‹ Le Professeur Auguste Charaux, 1832-1912Chapitre 8 sur 18 · LE PROFESSEUR CHARAUX A SAINT-BRIEUC · texte numérisé non relu

LE PROFESSEUR CHARAUX A SAINT-BRIEUC

la classe de sixième. Le pauvre homme était bien embarrassé ; mais je ne tardai pas à recevoir, comme un soldat, une feuille de route : on m'envoyait au lycée de Tarbes pour la classe de troisième.

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Professeur à Tarbes (1867-1873)

Quelques jours après, j'embrassais tous mes amis de Bretagne, je contemplais une dernière fois le spectacle grandiose de l'Océan, et je quittais St-Brieuc pour le midi de la France.

En route, j'appris avec une joie profonde que, sur un signe équivoque de l'Elysée, nos soldats s'étaient embarqués pour l'Italie et venaient, une dernière fois, de vaincre la Révolution à Mentana.

A Caussade, dans l'Armagnac, je commençai à apercevoir, à l'horizon, comme des nuages blancs amoncelés. C'étaient les Pyrénées. Je devais vivre à leurs pieds pendant six ans, comme j'avais vécu huit ans au bord de la mer. C'était l'infini sous deux aspects différents. A la vieille foi bretonne allait succéder le spectacle de Lourdes et de ses merveilles. Dieu n'avait pour moi que des faveurs.

J'arrivai, d'une traite, de Paris à Tarbes, et j'allai voir mon proviseur, un personnage de petite taille, à la chevelure blanche, qui s'intitulait, non sans se flatter, un volcan sous la neige, et qui était, en réalité, artiste musicien et marchand de soupe. Il avait eu des déboires avec le professeur d'histoire, petit marseillais aux yeux et aux cheveux noirs, qui, après lui avoir témoigné le désir de devenir son gendre et extorqué ainsi pas mal de faveurs, lui tourna le dos et épousa honteusement une enfant inoffensive à cause des vingt mille francs qu'elle possédait.

Ma seconde visite fut pour Mgr Laurence, évêque de Tarbes. Avait-il un salon ? Je n'en sais rien. Ce qui est certain, c'est qu'il me fit asseoir à côté de lui sur un vieux canapé, dans une chambre éclairée par un beau soleil. Il avait l'habitude, d'après ce que j'entendis, de faire asseoir

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en face de lui, pour les mieux voir, ceux qui n'étaient pas tout à fait ses amis, ou encore ceux qui, par la parole ou par la plume, s'étaient prononcés contre Bernadette et les miracles de Lourdes. J'étais donc à la bonne place. Nous causâmes très agréablement. Plus tard, je le vis plusieurs fois officier pontificalement ; la lumière de son regard éclairait alors sa laideur physique d'une extraordinaire beauté morale. Lorsqu'il fut, en 1869, sur le point de partir pour Rome, où allait se tenir le fameux Concile de l'Infaillibilité, j'allai le voir de nouveau, et, malgré les embarras d'un très prochain voyage, il me reçut avec bonté, toujours sur le canapé connu, et à ses côtés. Comme je lui faisais part de mes appréhensions pour l'avenir de la France, il me dit ce qu'il craignait et ce qu'il espérait avec une simplicité touchante et une force étonnante de vérité, a Voyez-vous, observait-il en résumant sa pensée, nous descendons de plus en plus ; nous courons à fond de train vers l'abîme ; nous ne remonterons qu'en revenant aux principes, c'està-dire à la foi de nos pères », Je le quittai, tout ému. Quelques semaines après, j'assistais à ses funérailles.

On racontait dans le pays que le roi Louis-Philippe avait conçu une telle idée de la sagesse administrative de Mgr Laurence, qu'il allait jusqu'à lui trouver l'étoffe d'un ministre. C'était le roi des Français qui l'avait désigné pour l'épiscopat, et l'ayant reçu à cette occasion, avait deviné tout ce qui se cachait, sous cette rustique enveloppe, de sang-froid, de bon sens, de prudence et de finesse. A propos de Bernadette et des faits de Lourdes, le prélat montra bien que le monarque ne s'était pas trompé.

Il était extrêmement populaire, et son clergé, pauvre, sobre autant qu'hospitalier, romain dans toute la force du mot, était pour l'évêque comme une famille.

Jamais inspecteur ne fut plus courtois, plus aimable, plus affectueux à mon égard, que celui de Tarbes. C'était à

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