‹ Le professeur Koch et le péril de la tuberculose bovineChapitre 15 sur 34 · LE PROFESSEUR KO GIT · texte numérisé non relu

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démonstration expérimentale rigoureuse de l’identité de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine. A l’époque où surgissait cette démonstration, l’opinion médicale était bien éloignée de la notion de l’unité de ces deux maladies. Tout au moins bataillait-on autour des preuves avancées pour et contre. Mais Virchow, partisan de la dualité, avait presque généralement converti les anatomo-pathologistes à l’opinion que la tuberculose du bœuf est quelque chose de tout à fait différent de la tuberculose de l’homme.

« Reconnaissons que les considérations anatomo-pathologiques sur lesquelles s’appuyait Virchow étaient fondées, au moins dans une très large mesure1 2. Mais pour se prononcer sur une question de cette nature, il faut autre chose que le critère anatomo-pathologique. Les caractères fournis par l'histologie pathologique ne peuvent avoir qu'une importance bien secondaire , quand il s'agit de déterminer les rapports qui unissent deux maladies infectieuses Pour établir l’identité ou

1 II y a là une concession aux théories et idées de Wirchow que nous ne saurions admettre, même sous cette forme atténuée. Nous discuterons cette question dans le chapitre consacré à Virchow. et le lecteur jugera. Mais nous ne voudrions pas, même dans ce chapitre, laisser passer sans protestation, toute expression, toute affirmation indulgente, qui diminuât les responsabilités scientifiques de Virchow.

2 Nous avons tenu à souligner cette phrase de Chauveau ; elle concorde entièrement avec l'affirmation d'un pur anatomo-pathologiste : Schueppel, qui, dès 187- (Ueber die Entstehung der Riezenzellen im Tuberkel, Sur le développement des cellules géantes dans le tubercule. Avchiv /'. Heil/eunde, 1872), démontra, sur le terrain anatomo-pathologique lui-même, l’erreur de Virchow, lorsqu’il veut séparer fondamentalement les tumeurs de la Perlsucht, des tubercules. Virchow fit la sourde oreille et son iucommensu-

la non-identité de ces deux maladies, on a en main un moyen autrement sûr et puissant : l’épreuve de la contagion expérimentale. Dans le cas particulier, je me suis dit que si les deux tuberculoses ne forment qu’une seule et même maladie, il y a un moyen certain de s’en assurer ; prenons sur l’homme de la matière tuberculeuse, faisons-la réagir sur l’organisme du bœuf, et suivant les effets produits, nous affirmerons catégoriquement l’unité ou la dualité.

« Vous venez de voir les résultats obtenus. Dès le premier moment, c’est-à-dire le 17 novembre 1868, date de ma communication à l’Académie de médecine, j’ai tiré de ces résultats les conséquences qu’ils comportent, au point de vue des applications hygiéniques. La campagne que j’ai immédiatement commencée, pour qu’on prenne des mesures qui mettent l'homme et les animaux à l’abri de la contagion de la tuberculose bovine, s’est étendue avec la plus grande rapidité au monde vétérinaire tout entier. Il fallait, avant tout, que la tuberculose bovine fût classée 'parmi les maladies qui tombent sous le coup de V application de la loi de police sanitaire des animaux. J’ai, au Comité consultatif des épizooties, combattu avec la plus grande persévérance, une persévérance que fai même le droit d'appeler de V acharnement, pour obtenir ce résultat important. C’est fait depuis trois ans. »

Etablissons ici une large parenthèse.

rable vanité refusa de tenir le moindre compte de toutes les expériences, aussi bien que de toutes les démonstrations qui réduisaient à néant ses anciennes affirmations.

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Cette phrase de Chauveau peut donner une idée de la résistance qu’il a rencontrée pour faire instituer un règlement, qui n’a d’ailleurs, à l’heure actuelle, aucune application pratique, qui n’est pas exécuté, qui n’est qu’un trompe-l’œil, et qui constitue, ainsi que les règlements analogues dans tous les pays, sauf le Danemark, suivant le mot d’un congressiste de Londres, une véritable farce. Nous examinerons, dans notre prochain livre, avec des documents, des chiffres et des statistiques, la comédie de la lutte contre la tuberculose bovine ; nous verrons la parfaite inefficacité des règlements et nous rechercherons les motifs pour lesquels il en est ainsi. Pour apprécier la résistance de tout le monde officiel à toute réglementation sur la viande et le lait tuberculeux, il est bon de rapprocher de ces paroles de Chauveau, les événements qui se passent aujourd’hui, ceux qui se passaient à Berlin, il y a vingtcinq ans, au temps de Gerlach, et d’anciennes paroles, bien oubliées, de Colin. Ce porte-parole des intérêts officiels semblait plus effrayé des conséquences que pourrait avoir pour les gros propriétaires la découverte des relations de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine, que de la gravité de cette découverte pour la santé publique :

« La question est jugée pour moi, mais elle ne l’est pas et ne doit pas l’être pour tout le monde ; elle n’est pas de celles dont la solution se donne à huis-clos, dans une lettre à un ami (allusion, sur un ton injurieux, à la lettre de Chauveau à Villemin). Il faut qu'elle soit tranchée dans les hautes sociétés savantes, et dans les

conseils d'hygiène. Il ne doit pas être permis à un vétérinaire d’abattoir ou au premier agent de police venu d’envoyer au fumier, comme on le fait déjà, la viande d’une masse d’animaux, sous prétexte que la tuberculose peut être inoculable par les voies digestives. L’Académie est consultée sur le point de savoir s’il convient que, dans l’armée, le pharmacien reste l’égal ou devienne le subordonné du médecin, et elle ne l’est pas sur une question d’hygiène de premier ordre, qui touche à la santé et à la vie des populations, car il s’agit eh fin de compte de savoir si l’usage de la chair et du lait de centaines de mille d’animaux tuberculeux tués chaque année, peut donner aux millions d’individus qui en feront usage, les germes d’une maladie mortelle et héréditaire. En d’autres termes, il s’agit de décider si l’on peut user, sans inconvénient, de ces produits précieux, ou s’il faut les jeter à la voirie, au grand détriment des propriétaires et de l’alimentation publique [Bulletin de V Acad, de médecine, 1873, p. 635, 10 juin).

On entendit à cette époque, pour la première fois, cet argument réédité par Koch, à Londres, et qui ainsi que Lister l’a fort logiquement montré, se retourne contre ceux qui le soutiennent. Colin, reprochant avec mépris aux expérimentateurs allemands d’avoir affirmé la nocuité du lait, prétend que s’ils avaient raison, tout le monde devrait être tuberculeux. Ce mépris des expérimentateurs allemands était bien dans la note du temps et ne se traduisait malheureusement pas seulement par l’injure stupide, à leur égard, mais

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par la ridicule pénurie des bibliothèques françaises, notamment de celle d’Alfort, à l'égard de la bibliographie vétérinaire étrangère et dont Colin doit être tenu responsable, pour l’époque où il dirigeait cette école.

Le gros mot a été lâché par Colin, « le grand détriment des propriétaires » ; et cette communication ancienne doit nous être d’un grand enseignement pour les choses du présent, aussi bien que pour celles de l’avenir. Lorsque des intérêts particuliers sont en jeu, les intérêts généraux s’effacent; et jusqu’ici, les gouvernements se sont montrés beaucoup plus empressés de satisfaire les intérêts particuliers que les intérêts généraux. La question des primes sucrières est un frappant exemple à l’appui de ma thèse. Pour faire tomber, non pas des millions, mais des centaines de millions, dans la bourse d’un petit groupe d’hommes, que l’on peut, presque sans exception, compter parmi les moins intéressants du pays et qui emploient presque tous leur argent et la force qu’ils en tirent à lutter contre le progrès et la vérité sous toutes ses formes, on a établi des législations empêchant les Français de consommer un aliment de première nécessité, qu'ils produisent. Dans la question de la tuberculose bovine, on voit, de même, la plupart des savants ayant quelque attache gouvernementale lutter violemment, par tous les moyens, non seulement contre les intérêts du plus grand nombre, mais contre les intérêts du gouvernement lui-même. Dans mon second volume, je rapporterai toutes les discussions qui ont eu lieu devant les Chambres et dans

les commissions, par tout pays, et l’on jugera si ce sont là des insinuations jetées à la légère 1.

Assurément, la conduite et l’attitude de Colin ne sont pas comparables à celles de Koch. Colin pouvait être de bonne foi dans la soutenance de sa thèse ; il n’en est pas moins vrai qu’il défendait avec acharnement, avec acrimonie, contre Chauveau, des intérêts particuliers 2 contre l’intérêt général, qu’il faisait vraiment trop bon marché de la vie de ses semblables, et qu’il obéissait très manifestement à des suggestions précises.

Au lendemain de la communication de Koch à Londres, on demandait à la Chambre des communes anglaises la suppression de toute législation contre la viande et le lait tuberculeux. Pareille tentative se serait déjà produite en Allemagne, si le plan avait réussi, et si, après la déroute de Koch, l’on n’avait reculé devant l’énormité du scandale. Les faits ne sont évidemment pas comparables. Et cependant, à ceux qui prétendraient aujourd'hui que Colin pouvait croire être dans le droit chemin et ne s’élevait avec une telle violence et une telle acrimonie, qu’en raison de cette conviction, nous répondrons que trop souvent on a vu justement ces violences de langage masquer la faiblesse des convictions et que l’obstination à rester dans une telle voie, une fois qu’on s’y est engagé, ne saurait faire oublier

4 Je me suis décidé à consacrer un chapitre à l’interpellation récente de M. Denis à la Chambre des députés.

s En réalité, ces défenseurs portent le plus grand tort aux intc- I rôts qu’ils croient défendre; mais nous devons les juger sur leurs intentions.

les motifs, souvent peu avouables,, qu’on avait de la choisir. Si personne en France n’a soutenu Koch, bien qu’on l’ait mollement combattu, si nous pouvons avec orgueil, au sujet de cette question, retracer la carrière de Chauveau, nous avons le regret de dire, qu'il y a trente ans, le commissaire du gouvernement , alors tout puissant en France, le professeur d’Alfort, Colin, n’a présenté ni le sens critique, ni le sens moral de l’Allemand Gerlach.

Le Congrès de la tuberculose, continue Chauveau, en recevait la nouvelle dans une des séances de sa première session, juste au moment où il venait d’émettre le vœu que la tuberculose bovine fût, dans la législa-

tion de tous les Etats1, inscrite parmi les maladies contre lesquelles sont édictées les mesures de police sanitaire. Vous voyez, d’après ce que je viens de vous raconter, sur les propriétés infectieuses de la tuberculose humaine, à l’égard de l'espèce bovine, et sur la réciprocité qu'implique nécessairement la démonstration de ces propriétés, que le Congrès de la tuberculose n’a pas à regretter son vœu de la première session.

On voit que la citation étendue des travaux de Chauveau méritait d'être faite et d’être rapprochée des affirmations de Koch. Que l’on se rapporte à cette affirma-

* On peut voir dans cette phrase, écrite déjà il y a plus de dix ans, l’indication de cette agitation, de cet état d’esprit, qui conduit les hygiénistes à proposer, avec le succès que l’on sait, au Congrès de Londres, un ensemble de mesures internationales, nécessaires pour arriver à la destruction de la tuberculose bovine. C’est pour faire avorter cette campagne, au moment où elle allait aboutir, que Koch publia sa fameuse communication.

tion. Tout commeutaire affaiblirait la portée de ce rapprochement; on le voit, le terme d’imposture ne saurait être considéré comme dépassant la mesure, c’est le seul qui convienne. En réalité et cependant, en continuant notre travail de vérification, nous allons voir Koch déguiser encore les faits avec plus d’audace, si c’est possible.

Le premier travail de Guenther et Harms1, auteurs cités par Koch, après Chauveau, à l’appui de sa thèse, fut publié en 1871. Les premières expériences d’inoculation remontaient au 1er juin 1870. Ils inoculèrent sept lapins et un cheval, avec des nodules crus provenant d’une vache tuberculeuse. Le cheval périt d’une maladie intercurrente et les lapins moururent tous tuberculeux.

Les premières expériences qu’ils firent avec du lait, sur des lapins, ne donnèrent aucun résultat. Ces expérimentateurs firent absorber de la viande de porc tuberculeux à des lapins; les uns devinrent tuberculeux, les autres restèrent indemnes.

Le nouveau travail que publièrent ultérieurement ces auteurs2, avait pour but plus marqué d’élucider la

1 Guexther u. Harms. Versuche über Tuberculose. Magasin f. die yes. Thierheilkvnde, Jahrg XXXVil, 1$71, p. 150-156.

Ce mémoire est le seul des travaux de Günther et Harms que l’on puisse se procurer à Paris, à l’école d’Alfort. Je dois la communication des autres travaux de ces auteurs, ainsi que des autres publications allemandes qui me manquaient, à l’obligeance de savants allemands; qu’ils acceptent ici mes remerciements. Je ne les nomme pas, pour ne pas attirer sur leur tête les loudres gouvernementales.

* Guenther u. Harms. Versuche über Tuberculose, mit Abbildungen. Jahresbericht d. le. Thierarzneischule zu Hannover, IV0 Bericht f. d. J. 1871, publié en 1872, p. 79-105.

question des rapports de la tuberculose humaine avec celle du bétail et des dangers que cette dernière présente pour l’homme.

Première série de recherches. — On se servit d’une vache très tuberculeuse, mais qui ne toussait pas, et chez laquelle les poumons, à l’autopsie, étaient très sains. Ces cas, on le sait, sont loin d’être rares.

Les diverses expériences d’inoculation ne donnèrent qu’un résultat positif, chez un lapin qui avait reçu du suc tuberculeux dans la cavité abdominale. Les expériences d’alimentation ne donnèrent aucun résultat.

Seconde série de recherches, faite avec les matières provenant d’une vache atteinte de pommelière, ainsi que de tuberculose des poumons.

Six lapins furent alimentés avec le lait cuit, six lapins et deux chats avec le lait cru de cette vache et ne présentèrent aucune trace de tubercules. De même, trois lapins alimentés avec de la viande, deux jeunes lapins et quatre lapins adultes alimentés avec du mucus bronchial restèrent sains. Un vieux lapin, qui ingéra des nodules pulmonaires, et un autre, qui respira le même air que la vache, restèrent «gaiement sains.

Par contre, des résultats positifs furent obtenus dans les cas suivants.

Deux lapins nourris avec la matière tuberculeuse présentèrent du catarrhe de l’intestin.

Un veau, qui reçut, du 27 avril au 31 mai, 127 grammes de lait tuberculeux et qui fut tué le G juillet, était scrofuleux et tuberculeux. Un lapin, qui ingéra de la

viande crue, fut tué et trouvé scrofuleux et tuberculeux. Même résultat pour deux jeunes lapins qui avaient absorbé des nodules perlés des séretises.

Un jeune chevreau, qui avait absorbé 45 litres de lait tuberculeux cru, était tuberculeux. Un autre, qui avait ingéré 220 grammes de lait cru, présentait des nodules lymphoïdes de l’intestin.

1° Un chien fut alimenté avec des nodules et de la viande tuberculeuse, puis tué.

2° Un porc de huit semaines fut alimenté avec de la viande crue d’une vache tuberculeuse.

3° Un porc de huit semaines fut alimenté avec les nodules crus provenant d’une vache.

Tous présentaient de l’infection et étaient tuberculeux et scrofuleux1.

Dans un troisième travail2, Günther et IIarms continuèrent leurs études.

Première série. — ils alimentèrent des animaux avec le lait cru d’une vache tuberculeuse. Leurs tentatives expérimentales pour produire la tuberculose au moyen de l’alimentation, par le lait d’une vache tuberculeuse, restèrent sans résultat.

1 Ces expériences avaient surtout de l’intérêt, à cette époque où Virchow, s’appuyant sur son infaillibilité scientifique, dédaignant de citer jamais les expériences contradictoires, malgré Villehin, Klers, Gerlach, Chauveau, qu’il affectait d’ignorer, niait, non seulement l’identité de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine, mais même l’infectiosité et la contagiosité de la tuberculose.

* Günther u. Harms. Versuche über Tuberculose, Jahresber. d. k. Thierarzneischule zu Hannover, V° Bericht f. d. J. 1872, p. 75- 84 ; publié en i 873.

L’absorption du suc pressé du cadavre d’un singe tuberculeux produisit sur un veau un résultat douteux.

Enfin, ils obtinrent un résultat positif chez un chien, à qui ils firent ingérer de force le suc de deux poumons humains tuberculeux.

Guenther et IIarms exposèrent enfin, dans une dernière publication1, les résultats de leurs dernières recherches.

Une chèvre de deux ans reçut de la matière tuberculeuse provenant d’une vache tuberculeuse; on la tua au bout de trente-sept jours, déjà agonisante. Cet animal était porteur des lésions de tuberculose généralisée et présentait les lésions de la méningite tuberculeuse, affection si rare, chez les animaux domestiques, qu’on n’en connaissait à ce moment, disent les auteurs, qu’un seul exemple signalé par Càrtwright.

Un lapin âgé but 45 grammes de lait et fut tué au bout de quarante jours. Pas d’infection à l’autopsie.

Un cochon de lait but du lait et de la matière tuberculeuse et présentait des lésions tuberculeuses semblables à celles que l’on observait d’ailleurs sur un animal de contrôle qui n’avait pas bu de ce lait.

Trois chiens furent alimentés avec la viande tuberculeuse d’un bœuf et ne présentèrent aucune lésion.

Un chevreau de treize semaines ingéra de la matière tuberculeuse et présentait à l’autopsie des indications nettes d’infection.

1 Güxtheh u. IIarms. Versuche über Tuberkulosis. Jahresbericht der k. Thierarzneiscl; ule zu Hannover. VIU Berickt. B. f. d. J. 1873, p. 55-59, 1874.

Une chèvre de treize semaines ingéra le suc pressé du poumon d’un singe et fut tuée treize semaines après; on la trouva infectée.

J’ai cité par le détail toutes les expériences faites et publiées par Günther et Harms. Ces auteurs observèrent en somme 24 cas positifs et 70 négatifs. Ils avaient employé 26 fois la viande crue ou cuite et 35 fois le lait de vaches tuberculeuses1.

Toutes ces expériences ne présentent plus aujourd’hui grand intérêt, en raison des nombreuses causes d’erreurs que, de divers côtés, peut invoquer la critique. J’ai tenu cependant à les exposer d’une façon assez complète, pour que l’on voie bien que si, loin d’avoir la valeur probatoire de celles de Chauveau, elles ne crient pas très haut contre les affirmations et les conclusions nouvelles de Koch, au moins, d’une façon générale, ne peut-on arriver à voir et à comprendre comment Kocu a pu les citera l’appui de sa thèse, et, d’une façon plus spéciale, dans les termes où il l’a fait.

Les travaux de Bollinger sont encore cités par Koch, comme confirmant entièrement, parmi les publications appartenant à l’ancienne bibliographie, les vues nouvelles de Koch. Nous sommes quelque peu embarrassé pour étudier dans ce premier volume l’œuvre de Bollinger, bien que nous nous rendions compte que cela est absolument indispensable. En effet, nous n’eus-

1 Je me suis inspiré, dans ce tableau récapitulatif, du résumé des expériences de ces auteurs, donné par Weskner, p. 11 de sa thèse. Critische u. experiment. Beitræge zur Lehre von der /' ütterung s tuberculose . Inaug. Dissert., Freiburg, lS8o.

sions voulu le faire que d’une façon tout à fait complète; et il nous est difficile, en ce livre, où, par exemple, nous n’avions pas l’intention d'examiner à fond la question de la contagiosité par le lait l, de passer en revue d’une façon vraiment approfondie, les travaux et les expériences de Bollinger et de ses élèves, qui tiennent une si grande place.

D’une part, indépendamment de la nécessité où nous nous trouvons de le faire, par suite de la citation de Koch, il y a un très grand avantage à analyser les travaux excellents de Bollinger, pour l’exposition même de la question, qu’ils résument en quelque sorte. D’autre part, il est fâcheux d’exposer ces recherches en dehors de leur cadre naturel, c’est-à-dire des chapitres consacrés à l’étude des matières si diverses que nous avons à examiner et sur lesquelles, depuis 1873 jusqu’à ces dernières années, s’est justement portée l’activité de Bollinger. On peut le dire avec raison, l’ensemble des travaux de Bollinger et de ses élèves, forme un résumé synthétique de la question des rapports de la tuberculose humaine avec la tuberculose bovine, depuis qu’elle est posée scientifiquement.

Une raison particulière fait que nous aurions pourtant répugnance à nous occuper des travaux de Bollinger sans étudier son œuvre d’une façon absolument complète. Cette raison, c’est que Bollinger fait partie de la commission nommée, au commencement de juillet, à Berlin, commission de contrôle en apparence, en réa-

1 Nous nous sommes décidé depuis, à donner une extension beaucoup plus considérable à cette exposition.

lité de couverture1 pour Koch. Nous apprécions suffisamment ailleurs, au chapitre où nous nous occupons plus particulièrement de Virchow, la signification de la présence de Virchow en cette commission ; celle de Bollinger paraît être bien différente, bien qu’il ne soit pas douteux que tous les efforts seront faits pour la faire aboutir au même but. Le professeur Bollinger, de Munich, qui fonda, en 1875, le grand journal de médecine vétérinaire allemand : « Deutsche Zeitschrift für Thiermedicin und vergleichende Pathologie », ne saurait être accusé de manquer de compétence en la matière. Il a étudié personnellement, à plusieurs reprises, et sous ses aspects les plus divers, la question de la tuberculose bovine et aussi celle des rapports de la tuberculose bovine et de la tuberculose humaine, et a fait des expériences. Jusqu’à présent, Bollinger, sur la foi de ses travaux, de ses conclusions, de ses affirmations maintes fois répétées, était considéré comme un partisan absolument convaincu de l’unité des tuberculoses bovine et humaine, et non seulement de la possibilité, mais du très grave danger de la contagion de l'homme par le bœuf. Mais Koch n’était-il pas, tout dernièrement encore, considéré de la même façon. De plus, Koch, en faisant son évolution, a cru qu’il suffirait d’un mot de lui pour changer le sens des anciennes

1 Cette phrase ne signifie nullement, dans notre esprit, que ses membres aient accepté ce rôle, mais bien que tel était le but de ceux qui, d’accord avec Koch, l’ont instituée. Il reste à savoir quel degré de docilité ces savants seront susceptibles de présenter. Je leur souhaite de s’inspirer du souvenir de leur compatriote Geulach.

conclusions de Chauveau et aussi de celles de Bollinger. A-t-il pu croire également que ce mot suffirait pour transformer la conscience de Bollinger? C’est ce que de prochains événements nous apprendront, je pense. On peut être absolument certain, à l’avance, des conclusions prochaines de Bollinger, qui ne peuvent différer de celles qu’il a soutenues toute son existence.

Sans vouloir examiner à fond, nous le répétons, les divers travaux de Bollinger, nous allons les passer successivement et rapidement en revue, nous n’en oublierons pas, croyons-nous, un seul, et nous allons essayer de voir si, véritablement, ils justifient les affirmations de Kocii. On peut bien dire déjà, cependant, avant toute analyse, où peut-être on pourrait être tenté de voir notre marque particulière, que, pour le monde scientifique allemand, Bollinger n’avait pas précisément la réputation que Koch a voulu lui faire. Nous lisons, en effet, dans la Berliner klinische Wochenschrift , du 29 juillet 1901, à propos justement de la communication de Koch à Londres, la phrase suivante : « On ne doit pas passer sous silence, que Bollinger, en 1879, Chauveau, enl891, ont communiqué des recherches d’où semble résulter la transmissibilité de la tuberculose au veau». Le journal allemand, faisant allusion aux anciennes expériences de Chauveau, communiquées, en effet, in extenso , seulement en 1891, et que nous avons exposées avec détail, en rapproche une expérience faite, en réalité, par Bollinger, en 1879, mais publiée seulement par lui en 1894, dans laquelle il a réussi à inoculer la

tuberculose humaine à un veau, en la lui injectant par i voie péritonéale 1 .

La liste des travaux de Bollinger, sur la tuberculose humaine, la tuberculose bovine, les rapports de cette dernière avec la première, est longue et considérable. En outre, Bollinger a dirigé ou inspiré plusieurs thèses et travaux de grande valeur, sur ces questions, à l’Institut pathologique de Munich. La première des publications de Bollinger remonte déjà à près de trente années en arrière2.

Bollinger constate tout d’abord, dans ce travail, que deux ans plus tôt, Virchow avait affirmé que l’on ne pouvait transmettre expérimentalement la tuberculose.

Les recherches de Bollinger portèrent sur dix carnassiers, sept chiens et trois chats, et sur neuf herbivores, sept chèvres et et deux moutons. Un chat et deux chèvres périrent de maladies intercurrentes.

Expériences d'inoculations.

Chez deux chats, les inoculations de crachats filtrés et non filtrés restèrent sans résultat; chez deux chiens, l’inoculation avec les crachats de l’homme, ou la matière caséeuse provenant des poumons du porc, produisit une infection locale; chez un chien, l’infection pro-

1 Nous reviendrons sur ce travail qui sera cité et analysé plus loin.

2 O. Bollinger. Ueber Impf- und Fütterungstuberculose. Sur la tuberculose inoculatoire et alimentaire. Arc/iiv f. experimentelle Pathologie und Pharmakologie, t. I, 1873, p. 350-375. Vortrag gehalten arn 26 mai 1873, zu 'Winterthur, in der Frühlingssitzung der ürztlichen Gesellschaft des Cantons Zurich.

venant de la tuberculose pulmonaire de l’homme produisit une tuberculose miliaire.

Des lapins, inoculés avec la même substance, périrent tous.

Deux chèvres, inoculées et alimentées avec la tuberculose du bœuf, périrent atteintes de la tuberculose miliaire.

Expériences d’ alimentation.

Alimentation d’un chien avec les tubercules du poumon d’un bœuf tuberculeux. Résultat négatif.

Trois chiens alimentés avec des poumons d’un bœuf tuberculeux fournirent des résultats négatifs.

Un mouton de six mois, alimenté avec la masse caséeuse d’un bœuf tuberculeux. Résultat douteux.

Chèvre alimentée avec le poumon tuberculeux du bœuf (20 grammes). Mort au bout de cinquante-unjours, avec tuberculose miliaire.

Chèvre alimentée de même, 25 grammes. Mort au bout de soixante-cinq jours. Tuberculose miliaire.

Mouton nourri avec la matière tuberculeuse provenant d’un poumon de bœuf, tué soixante-sept jours après ; tuberculose miliaire.

Pour ce qui concerne la question du danger de la viande et du lait provenant de bestiaux tuberculeux, pour l’homme, et du degré de ce danger, Bollinger, malgré les expériences de Chauveau, de Klebs et de Gerlach, réserve son opinion; bien que l'on ne puisse trouver, dans son travail, aucune indication qu’il le conteste, loin de là. 11 attribue une grande importance à la question de la prédisposition, et cette atti-

tude scientifique, encore hésitante, lui permettra de < s’orienter plus tard, àsongré, dans telle ou telle direction. Il y a lieu, dit Bollinger, d’espérer que l’homme est aussi peu sensible que les carnivores, qui, en effet, dans ses expériences, se sont montrés fort peu sensibles. La susceptibilité par la peau est très faible, bien que Zürn1 ait établi que les garçons d’abattoirs pouvaient être infectés par le contact de la viande tuberculeuse.

Au cours de l’année 1875, Bollinger publia, dans le journal qu’il venait de fonder avec L. Frank, la Deutsche Zeitschrift fier Thiermedicin und vergleichende Pathologie, une série de réponses aux questions qui lui furent posées, de divers côtés, par des vétérinaires, à propos de la comestibilité de la viande des bœufs atteints de la maladie de la perle.

La première de ces notes se trouve aux pages 110- 112 du t. I. Bollinger rapporte, comme indications sur la proportion de la tuberculose parmi le bétail, les données que fournit Adam à cette époque; il soutient que la tuberculose est assez également répandue parmi toutes les races.

Dans la question de la contagion par la viande, Bollinger, sans contester la possibilité de l’infection de l’homme par le bœuf, affirme de nouveau que 1a. question de la prédisposition joue le rôle principal. Etant donnée l’immense extension de la tuberculose parmi le bétail, il se trouve en réalité peu de gens qui n’aient pas mangé de viande ou bu du lait tuberculeux; la con-

4 Zü i\n. Zoopacholor/ische und zoophysiologische bntersuchungen. Stuttgart, 1872.

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tagiosité de la maladie n’est donc pas comparable à celle de la morve ou de la syphilis.

L’article qui commence à la page 242 ne renferme rien de bien saillant.

Bollinger constate ensuite (p. 457) que le professeur Fesser, à la 7/e Versammlung der deutschen Veterinàrrathes , à Berlin1, luttant contre la majorité des vétérinaires réunis, dit à propos de lui : « Bollinger avait constaté antérieurement, par ses expériences, les propriétés infectieuses de la viande et du lait, et, par suite, • indirectement, la possibilité de l’infection de l’homme par la tuberculose bovine. Il avait pris autrefois, à ce sujet, une attitude correcte sur la question, attitude qu’il a modifiée, sans avoir cependant fait de nouvelles expériences. »

Bollinger répond à cette accusation « qu’il a toujours considéré la prédisposition comme un facteur très important; et que, pour lui, la question du degré de contagion de l’homme par le bœuf reste toujours ouverte ».

On comprend combien il peut être facile, avec une pareille base, dans ces conditions, d’accentuer, suivant les circonstances, une attitude, dans telle ou telle direction. Malgré l’ardeur avec laquelle Bollinger se défend, la critique de Fesser, au moins pour ce qui concerne les travaux de Bollinger à cette époque, me parait

1 Amtlicher Bericht über die in Berlin Stàttgefundene zweite Versammlung der deutschen Veterinàrrathes . Aügsburg, 1875, p. 42-7(3; voir la page 71.

Cette publication ne se trouve ni à Paris ni à Alfort.

justifiée; et c’est bien de la même manière que le fit cet auteur, en examinant les textes, sans aucun parti pris, à vingt-sept ans de distance, qu’on doit à mon avis, les interpréter. Gela est si vrai et celte interprétation est si vraisemblable, que Klebs i, à cette époque, juge de la même façon. C’était le moment où se passaient, à Berlin, les faits que nous avons racontés ailleurs, ces falsifications de procès-verbaux, qui nous donnent une si excellente idée de la mentalité et des tendances des sphères officielles en cette capitale, il y a près de trente ans. Bollinger, dans ce même article, nous dit la décision qui fut votée par la Deutsche Gesellschaft fur ôffentliche Gesundheitspflege, dans la séance du 14 juin 1873, présidée par le Geh. med. Rath Professor-Dr Hirsch, avec le D1 Guttstadt comme secrétaire.

Bollinger revient encore à deux reprises sur cette question (t. Il de son journal, p. 138 et 447) dont nous avons déjà parlé (p. 17 de notre avant-propos). Nous ajouterons encore ici quelques détails complémentaires, d’après Bollinger lui-même. Le procès-verbal exact de la réunion du 14 juin se trouve au numéro 227 de la Gazette d'Augsbourg, et en dehors de la Berliner klinische Wochenschrift, dans la Wochenschrift fur Thierheilkunde, d Adam .

Voici le texte exact du procès-verbal sincère :

« La D. G. etc. de Berlin, ne peut s’associer à l’avis

1 Kluus. Archiv f. experimentelle Pathologie, t. III, p. 443,

4 Gerlach s’élève violemment contre les decisions de ce prétendu conseil vétérinaire, qui n’avait, dit-il, aucune qualité pour prendre

du Veterinàrrrathes, du 24 avril de cette année, et pense que les résultats des expériences d’alimentation et d’inoculation faites avec la viande et le lait des animaux tuberculeux confirment la théorie d’un danger d’infection pour l’homme; et, pour cette raison, méritent d’être pris en la plus haute considération par la police sanitaire. »

Voici maintenant le texte du faux procès-verbal, publié plus tard dans le journal cI’Eulenburg, organe officiel de la D. G. :

« Les expériences sur la transmission de la Perlsucht du bétail aux autres classes d’animaux, exigent la plus haute attention des autorités de la police sanitaire et doivent conduire à examiner la question de savoir s’il n’y a pas lieu d’interdire la viande des animaux atteints de Perlsucht. »

ce titre. Veici comment s’exprime Gerlach dans une note de l’ouvrage Die Fleischkost des Menschen von sanitàren und marktpolizeilichen Stcindpunhte, public en 1875. « Le prétendu conseil vétérinaire est intervenu, d’une façon complètement dépourvue de tact, pour résoudre, sans faits nouveaux, exclusivement par un vote, cette question purement scientifique, d’une si grande portée. Autant que je sache, aucun de ses membres, et, plus particulièrement des promoteurs de la motion, n’a travaillé à la solution de cette question scientifique. » Un le voit, à ce moment, le désir de faire échouer les législations proposées par Gerlach, contre la viande et le lait tuberculeux, était si fort de la part de certains hommes, qu’ils ne s’embarrassaient même pas, comme Koch le fait aujourd'hui, d’expériences ou de prétendues démonstrations scientifiques; ils se contentaient de jeter brutalement le poids de leurs votes dans le plateau de la balance. Ceux qui douteraient de mon allirmation n’ont qu’à relire la vieille et suggestive discussion qui eut lieu à ce sujet : « Amtlicher Bericht über die in Berlin stattgefundene zweite Versammlung der deutschen Veterinàrrathes ». Augsburg. 1875, p. 42- 76, et que l’on trouvera longuement analysée dans mon second volume.

Le blâme au conseil vétérinaire est supprimé et le texte affirmant le danger de la viande des animaux tuberculeux est singulièrement atténué, ou, pour parler exactement, cyniquement dénaturé.

Tous ceux qui ont la pratique des assemblées scientifiques ou même politiques comprendront la gravité morale de cet incident historique. Le texte voté par une société est une chose qui, sans aucune exception, a toujours été considérée comme sacrée. Ce procèsverbal a été falsifié, c’est là un fait historique établi. Le fait, pour un président, le Professeur Hirsch, et pour un secrétaire, le Dr Guttstadt, de s’être prêtés à une telle manœuvre, qui, dans des circonstances même ordinaires, entraîne une responsabilité morale bien autrement grave que n’importe quel faux particulier (puisqu’il s’agit là d’un faux collectif que l’on fait commettre, à son insu, à une Société de savants), indique bien quelles pressions ont dû agir sur ces hommes, à ce moment. La gravité de l’acte s’exagère encore, si l’on pense que, dans ce cas particulier, la vie humaine était enjeu. En tout cas, il est intéressant de constater un fait historique, qui s’est produit à Berlin, il y a vingtsept ans, et qui peut être, à juste titre, considéré comme l’antécédent moral de celui de Koch.

Il n’est pas douteux, et c’est là une impression qui ressort avec une extrême netteté de la lecture du rapport officiel ( Amtlicher Bericht über die zioeite Versammlung der deutschen Veterindrralhes) i, qu’une

1 In Besprechungen des Fragekastens, de Bollingeh, dans le même .journal.

pression formidable, dont nous retrouverons tant de traces dans tous les pays, était opérée par le monde officiel allemand, prussien en particulier, sur tous les vétérinaires et les conseils d’hygiène. Cette impression ressort très évidemment de plusieurs des discours prononcés à ce prétendu Veterinàrrath ; et Gerlach, malgré sa situation officielle de directeur de l’école vétérinaire de Berlin, le fait entendre, à plusieurs reprises, très nettement, dans ses travaux. C’est sous l’influence de cette pression si manifeste, que le bureau de la Deutsche Gesellschaft für ôffentliche Gesundsheitspflege, de Berlin, consentit à la falsification de son propre procèsverbal.

On ne peut s’empêcher de constater avec Fesser et Klebs, tant cela est évident, que l’attitude de Bollinger s’était fortement modifiée depuis son mémoire de 1873. Il évite soigneusement, en toute occasion, de citer les travaux de Chauveau, de Klebs et de Gerlach.

Un peu avant la mort de Gerlach, survenue en juin 1877, le gouvernement allemand, qui n'avait pas abandonné son attitude, chargea Virchow, qui accepta complaisamment cette tâche, de détruire l’effet produit par les résultats et les conclusions âprement soutenues par Gerlach, jusqu'à sa mort. Nous verrons alors Bollinger se ressaisir et soutenir depuis cette époque la cause de la vérité évidente.

Virchow, dans son rapport de 1880, sur les rapports de la Perlsuclit et de la tuberculose, se couvrit en elfet de ridicule, en raison de son opiniâtreté à défendre des idées archaïques, abandonnées par tous, contraires

à l’évidence et dont le seul titre consistait à avoir été défendues par Virchow trente ans auparavant. Malgré son autorité, ses conclusions attaquées de tous côtés par les expérimentateurs, les anatomo-pathologistes eux-mêmes, ne convainquirent personne et les découvertes de Koch, en J 882-1884, devaient achever la déroute de l’entêté savant berlinois. Mais le but désiré par le gouvernement allemand, en confiant ces nouvelles recherches à Virchow, avait été atteint. On avait témoigné que l’unanimité était loin de régner parmi les savants et on avait écarté, du coup, la nécessité de prendre des mesures effectives contre la tuberculose du bétail. La question cessait de devenir brûlante, pour les intérêts coalisés, et les savants allemands étaient donc plus libres de suivre, sans se heurter aux influences administratives, la voie marquée par leur conscience.

Cependant, il serait injuste de ne pas constater que Bollinger n’attendit pas le rapport de Virchow, publié en 1880, pour affermir et accentuer son attitude ; dès 1878, et surtout 1879, il est très net. Ainsi que nous allons le voir, pour lui, la période des hésitations est définitivement close, l’identité de la tuberculose et de la Perlsucht est devenue incontestable ; et les considérations purement scientifiques, tant l’évidence est formelle, ont enfin pris le dessus. Jamais plus, depuis cette époque, son énergie, qui peut être comparée à celles de Chauveau et d’ÂRLOiNG, ne s’est démentie.

Nous trouvons en 1878, sous le nom de Bollinger, une analyse sans commentaire d’un travail d’ÜNTER-

LE PROFESSEUR KOC1I

berger, de Dorpat, paru dans la Rig Zeitung, 1877, n° 69, peu intéressant pour la question qui nous occupe et que nous citons afin d’être complets.

La même année, Bollinger publie un travail critique et expérimental 4, dans lequel il affirme, contrairement à Virchow, la certitude de la transmission de la tuberculose par inoculation. De plus, il a pu produire le tabes mésarraïque, c’est-à-dire les lésions de la scrofulose, chez des chèvres auxquelles il a fait ingérer du poumon de bœuf tuberculeux.

En 1879, Bollinger publia un travail sur la tuberculose artificielle produite par l’usage du lait de vaches tuberculeuses 2.

Dès le début, Bollinger s’exprime de la façon suivante : « D’une façon générale, la tuberculose du bœuf peut être considérée comme une maladie absolument analogue à celle de l’homme. Cette affirmation est confirmée par de nombreux faits anatomiques, cliniques, étiologiques et expérimentaux. La transmission delà tuberculose, par voie alimentaire, comme par inoculation, sont des faits certains. » Bollinger croit que les cochons, les chèvres et les chats conviennent

1 Bollinger. Experimentelle Bcitrüge zur Lehre von der Tuberculose und Scrofulose. Mittheilunçjen ans dem pathol . Institut in München; hrsgeg. von Bohl, 1878. p. 195-203.

2 Bollinger. Ueber künstliche Tuberculose, erzeugt durch den Genuss der Milcli Luberculôser Kühe. 52° Versammlung der deutscher Naturforscher und Aerzte zu Baden-Baden : 3 Sitzung der Section f. pathologische Anatomie und allgeineine Pathologie.

Résumé dans Deutsche Zeitsch. /'. Thierheilk .. t. VI, 1880. et Aerzll. lntelliç/enz-Blatt, nr 47. 1879. Communication faite également im Thierrüztl. Verein zu München et reproduite in Wochenschr. f. Thierheil . und Viehzuchl , 1880.

le mieux pour les expériences ; les lapins et les cochons d’Inde beaucoup moins.

Bollinger administra, pendant trois semaines, du lait provenant d’une vache atteinte de Perlsucht et de tuberculose pulmonaire, à trois jeunes porcs de neuf semaines, qui restèrent indemnes. Un seul présenta du gonflement des ganglions du cou.

En 1879, quatre jeunes porcs furent nourris avec le lait d’une vache tuberculeuse, ils furent tués, et étaient tous tuberculeux à un haut degré. Un quatrième, de quatorze jours, fut alimenté avec le lait de la même vache, il mourut très tuberculeux.

Six porcs reçurent le lait d’une vache tuberculeuse ; deux reçurent le lait cuit et restèrent sains ; les deux autres, le lait cru, et lorsqu’ils furent tués, étaient porteurs de tuberculose généralisée. Deux témoins restèrent sains.

Bollinger conclut fermement au danger, pour l’homme, du lait tuberculeux. Il recommande d’éviter le lait des vieilles vaches, comme nourriture exclusive, et de préférer au lait de la vache le lait des chèvres, peu sensibles à la tuberculose.

En 1880, nouveau travail de Bollinger1 sous forme d’un rapport à l’administration bavaroise. Plusieurs vétérinaires consultés, Gôring, Maisel avaient fourni

1 O. Bollinger. Ueber den Einfluss von Milch und Fleisch tuberculoser Bander auf die menschliche Gesundlieit. Référât, erstattet dem k. bayer. Obermedicinalauschusse, am 9 mars 1880; verôlïentlichl mit Genehmigung des k. bayer Staatministei'iums des Innerns., analysé dans Deutsche Zeitschr. f. Thiermedicin . t. VII, 1881, p. 113-122.

des rapports concluant à la différence essentielle entre la tuberculose du bétail et la tuberculose humaine et à l’innocuité, pour l’homme, de la première.

Bollinger conclut que la viande d’animaux tuberculeux n’est pas très dangereuse pour l’homme ; mais le danger causé par le lait est beaucoup plus considérable, surtout pour les petits enfants. Bollinger discute les mesures que l’on pourrait prendre pour faire disparaître le fléau.

Pour être complet, indiquons encore une publication de Bollinger, dans sonjournal1, en réponse à des questions qu’on lui pose ; et qui n’a pas grand intérêt.

Dans une courte publication, faite en 1883 2, où il annonce la prochaine apparition du travail de son élève, le Dr May, sur la même question 3, Bollinger constate que souvent le lait de vaches tuberculeuses ne présente pas de qualités infectieuses, lorsque la mamelle est intacte.

En 1883, Bollinger publia encore un autre travail 4, que nous n’avons pas eu entre les mains, sur l’étiologie de la tuberculose. Mais, d’après ce qu’il dit en maint autre point sur la même question, nous pouvons sup-

1 Bollinger. Ueber die Schâdlichkeit des Fleisches tuberculôser Rinder. Deutsche Zeitsch. f. Thxermedicin, t. Vllt. 1882. p. 91.

2 Bollinger. Ueber Tuberkelbacillen im Euter einer tuberculosen Kuh, und ueber die Virulenz des Sécrétés einer derartig erkranken Milchdrüse. Aerztliches Intelligenz-Blntt, t. XXX, 1883, p. 163.

3 May. Ueber die Infectiositat der Milcli perlsuchliger Kühe. Archiv f. Hygiene , 1883, Bd. I, p. 121-136.

* Bollinger. Zur Ætiologie der Tuberkulose, Festsclirift. d. ærztl. Ver. München. 1883. p. 301-309, et Séparai- Abd. 11 pages.

poser facilement dans quel sens il a dû s’exprimer dans ce travail, s’il y examine la question des rapports de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine.

En 1887-88, Bollinger reprend encore la question 1 et la développe longuement. Il expose dans ce travailles recherches qui, depuis deux ans, ont été faites à l’Institut pathologique de Munich, sur le lait et la viande provenant d’animaux tuberculeux. Il s’exprime ainsi :

« Depuis la découverte de l’inoculabilité de la tuberculose et notamment de l’identité bacillaire delà Perlsucht du bœuf avec la tuberculose humaine, souvent la question de savoir si l’homme peut prendre la tuberculose du bœuf a été traitée, sans que l’on ait pu se mettre d’accord.

« Pour ce qui concerne le lait, il y a deux questions à résoudre. Existe -t- il réellement un danger pour l’homme, provenant du lait des bêtes tuberculeuses ; quelle est l’étendue de ce danger ? »

Bollinger croit que la première question a été définitivement résolue, tant par sa communication de 1879, que par le travail déjà cité de Ferd. May, et par celui de Stein 2.

Hirschberger 3 prit, avec toutes les précautions, le lait de vaches tuberculeuses abattues, et l’injecta

1 O. Bollinger. Ueber Entstehung und Heilbarkeit der Tuberkulose. Münch. med. Wochensch., 1888, t. XXXV, p, 479-500.

s Stein. Experimentellc Beitriige zur Infection durch Milch perlsuchliger Kühe. Inaug. Diss. Berlin, 1884.

3 Hirschberger. Experimentelle Beitriige zur Infectiositiit der Milch tuberculoser Kühe. DeuLsck. Arch. f. klin. Med., t. XLIV, p. 500, 1889.

dans le péritoine de cobayes. 11 fois sur 20 cas, c'està-dire 55 p. 100, le lait se montra tuberculeux. Dans le cas de Perlsucht à haut degré, le lait était tuberculeux 80 fois p. 100; 66 p. 100 dans les cas de Perlsucht moyenne ; 33 p. 100 dans les cas faibles. Une seule fois, cependant, sur 20 cas, on ne put retrouver le bacille au microscope, ce qui indique, ou que le bacille est en petit nombre, ou qu’il est à l’état de spores. On sait, en effet, que les spores des bacilles de la tuberculose sont invisibles, et ne prennent pas la coloration.

Le lait peut être infectieux, non seulement dans les cas de tuberculose généralisée de la vache, mais aussi dans les cas de tuberculose locale. 5 p. 100, souvent 7, 8 p. 100 des vaches qui viennent à l'abattoir, sont atteintes de Perlsucht1.

Pour l’adulte, l’estomac, avec ses sucs actifs, constitue une barrière contre la pénétration du bacille tuberculeux; d’autre part, la coction du lait constitue un préservatif.

Bollinger admet que, pour les porcs, les jeunes veaux, les enfants, le lait est un véhicule très ordinaire de la tuberculose ; et il rapporte à cette source d’infection la fréquente scrofule des petits enfants.

Les recherches de Franz Gebhardt ont montré que le degré de dilution du poison joue un grand rôle. Le danger paraît être, d’après ces expériences, beaucoup

4 Ce nombre est actuellement très supérieur, par suite des progrès constants de la tuberculose parmi le bétail; et la tuberculine permet de déceler le mal. chez des animaux où il passerait inaperçu à l’autopsie.

moins considérable, si le lait tuberculeux est mélangé à d’autre lait indemne, c’est-à-dire dilué.

L'habitude de mélanger le lait de diverses vaches présenterait donc certains avantages, compensés d'ailleurs pai* l’inconvénient de rendre tuberculeux, àun ceri tain degré, de grandes masses de lait, pour ainsi dire tout le lait qui est consommé dans les villes. Il n’est guère, en effet, de troupeaux où ne figurent plusieurs vaches dont le lait renferme les bacilles de la tuberculose.

Dans la question de savoir si la viande est dangereuse et à quel degré, de nombreuses causes accessoires viennent fausser les résultats des expériences et expliquent les contradictions des auteurs.

D’abord y a-t-il des bacilles dans la viande ? Nous savons que la fibre striée est un mauvais milieu de culture pour le bacille de la tuberculose l. De plus, il n’y a de bacilles, dans le sang des bêtes abattues, dont 1/3 reste dans le corps, que dans les cas de tuberculose aiguë. La voie des inoculations péritonéales est la plus sensible, et cependant Kastner a inoculé de cette façon le suc musculaire provenant de 16 vaches tuberculeuses, à 16 animaux, qui restèrent indemnes. De plus, la tuberculose aiguë est très rare chez le bœuf. Le danger de l’infection par le lait est beaucoup plus grand que par la viande. Les bacilles sont apportés dans le lait par les globules blancs.

1 Cela est si vrai que le traitement de la tuberculose, de Richet et Héricourt, par l’ingestion de la viande crue, et qui peut être, à l’heure actuelle, considéré comme le plus efficace, repose précisément en partie sur la constatation de ce fait.

Dans un autre travail de Bollinger, publié en 1889, sur la prophylaxie de la tuberculose1, nous ne trouvons rien de très intéressant pour notre sujet à signaler, si ce n’est la citation des opinions de Cornet qui, lui aussi, croit au péril de la tuberculose bovine et porcine pour l’homme, et désire qu’on prenne des mesures de police en vue de la préservation 2.

En 1889, Bollinger étudie à nouveau la question de l’influence de la dilution du lait sur la virulence du poison tuberculeux3. A la suite des expériences de Hirschberger, auxquelles nous avons fait allusion plus haut, on prit, à Munich, du lait mêlé, de dix sources différentes, et l’injection intrapéritonéale à des cobayes ne donna que des résultats négatifs.

On prit du lait dans la mamelle d’une vache tuberculeuse et on l’étendit d’eau ; dans un cas, l'infection cessa, lorsque la dilution fut au 1/40, dans un autre au 1/50, dans un autre au 1/100.

La dilution a donc une influence notable sur l’infectiosité du lait ; mais il est mauvais de boire longtemps

1 Bollinger. Die Prophylaxie der Tuberculose, Allg. wien. med. Zeit., 1889, t. XXXIV, p/ 572.

2 Nous avons quelque plaisir à citer l’opinion ancienne de Cornet qui jouit d’une bonne autorité, à Berlin, dans les questions de tuberculose. Cornet, s’étant inféodé à Koch, au début de l’exploitation de la tuberculine, et l’ayant suivi depuis, quoique avec mollesse, sur ce sujet, il était intéressant, au cas où, ce qui est probable, il embrasserait la nouvelle cause de Koch, de rappeler quelles furent ses premières opinions.

2 Bollinger. Ueber den Einlluss der Verdünnung auf die Wirksamkeit des tuberculosen Giftes. Miinch. vieil. Woch ., n° 43, 1889, p. 731.

un lait de ce genre,, ou de se contenter du lait d’une seule vache.

Nous trouvons, en 1890, deux travaux de Bollinger se rapportant au sujet qui nous occupe. Il fît, au Congrès international de médecine de Berlin, une communica- :tion sur la tuberculose1, dans laquelle il traite la ques- ) tion de la tuberculose bovine, et publia également un article intéressant2 sur les voies que parcourt le poison tuberculeux, pour pénétrer dans l’organisme : humain.

Nous analyserons simultanément ces deux publications parues à la même date et qui n’en constituent même qu’une seule, à proprement parler.

Bollinger estime que le lait provenant de vaches tuberculeuses, dont la mamelle est atteinte — ce qui, souvent, dans les débuts, peut passer inaperçu, — est éminemment infectieux. Le lait des vaches à mamelle encore normale est virulent, dans un nombre considérable de cas, jusqu’à 55 p. 100 ; et, très probablement, avec des méthodes plus parfaites, on arriverait à démontrer que le pourcentage des cas infectieux est plus considérable encore.

Le lait des vaches tuberculeuses peut être infectieux, non seulement dans le cas de tuberculose générale, mais aussi dans le cas de tuberculose locale. Bollinger pense que le transport du bacille virulent se fait par

1 Bollinger. Ueber Tuberkulose, X° Internat. Cong. 1890. Berlin, 1891, t. II, 3 Abth., p. 147-154. Discussion, p. 216-227.

* Bollinger. Ueber die Infectionswege des tuberculosen Giftes.

' Münch. mecl. Wochensch., 1890, t. XXXVII, p. 567-570, et Wien. med. Blatter , 1890, t. XIII, p. 597-600.

les globules blancs qui en sont chargés. A ce moment

bacille de la tuberculose dans le lait des femmes tuberculeuses sont restés négatifs i. Tous les produits et sous-produits du lait peuvent manifester leurs propriétés infectieuses par l’inoculation, aussi bien que par la voie alimentaire. Le beurre, infecté artificiellement parle bacille tuberculeux, peut conserver sa virulence pendant des mois.

(( Le lait des vaches tuberculeuses est particulièrement dangereux pour les enfants et pour les personnes susceptibles, lorsqu’elles l’absorbent en grande quantité, pendant longtemps, et lorsque ce lait forme la nourriture des nourrissons et des enfants. » Boli.inger rappelle que la dilution diminue la virulence et que la coction la fait disparaître. Nous n’avons aucun moyen de protection contre le beurre, la crème et le fromage, que l’on ne soumet pas à la coction.

« L’usage du lait des vaches tuberculeuses joue enfin un très grand rôle dans l’extension et la pathogénèse de la tuberculose parmi les enfants et parmi les porcs.

« Quant à la viande, il est certain que, dans les cas de tuberculose avancée et généralisée, elle possède des propriétés infectieuses, que fait disparaître la cuisson, mais que ne lui font pas perdre, ni la salaison ni le boucanage. Les expériences d’inoculation, avec le suc

1 Des recherches récentes ont montré, ce qui était bien probable a priori , que le bacille de la tuberculose peut également passer dans le lait de la femme. Rooer et Garnier, Soc. de Biologie, 24 février 1900, p. 175.

de viande d’animaux arrivés aux derniers stades de la maladie, donne des résultats positifs, tandis que, lorsque la viande provient d’animaux au début de l’affection, les expériences sont souvent négatives. Le danger, de par la viande, n’est donc pas très grand, beaucoup moindre que de par le lait ; mais il existe, cela est incontestable.

« On doit rapporter à l’infection alimentaire la tuberculose intestinale primaire, le plus souvent liée à la tuberculose des glandes mésarraïques et rétropéritonéales et du péritoine (tuberculose abdominale), plus fréquente chez les jeunes individus que chez les adultes. L’alimentation parle lait cru des vaches tuberculeuses, dans quelques cas rares, la contamination accidentelle par l’alimentation artificielle des enfants du premier âge, jouent dans cette infection un rôle prépondérant.

« Si l’on veut atteindre dans ses racines le danger menaçant de l’infection de l’homme par le lait et la viande provenant du bétail tuberculeux, il n’existe qu'un moyen certain : c’est d’engager la lutte contre la tuberculose du bétail.

« Etant donné l’énorme extension de la tuberculose parmi le bétail, c’est là un service immense à rendre, non seulement à l’hygiène humaine, mais même à l’économie nationale. »

Le travail que publia Bollinger, en 1892 L sur les moyens d’empêcher la propagation de la tuberculose, ne présente, pour la question qui nous intéresse, aucun

1 Bollinger. Maasregeln gegen die Weiterverbreitung der Tuberculose. Münch. mecl. Wochenscli .. 1892, t. XXXIX. p. 587-590.

intérêt. Mais, en 1893, il examine la question de l’infection par le sang des bœufs tuberculeux. Voici quels furent les résultats obtenus par Bollinger i. Dans la tuberculose miliaire aiguë, généralisée, de l’homme, on trouve toujours des bacilles dans le sang, tandis que dans les tuberculoses localisées, lors même que cette localisation s’est faite dans le poumon, il semble qu’il n’en existe pas. Dans les cas graves de tuberculose, on a trouvé des bacilles dans le suc musculaire de l’homme, la viande et le lait des bêtes atteintes de Perlsucht. Le Dr Hagemann 2 a inoculé dix cobayes avec le sang provenant de vaches tuberculeuses ; l’un d’eux mourut sept semaines après, fortement tuberculeux, les autres restèrent indemnes. On peut donc dire que le sang des vaches tuberculeuses présente, dans quelques cas, des propriétés infectieuses.

Cette infection se produit dans des conditions analogues à celles constatées par Hirschberger, Kastner, Steinheil pour la viande et le lait tuberculeux ; mais ces derniers produits sont bien plus souvent infectieux que le sang, dont un tiers reste contenu dans le corps, après l’abatage.

La tuberculose est également très commune chez les porcs ; et, comme elle se généralise très vite chez eux, leur sang doit être bien plus infectieux. A Berlin, en une année, 1891-92, sur 21.181 bœufs 15,5, p. 100;

4 Bollinger. Ueber die Infectiositat des Blutes tuberculôser Rinder. Münch. med. Wochen. 1893, t. XL. p. 9G5.

* Hagemann. Ueber die Infectiositat des Blutes tuberculôser Rinder. München, 1893.

et sur 14.508 porcs, 2,7 p. 100 étaient tuberculeux.

D'après une observation de Semmer, de Dorpat, Toussaint1, de Toulouse, a constaté, le premier, le contage de la tuberculose par le sang. Semmer2, en 1875, avec Thal et Nesterow, a fait des recherches sur les porcs et les moutons, prouvant que la matière infectante de la Perlsucht est contenue dans le sang des animaux malades et que le lait, le sang et la viande ont des propriétés virulentes.

Semmer opéra en injectant aux animaux une grande quantité (1/12 — 1/40) de sang tuberculeux. Sur 16 bêtes injectées, il obtint plusieurs résultats positifs. Au contraire, lorsque Semmer n’injecta qu’une quantité faible, il n’obtint que des résultats négatifs.

IBaumgarten3, en inoculant du sang d’animaux tuberculeux, dans la chambre antérieure de l’œil des lapins, obtint d’abord des résultats négatifs. Plus tard, il prit du sang d’animaux ayant contracté une tuberculose généralisée et grave, par suite d’infection expérimentale, et en injectant quelques gouttes seulement de ce sang, il obtint la tuberculose typique de la chambre

* Toussaint. Contribution à l’étude de la transmission de la tuberculose. Note présentée par Bouley. C. R. de l'Acad. des sciences, 1880, t. XC. p. 754. Recueil de médecine vétérinaire, 6° série, t. VII, n° 7, p. 318, et Annales de médecine vétérinaire , 31° année, p. 137. Voir également, pour une nouvelle expérience de Toussaint, une chronique de Bouley, in Recueil de médecine vétérinaire, 1885, p. 332.

s Semmer. Ein Beitrag. zur Tuberkelfrage, Deutsche Zeitschrift f. Thiermedicïn, t. I, p. 207.

3 Baumgarten. Zur Contagiositat der Tuberculose, Centralblatt f. die medicinische Wissenschaft, 1881, t. XIX, p. 274.

antérieure et ensuite la tuberculose généralisée. Ce fait constitue « une preuve incontestable des propriétés infectieuses du sang des animaux tuberculeux ».

Baumgarten analyse de la façon suivante un travail de Bollinger 1. Cet auteur, à propos d’une note de Baumgarten, ajoutée à son rapport sur les résultats expérimentaux de l’Anglais Crookshank2, où le rapporteur prétend que de tels résultats n’avaient pas encore été obtenus, revendique la priorité. Bollinger, par mégarde, avait négligé jusqu’ici de publier cette expérience. En 1879, « dans le but de produire la Perlsucht artificielle et pour éclairer la question des rapports de la tuberculose bovine avec la tuberculose humaine », Bollinger pratiqua, sur un veau de trois mois, fort et vigoureux, une injection intra-péritonéale, avec un liquide provenant des poumons de l’homme. Sept mois après, l’animal fut sacrifié, il était porteur d’une tuberculose caractéristique du péritoine. Tous les autres organes, y compris ceux renfermés dans le thorax, étaient sains, le développement de la Perlsucht, doit être attribué à l’injection intrapéritonéale. »

Dans le cours de la même année, Bollinger avait déjà publié un travail 3 sur l’identité de la tuberculose

1 Bollinger. Ueber die Identitiit, etc., cite plus loin, et analysé par Baumgarten. Baumgarten' s Jahresbericht, 1894, p. 714.

2 Baumgarten. Note à l'analyse du travail de Crookshank, Transactions pat/i. Society, 1891. p. 132, faite par Washbourn in Baumgarten’s Jahresbericht ilh. cl. Fortsch, etc., t. VII, 1891, p. 6G(5.

3 Bollinger. Ueber die ïdentitüt der Perlsucht der Rinder. mit der mensclilicher Tuberculose. Miinch. med. Woch., t. XLI, 1894, p. 85.

Vortrag gehalt. in d. Abth. f. ail g. Pathologie u. pathologische

bovine et de la tuberculose humaine, qui résume, peuton dire, les idées de toute sa vie sur la question et qui est inspiré par la même note de Baumgarten.

Baumgarten avait dit, dans la note précitée, que pour faire la démonstration absolue, complète, de l’identité de la tuberculose bovine avec la tuberculose humaine, il ne restait plus qu’à reproduire des nodules perlés chez le bœuf, par inoculation de la tuberculose humaine. Le résultat, a priori , n’était guère douteux, puisque Troje et Tangl avaient déjà démontré, en 1892, que, chez le lapin, les bacilles atténués déterminaient la formation de productions anatomo-pathologiques, analogues à la perle des bestiaux. Ce résultat expérimental, que Crookshank a obtenu en 1890, Bollinger l’avait déjà constaté en 1879, comme nous l’avons déjà dit plus haut. Bollinger donne une figure de ces tumeurs, que nous avons cru utile de reproduire ici.

« Cependant, jusque dans ces derniers temps, il s’est encore trouvé des auteurs, tels que Pütz1, pour douter de l’identité de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine.

I< « S’appuyant sur des données anatomiques, cliniques, ii étiologiques et expérimentales, Bollinger, malgré la w. vive opposition de la réunion des naturalistes 2, a affirmé

à Anatomie der 65°. Versamml. deuts ch Naturf. u. Aerzte zu Nlirn , berg, 1893.

1 Pütz. Ueber die Contrôle thierischen Nahrungsmittel des - Menschen. Münch. meil. Woc/tensch., 1893, p. 281.

* Voir p. 263 des comptes rendus de la session. Ce passage a été souligné par moi, pour bien montrer contre quelle résistance il aura fallu lutter, pour établir définitivement une vérité si évidente.

la parfaite identité de la tuberculose du bœuf (Perlsucht) avec la tuberculose humaine ».

« A partir du moment où, en 1881, R. Koch, se basant sur la découverte du bacille tuberculeux dans les produits de la tuberculose humaine et la tuberculose animale, affirma l’unité des deux affections, toute opposition à l’unité de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine parut écartée.

« Cependant, la découverte, par MAFFuccr, de la difie-

Fig. 1. — Représentant la pommelière du veau, obtenue expérimentalement par Bollinger.

rence qui existe entre le bacille de la tuberculose humaine et celui de la tuberculose aviaire (dont Maffucci, je dois dire, exagéra beaucoup la portée et la signification) sembla permettre d'exprimer de nouveaux doutes au sujet de l’unité de la tuberculose bovine et de la tuberculose humaine.

« D’autre part, les résultats des recherches faites sur l’infectiosité de la viande avaient tranquillisé. A un point de vue pratique, Schmidt, Mulheim avaient montré

que si l'on opérait dans toute la Prusse comme on le fait à l’abattoir de Berlin, il fallait tabler sur une perte annuelle probable d’environ dix millions de marks ï.

« A la vérité, on peut se protéger contre le péril de la viande par la coction. Mais il n’y a aucun doute que, dans ces cas nombreux de tuberculose, notamment de tuberculose des enfants, où la maladie s’établit, non pas dans les poumons, mais dans d’autres organes, notammentdans les organes abdominaux, les ganglions lymphatiques, les articulations, les os — dans ces cas où une autre source d’infection, telle que le contact avec des individus phtisiques, peut être exclue, — on doive accuser le lait des vaches tuberculeuses, dont la haute infectiosité a été démontrée expérimentalement.

« De plus, il faut tenir compte de la lenteur avec laquelle souvent se développe la tuberculose, qui rend très difficile la détermination précise des causes de l’infection. Gomme beaucoup de personnes répugnent à l’usage du lait cuit, on devrait, dans ces cas, remplacer le lait de vache par le lait des chèvres, très peu sensibles à l’infection tuberculeuse.

« Je ne veux pas laisser passer cette occasion, continue Bollinger, d’affirmer que la Perlsuchtdu bœuf présente sans aucun doute tous les caractères d’une maladie animale dont le danger est très général. On a pris de nombreuses mesures contre les autres maladies

1 Ces chiffres que nous étudierons avec détails dans notre second volume prouvent qu'il s’agit de pertes économiques se chiffrant, du lait de la tuberculose bovine, par centaines de millions pour l'ensemble des pays civilisés.

infectieuses des animaux ; et cependant les éleveurs n’ont encore rien fait contre la tuberculose du bétail, qui cause d’immenses dommages à l’agriculture. Malgré les grandes difficultés qu’il y aura à lutter contre une affection si répandue et le plus souvent latente, il n’est pas douteux que, tôt ou tard, il faudra bien se résoudre à mettre cette question à l’étude ; et plus ont” attendra, plus les sacrifices que l’on devra faire seronti coûteux et douloureux. ;>

En 1895, Bollinger publia un dernier travail 1 que nous analysons longuement ailleurs. Il mérite en effet, comme d’ailleurs tous les travaux de Bollinger, la plus?) haute considération.

Enfin, en 1899, au Congrès allemand de la tuberculose, I qui eut lieu en mai 1899, Bollinger fut chargé de faire ■ un rapport sur les relations de la tuberculose humain© avec la tuberculose animale. Bien que l’analyse fourni© / par le Dr Petit dans la Revue de la tuberculose , 1899, p. 170 (je n’ai pas les comptes rendus du Congrès a ma disposition), ne nous apprenne rien de neuf, jeell la rapporte ici, afin que l'on voie bien qu’en 1899, Bol-- 8 linger n’avait rien abandonné de ses anciennes idées.; !

« La tuberculose des bovidés et des porcs est, au point de vue de l’étiologie, identique à celle de l’homme. ECtll si l’on envisage l’augmentation de la tuberculose che?.| les bovidés, on peut dire que, non seulement c’est un J

1 Bollingeu. Ueber Sclnvindsuclit-Sterblichkeit in Verschiede nen Stadten Deutschlands nebst Bemerkungen über Haufigkei j der Rindtuberculose. Münch. med. Woch., p. 1 et 31, 1895, e l kep. Abd. Lehmann, 19 p. 8°.

véritable fléau pour l’élevage et l’agriculture en général, mais aussi un danger permanent pour l’homme ; par contre, la tuberculose del’hommejoue un rôle tout à fait subordonné dans la propagation de la tuberculose aux bovidés.

« L’infectiosité de la viande des animaux tuberculeux croît avec la gravité des lésions spécifiques que présente l’animal. L’homme peuts’infecter en faisant usage de ces viandes, mais le danger n’est probablement pas très grand et il peut être annihilé par certaines précautions (faire bouillir la viande).

« Mais si la viande est peu dangereuse, il en est tout autrement du lait provenant des vaches tuberculeuses. L’emploi d’un tel lait, s’il n’a pas été préalablement stérilisé, est éminemment dangereux ; et il faut savoir que le lait est dangereux, non seulement quand il existe une tuberculose du pis ou une tuberculose généralisée, mais aussi quand l’animal présente une localisation tuberculeuse quelconque.

« L’emploi du lait de vaches tuberculeuses est particulièrement dangereux chez les enfants, parce qu’ils sont plus susceptibles que les adultes et ingèrent de grandes quantités de lait, qui souvent n’est même pas bouilli. On peut dire que la fréquence de la tuberculose chez les enfants et, plus particulièrement, la tuberculose ganglionnaire, est due à l’usage du lait provenant de vaches tuberculeuses L »

J’ai maintenant, sinon analysé, du moins passé en

1 Je reviendrai plus loin sur ce congrès, que j’ai pu me procurer.

LE PROFESSEUR KOCII

revue, l’œuvre complète de Bollinger, le savant qui, en Allemagne, ale plus complètement étudié la question des rapports de la tuberculose bovine et de la tuberculose humaine. On peut même dire qu’au cours de sa carrière scientifique déjà longue, il ne l’a jamais perdue de vue. Cette simple exposition de l’œuvre de Bollinger m’aura fourni l’occasion de faire passer, comme en un rapide kaléidoscope, tous les points de vue de la question devant les yeux du lecteur. Ceux qui reconnaissent l’ignorer m’en seront reconnaissants; et il en est certainement, parmi ceux qui prétendent la reconnaître, ou même la connaissent réellement, qui auront encore trouvé quelque détail à apprendre et à retenir.

Dans tous les cas, puisqu’il est encore de mode de tenir un si grand compte des autorités, j’aurai opposé à celle de Koch, que ne consolident guère ses procédés antérieurs, à propos de la tuberculine, celle de Bollinger, qu’aucun fait de ce genre ne vient ébranler.

Quoi qu’il en soit, cette analyse aura été au moins assez détaillée pour témoigner que, dans aucun des travaux anciens ou récents de Bollinger — etKocu fait évidemment plutôt allusion aux anciens — , ne se trouve la justification des affirmations de Koch, telles que nous les avons rapportées. Avec Bollinger, les faits ne sont pas naturellement aussi criants qu’avec Chauveau ; il n’en ressort pas moins, avec la même netteté, la même certitude, que les expériences de ces deux auteurs les ont conduits à des conclusions absolument divergentes

de celles de Koch, conclusions auxquelles ils sont restés fidèles toute leur vie. De plus, dans leurs expériences mêmes, il est impossible à l’œil le plus perspicace de retrouver ces circonstances que Koch désigne si nettement et qu’il interprète si favorablement pour sa thèse.

Parmi les médecins du groupe allemand 1 qui ont si énergiquement soutenu Kocii à Londres, et qui ont failli lui faire gagner la victoire, c’est-à-dire obtenir l’abolition des mesures de police déjà existantes, mais d’ailleurs à peu près vaines contre le lait et la viande tuberculeux, combien donc ignoraient les travaux de Bollinger, qui sont, en réalité, très connus dans le monde médical allemand?

Ils y jouissent à bon droit d’une très grande autorité. Quant à la valeur relative des deux personnalités morales, nous n’avons ni droit ni motif de faire à Bollinger l’injure de le comparer au débiteur de la tuberculine. Les raisons que l'on pourra trouver de cet enthousiasme de commande ne sauraient, en tout cas, être attribuées au souci exclusif de la défense de la vérité scientifique.

Aujourd’hui, Bollinger est membre delà commission allemande de vérification des nouveaux travaux de Koch. Les hésitations qu’il put faire paraître au début de sa carrière, et qui lui furent si sévèrement reprochées, n’ont plus leur raison d’être. Après ce qu’il a dit et écrit depuis vingt-trois ans, un jugement indulgent,

1 Koch a été également soutenu, avec une très grande énergie, par un groupe de médecins anglais; nous verrons jusqu’où ces messieurs suivront leur chef de file.

une critique atténuée, à l’égard de Koch, de la part de Bollinger, qui est et sera l’objet de toutes les obsessions, de toutes les sollicitations et probablement aussi de toutes les menaces, sembleraient, à l’heure actuelle, singulièrement plus suspectes que n’étaient, pour les professeurs Fesser et Klebs, ses hésitations d’il y a vingt-sept ans.

Ainsi donc, étant donnée la véritable raison d’état qui protège Koch, à l’heure actuelle, ou bien la commission qui a été nommée à Berlin consentira à son propre avortement et ne fournira aucun rapport ; ou bien, ce dont je doute, elle écoutera la voix de sa conscience et jugera sévèrement la conduite de Koch ; ou bien enfin elle l’approuvera, hypothèse si monstrueuse qu’elle paraît impossible. Mais, en tout cas, cette commission doit se rendre compte que tout moyen terme est inacceptable. Ou Kocn a raison, ou bien il a tort, ou le lait des vaches tuberculeuses cause la mort de milliers d’enfants, ou bien, au contraire, il constitue un aliment parfaitement inoffensif. Voilà sur quoi toutes les commissions de Berlin et d’ailleurs doivent se prononcer avec une netteté, une limpidité parfaite.

Mais, pour qui connaît les hommes et sait peser les circonstances, il est bien probable que la commission allemande, au lieu de résoudre, par des expériences, un problème d’ores et déjà d’ailleurs entièrement résolu, consacrera ses veilles à trouver la rédaction qui ne mécontentera personne.

Nous ne connaissons de Dammann, cité encore par Kocn, dans la série des anciens auteurs, que les deux tra-

vaux suivants i 2, qui se trouvent l’un et l’autre contenus dans des publications que Ton chercherait en vain à Paris, ou à la bibliothèque de l’école vétérinaire d’Alfort. Cette bibliothèque est d’ailleurs d’une pauvreté si lamentable qu’elle confine, peut-on dire, à l’indigence. Elle témoigne du très faible souci dont furent animés ceux qui, successivement, présidèrent aux destinées de l’école, d’en faire, sinon un utile instrument d’étude — puisque évidemment ils ne sentaient guère le besoin d’étudier les travaux étrangers — , au moins d’y réunir unecollection décente à présenter au visiteur.

On peut dire, et cela n’est pas très flatteur pour ce pays, que malgré le voisinage de l’école d’Alfort, il est absolument impossible, si l’on veut réellement consulter les sources, de faire, à Paris, aucune étude bibliographique sérieuse, sur n’importe quel sujet de médecine vétérinaire. L’indigence de notre école d’Alfort n’est nullement compensée par les ressources de la Bibliothèque de la Faculté de médecine, ni par celles de notre Bibliothèque Nationale, où le département de l’art vétérinaire est des plus médiocres, et, par exception, assez mal tenu.

Je dois ajouter que, pour l’époque contemporaine, la bibliothèque d’Alfort est un peu moins mauvaise que pour les périodes remontant au delà de 1890 et surtout

1 Dammann. Bericht über die Herbst-Versammlung des Thieràrztlichen Vereinsfur Neu-Vorpommern undRügen,'in Wochenschrift f. Thierheïlkunde u. Viezucht, 1874. XVIII0 année, n° 51, p. 443.

2 Dammann. Mittheilungen ans cler thierârzt lichen Praxis in Preussischen Slaate. Berlin, 1875, XXII0 année; pour l’année 1873-74, p. 152.

1880, ce qui ne veut nullement dire que, même pour l’heure actuelle, elle soit bonne. La responsabilité de cet état lamentable de choses doit remonter à ses directeurs successifs. Le bibliothécaire actuel s’efforce d’atténuer, par son zèle et son obligeance, ces lacunes qui ne seront jamais comblées et ces défectuosités auxquelles il est peu probable qu’on porte jamais remède.

Dans le premier travail cité, Dammann expose l’expérience qu’il pratiqua, afin de rendre tuberculeux un veau et un agneau qui recevaient les crachats infectants provenant de l’homme, mélangés à leur lait sans autre nourriture. Le veau mourut à six mois et présentait l’aspect tuberculeux. A la dissection, jil se montra porteur de nodules intestinaux, qui étaient évidemment des lésions tuberculeuses de cet organe.

Dans la seconde publication, Dammann nous dit qu’un agneau mâle de neuf mois reçut, du 28 novembre au 29 janvier, tous les deux ou trois j ours, 200, 400 grammes de crachats humains tuberculeux, en tout 5 000 grammes. L’animal mourut en avril, d’hépatite produite par le Distomum hepalicum ; il ne présentait aucune trace de lésion tuberculeuse du poumon ou de l’intestin.

Ces deux expériences de Dammann ne prouvent pas grand’chose ; il est très probable que le veau, d’après les indications mêmes de cet auteur, était déjà tuberculeux. Elles pourraient tout au plus contribuer à démontrer ce que l’on sait par ailleurs, que l’infection par voie intestinale est aléatoire. Mais les expériences de Dammann sont si peu nombreuses et si peu précises qu’on ne voit même pas la raison pour laquelle Ivocn

cite cet auteur, fort estimable d’ailleurs à beaucoup d’autres égards, mais dont les travaux avaient toujours paru si peu importants pour ce qui concerne cette question, que son nom ne figure même pas dans le livre pourtant très complet de Predôhl, sur l’histoire de la tuberculose.

A tous les faits négatifs anciens, on peut opposer l’insuffisance de l’examen post-mortem. En effet, l’épreuve de la tuberculine décèle souvent l’infection chez des animaux où la dissection la plus minutieuse ne révèle la présence d’aucun tubercule. En tout cas, les rares expériences de Dammann n’apportent aucune confirmation de l’affirmation de Koch, qui range cet auteur parmi ceux qui auraient constaté la mort des animaux à la suite de l’infection parla tuberculose bovine ; et la survie, à lasuite de l’infection par la tuberculose humaine.

Ainsi donc, nous le voyons, aucun des auteurs cités par Koch, dans cette première liste, à l’appui de sa thèse, ne peut véritablement être invoqué dans ce sens. Parmi eux, au contraire, on en trouve dont les expériences et les conclusions aboutissent, avec une netteté absolue, à des résultats diamétralement opposés aux conclusions récentes de Koch.

Ce n’est pas tout, à la citation se rapportant à des auteurs de la bibliographie ancienne, Koch ajoutait, dans sa communication du Congrès de Londres, une nouvelle citation que voici et qui se rapporte à des auteurs très modernes.

« Des investigations comparables ont été faites très récemment dans l’Amérique du Nord par Th. Smith,

Dinwiddie, Repp et Frothingham, et les résultats concordent avec les nôtres ».

Nous allons passer en revue, comme nous l’avons fait pour les précédents, les auteurs cités par Koch. Nous pourrions en citer d’autres également très récents, Cookshank, Sidney Martin, de la commission royale anglaise, Ravenel et Thomassen . Enfin, ces jours derniers encore, àrloing, dont les résultats expérimentaux et les conclusions condamnent Koch de la façon la plus formelle; et enfin toute une série d’auteurs dont les noms et les travaux sont indiqués dans notre bibliographie postérieure au Congrès ; nous nous en abstiendrons. Nous voulons ici, seulement, en effet, citer ceux que Koch lui-même indique, et nous allons voir encore avec quelle bonne foi, à l’appui de sa thèse.

Nous allons donc passer en revue les travaux de ces auteurs, rétablissant seulement l’ordre chronologique de leurs travaux, altéré par Koch, dans sa citation. L’examen de ces travaux et recherches est d’autant plus utile que si nous n’y trouvons pas, tant s’en faut, la confirmation des conclusions de Koch, nous y découvrirons l’indication des premiers motifs qui lui furent fournis par Smith ou, pour parler plus exactement, des premiers prétextes scientifiques, génialement développés par Koch, au Congrès de Londres, qui lui permirent de soutenir, contrairement à ses anciennes convictions, et je ne crains pas de l'affirmer hautement, contrairement à son actuelle conviction, la thèse néfaste de l’innocuité, pour l’homme et l’enfant, de la tuberculose bovine.

Le premier travail sur lequel puisse s’appuyer Koch, avec quelque apparence de sincérité, pour y trouver, sinon des arguments, au moins quelques présomptions en faveur de sa nouvelle thèse, est la première publication de Théobald Smith, qui parut en 1896 b

Dans ce mémoire, Th. Smith nous indique déjà divers auteurs qui ont fourni des indications permettant de conclure qu’il existe des races distinctes parmi les bacilles tuberculeux. Le travail de Maffucci, nous dit-il, a mis déjà le fait hors de doute, pour ce qui concerne les rapports de la tuberculose aviaire avec la tuberculose humaine.

Ce qui est assez piquant à constater, c’est que Smith range très nettement Koch d’après les conclusions et affirmations renfermées en sa communication et son mémoire de 1882-84, parmi les protagonistes « de l’unité des bacilles de l’homme et des diverses races de mammifères ». Il n’en pouvait être en effet autrement, étant donnée la netteté des affirmations de Kocii.

Mais voici, d’après Smith, ce que l’on savait à cette époque, c’est-à-dire en 1896, sur la question des races de bacilles tuberculeux. Kruse 2 publie l’histoire de quatre cultures, l’une de Pansini, de Naples, isolée de crachats humains tuberculeux, après avoir passé par un cochon d’Inde, l’autre d’ARMANNi, isolée de la même

1 Th. Smith. Two varieties of the tubercle bacillus from Mammals. Transactions of the Association of american Physicians, t. XI, 1896, p. 73-95.

2 W. Kruse. Ueber das Vorkommen der sog. Hühnertuberculose bein Menschen und bei Süugethieren. Zieyler's Beitriiç/e zu path. Anat. a. zu ally. Path., 1893, t. XII, p. 544.

manière, l’autre de San Felice, isolée de tubercules provenant du poumon du bétail, et une de Strauss, d’origine incertaine. Ces quatre cultures ne purent produire que des accidents locaux, chez le cochon d’Inde. Sur 12 lapins, la tuberculose miliaire se produisit chez 2, après injection abdominale. Les volailles étaient infectées régulièrement et Kruse considéra ces cultures comme se rattachant à la tuberculose aviaire.

Pansini1 isola des bacilles de la tuberculose présentant les caractères de la variété aviaire, qui provenaient de l’homme et du bœuf et étaient passés par le cochon d’Inde.

Fischel 2 est également disposé à croire que les bacilles de la tuberculose humaine et aviaire ne sont pas nettement séparés.

Joune et Frothingham 5 ont rapporté l’observation d’une infiltration tuberculeuse diffuse des tissus muqueux et submuqueux de l’intestin, chez une vache qui présentait une apparence et des caractères histologiques tout à fait différents de ceux de la tuberculose bovine ordinaire. Malheureusement, les cultures ne réussirent pas et les inoculations aux cobayes ne pro-

1 Pansini. Einige neue K Fille von Geflügcl-Tuberkulose bei Menschen und Saugethieren. Deutsche med . Wochensch., 1894, p. 694-7.

2 Fischel. Untersuchungen über die Morphologie und Biologie des Tuberculose Errcgers, 1893, et Fovtschritte der Medizin , 189-, t. X, p. 908.

3 Johne u. Frothingham. Ein eigenthümlicher Fall von Tuberculose beim Rind. The veterinary Magazine, janvier 1896, Deutsche Zeitsck. f. Thiermed., 1895, t. XXI, p. 438.

duisirent même pas d’accidents locaux. Les auteurs pensèrent que, dans ce cas, l’infection s’était produite par des bacilles de tuberculose aviaire.

Voici quelles étaient les impressions scientifiques sous lesquelles se trouvait Smith1, lorsqu’il institua ses premières études, publiées en 1896, et dans lesquelles il chercha à mettre en relief les différences pouvant exister entre les diverses races de bacilles de la tuberculose provenant d’unemêmeespèce animale ou de l’homme, et entre le bacille humain et le bacille bovin.

Smith constate que les cultures de bacilles provenant d'une Nasua narica ou coati (petit mammifère familier en Amérique, du groupe des ursidés), qui avait été

1 Baugmarten, dans un travail tout récent, postérieur au Congrès de Londres (Ueber das Verhaltniss von Perlsuclit u. Tuberculose, Berline r /clin. Wochensch ., 2 sept. 1901), exprime avec raison son étonnement de voir tous les auteurs ignorer un travail de Gaiser, publié en 1891-93, et qui semble justement apporter une confirmation à la thèse de Smith. C'est pour cela que Smith, étudiant un sujet si limité, est peu excusable d’avoir négligé la citation de cet auteur, qu’il a en réalité ignoré. En efïet, Gaiser ayant inoculé deux veaux dans la chambre antérieure de l’œil, suivant la méthode de Baumgarten, l’un avec la tuberculose humaine, l’autre avec la tuberculose bovine, obtint un résultat ncgaiif dans le premier cas, positif dans le second . Gaiser, Zur Identitatsnach Aveise von l’erlsucht und Tuberculose. Arb. ans cl. pathol. Inst. ~u Tübmgen. Bel. II. p. 368, 1893.

Les résultats de ce travail avaient bien été signalés par Baumgartex, dès 1891, en son Ja/iresberic/it, t. VII, p. 666. dans une note qui accompagne l’analyse des expériences de Cuookshank, mais Baumgarten n’avait pas donné le nom de l'auteur. De plus, V Index médians n'a pas relevé le travail de Gaiser.

On ne nous retournera pas, je pense, l’accusation que je porte contre Koch, de dénaturer ou de tronquer la bibliographie, ni même de négliger la citation des documents qui peuvent paraître défavorables à notre thèse. L’expérience de Gaiser a d’ailleurs été infirmée récemment.

infecté par son maître tuberculeux, se sont montrées relativement très peu virulentes, par comparaison avec celles qui provenaient du bœuf, sur les cobayes inoculés.

Smith observe, dans les deux sortes de bacilles, humain et bovin, des différences dans la longueur, l’épaisseur, la forme (les bacilles bovins étant plus courts, plus trapus, que les bacilles humains et non incurvés), et dans la capacité à retenir les matières colorantes. Les différences non seulement avaient persisté, mais s’étaient encore exagérées au bout d’un an. L’aspect des cultures était aussi très différent.

Ces observations, dit Smith, p. 88, soulèvent la question de la relation qui existe entre la tuberculose humaine et la tuberculose bovine et la transmission de cette dernière à l’homme. Voici comment la question peut être posée : «Le bétail est-il attaqué par différentes races de bacilles de la tuberculose, ou n’existet-il qu’une seule race adaptée au corps du bœuf?

« Koch, dans sa monographie justement renommée, établit qu’il a cultivé, pendant un certain nombre de générations, des bacilles provenant de 11 têtes de bétail. 4 de ces cultures avaient une origine directe, 7 étaient passées par l’intermédiaire du cochon d’Inde. Il regarde tacitement ces cultures comme identiques avec celles qui ont été isolées de l’homme et des autres mammifères ; et nous n’avons aucune espèce de raison de douter de son observation ou de son jugement sur ce sujet. »

Je ferai observer, en passant, que cette citation.

comme celles que j’ai précédemment faites, de Bollinger, comme tant d’autres que l’on pourrait trouver, en fouillant la bibliographie, prouvent, sans aucune contestation possible, que, pour personne, n’existait, avant le Congrès de Londres, aucun doute sur les affirmations de Koch au sujet de la dualité de la tuberculose humaine et bovine; qu’elles présentaient bien, à ce sujet, toute la netteté désirable. Nous le démontrerons d’ailleurs dans un chapitre spécial.

Smith constate encore un certain nombre de différences cliniques, dans l’évolution et la marche de la maladie, chez l’homme et le bétail. Le bacille de la tuberculose étant extrêmement sensible à toutes les modifications dans les cultures, il n’est pas surprenant qu’il réagisse de façon très diverse, suivant les terrains où il évolue, surtout lorsque ces terrains sont représentés par des espèces distinctes.

« La question a pris, aujourd’hui, dit Smith, une importance considérable, en raison de la transmission possible de la tuberculose du bétail à l’homme. De nombreuses voix s’élèvent pour affirmer que la tuberculose de l’enfance est due au lait infecté et cela a jeté un grand trouble dans l’esprit public. Je me suis efforcé de rechercher ce que la bibliographie récente nous donne pour ou contre cette accusation1. Kossel2 rapporte vingt-deux cas de tuberculose mor-

4 N’oublions pas qu'il s’agit ici d'un travail déjà ancien; nous exposerons nous-mêmes la question de la façon la plus complète, dans une partie de ce travail et dans notre second volume.

! Kossel. Ueber Tuberculose im frühen Kindesalter Zeitschrift f. llyrjiene, t. XXI, 1895, p. 59.

telle, dans lesquels prédominait l’infeclion pulmonaire et parmi lesquels on ne constataitque dans un seul cas une tuberculose indépendante de l’appareil digestif. Dans quatorze autres cas, chez lesquels la mort était due à d’autres causes, on trouva dix fois des foyers caséeux dans les ganglions bronchiaux, quatre fois dans les ganglions mésentériques. Si l’on se rappelle les habitudes des enfants, qui portent toutes sortes d’objets à leur bouche, l’infection peut aussi bien se produire de ce chef que par le lait. Et Kossel n’envisage même pas la possibilité de l’infection par le lait1.

« J’ai présenté ce sujet, dit encore Smith, non en avocat pour ou contre l’opinion que le lait cause un nombre plus ou moins grand de cas de tuberculoses ; mais pour appeler l’attention sur la nécessité de se procurer des renseignements plus complets sur les sujets suivants :

1 Les seules citations que nous avons précédemment données des travaux de Bollinger, ou de ceux qui ont été inspirés par lui, témoignent déjà que l’universalité, peut-on dire, des auteurs compétents considèrent le lait tuberculeux comme la cause ordinaire de la tuberculose abdominale des enfants.

D’abord, il n’est nullement démontré que la tuberculose contractée par voie intestinale ait comme signe évident la tuberculose primaire de l’intestin. De plus, indépendamment des statistiques générales de Tiiorne, pour l’Angleterre, les statistiques anglaises, observées dans les hôpitaux d’enl’ants et rapportées au congres de Londres, ont montré que la tuberculose primaire de l'intestin était beaucoup plus fréquente chez eux que certains auteurs ne l'admettent; elle serait d’un peu moins de 30 p. 100. Voir Still, pour Great Ormond Street Hospital for Sick Children; et Schenn.vn, pour Edinburgli Royal Hospital for sick Children (cités in Philip, The tuberculosis problem as affected by the british congress of Tuberculosis; The Edinburgh med. Journal , sept. 1901 p. 205---2; plus particulièrement p. 1210. Nous étudions ailleurs cette question avec soin.

« Je ne suis pas un avocat pour ou contre la possibilité de l’infection par le lait, mais j’estime qu’il est nécessaire de se renseigner plus exactement :

1° Sur l’existence de races de bacilles tuberculeux humain et bovin.

2° Sur l’identité ou la non identité du bacille humain et bovin.

3° Sur reflet du tubercule bovin sur l’homme. Ce problème pourrait être attaqué en cultivant des bacilles provenant d’un cas de tuberculose contracté en buvant du lait et en les expérimentant sur le bétail.

4° On aurait plus d’évidence sur la question de l’infection par le lait, en indiquant plus soigneusement la source de la maladie dans l’enfance et en recherchant les foyers primaires de l’infection tuberculeuse dans toutes les autopsies d’enfants.

5° En recherchant également toute différence existant entre l’affection, telle qu’elle se produit dans le premier âge, par l’action du bacille humain, et celle qui semble due aux bacilles de la tuberculose bovine.

Il me semble que le moment est venu pour les médecins d’examiner cette question de l’infection parle lait, d’une façon plus complète ; et, dans ce but, les cliniciens, les pathologistes et les bactériologistes, doivent unir leurs efforts en vue du succès. »

Aux questions qu’on lui posa, à la suite de cette communication, Smith fit une réponse intéressante à reproduire, car elle nous montre combien s’est modifiée l’attitude de Koch, non seulement dans la question de l’unité de la tuberculose bovine et humaine, mais sur

LE PROFESSEUR KOCE

la question des races microbiennes en général. « Pour ce qui concerne la question de la variation, je pense avoir été le premier à démontrer, en 1886, l’existence de variétés parmi les bactéries pathogènes. Depuis cette époque, j’ai étudié ce sujet avec prédilection. Je pense que ceux d’entre nous qui ont grandi en même temps que la bactériologie, savent quelle forte influence a exercé sur notre conception de la fixité de V espèce la lecture des travaux de V école de Koch. Cette influence s’est exercée, plus forte encore sur ceux qui ont fait leurs études à Berlin. Heureusement, l’école française a exercé une tendance inverse. Ceux-là sont allés jusqu’à l’extrême opposé, et sont devenus incapables, jusqu’à un certain point, de différencier les organismes et de les classer convenablement ; de telle sorte que l’on commet, de temps en temps, des erreurs au sujet de la conception générale de la variabilité des microorganismes. »

Smith a ainsi marqué d’un trait, sans même se douter de la portée et de la signification de sa remarque, une des particularités les plus intéressantes du caractère de Koch. C’est en vain que l’on chercherait quelque pensée philosophique profonde, déduite de ses nombreuses et importantes recherches, exprimée en termes élevés. Ce compatriote des Hàckel, des Büchner et des Moleschott, ignore ces points de vue de la science ; mais, en revanche, son âme d’habile courtisan n’ignore pas que toute contribution scientifique, de forme moderne — telle qu’il eût été certainement amené à la présenter au problème de l’espèce, — est détestée dans

les milieux d’où dépend, à Berlin, la fortune et la faveur, comme attentatoire au principe d’autorité. De même que Virchow, reniant tout son passé, pour lutter contre le transformisme et s’assurer les avantages de tout genre que comportait cette attitude, de même que Pasteur, déplaçant complètement le sens du problème de la génération spontanée, afin de justifier l’attitude traditionnaliste et cléricale qu'il avait prise, dès ses débuts, Kocii s’est bien gardé de rien publier qui pût être considéré comme favorable au transformisme. Lorsqu’on essaie de faire l’analyse psychologique de l’œuvre de Koch, qu’il s’agisse de tuberculine, de tuberculose bovine, ou même simplement de capacité de transformation des bacilles, l’ombre portée du commerçant ou du courtisan, obscurcit trop la silhouette du savant.

« Au sujet de l’inoculation du bacille de la tuberculose humaine, répond encore Smith, je vous dirai qu’au cours des expériences pratiquées par The Bureau of animal Industry 1 , on a fait beaucoup d’expériences avec une culture de bacilles tuberculeux humains, sans aucun résultat. »

On le voit, le ton des conclusions de Smitii ne concorde guère avec celui des conclusions de Kocii. Mais avant de porter un jugement définitif sur l’œuvre de Smith, nous devons analyser le mémoire de Frothingiiam, cité également par Kocii et dont la publica-

1 Theobald Smith : « Studies in Bovine Tuberculosis. » Bulletin n° 8, Bureau of' animal Industry. U. S. Departement of Ayricullure, 18rJ4, p. 88-126.

tion précéda l’apparition du second mémoire de Smith.

Frotingiiam inocula, en 1897, deux séries de jeunes veaux très sains, soumis, au préalable, pour la plupart, ainsi que les mères, à l’épreuve de la tuberculine.

I. Quatre veaux furent inoculés avec des cultures pures de bacilles tuberculeux provenant du foie d’un enfant d’un an.

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