I^'OTE
(A) Pendant une longue suite d’années, i’orchestre de l’Opéra fut conduit au signal du petit bâton de son chef. Celui-ci, présent à tout, prévenait les uns et les autres de leurs rentrées obligées; secourait au besoin la mémoire des acteurs; avertissait les choristes, et tout cela se passait presque à l’insu du public, surtout avec un Hey, un d'ersuis, hommes supérieurs en ce genre. Mais dans ces temps néfastes où plus d’un trône s’écroulait, où d’autre.s se relevaient, certain premier violon, chef de pupitre, voulut aussi régner à son tour, et faire de son archet un sceptre d’une nouvelle espèce. Cette innovation ht grand bruit; les lils d’Euterpe se partagèrent en deux camps; on disputa beaucoup; quelques uns s’injurièrent, se défièrent comme Grecs et Troyens, et peu s’en fallut que leurs glaives, si pacifiques jusque-là, ne vissent enfin le jour (2). Toutefois on négocia, il y eut Congrès, et le roi légitime des instruments finit par l’emporter. 11 ne donna pas un exécutant de plus, ainsi qu’on avait en soin de l’insinuer (et qu’avait-on besoin d’un vingt-cinquième violon?) mais seulement un archet qui, haut élevé, ne laisse pas un moment le public en doute de la mesure et de ses temps.
(1) M. Girard en a été le digne successeur
(2) Nicole cl Sponlini.