DU TRAITE DE MELODIE, FAR M. KEICHA
La mélodie, avons-nous dit, est le fruit de l’imagination, une invention. Elle est le résultat d’un don de la-nature, d’une heureuse inspiration, quelquefois d’un moment d’enthousiasme, d’un éclair de génie. On abonde en preuves : les mélodies de J. -J. Rousseau, celles de Beffroy de Rigni, plus connu sous le pseudoiiMiic de Cousin-Jacques ; la Marseillaise de Rouget de Lisle, et ce nombre effrayant de Romances, de Valses, de Quadrilles dont on est inondé, font voir combien la mélodie est naturelle à l’homme, et que les mélodistes nés sont i)lus communs qu’on ne pense. A Venise, plus d’une barcarole est l’œuvre d’un simple gondolier (C). Mais, après tout, ces productions ne sortent pas d’un cadre étroit et borné : ce sont des chansons, des rondeaux, de petits airs en duo, des vaudevilles en grand.
Le compositeur sérieux, et vraiment digne de son titre, parcourt un champ plus vaste. Par les développement (|u’il sait donner à deux ou trois idées fondamentales, il étend à son grc le cercle qu’il leur destine, i’arfois même il s’abandonne aux conceptions les plus grandioses. Or^ personne ne croira que l’on puisse se passer de la science et des lègles ])Our conduire à bonne fin un Opéra, une Symphonie, une Messe, un
(] I Ou CO (jii'üii uiipello \'ot cite slrn tien, c.iilre oxi)ro.ision moderne, qui fait éviter les circoniociilions.
Oralorio, aussi bien que s’il s’agissait (rime romance, d’une contredanse, ou de ce que Mozart appelait une Opérelle (0. Et cette science, ces règles ne concernent pas moins la conduite du chant simple que celle des parties ([ui lui servent de cortège. En elTct, quelque naturelle (|ue soit la mélodie, quekiuc liberté qu’on doive laisser a l’imagination, elle n’en a pas moins ses lois (ju’il faut savoir respecter. Les anciens euxmêmes, (jui n’ont envisagé et pratiipié la musi([ue que sous le rapiiort mélodique, dont notre plain-chant est un reste informe, les Grecs avaient leur mélopée, ou recueil de règles pour la composition du chant. M. Reicba a (kmc pu faire un Art mélodùjue, de même que Boileau a fait un Art poétiipie.
Ces ouvrages, on lésait, ne donnent point d’imagination à ceux qui ne sont pas nés poètes ou musieiens; mais si, an (‘.ontraire, la nature les a favorisés du don de l’invention, ils aiiprennent dans ces traités à en régler l’essor, selon la diversité et l’importance des genres de composition dans ces deux arts.