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DLS FORMES DIVERSES DE LA MUSIQUE INST BU M E N TA LE

Les seuls instruments qui agissent à la fois par la Mélodie et par Vliannonie sont l'Orgue, le Piano et la Harpe, placés ici d’après leur degré d’importance. Ceux-là peuvent se jiasser d’auxiliaires.

Sur un instrument à archet on fera bien momentanément de l’harmonie à deux parties, en sons tenus, c’est-à-dire un chant accompagné d’une partie inférieure, au moyen delà double corde; mais si l’on veut que cette harmonie soit continue, variée, avec des valeurs différentes à chaque partie du duo, il faudra de toute nécessité avoir recours à un accompagnement, ne fùt-ce que celui d’un instrument semhlable. A plus forte raison, celui qui joue d’un instrument à vent a-t-il besoin d’un compagnon, s’il ne veut pas être réduit au rôle de vocalisatcur (3).

Les jiièces composées pour un instrument quelcomjue, ainsi que les duos [lour des instruments semblables ou dilîérents, prirent d’abord des formes diverses, sans intention de liaison ou d’homogénéité entre eux ; avec la seule variété des oppositions de mode, de mouvement, de mesui-e, de caractère et d’expression ,

(1) Chez Troupciias, rue Vivieniie, à Paris.

(2) Foigiiel, père du harpiste de ce nom.

(3) (ie mol ii'est pas français, nous le savons; mais il est utile, il abrège, et nous 1 employons Ceux de nos dictionnaires dont la publication rcmoiilc à un demi-sièc'e environ, ne (onticuncnl |'as le mi t soiwrilc, dont les musiciens avaient besoin et qu’ils ont luveiilé. Le. verbe vocaliser et ses dérivés vocalises, vocalisation, sont déjà p:!ssé^ dans le langage musical, eu aUcudanl epi’ils ligiireiU dans nos vocabulaires.

selon le caprice ou l’inspiration du moment. Ensuite on imagina de composer l’œuvre d’un brillant Allegro, avec ou sans introduction, et dont la j)remière partie se répétait. Il était suivi d’un Adagio, Avdanie ou Romance, c’est-à-dire qui en avait le caractère ; puis on terminait par un Rondeau. C’est ainsi que l’on a procédé longtemps dans les pièces appelées Sonates (C.

Plus tard, le Menuet, d’un mouvement modéré, fut ajouté aux moreeaux précédents. Enfin, le final {Allegro ou Presto) fut inventé, et remplaça le Rondeau, de même ([ue le Scherzo {badinage), ou Menuet vif, a succédé au Menuet lent, appelé aussi Menuet de cour, parce que ce caractère de musique fut consacré pendant longtemps à une sorte de danse toute de grâce et de noble maintien. En ce genre, le;^ menuets d’Exaudet, de Fischer et deGrétryont joui d’une certaine renommée (A).

Les quatre morceaux dont il vient d’être question offrent la plus avantageuse variété de mouvement e! d’opposition qu’on ait pu trouver. On s’y est arrêté, et cette forme est devenue celle de toutes les œuvres importantes de musique instrumentale.

Le Piano, en appelant d’autres instruments à dialoguer avec lui, s’est adjoint particulièrement le Violon, puis le Violoncelle, et l’on sait quels chefs-d’œuvre en ce genre de duos et de trios sont sortis des mains d’IIaydn, de Beethoven, de Mozart. Ces mêmes auteurs, ainsi que Boccherini et, de noire temps. M. Onslow, réunissant violons, altos et violoncelles, ont fait ces belles collections de quatuors et de quintettes que les connaisseurs ne se lasseront pas d’admirer.

Dans le sextuor, le septuor, Voctuor et le nonetto, l’on a opéré la fusion des instruments à vent et à cordes; mais déjà hStjmphonie avait été, sinon inventée, du moins perfectionnée, et sa forme arrêtée par Haydn.

Des essais de trios et de çuatwors furent tentés en faveur des instruments à vent; mais rien de saillant et de durable n’en est resté. Eler et Catel eux-mêmes s’y sont évertués en pure perte, et nous avons entendu le dernier (il venait d’entendre les quintettes de Beicha), prier instamment qu’on ne jouât plus ce qu’il avait écrit en ce genre. Le vrai talent est .seul capable d’une pareille modestie. Il appartenait à Beicha de doter enfin les instruments à vent d’une musique susceptible de rivaliser avec celle des instruments à cordes. Ses quintetti pour flûte, hautbois, clarinette, cor et basson, l’ont placé à la hauteur des plus grands maîtres.

La Symphonie est h pièce capitale de la musique de concert; c’est le morceau le plus earactéristi(}ue des grandes réunions de musiciens en dehors du théâtre. Coiuuîe second morceau de facture otïeil au ]jublic dans ces mêmes assemblées, il a fallu recourir aux Ouvertures d’opéra.

A la Société des Concerts, et pour augmenter le répertoire de musique instrumentale, on a fait ievi\Te. entre autres morceaux remarquables, les plus beaux airs de danse des ouvrages de Gluck, sans les détacher des scènes auxquelles ils se lient. On a livré ainsi à l’admiration publique ce qui était inconnu justiuelà à la génération actuelle, et que le théâtre n’olTre plus à celle qui l’a précédée. La forme de l’Ouverture a été longtemps celle d’un premier morceau de symphonie, avec ou sans introduction. Gluck, .Mozart, Vinter. Vogel, et les compositeurs français Méhul, Berton, Catel, Chcriibini (2), ont su donner lopins grand intérêt à celte forme, qui n’a été un peu variée dans ces derniers temps, que par les imaginations si riches, si fécondes, d’un Weber et d’un Beethoven.

Pour ce qui est du caractère que doit prendre une Ouverture, en tant qu’elle e.st le jiréambuie d une action dramatique, deux opinions ont été émises à ce sujet dès le temps du philosophe de Genève, qui les

(1) Le mol tanlcilé de Fontenelle : Sonate, que me veux-tu? s’explique aisément : ou la Sonate était mauvaise, ou, si elle était bonne, Fontenelle ne sentait pas la musique, ce qui n'est pas rare parmi les savanls.

(2) Venu en Franee à l’âge de 26 ans, M. Chcriibini ne l’a plus quittée ([uc momenlanéraenl ; et s’il n’était pas Français de fait, il 1 était par les doux liens de famille; il l’était aussi par le cœur, rt s’en gloririalt.

a appréciées en ces termes ; « Quelques musiciens, » dit-il, « se sont imaginé bien saisir les rapports « cuire sou ordonnance et celle du corps entier de l’ouvrage, en rassemblant d’avance dans l’ouverture tous <( les caractères tracés dans la i)ièce, comme s’ils voulaient exprimer deux fois la même action, et (jue « ce qui est à venir fût déjà passé. Ce n’est pas cela : VOuverlure la mieux entendue est celle qui dispose « tellement les cœurs des spectateurs, qu’ils s’ouvrent sans cllort à l’intérêt qu’on veut leur donner dès le « commencement de la pièce. »

Le docieur I.icbtentbal, dans son Dictionnaire de musique, et bien d’autres avec lui, sont, à cet égard, de l’avis de Jean-Jacques.

Parmi les morceaux de concert pour un ou plusieurs instruments obligés, on a 1“ le Concerto, avec accompagnement de tout l’orcbestre ; 2” la Symphonie-concertante à deux violons, ou pour violon et violoncelle, ou bien j)Our deux, trois et quatre instruments à vent, ce qui n’exclut pas le concerto pour chacun d’eux; 3° leTItème ou V air varié, l’im composé, inventé; l’autre pris à quelque mélodie en vogue. Ceux-ci ont dépossédé le concerto, en attendant qu’ils soient remplacés à leur tour par quelque nouveauté. Qui sait alors si \e concerto ne reprendrait pas faveur? Quelle composilion'est plus propre à mettre en évidence le talent et les diverses qualités du virtuose, en supposant qu’il possède toutes celles qui lui peuvent mériter de justes éloges dans les trois caractères de ce morceau d’élite? Bien faite et bien exécutée, une œuvre de celte espèce n’ouvre-t-elle pas une double carrière de gloire au musicien? Il suflit de citer les noms d’un Viotti, d’un Kreutzer (Rodolphe), d’un Duport, d’un Romberg, pour réveiller de beaux souvenirs.

Au lieu de terminer le concert par un dernier morceau de symphonie pris au hasard, ainsi qu’on l’a fait tant de fois, pourquoi ne composerait-on pas des fmals de musique instrumentale, de même qu’on en fait p'our terminer un acte d’opéra? Et si l’on a admis trois styles de musique, pour l’église, pour le théâtre, pour la chambre, pourquoi n’en admettrait-on pas un quatrième propre aux concerts? Mais il faut le répéter, la composition instrumentale exige des éludes particulières dont on ne s’occupe pas assez en France.

Quant à la musique vocale dans les concerts, on ne sait encore que reproduire les airs, duos, trios, etc., dont nos oreilles sont rebattues au théâtre. Ne serait-ce pas donner un puissant encouragement à la poésie lyri({ue, trop négligée de nos jours, que de faire écrire pour ces solennités musicales, soit des cantates, soit d’autres petits poèmes (que l’on peut varier à l’inlini), sur lesquels s’exerceraient des compositeurs, et qui i'ormeraient peu à peu le fonds de musique vocale de nos concerts (K)?

Dans les théâtres où, comme à l’Académie impériale de musique, les ballets-pantommes sont des parties essentielles du spectacle, la musique instrumentale prend toutes les formes et les expressions qui peignent le mieux les situations de la pièce et les sentiments des personnages que le chorégraphe met en scène ; et comme la couleur locale lui est aussi essentielle qu’au poète et au musicien, il indique à celui-ci les fragments de musique caractéristique qu’il devra prendre à tel ou tel opéra connu; les mélodies devenues po])u!aires, qui retracent ou rappellent des situations particulières; de nrême que des airs de danse du pays où l’action se passe, ou des imitations de ces airs; enfin tout ce qui peut aider le public â saisir les idées de l’auteur d’un ballet d'action.

Dans un tout autre genre, on sait ce que sont les marches militaires et les pas redouhlès. Quant aux morceaux de fantaisies destinés â ces mêmes musiques de régiments, et si improprement appelés d'harmonie, ils sont presque toujours empruntés aujourd’hui aux opéras en vogue; car il y a et il y aura toujours plus d' arramjeurs que de compositeurs.

Telles sont les formes de la musi((ue instrumentale, dans les différentes circonstances où elle sait se suffire à elle-même.

ÜOTES DE CHAPITRE XX\t.

(A) Le menuet de symphonie, petit allegro à trois temps et à reprises, aurait trop peu d’étendue par rapport aux trois autres morceaux, s’il n’était pas suivi d’un second menuet^ dont le mouvement et la mesure sont semblables. Le mode seul est différent, d’autant mieux qu’il fait retour au premier, par lequel on termine ce double menuet. Le nom de trio a toujours été affecté à ce deuxième menuet, parce que, dans les anciens quatuors à deux violons, alto et violoncelle, une partie se taisait, et riiarmonie n’était plus qu’à trois. 11 est de fait qu’on en trouve des exemples dans les premiers quatuors d’Haydn. Au surplus, quelle que soit l’origine du mol, il est contradictoire depuis longtemps, aussi bien dans le quatuor et le quintette que dans la symphonie, où tout l’orchestre contribue à l’exécution de l’un et de l’autre menuets. Il serait donc mieux de dire second menuet., et mieux encore d’enchaîner celui-ci au premier, sans lui donner aucun nom; car M. Reicha en a fait jusqu’à trois dans ses quintetti d’instruments à vent, soit qu’il les séparât, revenant chaque fois à 1 initial, soit ((u’il les enchaînât avec tout l’art qu’il savait y mettre ; ce qui, de manière ou d’autre, donne à ce morceau un assez grand développement.

D’autres variétés ont été introduites dans ce genre de composition par Beethoven, principalement dans ses dernières symphonies ; ou plutôt, c’est le véritable scherzo substitué au menuet.

(B) Les lauréats surtout, ces grands prix de Rome., comme on les appelle, trouveraient là à leur retour l’occasion de se faire connaître et juger de nouveau par le public. Ils s’entendraient et se jugeraient eux-mêmes, école si profitable aux jeunes compositeurs. Ils entretiendraient ainsi leur verve et leur enthousiasme juvéniles, et se lasseraient moins promptement de frapper aux portes de nos théâtres lyriques, hélas I pendant des années, avant qu’elles ne leur soient ouvertes. Combien de jeunes artistes, faute des moyens de faire entendre leurs productions, se sont découragés; et, déses]>érant de parvenir au terme de leurs efforts, pressés par le besoin, se sont livrés aux fastidieux travaux de l’orchestre et des leçons, ces deux sépulcres du génie musical!

Là, pareillement, les jeunes poètes seraient mis en demeure d’établir leur réputation; mais comme Apollon et Plutus marchent rarement de compagnie, il faudrait que des récompenses pécuniaires fussent accordées aux uns et aux autres, avec discernement et impartialité : elles honoreraient également et ceux qui les recevraient, et le gouvernement qui en serait le dispensateur.

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