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CONCLUSION

Lorsqu’une suite de sons, en llattant l’oreille, excite en nous des émotions quelconques, on peut remarquer que ces sons, alternativement graves, aigus ou intermédiaires à différents degrés; tantôt longs, tantôt brefs, nuancés du doux au fort ou du fort au doux, alïectent des mouvements tels, que leur ensemble présente un caractère de lenteur ou de vitesse, de gravité ou de légèreté, de gaîté ou de tristesse en rap})ort avec les sensations qu’on a voulu produire. On s’aperçoit aussi que chacun de ces mouvements est déterminé, mesuré régulièrement; et (jue des repos, placés à des distanees symétriquement calculées, donnent à ces successions de sons le rbythme, la césure, la cadence. Cette opération de l’esprit n’est autre chose que l’art de combiner des sons , et cet art a pris le nom de Musique.

Il y a deux manières de combiner des sons : par la première, les sons, ainsi (|u’on vient de le dire, variés dans leur durée et leur intonation ; soumis à la régularité de mesures et de mouvements déterminés, ainsi qu’à la symétrie du rhytbme, se succèdent par degrés conjoints ou disjoints, ascendants ou descendants. Cette première et principale combinaison se nomme Chant ou Mélodie. Elle est le fruit de l’imagination, une invention.

La deuxième sorte de combinaison consiste dans la réunion de plusieurs sons choisis et frappés simultanément. L’effet de cette simultanéité prend le nom d’ Accord, et une succession d’accords s’appelle Harmonie, comme une succession de sons simples s’est appelée Mélodie (1).

L’origine de la mélodie doit se perdre dans la nuit des temps, puisque l’homme, au nombre des dons (jue lui a faits le Créateur, a reçu deux voix distinctes, l’une pour parler, l’autre pour chanter ; la première susceptible d’articuler des mots, la deuxième de moduler des sons, et distinguées à cause de cela en Voix orale et en Voix chantante.

Mais Vharmonie, quant à l’usage que nous en faisons, est d’invention humaine, on peut même dire d’invention moderne; car, il paraît certain que si les anciens l’ont connue, ils ne l’ont point pratiquée. Les Asiatiques, les Africains, les sauvages des deux mondes qui, tous, ont des chants tels quels, n’ont point

(1) Le mot harmonie est encore l’un de ceux qui ont reçu plusieurs acceptions, et tout aussi mal à propos. 11 en sera question dans la deuxième partie de cet ouvrage, où l’on traite des instruments à vent.

d'harmonie ; et, quand on leur fait entendre de la musique à plusieurs parties simultanées, ils en sont désagréablement alTectés, et n’en peuvent supporter l’eiïet (l).

Les peuples civilisés, an contraire, considèrent Vharmonie comme l’auxiliaire obligée de la mélodie. Pour nous, en effet, ce n’est que par cette réunion de la double combinaison des sons que la musique acquiert tout son prix, qu’elle exerce sur nos sens un véritable empire.

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