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DE L’ENSEIGNEMENT MUSICAL

Les seules Ecoles de musique établies en France avant la fin du dix-huitième siècle étaient les maîtrises des cathédrales et des grandes paroisses, pour les enfants destinés aux fonctions du chœur (A).

Reçus de sept à huit ans dans ces maîtrises , ils y restaient cloîtrés pendant douze années. Outre les études qu’on appelle /mmam'iés, lesquelles étaient du ressort d’un ahbé directeur, des maîtres externes venaient enseigner le solfège, le clavecin et la composition.

On pourrait dire, jusqu’à un certain point , que l’enseignement de la musique était mutuel dans ces écoles, du moins quant aux éléments, puisque les plus anciens transmettaient à d’autres qui l’étaient moins, et ceux-ci aux plus jeunes, les leçons que le maître ne donnait qu’aux trois ou quatre premiers. Ces leçons devaient être transcrites et conservées au fur et à mesure qu’on les recevait. Pour tout le reste, l’enseignement était individuel ; le plain-chant de l’Antiphonier pour les oflîces; le Solfège d’Italie pour la musique, étaient les livres principaux consacrés à cette double instruction (B).

Si, après l’époque delà mue, l’enfant de chœur, devenu homme, avait acquis une voix de ténor ou de basse suffisamment timbrée, il pouvait aspirer au titre de bénéficier, et rester attaché à l’église en cette qualité, pour y chanter les faux-bourdons , léchant sur le livre, ainsique les messes, vêpres, motets etc. , composés par les maîtres de chapelle, quelquefois par le spé, nom donné au plus ancien des enfants de chœur (C).

Enfin, ces bénéficiers passaient souvent de l’église à la scène lyrique, ou desservaient tour à tour l’une et l’autre, à l’exemple de ce pauvre abbé Pellegrin.

Le malin catholique et le soir idolâtre,

Déjeûnant de l’autel et soupanl du théâtre œ.

Quant à l’enseignement mutuel ou en masse, tel qu’on l’entend aujourd’hui pour la musique, il est loin d’être une nouveauté, pas plus que le tableau, les signes tracés à l’avance, la baguette servant aux démonstrations, les moyens de transmission et de transcription des leçons par les élèves, les notes })arlées avant d’y appliquer l’intonation, etc. On peut s’en convaincre par ce qu’en a dit l’un des disciples de Fenaroli, IM. Imbimbo, dans une brochure publiée en 1821 chez Firmin Didot, sur l’enseignement mutuel appliqué à la musique.

« L’application de l’enseignement mutuel à la musique, dit M. Imbimbo, est fort ancienne ; elle se prati-

(1) Jeliotte, Lays, Cheron, Villoteau, et d’autres qu’on a vus briller sur la scène, avaient été enfants de chœur ou bénéficiers. De nos jours, celui dont on admire avec raison la voix vraiment angélique et la belle manière d’exécuter les chants d’église. IM. Alexis Dttpond, a commencé par être enfant de chœur.

« quait dans les conservatoires de Naples, fondés successivement de 1536 à 1589. Dans ces écoles, « tous les élèves étaient cloîtrés.

« Les élèves, sous le rapport de l’instruction musicale, étaient divisés en cinq classes : 1° celle des élé- « ments, y compris le solfège; 2'’ celle du chant, divisée elle-même en quatre sections, à cause de la diffé- « rcnce des voix; 3" celle des parlimenli (étude de l’harmonie et de l’accompagnement des basses chiffrées « et non chifirées) ; ¥ celle du contre-point (musique scolastique, amenant à la composition dans les diffé- « rents styles); 5” enfin celle des instruments à clavier, à cordes et à vent.

« A l’arrivée d’un maître, les élèves supérieurs de sa classe se rendaient au lieu destiné pour la leçon, (( munis chacun de leur cartellaW. Le maître examinait soigneusement chaque cartdla, et les corrigeait l’une « après l’autre, en présence de tous les élèves de la môme classe. Les autres maîtres suivaient une marche « scmhlahle dans leurs classes respectives.

« Parmi ces derniers, il y en avait un certain nombre désignés sous le nom de mastnee/Zi (seconds maîtres « ou chefs déclassé), qui instruisaient les élèves inférieurs delà même spécialité. En général, les plus avan- « cés remplissaient les fonctions de maîtres à l’égard des plus faibles, et, par ce moyen, les leçons se trans- <( mettaient de proche en proche, d’élève à élève, ce qui ne pouvait manquer d’exciter l’émulation, de hâter « les progrès, et d’assurer à tous une bonne et solide instruction musicale.

« Ils s’exercaient en même temps à écrire la musicpie en copiant leurs leçons ou celles des autres. Par « là, les règles et principes se gravaient mieux dans leur esprit.

« Dans les premières années, les élèves solfiaient sans chanter : ils nommaient seulement les notes et « marquaient la mesure. Lorsque la voix était formée, après l’époque critique ou elle mue, on les faisait <( solfier séparément et en chantant; car on était }tersuadé qu’on ne pouvait juger de la justesse d’une voix, « et qu’on ne pouvait connaître et corriger ses défauts, qu’en la faisant chanter seule. Plus tard, et pour af- <( fermir les éléves dans l’intonation, on les exerçait dans des morceaux d’ensemble sans accompagne- <( ment.

(( Le chant, devenu un art, exige de la part du maître une attention particulière et continue de l’organe « de la voix, afin qu’il puisse diriger ses dispositions et corriger ses vices. Il doit en examiner la qualité, (( le volume, le timbre, l’étendue, afin de l’exercer et de la développer peu à peu avec des leçons {vocalises) <( convenablement choisies, et d’une difficulté progressive. En effet, c’est par les vocalises qu’on apprend « à bien respirer, à ménager cette respiration, à la prolonger sans efforts, à la reprendre d’une manière im- « perceptible ; à poser, renforcer et adoucir la voix à volonté ; à lier ou détacher les sons ; à passer avec <( adresse de la voix de poitrine à la voix de tête, et réciproquement; à faire tous les agréments du chant, (I ainsi que les traits et roulades, conformément à l’esprit du morceau (}ue l’on chante, comme en raison des <( dispositions particulières de l’organe chantant.

<( Voilà à quoi conduisent les règles établies par les maîtres de l’art; et le choix, l’application, les modi- « fications de ces règles doivent varier pour chaque a oix.

« Ainsi, ce n’est pas par l’enseignement en masse que l’on formera à l’art de bien chanter, mais par l’en- « seignement isolé bien dirigé, et modifié selon la nature, la force, l’étendue et le caractère de la voix. Tel « est le mode qu’on a suivi en Italie depuis le dix-septième siècle, dans les écoles de Bologne, Florence,

<( Milan, Venise, Borne et Naples, d’où sont sortis les j)lus renommés chanteurs de l’Europe.»

(l) La carteUa élail une sorte île peau préparée, avec des portées toutes tracées, sur lesquelles on pouvait écrire des notes et les ofl'acer ensuite, s il eu était besoin, pour les corrections.

Au Conservatoire de Paris, et si l’on excepte son pensionnat, ouvert aux jeunes gens qui se destinent aux théâtres lyriques (t), tous les élèves sont externes : ils viennent trois fois la semaine passer deux heures en classe; puis, la leçon terminée, ils se séparent, se dispersent jusqu’à la leçon suivante,

Cet état de choses, on le sent assez, excluait toute idée d’enseignement mutuel, de transmission et de transcription des leçons d’élève à élève. Le mode d’enseignement individuel a donc été établi dès le commencement (1794), tel qu’il devait, tel qu’il pouvait être; et les bons résultats qu’on a obtenus n’ont été pour cela ni moins brillants, ni moins nombreux. D’ailleurs, comme les études y sont purement musicales, heureux les jeunes musiciens qui sentent de bonne heure le besoin d’actiuérir et de joindre à l’étude de la musique une instruction plus importante ; d’orner leur esprit de connaissances utiles et indispensables, exigées présentement dans ce monde où ils sont appelés à se produire, s’ils veulent y être considérés pour eux-mêmes, antantet plus que pour leur talent particulier. L’homme qui n’a d’autre savoir que celui d’amuser la société, y fait une triste figure et un sot métier.

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