RÉFLEXIONS
La correspondance et les écrits publiés par M. de Falloux soulèvent des questions importantes dans l’ordre des idées sociales et des idées religieuses. Disons quelques mots des premières pour nous attacher ensuite plus particulièrement aux secondes.
Madame Swetchine s’était toujours vivement intéressée à la France; le comte de Maistre lui aurait, au besoin, appris à le faire. Arrivée à Paris, en 1816, et morte en 1857, elle y a vécu sous la Restauration, sous la monarchie de Juillet, sous la république et sous le second empire. La politique a toujours occupé une place dans les conversations de son salon et dans sa correspondance. Elle arrivait en France, française par la moitié de ses sentiments nationaux, et légitimiste par ses principes. Jamais elle n’avait admis d’autre pouvoir régulier que celui des Bourbons. Sa place était donc marquée dans le faubourg Saint-Germain dont elle partageait les idées. Toujours, du reste, elle conserva la pleine indépendance de ses jugements. «N'appartenir à aucun parti, dit excellemment M. de Falloux, c’est ne pouvoir parvenir à se
ÉTUDE BIOGRAPHIQUE
! former aucune conviction ferme et arrêtée sur les problèmes qui divisent et agitent son époque, c’est se récuser sur les plus hautes questions de la morale sociale; c’est hésiter entre le bien et le mal, c’est s’avouer vaincu d’avance dans les combats qu’ils se livrent, ou se réfugier dans une égoïste neutralité. Rien de cela ne pouvait convenir au caractère, à l’intelligence et au cœur de madame Swetchine; mais ce qui lui était absolument étranger, c’était l’esprit de parti. Aussi éloignée de l’indifférence en matière politique que si elle y avait mis l’enjeu d’un intérêt ou d'une ambition, elle avait horreur du joug des coteries et de la légèreté irréfléchie de leurs préjugés1. » Madame Swetchine, en effet, telle qu’elle se montre dans ses écrits, a des principes politiques et les suit, sans recevoir le mot d’ordre de son entourage, dont elle sait au besoin, et sur des points graves, se séparer franchement.
Il suftit de dire que, catholique de culte et Française de résidence, elle n’hésite pas, en 1831, à prendre parti pour la Russie et à considérer la révolution de Pologne « comme une ingrate et imprudente effervescence*. » Son patriotisme russe avait survécu à son changement de communion et elle écrit le 27 octobre 1831 : « J’ai retiré mon nom de la liste des souscripteurs du journal l'Avenir, où l’empereur et la Russie sont aussi peu compris qu’indignement jugés. Je sais le cas qu’il faut faire de ces sortes d’insultes... Je sais que cette âpreté de Y Avenir dont j’aime, comme vous savez, l’un des collabora -
1 lettres, préface, p. v.
a Ibid., t. I, p. ‘278.
ÉTUDE BIOGRAPHIQUE
leurs, est un manque de convenance et une forme de style; mais je pense aussi que, ne partageant pas leurs sentiments politiques et appartenant ù un pays qui est sans cesse l’objet de leurs clameurs, je ne dois pas m'associer à eux, même par la voie de /’ abonnement , quelle que soit d'ailleurs ma vive adhérence aux efforts du zèle dont ma foi religieuse est l’objet. Ces deux choses restent bien distinctes dans mon esprit*. »
Ce n’est pas seulement le sentiment national russe qui amène madame Swetchine à se séparer de ses relations parisiennes dans ses appréciations politiques. On retrouve sa parfaite indépendance dans sa manière de résoudre des questions générales. A l’avénement de Charles X, elle