‹ Le professeur Diodati notice biographiqueChapitre 36 sur 44 · III. On a persécuté au nom de tous les cultes adoptés · texte numérisé non relu

III. On a persécuté au nom de tous les cultes adoptés

par V État.

L’Espagne, la France, l’Italie ont persécuté, on sait avec quel éclat, au nom de la religion catholique romaine1 * 3. En Russie, le czar a persécuté au nom de l’Église catholique d’Orient : les Polonais et les luthériens le savent. On a persécuté au nom de l’Église épiscopale d’Angleterre. Sous le règne d’Élisabeth, la main du pouvoir s’abattit sur les catholiques romains, et plus violemment encore sur les puritains. César Cantu dit que les violences commises alors en Angleterre dépassèrent celles de l’Inquisition d’Espagne*. Je crois qu’il exagère; mais toute exagération enlevée, le mai reste grand. Les persécutions d’Élisabeth ne rappelèrent que trop celles de sa sœur Marie la Sanguinaire. Vint plus tard Cromwell qui ne fut pas doux pour les catholiques irlandais. Il les parqua dans un des districts de leur île, avec permission aux habitants des districts voisins de tuer sans forme de procès ceux qu’on surprendrait hors des frontières assignées.

Voici un rapprochement de faits et de dates bien instructif pour l’objet de notre étude. La Révocation

1 C’est à l’occasion de ce qui avait été dit au sujet de l’Inquisition, de

la Saint-Barthélemy et de la révocation de l’Édit de Nantes que la question avait été posée. Il n’y avait donc pas lieu à s’étendre de nouveau sur ce sujet.

3 Cantù, Histoire universelle , tome XV, chapitre xxv.

l'église romaine

de l’Édit de Nantes est du 22 octobre 1685. Le 26 novembre 1686, un mois et quatre jours plus tard, à l’occasion du changement de religion du sieur François S., fds de feu noble Théophile S., conseiller, on écrivait les lignes suivantes dans les registres du Consistoire de Genève :

Arrêt du Conseil en éclaircissement de l’édit de juillet 1609 contre les apostats, portant que les citoyens et bourgeois lorsque, contre leur serment *, ils auront changé de religion seront déchus de tous droits, privilèges et prérogatives de la cité, qu’on les bannit à perpétuité nous peine de la vie , avec défense de les retirer dans notre ville et terres d’icelles, à peine de 1000 écus d’amende 1 2.

Ces deux faits sans doute ne doivent pas être identifiés. Ils diffèrent par leur nature: Louis XIV rompt un engagement pris, et viole une promesse solennelle; la République de Genève maintient un édit antérieur. Les conséquences des deux mesures n’ont aucune proportion; mais le rapprochement des deux faits est fort instructif, parce qu’il rappelle qu’à cette époque, le droit commun de l’Europe était le caractère légal et obligatoire des cultes. La religion était territoriale. Qui voulait être catholique devait quitter Genève; et qui voulait devenir protestant devait s’éloigner de Chambéry.

On a donc persécuté au nom de tous les cultes

1 Le serment de bourgeoisie renfermait l’adhésion à la religion du pays.

2 Notes extraites des Registres du Consistoire de l’Église de Genève par M. A. Cramer (autographie), page 358-

KT LA LIBERTÉ DES CULTES. 15

adoptés par l’État. Sous ce rapport, « ce qu’on a fait dans le passé » est loin malheureusement de s’appliquer à la seule Église romaine

Telle est l’influence des cultes adoptés par l’État, c’est-à-dire aux prescriptions desquels l’État a donné force de loi; mais voici ce qui est arrivé. Le clergé règle le culte. Donc, quand l’État adopte un culte, il devient en quelque sorte le vassal du clergé. En rendant la religion obligatoire , les Gouvernements s’obligent à obéir eux-mêmes à l’Église. C’est le phénomène qui s’est produit au moyen âge. La société moderne s’est sécularisée ou, en d’autres termes, l’État est devenu laïque. S’il s’était borné à affirmer son indépendance dans son propre domaine, tout serait rentré dans l’ordre. Malheureusement, par l’effet d’une réaction naturelle, mais illégitime, l’État, en secouant le joug du clergé, a voulu régler les choses de la religion. Les pouvoirs civils se sont émancipés; mais ils n’ont pas émancipé les individus, et aux persécutions cléricales on a vu succéder les persécutions laïques.

1 Entre les communautés protestantes, les frères moraves forment sous ce rapport une exception remarquable. Ils ont maintenu l’élément religieux dans son indépendance, et ils professent les maximes de la plus large fraternité. On lit dans leurs statuts : « Nous envisageons comme nos frères en Christ tous les enfants de I>ieu, dans quelque Église ou dénomination chrétienne qu’ils se trouvent. Nous les aimons sincèrement, réprouvant, comme absolument contraire à l’esprit de Christ, toute inimitié causée par des divergences d’opinions en matière de doctrine ou d’institutions religieuses. » — Règlement pour les membres de V Église des frères dans la Suisse romande, page 6.

l'église bomaine

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