‹ Le professeur de musiqueChapitre 81 sur 174 · DU SOLFÈGE ET DE LA SOI.MISATIOX · texte numérisé non relu

DU SOLFÈGE ET DE LA SOI.MISATIOX

Un Solfège est une leçon composée pour exercer l’élève tout à la fois à la lecture, <à l’intonation et à la flurée des signes de la notation musicale. Cette leçon, toute mélodique, est accompagnée d’une basse chiffrée, c’est-à-dire d’une partie inférieure, laquelle est en même temps la plus grave de l’harmonie indiquée par les eh i [Très.

En France, on a donné au tout le nom de la partie, et l’on entend par solféçje le livre qui renferme, indépendamment des principes élémentaires et des exercices préparatoires, une collection de leçons d’une difficulté progressive, un recueil de solfèges, raccolta di solfegii.

Idre et chanter à la fois les exercices gradués, puis les solfèges, en donnant à chaque note le ntm qui lui est propre et que la clef détermine ; observer la durée relative des différentes figures de ces notes par rapport à l’imité dont elles dérivent et au mouvement donné à cette unité; appliquer à toutes l’intonation précise, d’après le diapason arrêté pour une seule, tout cela forme l’objet de la solmisation. C’est ce que quel- (juesuns appellent solmiser, ou, plus communément, solfer (A).

Darmi tous les recueils de solfèges qui existent, les plus connus et de l’usage le plus ordinaire en France, sont ceux d’Italie, de Rodolphe et du Conservatoire. Celui-ci a été terminé et publié en 1800 ; mais la partie élémentaire, que le doyen des inspecteurs, Gossec(l), avait rendue trop prolixe et scientifique, a été refaite par M. Catel, en 1815 (B).

Rorné aux leçons de MM. Gossec, Chérubini et Catel, ce monument qu’ils ont élevé à la gloire de l’école française serait moins volumineux, moins coûteux pour les élèves obligés de se le procurer, et n’en présenlei ait pas moins un tout progressif et complet. Cette réforme est vraiment désirable.

Le Solfège de Rodolphe, puéril, incomplet, vieux en naissant, sous le double rapport du style et du goût ; pauvre dans ses basses sans harmonie indiquée, ne peut aucunement soutenir la comparaison avec les deux autres (2).

La grande vogue de ce recueil i/a pu lui venir que de ce qu’il convient mieux aux maîtres médiocres, et eeux-làle préconiseront encore longtemps. Ils ne manqueront pas non plus, s’ils accompagnent au piano, de jouer le chant en même temps que l’élève, c[uel que soit le diapason de sa voix. «Au fait, diront-ils, à quoi servirait la main droite quand la gauche est occupée de la basse? » Ou bien, si c’est avec le violon que d autres jouent cette basse (cela s’est vu et se voit encore, sans plus d’égards pour le diapason des voix), on les entendra, comme dit M. Imbimbo, mugir en basse-contre ce que l’élève glapira en fausset.

Un harmoniste pour maître, un jnano pour l’accompagnement de la basse-chiffrée, voilà ce qu’il faut à tout commençant, a tout solfégiste.

Les belles mélodies du Solfège d’Italie ont été gâtées par les prétendus agréments de l’ancien cbant français, que les sieurs Lévèque et Besch (3) ont osé prodiguer sans plus de goût que de discernement sur ces admirables chants des Léo, des Jomelli, des Durante, des Scarlatti, des Porpora. Les fautes, soit de gravure,

(1) Les iiispcctcurs de. renseignement étaient prirailtvenient des sommités telles que Gossec , Monsigny, Grctry , Méhul , Cherubini, l’erlon, etc.

(2) Un bon harmoniste d’ailleurs n’est jamais embarrassé pour accompagner une basse non chiffrée, à plus forte raison si cette basse est surmontée d'une mélodie prédominante.

(.3) Premiers éditeurs de ce Solfège et anciens maîtres des pages de la musique des rois de France. Les femmes n étant point a hnises dans leurs chapelles, c’était à ces pages que l’on faisait chanter les parties de dessus, oasoprani.

soit (lu fait des éditeurs, fourmillent dans les chifires de la basse, et personne ne leur enviera la partie élémentaire. Ce rceueil aurait besoin d’étre revu par un musicien babile et publié de nouveau. On rendrait un vrai service à la jeunesse, (jui n’aura jamais trop de livres classi(pies.

.Malgré le nombre des signes musicaux, les combinaisons si variées de la plupart, l’obligation d’y appli- (luer sur-lc-cbamp les diverses propriétés (jui leur appartiennent, toutes cboscs capables d’effrayer l’homme le plus studieux; des enfants, pour peu qu’ils aient d’aptitude et d’intelligence, parviennent, après deux années environ, à être d’habiles lecteurs, de bons musiciens sous ce’ rapport. En effet, les concours du Conservatoire, ainsi que les examens trimestriels donnent chaque fois les résultats les plus satisfaisants; cl certes, les leçons composées pour ces séances par le directeur, M. Cbérul)ini, et t[ue les élèves doivent lire à première vue, sont d’assez rudes épreines pour témoigner que ceux (jui les subissent avec succès ont été bien enseignés (C).

Les excellents conseils donnés aux professeurs eux-mêmes, en tète de la deuxième partie des solfèges du Conservatoire, font voir que l’avenir des jeunes musiciens a pareillement excité la sollicitude des anciens inspecteurs de l’enseignement. Tout professeur de solfège ou de vocalises doit avoir ces conseils gravés dans la mémoire.

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