CHAPITRE XXXII
DES BRODERIES EN GÉNÉRAL, OU DES NOTES ACCESSOIRES VARIÉES, ET DES NOTES EXCEI'TIONNELLES QUI S’Y GLISSENT PAR INTRUSION.
On reconnaît aisément les notes principales de la mélodie, celles qui font partie des accords. Les notes intermédiaires ou de passage, la syncope, l’anticipation, et toutes celles dont il vient d’être parlé sous les noms
(rürnemcnf, d’agrémcnf, de noies de goût, etc., peuvent encore s’expliquer’; mais dans ce qu’on appelle proprement broderies cl traits; il se rencontre parfois de ces notes qui se refusent à toute analyse. Rares d’abord, elles se sont multipliées avec le temps ; et, comme la manie du siècle est non seulement d’abuser de tf)ut, mais d’outrer tout, on donne à l’usage de ces notes une telle extension, que souvent elles font sentir des duretés eboquantes, et ne sauraient être justifiées par aucune des règles connues, ([uelque disposé qu’on soit à les faire fléchir pour excuser de pareilles licences.
Quelquefois pourtant elles rentrent dans les exceptions à la marche par degrés conjoints des notes de passage, ou dans les variétés, que l’on donne à une note principale, variétés qui font partie des broderies. Pour celles-ci, le savant théoricien Reicba a posé ce principe : une note principale, sans rien changer à l'accord dont elle fait partie, peut être précédée, suivie ou entourée de sa seconde mineure ou majeure, tant inférieure que supérieure.
Selon ce principe, la broderie serait composée ainsi qu’il suit :
1° La petite note simple ou double. (N° 19 du dixième Tableau.)
2'’ Cette petite note elle-même, brodée par d’autres petites notes. (N°'20 du dixième Tableau.)
3° Le port de voix, inférieur ou supérieur, avec les broderies qui lui sont pareillement applicables, et les divers modes de son exécution. (N° 21 du dixième Tableau.)
A. B. Le port de voix ressemble souvent à une syncope, étant naturellement préparé. De même que la petite note, il indique un repos mélodique plus ou moins prononcé, et se mêle fort bien aux notes de l’accord qui le reçoit, quoique souvent il lui soit étranger.
4° Enfin, les notes de passage se varient par des moyens semlilables, et si l’on y joint les exceptions permises à leur marche , c’est alors qu’apparaissent ces notes accidentelles hasardées dont il a été question au premier paragraphe de ce Chapitre.
Nullement harmoniques, elles tiennent à peine à la mélodie, étant plus accessoires encore que les différentes espèces de broderies, qui ont au moins la petite note ou le groupe pour principe.
Voici, sur ces notes exceptionnelles, des passages cités par Jelensperger , dans son livre intitulé Y Harmonie au XXI siècle, ouvrage estimable sous })lus d’un rapport, et qui fait regretter que ce digne élève de Reicba ait été enlevé si jeune à l’art qu’il professait avec autant de conscience que de supériorité.
Au sujet de ces notes exceptionnelles qu’il appelle échappées, sans doute dans le sens de furtives, dérobées, il remarque : 1° que leur emploi demande un mouvement un peu accéléré; 2° qu’elles tombent souvent sur une petite note. Il pouvait ajouter: et sur une note de passage. {Voir n° 22 du dixième Tableau, lettres A, B, C, D, E, F.)