUIT NET

Nous avons déjà indiqué que Marx comme Quesnay avait essayé de trouver la source d'où jaillissent les valeurs nouvelles qui circulent sous les formes de profit, intéret, rente.

Plus-value et produit net sont ainsi deux théories appliquées au même objet. Si l’on voulait une expression qui englobät les deux conceptions du produit net et de la plus-value, on pourrait peut-être employer celle d’excédent disponible.

Le problème de l’excédent disponible comprend deux parties bien distinctes, l’une a trait à la source de cet excédent ; l’autre concerne sa circulation. Mais ces deux questions, bien que différentes, sont cependant intimement liées l’une à l’autre; aussi les auteurs qui se sont

occupés de la première, ont été amenés à

LA

étudier l’autre également. Ce problème est presque toute l'économie politique, puisqu'il renferme les questions capitales du profit, de la renteet de l'intérêt.

Et on ne peut dénier à Quesnay et à Marx une grande

unité de conception,aux trois formes profit,rente et intérêt, chacun donne une origine commune, l’un : le travail donné de la nature, l'autre : le travail non payé de l'ouvrier (1). ARE

L’excédent disponible s’est présenté à Quesnay sous la forme rente, à Marx, sous les formes rente et profit; mais tous deux se sont accordés pour mettre à part la forme intérêt. Nous devons donc dès maintenant arrêter un instant notre attention sur cette forme dérivée comme

Marx la nommeavec justesse. 7

“Le problème de l'intérêt comporte trois questions : la première est celle de la source de cet intérêt, la seconde est celle de savoir à quel titre le capitaliste touche l’intérêt, la troisième est une question d'éthique. L'intérêt est-il juste ?

Si nous prenons l'exemple d’un propriétaire d’un immeuble qui touche ses loyers, nous pourrons nous demander : d’où vient l’argent qui sert à payer ses loyers ? à quel titreles perçoit-il? est-il juste qu'il les perçoive ? La première question, celle de la source de l’interêt, est la question de l'intérêt originaire du capital (2).

(1) V. Adler, Die Grundlalagen der Karl Marx'schen Kritik der bestehenden Poeno ie) p. 102 : « D'abord Marx s'applique à étudier la plus-value qu’il dit être ‘a source de tous les profits, intérêts, rentes, etc... » V. aussi Bourguin, Des rapports entre Proudhon et Karl Marx, Revue d'Economie politique, mars 1893, p. 186.

(2) V. Bühm-Bawerk, Théories de l'Intérét du Capital, trad. Bernard. Paris, Giard, 1902, tome I, p. 9.

* À notre sens, c’est avec raison que Marx la confond avec les problèmes du profit et de la rente. Quant à la troisième, c’est une question de morale qui se rattache aux deux premières ; nous sommes donc conduits à dire que le véritable problème de l’intérêt du capital est celui qui correspond à la seconde question : pourquoi tel capitaliste touche-t-il tel intérêt, à quel titre reçoit-il ce revenu sans travail? Comment et pourquoi le capitaliste sans qu'il lui en coûte aucune peine, reçoit-il cet af flux indé-

fini de biens (1)?

Le problème de l’intérêtest donc plutôt un problème de répartition, bien que dépendant aussi de la production. Si un capitaliste fait fructifier, lui-même, ses capitaux dans une entreprise qu’il dirige, l’intérêt qu’il fera rapporter à son capital sera bien proche de la production, nous le verrons sortir de cette production même. Si au contraire, Pierre emprunte à Paul pour payer une dette, nous n’assistons plus qu'à une répartition, une circulation d'argent entre Pierre et Paul. Qu’on nous permette un exemple. Vous réunissez dix joueurs autour d’une table, vous leur donnez à chacun 20 jetons el ils se mettent à jouer à un jeu de hasard quelconque. Ils peuvent jouer ainsi pendant des heures entières : tantôt l’un aura plus que ses 20 jetons primitifs, tantôt moins. Les 200 jetons

que vous aurez distribués, circuleront, se répartiront de

-(1) Béhm-Bawerk, op. cit., p. 12.

mille manières : ceci est le procès de circulation. Si un certain joueur possède 40 jetons à un moment donné, vous pourrez chercher à expliquer pourquoi il se trouve en possession de cette somme : c’est le problème de l’intérêt stipulé ou de l'intérêt du prêt du capital qui se pose. Mais il n'y aura toujours que 200 jetons en jeu. Si tout à coup, vous posez 50 jetons supplémentaires sur le tapis, il sera peut-être intéressant de savoir comment ils vont se répartir, mais il sera encore plus attachant de savoir d’où ils viennent, où vous les avez pris, quelle est la source de cette valeur nouvelle : problème de l'intérêt originaire, problème de production, qui est inclus alors dans les deux autres problèmes de la rente et du profit. Profit et rente seront donc les deux formes de plus-value que nous aurons à envisager. Mais nous nous placerons de préférence à un point de vue général, c’est-à-dire au point de vue de l'excédent disponible, sans trop nous préoccuper de ce fait que Quesnay a vu cet excédent sous la forme rente et Marx sous les deux formes profit et rente.

Annuellement une masse de valeurs nouvelles disponiblesest créée, d’où vient-t-elle, quelle en est la source ? Une fois fabriquée, cette masse se divise, se scinde en mille parties qui circulent ici et là sous différents noms ; comment ont lieu ces divisions et ces diverses circulations? Voilà les deux faces du problème de l’excédent disponible, de cet excédent disponible semblable à un fleuve

qui aurait une source unique, et qui une fois arrivé dans

la plaine se diviserait en multiples ruisseaux aux méandres compliqués.

Pour exposer la théorie marxienne, nous nous placerons — comme nous l’avons fait pour le produit net — d’abord au point de vue de la production et ensuite à celui de la circulation. Ge plan nous est donné par l’œuvre de Marx elle-même, puisque le livre I du Capital estintitulé : Développement de la production capitaliste, et le livre IL : Le procès de circulation du capital. Quant à l’étude du concept de la plus-value tel qu'il se trouve indiqué dans le livre III, nous ne pourrons l’entreprendre qu'en dernier lieu, car nous croyons, avec Bôhm- Bawerk, que ce troisième livre annule le premier. Nous aurons donc à rechercher quelle allure prend alors la théorie de Marx et quel nouveau parallèle il est possible d'établir entre le produit net et cette plus-value seconde manière. C’est seulement dans une dernière partie que nous ferons le rapprochement avec la théorie de la rente de Marx.

Avant d’aborder la plus-value, nous rappelons que nous n’avons pas l'intention de pénétrer dans l’exposition de tous les détails du concept marxiste, nous serons uniquement conduits par l’objet même de notre étude, à

dégager les idées principales (1) qui nous seront néces-

(1) Nous insistons sur ce fait, que nous étudierons principalement l'excédent disponible, au point de vue général, indépendamment des formes spéciales qu'il revét. À ce propos, indiquons que Marx repro-

saires, pour préciser les analogies ou les différences qui unissent ou séparent plus-value et produit net. La juxtaposition des deux concepts devant nous faciliter une com-

préhension plus intime de l’un et de l’autre.

che à Ricardo de n’avoir pas étudié la plus-value séparément, indépendamment de ses formes spéciales : profil, intérêt, rente : Ricardo betrachtet nirgendwo den Mehrwert gesondert und getrennt von seinen besondern Formen. — Profit, Zins und Rente. » V. Ouvrage posthume de Marx : T’heorien über den Mehrwert, Il, erster Teil, p. 97. — Le sens large du mot plus-value ressort particulièrement de l'ouvrage Théories sur la plus-value. À ce sujet M. Gide fait remarquer que commerçants. intermédiaires, propriétaires fonclers et urbains, etc... vivent sur la plus-value : chacun voulant avoir sa part du géteau qu'est la plus-value. (M. Gide a son cours. Les conflits entre le travail et le capital professé à la Faculté de Droit de Paris, année 1907-1908).

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