DE LA GAMME MLNEUUE
Sous quelque rapport qu’on envisage celle-ci , dans les deux versions que les modernes lui ont données, elle paraît réellement défectueuse en plusieurs points.
1° Si l’on veut ([u’il y ait toujours une sixte mineure du premier au sixième degré, ce qu’exigerait le mode et l’impression qu’il doit produire, une nouvelle difficulté d’intonation se présente de ce sixième degré au septième, dont l’intervalle donne une seconde augmentée composée d’un ton et demi ; intonation tellement contre nature que les cbanteurs lui préfèrent la septième diminuée, son renversement, composée de nenj demi-tons. De même, il leur est plus aisé d’entonner l’intervalle de quinte diminuée que celui de quarte augmentée. L’excm{)lc qui suit est encore à essayer sous les mêmes rapports que le précédent.
difficile.
plus facile.
difficile.
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quarte aiigmeulée.
difficile.
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quinte diminuée.
plus facile.
quarle augmentée, difficile.
plus facile.
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seconde augmentée.
septième diminuée.
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seconde augmentée.
quinte diminuée.
plus facile.
septième diminuée.
2^" Pour éviter cet intervalle de seconde augmentée dans la gamme mineure, on a imaginé de hausser d’un demi-ton le sixième degré en montant; mais il en résulte deux inconvénients, qui sont: premièrement, une nouvelle quarte augmentée du troisième au sixième degré; deuxièmement, l’annulation de l’un des intervalles caractéristiques du mode, c’est-à-dire la sixte mineure, rendue majeure par cette altération.
3° Pour effacer jiareillement l’intervalle de seconde augmentée en descendant la gamme, on baisse le septième degré d’un demi-ton, et l’on supprime le signe altératif par lequel le sixième degré était haussé en montant. Alors la sixte redevient mineure, mais le septième degré, étant à un ton du huitième, a perdu son caractère.
Frescobaldi, compositeur du dix-septième siècle, et quelques autres, ont eu l’idée de n’altérer aucun des sons de la gamme mineure, ascendante ou descendante '^. Tous ces essais ne font que témoigner l’embarras de ceux qui auraient voulu construire cette gamme sur un plan raisonnable et satisfaisant.
Encore une fois, et pour ne pas donner d’abord des intonations trop gênantes aux commençants, il serait à désirer que les gammes de Guido, ou selon sa manière, leur fussent présentées; la majeure d’abord.
(1) De nos jours encore, la gamme mineure descendante est presque toujours semblable à celle de Frescobaldi.
la mineure ensuile. Construites dans le même système, elles sont identiques, sauf la plaee que le mode assigne à leurs demi-tons; elles sont l'ranehes, naturelles, commodes à chanter (A).
Des intervalles et des cxerciees élémentaires, disposés dans l’esprit de ces gammes leur succéderaient; ils amèneraient progressivement les élèves aux gammes modernes et aux intervalles qu’on en déduit ' ‘h Voici I’Hexacorde de Guido, avec le septième degré ajouté, formant les IIeptacordes de ses successeurs :
Gammes selon le système de Gui l’Arêtin.
Majeure.
Mineure.
26*' louche blanche.
Èü
^ 24' touche
blanche.
Gamme mineure de Frescobaldi
ri — <2
lê:
Gamme majeure des modernes.
19' louche blanche.
^=g=lzlà^
I.’une ou l’autre ice gamme, des gammes mo- l dernesmineures, ) selon la i eirconstance ou f l’idée du moment ' 2' gamme.
N. B. De quelque façon que la gamme mineure soit exécutée, le sentiment et l’oreille s’unissent pour reconnaître dans ses trois demi-tons, ainsi que dans sa tierce et sa sixte mineures, une sorte de langueur, de tristesse même qui n’existe pas dans la gamme majeure. C’est aussi de ce grand contraste que proviennent les impressions si différentes de l’un et de l’autre mode.
ÜOTES DE CHAPITRE X\\
(A) M.M. Ferrari et Garaudé père, dans leurs méthodes de chant, s’accordent à dire ceci : « Quelque défectueuse que soit la gamme mineure, les progrès de la musique et ceux de l’éducation de l’oreille doivent la faire adopter de suite. »
On conçoit cette éducation dans ceux qui fréquentent les concerts et les théâtres lyriques, l’oreille se formant par l’habitude d’entendre et de comparer; mais on ne la conçoit pas aussi bien dans l’enfant novice à l’art des sons, pour qui toute chose est nouvelle, qui ne voit et n’entend qu’avec les distractions de son âge, et dont les premiers essais en tout sont plus machinais que réfléchis. D’ailleurs il s’agit de l’exercice des organes de la voix, autant pour le moins que de celui des facultés auditives, et nous pensons qu’on ne doit y procéder qu’avec les précautions qui assurent le mieux les progrès présents et les succès à venir.
(1) Ces idées recevroiil de nouveaux développements dans la seconde partie, au chapitre qui traite du Solfàje.
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