‹ Le Professeur Auguste Charaux, 1832-1912Chapitre 3 sur 18 · MAITRE D ETUDE A SAINT-DIE 4I · texte numérisé non relu

MAITRE D ETUDE A SAINT-DIE 4I

Un dernier trait. Le jour de la distribution des prix, je fus chargé, comme maître d'étude, de conduire les lauréats, avec leurs couronnes et leurs livres, aux personnes qu'ils me désignaient. A cette occasion, je dus plusieurs fois m 'approcher de Mgr Caverot, évêque de St-Dié, qui présidait la séance, et je faillis, à diverses reprises, m'embarrasser dans ses jambes, qu'il avait fort longues. Trente ans après, alors qu'il était cardinal-archevêque de Lyon et moi professeur à l'Université cathoUque de Lille, je lui faisais hommage d'un de mes Hvres et recevais de lui, en retour, une lettre des plus encourageantes. Il ne faut désespérer de rien.

Aspirant répétiteur à Metz (1853-1856)

Deux mois après, j'étais aspirant répétiteur au lycée de Metz ; je passais de 550 francs à 700 francs, et, sur ce fort appointement, je laissais à l'État 35 francs pour ma retraite.

Heureusement que j'étais, au lycée, à quelques pas de mon oncle et parrain ; car j'entrais dans un étrange milieu, une sorte de prytanée militaire, peuplé, au moins dans les grand et moyen quartiers, d'élèves turbulents, frondeurs, bruyants, malveillants ; les pires étaient ceux de l'étude dite des «topo», qui se préparaient à l'École polytechnique. Il y avait là de vrais impies, qm, aux messes du dimanche et du jeudi, entraient à la chapelle sans daigner prendre de l'eau bénite. Débraillés et sans aucun souci du respect dû au lieu saint, ils se jetaient, plutôt qu'ils ne s'asseyaient, sur leurs bancs, assistaient à la messe sans l'entendre, et en sortaient comme ils y étaient venus, c'est-à-dire avec un laisser-aller révoltant.

C'est au lycée de Metz que j'ai vu les maîtres d'études les plus excentriques, les plus dépourvus de tenue, aux deux sens, matériel et moral. Le proviseur dut, au bout de quelques semaines, en expédier trois, qui laissaient, au dortoir, les élèves préparer un punch, bien réussi peut-être, mais interdit, à coup sûr, par la disciphne la plus vulgaire. Il n'est pas certain qu'ils n'en prenaient pas leur part.

Leurs successeurs ne valaient pas mieux. L'un d'eux, petit, solennel et rageur, portait la tête comme une idole, et la barbe comme un patriarche. Il avait, dans la parole, je ne sais quoi de sarcastique mêlé de pédantisme. La Faculté de Nancy finit par lui donner, par grâce, le parchemin de bachelier-ès-lettres ; il ne savait pas assez de

Page 1