‹ Le Professeur Auguste Charaux, 1832-1912Chapitre 13 sur 18 · A MONT-DE-MARSAN I · texte numérisé non relu

A MONT-DE-MARSAN I

rain Pontife. C'était une leçon à la politique déjà équivoque et tortueuse du souverain. Du coup, M. Mallet ne devint pas Mgr Mallet. Certaines gens le trouvèrent naïf ; il avait été simple et grand, et il recueillit en estime ce qui lui manquait en dignité épiscopale.

Il était, de plus, fort généreux. De ses ressources personnelles, il tira cinquante mille francs pour fonder un couvent de Capucins dans le plus pauvre quartier de la ville. La vertu en sandales produisit vite sur le peuple un effet des plus heureux ; aux offices du dimanche, les bancs du sanctuaire se garnissaient d'ouvriers hier encore hostiles ou indifférents, et à la mission qui fut prêchée l'année suivante, la procession de clôture fut suivie aussi bien par les gens du peuple que par le sénateur. M. Mallet mourut octogénaire. J'ai rarement vu, je le répète, un ecclésiastique qui fût aussi radicalement prêtre.

Mais il est temps d'aborder la question du doctorat es lettres, auquel je n'avais cessé d'aspirer et que je préparais depuis 1871. J'avais choisi pour sujet de ma thèse française S. Avit ou Avite, évêque de Vienne, en Dauphiné, et pour sujet de thèse latine, sur le conseil d'un professeur de Sorbonne, Ferréol, un des derniers préfets envoyés par Rome antique à Aix, en Provence. Je comptais me présenter devant la Faculté de Paris, dont le doyen, M. Patin, avait agréé mes thèses. Or il advint qu'en fait je me présentai à Besançon. Voici pourquoi.

Dans le courant de mars 1876, M. Champeaux, secrétaire de la commission des fondateurs de l'Université catholique de Lille, déjà ébauchée par quelques cours de théologie et de droit, m'écrivait de leur part pour m'inviter à m'associer à leur œuvre en quaUté de professeur de lettres. « Nous savons, me disait-il en substance, que vos deux thèses sont prêtes. Vous êtes chrétien, marié, père de deux

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enfants ; pour leur éducation, vous seriez, parmi nous, dans un milieu tout à fait catholique. Venez ».

Je n'ai jamais su au juste, qui m'avait fait connaître, ni comment on avait obtenu sur mon compte des renseignements aussi précis. Or, à cette époque, la politique tournait déjà au noir, et M. Champeaux me conseillait de choisir, pour ma soutenance, la Faculté la moins anticléricale et de m'y présenter sans délai. Je choisis donc Besançon, après avoir écrit au doyen de la Sorbonne que, pour des raisons particulières, je renonçais à Paris.

Tout alla bien. D'après les conseils venus de Besançon, je fis des modifications de détail à la thèse française, j'ajoutai un chapitre à la thèse latine, et j'enlevai à S. Avite, avec les pièces nécessaires tirées des œuvres mêmes de l'évêque, le masque dont l'avaient couvert les ennemis de l'Éghse et de la vérité historique. Le 5 août 1876, après une soutenance de plus de six heures, j'étais docteur es lettres.

J'écrivis aussitôt mon succès aux fondateurs de Lille, dont j'avais déjà accepté l'offre en principe. Je mis à mon adhésion une condition, c'est que j'enseignerais la Uttérature française, seule branche pour laquelle je me sentais de l'aptitude. La réponse que je désirais arriva.

Le R. P. Orhand, jésuite, missionnaire plus que professeur, fruste au premier coup d'œil, mais prompt, malin, toujours prêt à rire, et avec cela Breton de foi ardente et de piété sincère, avait ébauché une sorte de Faculté des lettres où il était à la fois professeur de grec, de latin et de français. On convint qu'il resterait simplement professeur de grec, et que je me spécialiserais dans le français.

Dirai-je un mot de mes enfants ? C'est bien le moment, semble-t-il, car ils naquirent tous deux lors de mon séjour à Mont-de-Marsan. Mon aînée s'appelait Augustine. Atteinte d'une légère paralysie du cerveau, elle devint une

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