‹ Le professeur Diodati notice biographiqueChapitre 23 sur 44 · ÉTUDE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

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elle vous aimait; elle considérait un pauvre plus qu’un prince1. »

Un renseignement de grand prix à cet égard est le soin qu’elle prenait de procurer aux pauvres :

Le superflu, chose fort nécessaire.

C’est là un des signes auxquels on reconnaît les âmes qui voient dans le pauvre, non le pauvre seulement, mais l’homme, le semblable. « L’aumône, dit M. de Falloux, n’était pas seulement pour elle l’accorn plissement d’un devoir; elle aimait en outre à faire plaisir à ceux à qui elle faisait du bien ; son cœur ajoutait toujours quelque chose à l’aumône de ses mains. Elle employait à créer à un pauvre une distraction ou une jouissance le même soin, la même suite que nous l’avons vue déployer dans les plus hautes préoccupations de son intelligence. A ceux-ci, elle achetait quelques pots defleurs ; à ceux-là, elle faisait encadrer des gravures qui leur rappelaient un sujet favori... Pour les uns, elle choisissait des livres ; pour les autres, un meuble commode *. »

Le sentiment de la fraternité chrétienne avait donc dominé chez madame Swelchine les instincts et les impulsions de la vie mondaine. Tout près de sa fin, à un moment où elle ressentait déjà les atteintes du délire, précurseur de la mort, on l'entendit s’écrier ; « La vérité ! j’aimerais mieux un lit d’hôpital avec elle que toutes

* Vie, p. 412.

5 Ibid., p. 398 et 399.

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les somptuosités du monde sans elle1. » Dans une position difficile sa foi avait triomphé.

La vivacité de la foi me semble le trait dominant de la figure morale de cette noble femme. Elle avait une haute intelligence, un esprit délicat, un cœur généreux et sensible, mais ce qui la caractérise le mieux, c’est une foi profonde entée sur un caractère naturellement énergique.

, Elle eut la puissance de la foi, et la répandit en bienfaits autour d’elle ; elle en eut aussi la couronne, je veux I dire la joie. Ses circonstances extérieures ne furent pas,

I à tout prendre, malheureuses, bien qu’elle ait connu les ennuis, les chagrins et les déchirements de la vie ; mais \ elle avait une écharde dans la chair, sous la forme d’une santé déplorable. Pendant de longues années, elle ne put dormir plus d’une heure et demie de suite, et devait souvent, dans la même nuit, sortir jusqu’à vingt fois de son lit pour se promener dans sa chambre. Ses souffrances étaient habituelles, et vives de temps à autre. Et dans cet état, elle était joyeuse. Elle ne l’était pas par tempérament; sa nature primitive la portait à la mélancolie et à l’abattement ; sa constitution morale ne se prêtait pas aux contentements faciles. Elle était joyeuse de l’espérance des chrétiens au milieu des afflictions de son cœur et du délabrement de la machine. Ce sentiment éclate souvent dans ses lettres. Persuadée que Dieu dirige tout avec bonté, elle trouvait « la vie parfaitement belle et la mort parfaitement désirable* » et cela pour

• Vie, p. 502.

* Lettres, t. I, p. 21Î.

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voit à tout. La joie était pour elle le grand moyen d’apologie, le grand argument à proposer aux incrédules. Écoutons-la1 :

« Il est en faveur de la vérité un argument universel à la disposition de chacun et de tous les moments, c’est 1 e bonheur intérieur, mais visible, dont jouit le chrétien sincère. Le bonheur est chose si peu commune et si estimée qu’il n’apparaît guère sans se faire remarquer, sans qu’on demande d’où il vient et où il va. Les esprits les plus incultes, comme les plus ratfinés, les plus sérieux de leur nature, comme aussi les moins enclins à se préoccuper des vérités abstraites sont bien obligés de remonter jusqu’aux sources d’un si rare prodige.

« Une joie dont on porte la racine en soi-mème, qui ne se montre ni ne se cache, mais se laisse voir, dont la permanence a déjà quelque chose de l’immutabilité céleste, fait réfléchir les hommes, tout en les déroutant ; ils se sentent pris au dépourvu pour expliquer humaine ment un si étrange phénomène.

« Oui, il est dans le monde un apostolat silencieux, une prédication incessante et persuasive : c’est le rayonnement naturel d’un contentement profond et véritable. Jamais les immortelles espérances auxquelles notre dévouement sacrifie ne seront aussi bien proclamées par nos paroles que par le contraste de nos peines connues, avec la radieuse tranquillité de ce repos qui va du cœur au visage. »

Madame Swelchine a écrit ces choses et elle les a *

1 Ext rail du Traite de la résignation , p. 394 à 398.

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faites. Quelles que soient les destinées de sa réputation dans le monde litléraire, dont elle ne sollicita jamais l’entrée, les âmes en faveur desquelles elle a exercé le triple apostolat de la foi, de la charité et de la joie chrétienne ne perdront pas sa mémoire.

Genève, novembre 1863.

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