DES EXERCICES PROPRES A LA VOCALISATION
C’est encore sur les sons de la gamme que l’on fait exercer la mise de voix, indiquée par le signe CO qu’on exprime aussi par filer le son.
Ainsi la mise de son consiste à l’attaquer piano, à le renforcer graduellement jusqu’au fiorlc, et à le ramener par une gradation en sens inverse <mpjiano, sans qu’aucune ondulation s’y fasse sentir (lî).
Les bons chanteurs donnent la mise de voix à tous les sons, proportioncllement à leur durée; mais c’est surtout aux sons prolongés, aux notes surmontées du point d’orgue et au trille final qu’ils appliquent scrupuleusement cette règle.
Assez généralement, le trille final s’indique de cette manière :
N. />. On sait que le signe ^ \ est celui de la grande respiration.
Pour bien vocaliser, il faut non seulement savoir attaquer, lier et filer les sons, mais aussi passer d’un registre à l’autre, de manière à ce que ce passage soit insensible; connaître l’art de porter la voix, c’està-dire de lier deux notes, quel que soit l’intervalle qui les sépare; exécuter les agréments du chant avec grâce et légèreté; phraser celui-ci musicalement et nuancer ses phrases. « Le son doit être atta([ué « franchement et juste, sans préparation, sans y arriver par aucune traînée.»
Le moyen de fondre les registres de la voix, de façon à faire disparaître la différence de timbre qui existe entre eux, consiste en exercices sur les notes qui les séparent ou qui en sont les limites, et ({ue l’on chante alternativement avec l’une et l’autre voix; lentement d’abord, puis en accélérant peu à peu le passage.
Le port de voix des deux espèces succède aux exercices précédents. (Voir les n<Js 1, 2 et 2 bis du dixième Tableau.)
Pour leur exécution, on relira ce qui a été dit Chapitre XXXI de la première Partie. On ajoutera pourtant que, dans ces passages, quand les sons liés vont de bas en haut, on procède du faible au fort, et vice versa. Par là, on établit l’équilibre entre tous, leur faiblesse augmentant à mesure qu’ils deviennent plus aigus.
La Méthode blâme, avec raison, le mauvais goût de ceux qui commencent une phrase par un agrément quelconque; ou bien qui, en liant deux sons éloignés, de l’aigu au grave, font entendre tous les demi-tons qui les séparent, sans donner d’intonation précise à aucun, ce qui ressemble assez à un bâillement ou à un lonq gémissement.
Le trille, difficile à acquérir, doit être étudié dès les premières leçons de vocalisation, l’élève ne l’exerçant pas dans l’étude du solfège proprement dit.
Après une instruction convenable sur ce qui précède, on entreprend l’étude des traits de toute espèce, en sons alternativement liés et détachés, mais dans un mouvement modéré. De là, on passe aux gammes en notes brèves, appelées roulades, dont la difficulté d’exécution égale celle du trille. Enfin, viennent les solfèges-vocalises, dont le maître profite pour enseigner à placer à propos les petites notes simples et doubles, les groupes de plusieurs sortes, le trille, le brisé, et tous les agréments (jue l’élève a étudiés séparément. Ces derniers sont bien faits dès qu’ils sont bien sentis, dès qu’ils ont un mouvement et une expression appropriés à ceux du morceau. Le trille même n’en est pas exempt ; car si sa grande rapidité est une qualité dans r Allegro, il devient un défaut dans V Adagio A).
(1) Quelle que soit la vitesse donnée au trille, ses deux sons doivent être marlelés également et d’une manière sensible pour l'aiulitetir. De là, la grande difficulté de cet agrément.
N. Il 11 est ])cu (le ces règles cl principes (|ui ne soient applicables aux inslrunientistes. L’école d’un cxcelk^nt chanteur est en effet la meilleure qu’ils puissent suivre.
Pour orner soi-méme le chant et placer à jjropos chacpie trait d’agrément, il faut, à (|uelfiuc peu d’imagination (elle s’étend aussi parles recherches, les réflexions, les essais réitérés), joindre du tact, du goût, du discernement.
Quant à l’expression, elle est vraie ou factice, selon qu’elle provient d’un sentiment intime, ou (pii n’est (pic feint; selon que cette expression part d’un cœur touché, ou qu’elle en trahit au contraire la sécheresse. Kien de plus commun, en musique, (pic ces gens cpii se passionnent à froid ; qui donnent pour du sentiment les grimaces de l’exagération; qui, s’étant fait ce moyen ridicule d’expression, n’en connaissent point d’autre, le prodiguent partout, et lassent bientôt parleurs monotones affectations.
Pour bien exprimer,, il faut sentir vivement; pour sentir ainsi, il faut être né avec des organes aisément impressionnables; une sensibilité (pi’on doit pourtant savoir contenir; une imagination enfin prompte à s’exalter (C).
Sans ces dons de la nature, l’expression est toujours faible et sa transmission languissante, quelle (pie soit d’ailleurs l’habileté de l’imstriimentiste ou du chanteur, sons le rapport de la facilité, de la justesse, de la netteté d’exécution.
ÜOTES I>1J CIIAPITUE III.
(A) Ce n’est pas à cause de leur structure particulière, assez peu différenle de celle des solfèges, qu’on leur a donné le nom de Vocalises, mais à cause de leur objet spécial, celui de faire chanter sur une ou deux voyelles, celles (lui se prêtent le mieux à ces exercices.
A'. B. Du verbe \la.\\en vocalizzare^ employer les voyelles, nous avons fait successivement les mots vocaliser, vocalises, vocalisalion.
(B) Loin de suivre de si bons conseils, il est devenu de mode de faire treinblotter la voix sur tous les sons tenus. On appelle cela faire vibrer les sons^ et l’on se fait un mérite de ce que le goût réprouve le plus. Dès qu’un son se produit, il y a nécessairement vibration d’un corps sonore quelconque ; mais celle-ci est naturelle; elle existe par elle-inêuie, malgré l’instrumentiste ou le chanteur qui ne peuvent l’empècher. L’autre est purement factice; et, quand on entend le mauvais effet qui en résulte, on se demande si l’artiste se trouve saisi de frisson, ou s’il est devenu caduc.
Les instrumentistes qui veulent imiter cette sorte de mensonge font aussi trembler, soit le poignet sur le manche du violon ou du violoncelle, soit le doigt sur les trous de la flûte ou du hautbois. Ne sortons jamais de la nature et de la vérité; hors de là, tout, dans les arts, n’est qu’affectation ou charlatanisme.
(C) Pourquoi nedirait-on pas qu’il faut avoir éprouvé l’effet des passions pour les exprimer avec vérité? N’en est-il jias de nobles aussi bien que de condamnables? Si, par exemple, aucune actrice n’a excellé autant que M™' Branchu à remplir dignement le nMe d’ Alceste, c’est que, dans le cœur de cette femme vertueuse, l’amour conjugal et l’amour maternel se disputaient la prééminence.