DU MORDENTE, OU BRISÉ
Le Mordant est aussi un trille, mais tronqué et fort court; c’est-à-dire attaqué vivement et presque aussitôt interrompu, d’où lui vient le nom français de briséj beaucoup plus significatif que l’autre, et dont on aurait dû se servir dans la Méthode. Comme, au contraire, on y a introduit le nom italien francisé, c’est avec son initiale m que l’on indique encore le trille de celte espèce.
On acceptera l’indication, mais on donnera à la chose son nom le plus caractéristique.
Un mouvement plutôt modéré que vite est d’obligation pour donner au brisé, difficile d’exécution, la légèreté, la netteté et le brillant qu’il réclame. Sans ces qualités, une suite de brisés peut devenir ridicule et de mauvais goût, en donnant à la voix un air de vieillesse tremblottante.
Selon le mouvement, le brisé peut être de trois, de quatre, de cinq sons et plus. {Voir le n° 18 du dixième Tableau.)
HOTES OE CII4PITKE HXHE.
(A) Lorsque Madame Damoreau chantait cet air, on était loin sans doute de critiquer son exécution, toujours si parfaite ; mais on gémissait de la voir sacrifier à la mode ; d’autant mieux qu’elle paraissait n’oublier dans aucun temps l’orchestre d’élite qui l’écoutait, et où son rare talent et la richesse de son imagination étaient si bien appréciés. Quand Martin, notre célèbre ténor de l’Opéra-Comique, savait que de grands artistes étaient venus pour l’entendre, il affectait alors, dans sa manière de chanter, un goût et une pureté classiques, qu’il observait moins, sans pourtant se négliger, dans les représentations de chaque jour. Et tel est l’effet de cette émulation réciproque entre les artistes, qu’elle tourne encore au profit des auditeurs charmés.
(B) Beaucoup de personnes, et même des musiciens, donnent au trille le nom de cadence. C’est à tort, assurément : c’est à la fois une impropriété de terme et un double emploi qu’on doit éviter avec soin. Combien de formules de cadences ne fait-on pas, sans que le trille y participe en quoi que ce soit? Et pourquoi celui-ci, qui se fait isolément sur les notes courantes du chant, recevrait-il le nom de cadence plutôt que toutautre de ses ornements ? Qu’on se rappelle donc bien que le trille n’est qu’un pur accessoire de la mélodie, un simple agrément que l’on peut y ajouter ou en retrancher à volonté ; tandis, au contraire, que la cadence est un repos, et, comme tel, une partie intégrante de la phrase et de la période musicale.