DE CE QU’ON APPELLE PROPREMENT DIFFICULTÉS
Lorsque le musicien, s’isolant de ses confrères de l’orchestre, vient se mettre en évidence pour donner au public des témoignages de son habileté, et le faire jouir des dons qu’il a reçus de la nature, joints au fniit d’un travail long et pénible, il ne manque guère de prodiguer toutes les ressources de son talent dans le morceau qu’il exécute.
Après avoir fait preuve de pureté et d’égalité dans les sons, de justesse et de sûreté dans leur intonation, de goût, de style et d’expression dans sa manière de phraser le discours musical, il aime en outre à montrer tout ce que peuvent la souplesse, la flexibilité et la légèreté des organes qu’il met en jeu, par le prestige de la difficulté vaincue. De là ces traits hardis d’une conception particulière, mais appropriés à l’esprit des morceaux, ainsi qu’aux moyens d’exécution que comporte chaque genre de voix ou d’instruments.
Voilà ce à quoi l’on attache plus particulièrement l’idée et le nom de difficultés, par la raison probable (pic les espèces en étant fort multipliées, et les moyens naturels rarement les mêmes chez les individus, ce que les uns obtiennent sans trop de temps et de travail, coûte à d’autres des peines infinies et qui ne sont pas toujours couronnées d’un entier succès.
Cependant, comme les nouveaux venus ont pu profiter des travaux de leurs devanciers; que les méthodes, perfectionnées de nos jours, présentent tous les genres de difficultés, classées dans un ordre de gradation quasi insensible, les élèves sont conduits peu à peu à les vaincre toutes, si l)ien qu’on peut dire que l’habileté, en fait d’exécution musicale, est devenue commune, aujourd’hui surtout que l’on préconise le talent d’exécution (ainsi se plaît-on à l’appeler) aux dépens du talent d’expression. Celui-ci pourtant, bien préférable, au jugement des connaisseurs, est aussi plus propre à former le goût du vulgaire, simplement étonné de ce qu’il ne comprend pas, mais toujours satisfait de ce qui l’émeut, de ce qui parle à son cœur.
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