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DE LA MUE DE LA VOIX

En prenant à la lettre ce que dit M. Imbimbo, que dans les Conservatoires d'Italie on ne faisait chanter le solfège qn'après la mue terminée, il est naturel de se demander comment on se procurait des voix Manches (de

femmes et (renfants) pour les joindre aux ténors et aux basses dans l’exécution des œuvres musicales destinées à l’Eglise? Un article du Dictionnaire de Musique du Lichtenlhal répond à cela:

« On trouve, dit-il, des individus (pii, arrivés à l’àge viril, et pendant tout le cours de leur vie, conservent la voix aiguë du premier âge. Cette voix se nomme Fausset. Avant (jue l’on eut introduit les « castrati dons la chapelle pontificale, c’était les faussets, prcscpie tous d’origine espagnole, ([ui chantaient les « parties de soprano et de contralto (0. »

Parmi les enfants du sexe masculin , il y a plus de mauvaises voix (pie de bonnes, et plus d’oreilles rebelles que dans l’autre sexe, dont les organes, plus délicats, ont aussi plus de souplesse, de sensibilité, et reçoivent plus aisément les impressions de justesse et d’intonation. Par compensation, il y a chez les jeunes garçons une ardeur, une énergie que n’ont pas les jeunes filles; mais ces (pialités mêmes contrarient souvent le travail de la nature à l’éporpie de la mue, qui, dans les voix masculines, opère une métamorphose complète, quand , dans les féminines , elle ne fait que donner plus de volume, de sonorité et d’étendue à la voix primitive. Aussi , y a-t-il toujours abondance de voix de femmes, comparativement au nombre des voix d’hommes, en France surtout.

Au Conservatoire de Paris, les adolescents solfient de prime abord en chantant; mais, à l’époque de la mue, l’on ne maiKpie pas de prendre les précautions qu’exige leur état précaire, précautions prescrites et développées, tant dans le Solfège de l’établissement (|ue dans sa Méthode de chant. Elles consistent à retrancher successivement des leçons, celles qui deviennent pénibles à l’élève. 11 cesse même de chanter, du moment où sa voix est bornée à l’étendue d’une octave. Alors on peut encore le faire solfier, mais en parlant la note (2). C’est même dans la crainte de qucl(j[ue négligence à cet égard, ou de l’ignorance de certains professeurs, que les anciens maîtres interdisaient positivement tout exercice de la voix pendant la durée entière (le la mue. C’est aussi ce ([u’il y a de mieux à faire. élève ne reste pas oisif pour cela; car devant supposer qu’il joue du piano, instrument presque indispensable à tout musicien, il continue à se rendre bon lecteur, en s’exerçant sur les œuvres ([u’on lui donne à étudier. Il peut aussi commencer l’étude de l’harmonie.

OHâPÎTRE VI- DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE VOIX APRÈS LA MUE; DE LEUR CLASSIFICATION, DE LEUR DIAPASON ET DE LEUR ÉTENDUE COMMUNE.

Chacun des deux sexes, après la mue, fournit trois sortes de voix assez bien tranchées, surtout chez les hommes. Elles répondent ordinairement aux dispositions particulières ([ui distinguaient la première voix. C’est ainsi que la seconde est aigue, grave ou intermédiaire, selon que, dans l’adolescence, chaque voix avait plus d’aptitude à l’émission des sons élevés qu’à celles de leurs contraires; ou qu’elle restait bornée entre les deux extrémités.

Les trois voix de femme, en commençant par la supérieure, ont reçu les noms que voici : Premier Dessus, en italien Soprano; Second Dessus, Mezzo Soprano ; Haute-Contre, Contralto. Cette dernière est la 6as.se des voix de femmes (A).

(1) On n’obteniiil ces sorles de voix qn'en faisant niiililer de pauvres enfants, niuti’ation à laquelle le clergé italien a tolaleincnl renoncé depuis. M Crescenlini, qu’on entendait aux Tuileries sous le règne de Napoléon Pq a été, nous croyons, la dernière victime d’un acte aussi ’nonslrneux.

;2) Quelques-uns appellent cela chanter à la muette. Cette lecution est tout à fait vici'U.se puisque Ton parle et qu'on ne ciiantc pas,

Les trois voix d’hommes sont la Taille ou Ténor:, Tenore; le Concordant ou Baryton, Baritono; la Basse- Taille, ou simplement Basse, Basso.

Outre cette division, les voix de ténor et de baryton se partagent encore en voix de poitrine et voix de tête.

Le Dessus (soprano) a, de plus, la voix du médium, mais qui est aussi une voix de poitrine, avec cette dilTérenee, que celle-ci se forme dans l’arrière bouche et la partie supérieure du larynx, et la voix de tète dans les sinus frontaux et les fosses nasales.

Les hommes et les femmes à voix graves n’usent que très rarement de la voix de tête, par la difficulté qu’ils éprouvent à la réunir à la voix de poitrine. Les exceptions ne peuvent faire règle. Elles se rencontrent d’ailleurs chez les femmes, plutôt que chez les hommes.

La différence de qualité des sons, leur inégalité de timbre en passant d’une voix à l’autre est choquante d’abord ; mais, par des exercices ad hoc, bien dirigés et réitérés, on corrige ce défaut, du moins autant que faire se peut, cherchant à rendre tous les sons égaux et proportionnés (B).

On a distingué ces divisions de la même voix par le nom de registres. Ce mot est pris évidemment des différents jeux de l’orgue, que gouverne celui qui joue, au moyen de règles pareillement appelées registres, qu’il tire ou pousse selon qu’il veut obtenir l’un ou l’autre de ses jeux.

Le quatorzième Tableau fait voir l’étendue des voix, avec leurs divisions par registres quand il y a lieu, ainsi que la clef appartenant à chacune de ces voix et qui détermine son diapason.

IVOTE^i B»&J OB4S'>BTHSi: VI.

(A) Les Italiens ne reconnaissent de Haute-Contre que dans les femmes, non dans les hommes, comme on a voulu le faire en France. » Cette distinction est illusoire, dit la Méthode; car un son plus ou moins haut, plus « ou moins nasal, ne donne pas un genre de voix de plus. »

(B) Les réussissent mieux que les Ténors à obtenir cette égalité des sons dans toute l’étendue de leur voix ; ou bien, par la nature même de celle de Soprano, le contraste est beaucoup moins heurté. Mais, dans le Ténor, on peut le dire , il est souvent tranché d’une façon trop remarquable. Pour ne citer qu’un exemple pris parmi les artistes qui ont obtenu les suffrages les plus mérités dans ces derniers temps , on osera nommer M. Rubini. Certes son talent comme grand chanteur est incontestable, cependant ses deux voix, ou, pour adoucir l’expression, ses deux registres font tellement disparate, à part la pureté de chacun, que celui qui ne le connaîrait pas et l’entendrait sans le voir aurait lieu de penser qu’on lui donne le plaisir d’un dialogue alternativement chanté par un Ténor et par un Contralto.

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