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DES MODULATIONS

On sait que moduler c’est parcourir différentes gammes, enchaîner des modes divers. Plusieurs périodes successives, avec telle variété de dessins mélodiques qu’il plaîra d’imaginer, ne préserveraient pas de la monotonie, si elles restaient constamment dans une seule gamme. Voilà pourquoi l’on module.

La mélodie peut, à la rigueur, moduler sans le secours de fharmonie, pourvu qu’elle ne sorte pas d’une série de six gammes, en comptant l’initiale, qui ont entre elles une telle parenté, qu’on les considère aussi comme relatives, du moins en harmonie et en composition.

Ces gammes sont celles qui ne diffèrent que d\m signe altératif de plus ou de moins avec le mode principal et son relatif. Autrement dit : en partant d’un mode quelconque , on peut passer dans ceux de ses quintes supérieure et inférieure , ainsi que dans les relatifs de ces trois modes.

Pour mieux s’entendre, on nommera Relatif direct le mode majeur ou mineur appartenant au principal, et les quatre autres seront appelés Relatifs indirects.

Ainsi, en partant du mode majeur d'ut, par exemple, on a :

1° ÜT majeur, mode principal ou initial supposé;

2° La mineur, mode de la tierce inférieure, ou relatif direct du précédent ,

3° Sol majeur, mode de la quinte supérieure du principal, A

4° Ml mineur, mode de la tierce supérieure, et relatif du précédent , /

5° r A majeur, mode de la quinte inferieure du principal , i * ‘

6° Ré mineur, mode de la seconde supérieure, et relatif du précédent, j

N. R. Si le mode mineur de la était ici le principal, il aurait ut majeur pour relatif direct, et les quatre autres seraient aussi ses relatifs indirects.

En composition, on ne suit pas l’ordre dans lequel ces six gammes sont présentées dans le tableau ci-desus. Ainsi , que l’on parte d'ut majeur, la première modulation se fera le plus ordinairement à la quinte supérieure, ou d’i/t majeur en sol majeur, où l’on a la faculté de rester plus ou moins de temps, et même (sauf quelques modulations courtes et passagères) d’y terminer la première partie d’un long morceau.

La première modulation, en parlant du majeur, se fait aussi à la lieree supérieure, eomme d’u< majeur en mi mineur; mais ee seeond mode retourne presque aussitôt à l’iniliaU^L

Si l’on part du mineur, la siij)j)Osé, la première modulation a lieu au relatif direet, c’est-à-dire de ta mineur en ut majeur, où l’on peut aussi rester et terminer une première partie. Ou bien l’on module d’abord, mais moins fréquemment, à la (juinte supérieure, ou de mineur en mineur; comme de la en mi, modulation qui n’est aussi que momentanée. La note ci-dessous s’y ai)pli(iuc pareillement.

La modulation à la gamme majeure de la ({uinle inférieure; ne se fait guère sentir (pie vers la fin d’un morceau , où elle ne mamiue jamais de leroduire de l’elTel.

Ouant aux manières d’enchaîner les six gammes entre elles, de les quitter, d’y revenir, de rappeler à propos l’initiale dans le courant du discours musical, comme cela dépend de la succession des idées mélodiques due aux caprices de rimaginalion, il n’y a rien à prescrire, point de règles à donner à cet égard. Souvent jnéme on franchit les limites générales posées ci-dessus, soit en considérant le premier degré d’une gamme majeure , comme cimiuième d’une gamme mineure en dehors des relatives , et en profitant des avantages qu’elle donne; soit en changeant subitement le mode de la gamme initiale. C’est ainsi que le mode majeur d'ut est rendu mineur au moyen des trois bémols qui lui appartiennent; ou bien que le mode mineur de la devient majeur par l’inlroduelion de ses trois dièses. Alors on a, dans chacun de ces deux cas, six gammes nouvelles à parcourir, trois majeures et trois mineures. Mais il est rare que toutes soient entendues dans le même morceau, quelle que soit son étendue.

Les modulations sont fixes ou passagères : fxes, si l’on y formule une cadence parfaite, un repos concluant sur le premier degré de la nouvelle gamme; passagères, si leurs cadences ne sont qu’imparfaites et surtout affaiblies.

En définitive , quoique la mélodie puisse moduler sans le secours de l’harmonie, celle-ci détermine mieux les modulations de l’autre, en ne laissant aucun doute sur la valeur ou la forme variée de ses cadences. Par elle aussi, il y a plus de certitude sur la gamme dont telle ou telle note du chant fait partie, lorsque les accords, pris des sons de cette gamme et qui lui appartiennent plus particulièrement, accompagnent et soutiennent la mélodie.

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