II. Trois veaux furent inoculés avec des crachats humains
Des expériences de contrôle furent faites dans tous les cas.
Voici, traduites textuellement, d’après le texte allemand, les conclusions de Frothingham 1 :
« Du petit nombre d’expériences précédentes, il est impossible de tirer une démonstration scientifique absoment sûre, au sujet du problème qui se pose, de savoir si le bœuf est moins sensible vis-à-vis du bacille humain que du bacille bovin. Pour résoudre cette question, il ne suffit pas d’instituer de nombreuses expériences dans cette direction, mais on doit instituer également des expériences parallèles, avec l’inoculation de bacilles tuberculeux bovins aux veaux.
« Les expériences que je viens d'exposer ont fourni les résultats suivants :
« Des quatre veaux, qui avaient été inoculés avec
* L. Frotinhgham. Résults of a few inoculation experiments upon calves with thebacillus of human tuberculosis. Journal Bost. med. Sc., 1897-98; et Report of Massachusetts cattle commission for 1897 ; et Impfversuclie an Kalbern mit dem menschlichen Tuberkelbacillus, reproduit dans Zeitschrift /. Thiervnedicin , N. F. t. I, 1897, p. 33U-338.
des cultures pures de tuberculose humaine , trois seulement présentaient , après la mort , des symptômes de tuberculose, dans aucun cas ces modifications n'étaient étendues. Les phénomènes les plus nets s’observaient au voisinage du lieu injecté, lorsque l’injection était faite dans la cavité abdominale, dans le réseau ganglionnaire abdominal et dans le péritoine. Lorsque l’injection était faite dans la trachée, l’inoculation s’était manifestée dans les muscles du cou et les glandes lymphatiques du même côté; il est bien possible que l’aiguille, dans quelques-uns des cas, n’avait pas pénétré dans la trachée. Toutes les autres modifications du corps étaient si faibles qu’on ne pouvait les retrouver que par des recherches minutieuses. Dans aucun cas, ne se produisit d'infection générale, telle qu’on l’observa chez les animaux de contrôle (dans le cobaye 2, première série d’expériences). Je ne puis expliquer que chez le premier cobaye les altérations se soient trouvées localisées dans le pénis et le testicule.
« Parmi les trois veaux inoculés avec les crachats humains, renfermant une grande quantité de bacilles de la tuberculose, l’un ne présentait pas de tuberculose, un autre ne présentait que des modifications locales dans le voisinage du point inoculé; tandis que le troisième, qui ne présentait que de légers phénomènes locaux, n’était porteur que d’un petit nombre de tubercules dans le foie. Par contre, un cobaye de contrôle présentait de la tuberculose généralisée, ce qui démontre la virulence des bacilles inoculés; tandis que l’autre, malheureusement, mourut de septicémie.
Il ressort de ces faits , qu' évidemment les veaux ne sont pas sûrement sensibles à l'infection par le bacille tuberculeux humain. Mais, d’autres recherches devront décider si cette insensibilité, Nichtempfanglichkeit (dit le texte allemand qui a été traduit sur le texte anglais, que je n’ai malheureusement pu me procurer et qui n’est probablement pas aussi affirmatif) dépend d’une moindre virulence à l’égard du bœuf, ou bien de l’âge de l’animal inoculé ou d’une autre circonstance.
Je ne m’étendrai pas en longs commentaires sur cette communication. La réserve des conclusions exprimées par l’auteur convient exactement à l’incertitude qui se dégage de ses expériences trop incomplètes. Je ne me permettrai pas de comparer Frothingham à Koch, qui, avec des expériences aussi peu concluantes, a osé proposer de suspendre toutes les mesures de protection contre le lait et la viande tuberculeux. Le doute que jetait Frothingham, sans plus de certitude expérimentale, sur des questions vitales pour l’hygiène publique, a paru cependant, à un autre auteur américain, à Repp, suffisamment coupable, pour que, dans des phrases sévères, qui ont une sorte de caractère prophétique, parce qu’elles condamnent à l’avance l’attitude de Koch, il se soit cru en droit de s’exprimer à ce sujet d’une façon que l’on appréciera. On voit, par la citation précédente, dans quelle mesure Kocii avait le droit de citer Frothingham, comme un des auteurs ayant combattu avant lui pour la même cause ; mais ne le verronsnous pas dépasser toute mesure, et citer également Repp dans le même sens.
En 1898, Th. Smith publia un second mémoire sur la question1. Smith considère que, pour la résoudre, il n’y a pas à tenir compte des travaux antérieurs, dans lesquels l’origine des bacilles n’a pas été déterminée par les auteurs avec une précision suffisamment scientifique. Smith, en comprenant les deux cas rapportés dans son mémoire de 1896, a étudié sept fois les crachats et six fois les cultures provenant du bœuf. Dans un cas (Coati), la culture animale provenait probablement de l'homme, une culture provenait du cheval, l’autre du chat, l’autre du porc et six étaient d’origine bovine. La tuberculose du porc était très probablement d’origine bovine. Les cultures du chat proviennent du cas rapporté par Frotiiingham in The Journal of the boston medical Society of medical Sciences, mars 1897. L’histoire des origines de la tuberculose du cheval était inconnue.
Nous renvoyons, bien entendu, au mémoire de Smith pour le détail des expériences. Voici comment cet auteur résume les expériences faites sur le bétail. Douze animaux furent employés : six furent inoculés avec le bacille humain, six avec le bacille bovin, un avec les bacilles du porc.
Parmi les cas provenant des crachats, un ne présenta aucune affection, deux manifestèrent seulement des lésions locales, sans dissémination.
* Th. S.MiTir. A comparative Study of bovine tubercle bacilli and of hurnan bacilli from sputum. Transactions of the Association of the american Physicians, t. XIII, 1898 p. 416-470 et Journal Bosl. med. Soc., 1897-98, t. II, p. 187-189, et Journ. exper. Med. New-Ycrk, 1898, t. III, p. 451-511.
LE PROFESSEUR KOCR
Parmi les cas bovins, deux périrent de maladie généralisée, deux présentèrent des lésions étendues; un, des lésions moins étendues.
Dans le cas porcin, les lésions étaient moins étendues que dans les cas bovins.
Voici, en résumé, comment s’exprime Th- Smith au sujet des variétés existant parmi les bacilles tuberculeux.
Malgré les étroites relations existant ent're les espèces étudiées, Smith pense que l’établissement de la variété bovine et de la variété des crachats humains (mais non espèce), se trouve justifiée.
Les caractères particuliers de la variété bovine consistent : morphologiquement, dans sa brièveté constante, sa forme droite et la plus grande résistance de cette forme aux conditions modificatrices des milieux de cultures; biologiquement, en une résistance plus grande à la culture artificielle et en une activité pathogénique beaucoup plus considérable vis-à-vis des lapins, des cobayes et du bétail.
Dans les deux variétés de bacilles bovins et des crachats humains, on trouve encore des variétés légères. Mais le groupe des bacilles des mammifères est très compact en face du groupe aviaire, le'gèrem-ent virulent pour le cobaye, qui est si sensible au bacille du type des mammifères.
Les bacilles bovins sont beaucoup moins saprophytiques que les bacilles humains ; les bacilles bovins ont un caractère plus parasitique l. Gela tient peut-
1 Souligné par moi, car il me paraît qu'il faut atta-cher une importance considérable à ce fait qui semble certain.
être au résultat de leur adaptation au corps du bœuf, animal chez lequel les cavernes dans le poumon et le catarrhe des canaux aérifères, sont beaucoup moins communs que chez l’homme.
Au point de vue pratique, on peut discuter les deux propositions suivantes :
1° Le bacille des crachats ne peut trouver un point d'appui dans le corps du bœuf;
2° Le bacille bovin peut passer à l’homme, en raison de son grand pouvoir pathogénique.
Smith cite les autres auteurs qui ont tenté l’inoculation de la tuberculose humaine au bétail. En dehors de Bollinger et de Frotiiingham, dont nous-mêmes rapportons les travaux, il cite encore d’autres auteurs.
Nous avons cité et analysé les travaux de ces deux auteurs. A propos des expériences de Bollinger, Smitii fait observer que le dessin publié par cet auteur et que nous avons fait reproduire ici même, donne une impression comparable à celle que produisent les tumeurs déjà décrites comme résultant des injections de cultures de IV et VI de Smith. Elles n’ont pas l’apparence nodulée présentée par les éruptions spontanées ou celles qui sont produites par des cultures bovines1.
Nous ferons exception à la règle que nous nous sommes imposée2, et d’après laquelle nous voulons, dans ce premier volume, citer et analyser seulement les
1 Comparez le dessin de pommelière bovine spontanée que nous avons reproduit, d’après Virchow, La pathologie des tumeurs, t. III, p. 188.
• Nous avons ultérieurement élargi notre plan.
travaux invoqués par Koch à l’appui de sa thèse. Afin de présenter un aspect de la question telle qu’elle se pose exactement à notre époque, nous citerons et analyserons très brièvement ces autres travaux, qui ne sont guère favorables, tant s’en faut, ainsi qu’on va en juger, à la théorie de Koch.
Crookschank1 2 injecta des crachats renfermant le bacille de la tuberculose à un veau, dont l’âge n’est pas indiqué, dans le péritoine. L’animal mourut de pyémie, le quarante-deuxième jour, avec des lésions étendues, des abcès, des tubercules des ganglions mésentériques, des lésions de tuberculose miliaire du poumon et du foie. En raison de notre ignorance sur la question des tuberculoses associées, Smith se demande si, réellement, la tuberculose des crachats humains peut produire la tuberculose miliaire chez le bœuf.
Baumgarten 2 mentionne brièvement une expérience dans laquelle les bacilles humains en culture ne produisent qu’un faible effet local après des inoculations intra-oculaires sur un veau. La matière provenantt d’une vache tuberculeuse produisit un effet local typique et une tuberculose miliaire générale chez un autre veau. C’est l’expérience de Gaiser, dont nous avons parlé etl donné la bibliographie.
1 Crookschank. Transactions pathological Society London, 1891. p. 332.
2 Baumgarten. Jahresbericht, 1891. Note de la page 660, où se trouve analysé le travail de Crookshank.
Baumgarten a justement en vue, dans cette note, le travail de Gaiser, auquel nous avons l’ait allusion plus haut; mais n’indique pas le nom de cet auteur.
Sidney Martin1 a fait des expériences comparatives sur l’infection par voie intestinale des veaux, au moyen de la matière tuberculeuse provenant du bœuf et des crachats humains.
Les premiers présentèrent, au bout de quelques semaines, des lésions graves de l’intestin.
Parmi les autres, quatre veaux reçurent, en une seule fois, 70 centimètres cubes de crachats mêlés à la nourriture. Trois furent tués au bout de quatre, huit, douze semaines, et présentaient respectivement 33, 63 et 18 nodules tuberculeux dans le petit intestin, notamment dans les plaques de Payer. Le quatrième veau, tué au bout de trente-trois semaines, ne présentait pas de lésions.
Deux veaux reçurent en une fois 440 grammes de crachats. L’un d’eux fut tué au bout de huit semaines; il présentait treize nodules dans l’intestin. Les glandes mésentériques étaient également affectées. L’autre veau, tué au bout de dix-neuf semaines, ne présentait pas de lésions.
Sidney Martin conclut de ses expériences que la matière tuberculeuse des crachats est beaucoup moins infectieuse pour les veaux que la matière bovine tuberculeuse.
Smith fait observer avec raison qu’on a encore à compter avec un grand nombre de facteurs peu connus : la résistance du veau, aux diverses périodes ; les effets relatifs de la culture sur les bacilles ; les différents
1 Sidney Martin. Report on tlie Royal commission on tuberculosis, 1 8'Jb, appendix, 18.
modes d’expérimentation. Il aurait pu ajouter également que, dans la critique de la plupart des expériences qui ont été faites, on a encore à compter avec le problème des tuberculoses associées, sur lequel, ainsi que l’a bien montré le débat spécial engagé devant le Congrès de Londres, on ne sait encore à peu près rien.
Je traduis littéralement les lignes dans lesquelles Smith nous résume les traits les plus saillants qui ressortent de ses études.
« 1° Les bacilles des crachats ne produisent, chez le veau, que des lésions purement locales, d’un caractère restreint. Sauf dans un seul cas (culture Y) 1, on ne trouva pas de lésions au-delà du point d’inoculation ou dans les ganglions lymphatiques qui en sont tributaires. Dans ce cas, nous trouvons un foyer tuberculeux multiple, mesurant en tout 1 à 1 cm 5, dans l’une des glandes médiastines dorsales. Ce fut le seul ganglion atteint dans les cinq cas. »
Smith argue, à la vérité, de l’atténuation de la culture, de l’âge du bœuf (quatre ans), pour croire qu’il s’agit d’une tuberculose latente, favorisée par l’action de l’injection.
« 2° Les changements de tissu atypique produits par les bacilles des crachats, qui tendaient surtout vers le tissu de granulation.
1 Ce seul fait suffirait déjà à infirmier toutes les conclusious de Koch, si cette infirmation ne se déduisait également d’un très grand nombre d’autres résultats expérimentaux et des infections que Koch à lui-même réalisées dans ses expériences ; malgré qu’il ait choisi des cultures faibles, destinées à produire un résultat escompté d’avance (Garn vult).
ET LE IPÉRIL DE LA TUBERCULOSE BOVINE Tl\
(( La formation de tubercules reconnaissables comme tels était rare. En outre du foyer lymphatique indiqué ci-dessus, comme d’origine douteuse, des tubercules très semblables aux tubercules bovins furent rencontrés, dans les foyers pulmonaires primaires, chez l'animal le plus jeune (crachat IV).
« Quelques aiateurs, parmi lesquels Bollinger et Baumgarten, sont disposés à regarder les masses pédiculées produites sur le^s membranes séreuses par l’inoculation des cultures provenant des crachats (crachats IV, VI) comme quelque chose de spécifique et comme une preuve décisive de la transmissibilité des bacilles humains au veau. Laissant de côté la structure microscopique, atypique, abortive, des masses pédiculées produites dans les séries de l’auteur, et tout en acceptant que l’inoculation de jeunes veaux peut fournir des lésio-ns d’un caractère plus typique, nous pouvons présenter des faits anatomiques et histologiques qui vont jusqu’à montrer qu’ils n’ont rien de caractéristique ou de particulier en eux-mêmes, ou au sujet de la maladie de la perle en général. »
Smith rappelle à ce sujet les expériences de Troje et de Tangl1, qu’il confirme par des résultats personnels. Ces auteurs ont observé que les cultures atténuées de bacilles de la tuberculose 2 donnent naissance à des formations pédiculées sur les séreuses du lapin, analogues à celles de la maladie de la perle, et en ont conclu que
1 Troje u. Tangl. Uelber spontané und experimentelle Perlsucht. Deutsche med. Wochenschrift., 181)2, p. 191.
■ De la tuberculose hvnmaine atténuée par l’iodoforme.
cette affection du bétail représentait une tuberculose atténuée l 2.
« Si l’on rassemble tous les faits obtenus par les expériences sur le bétail,, il semblerait que le bacille des crachats ne puisse s’introduire dans le bétail par les canaux ordinaires. Ces avenues, bien pourvues de mécanismes protecteurs, reçoivent probablement les bacilles un à un. Quelque voisins que semblent être le bacille des crachats et le bacille bovin, le premier semble fournir une proie aisée à la destruction. Cette supposition gagnera encore en probabilité, si nous nous rappelons que le bacille bovin, beaucoup plus puissant, produit, dans au moins 50 p. 100 des cas des bestiaux spontanément infectés, une maladie purement locale, qui, probablement, resterait en cet état, si l’animal était entouré de conditions favorables.
« La seconde proposition, la plus importante, la transmission des bacilles bovins à l’homme, a été discutée récemment, sans cependant nous apporter des notions complètes et définitives. Ravenel 2 a récemment réuni tous les cas connus d’infection par la peau ou le
1 J’ai à peine besoin de faire observer ici combien cette hypothèse serait invraisemblable dans les applications qu’on pourrait être tenté d’en faire aux rapports de la tuberculose humaine avec la tuberculose bovine ; et à quel degré elle est infirmée par l'exagération de la virulence provenant de la tuberculose bovine sur les animaux de laboratoire. C’est là un fait reconnu par tous les auteurs.
C’est au mode de réaction de l'organisme bovin, et non pas à des variétés de virulence de l’agent infectienx, que l’on doit attribuer l'aspect particulier des formations perlées, chez le bœuf. Nous reviendrons longuement, plus loin sur cette question. (Garnault).
2 Ravenel. Tuberculosis and mille supply Journal of comparative médecine ci Veterinary Archives . décembre 1897. p. 753-761.
tube digestif provenant de l’infection lactée. Goppez 1 a signalé le cas d’une jeune fille de seize ans, qui fut contaminée en trayant des vaches tuberculeuses, par une plaie du doigt, et qui mourut, après avoir présenté des abcès sur différents points du corps, et des lésions tuberculeuses de l’œil. La nature tuberculeuse de son affection fut démontrée par l’inoculation du pus dans l’œil d’un lapin.
« Creigiiton, en 1880-81 s, décrit 12 cas observés très rapidement à la suite les uns des autres, dans le. même hôpital, qu’il considère comme produits par la tuberculose bovine.
« Askanasy3, dans un travail récent où il donne une bonne bibliographie, cite deuxcas qu’ilconsidèrecomme produits par la tuberculose bovine. SMiTufait observer, avec juste raison, à propos de ces deux derniers travaux, que la véritable interprétation de ces cas restera obscure, jusqu’à ce que l’agent étiologique ait été étudié.
« Le caractère variable delà réaction des tissus vis-àvis du bacille tuberculeux, suivant les espèces, enlève à l’étude pathologique, considérée isolément, toutè valeur décisive 4.
‘ Coppez. A case of cutaneous and ocular tuberculosis without viscéral manifestation. Journal ophlal. otol. ancl Laryngology, New- York, 1897, p. 283-295. 3 pi.
î Creighton. Bovine tuberculosis in man. Journ. of anal, and physiology , t. XV, 1880; et Bovine tuberculosis in man; with illustrations, 1 vol., London. 1881.
3 Askanasy. Ueber tumorartiges Auftreten der Tuberkulose. Zeitsch. /'. klin. Med., 1897, t. XXXII, p. 3G0 (avec bibliographie).
4 C'est pour cela que je ne m’occupe pas beaucoup, dans ce premier volume, des cas directs d’inoculation à l’homme.
LE PROFESSEUR KOCII
(( Quelle est la proportion des cas clans lesquels la tuberculose peut être rapportée à une origine bovine ? Maintenant que l’on a pu établir des différences entre les bacilles du bœuf et des crachats, le moment est venu de cesser la discussion des cas anciens et douteux et d’étudier avec soin les bacilles tuberculeux provenant de cas d’origine animale supposée, afin que l’on puisse établir des statistiques sur des fondements expérimentaux solides.
« Il me semble évident (p. 466), d’après les faits cliniques, que la tuberculose peut être transmise aux enfants, quand le corps est écrasé, accablé, overpoiuered , dit Smith, par un grand nombre de bacilles, comme dans la tuberculose de la mamelle, ou lorsque existent certaines conditions favorables inconnues. » Smith pense qu’ « une inspection périodique sévère des laiteries et l’écartement de tous les animaux suspects d’affection des mamelles et de tous les animaux maigres, constituent ce que les autorités présidant à la santé publique peuvent actuellement demander. Si d’autres mesures plus graves doivent être prises, cela regarde l’agriculture. »
Pour celui qui étudie l’étiologie, le problème ne se limite pas à la différenciation des variétés, bien d’autres questions se posent. La plus importante concerne les modifications que peut subir le bacille pendant son séjour dans le corps humain. Smith y a déjà fait allusion, à propos des qualités saprophytiques du bacille humain, mais nous manquons de données sur cette question très compliquée.
(( Une hypothèse à considérer est celle de la conversion possible du bacille bovin en bacille des crachats, dans le corps humain. Cette hypothèse nous enlèverait toute possibilité d’utiliser les caractères différents des bacilles tuberculeux, pour indiquer leur source. Si le bacille bovin rentré par l’intestin sortait du poumon à l’état de bacille des crachats, nous devrions abandonner toute étude ultérieure du bacille de la tuberculose. L’évidence accumulée de la bactériologie est opposée à cette opinion ; néanmoins, elle a été inconsciemment soutenue par Klebs i, qui considère l’infection intestinale par le bacille bovin, comme une cause commune de tuberculose. La preuve que le bacille bovin ne se modifie que très lentement, c’est qu’une première culture tua un lapin en quatorze jours, une seconde, de la même source, trois ans après, tua un lapin en vingtdeux jours. Ce qui indique, après trois ans de développement artificiel, un pouvoir pathogénique bien supérieur à celui des bacilles des crachats.
« Smith se demande si une lente adaptation progressive n’aurait pas donné lieu à deux variétés distinctes, celle des crachats et celle du bacille bovin. »
Voici quelles sont les conclusions dernières qui terminent le travail de Smith.
« Dans ce bref sommaire, je n’ai présenté que des problèmes à résoudre et des doutes à entretenir; j’ai pleine confiance que l’étude comparative du bacille tuberculeux conduira à une compréhension définitive
1 Kleus. Die Causale Behandlunq der Tuberkulose, 1894. p. 34.
de certaines questions importantes, et, éventuellement, à plus de lumière sur le sujet tout entier de la tuberculose, au point de vue thérapeutique, aussi bien qu’au point de vue préventif.
« Les principales questions qui se posent à l’investigateur sont les suivantes ;
« 1° L’étude des bacilles de la tuberculose, d’après différents types de tuberculose, pour déterminer leur relation avec le bacille des crachats et le bacille bovin en ce qui concerne la virulence ;
« 2° L’étude des bacilles dans les maladies primaires de l’intestin et dans toute maladie tuberculeuse chez les enfants, dans laquelle on présume que la source de l’infection est en dehors de la famille et peut être dans le lait. »
Nous en avons fini avec l’analvse du mémoire de
Smith; et nous croyons bien en avoir donné une idée exacte, sans avoir rien laissé passer d’essentiel. Nous laissons l’esprit critique du lecteur juge du droit que pouvait avoir Koch de s’exprimer, au sujet de cet auteur, ainsi qu’il a fait.
Mais un point qui ne saurait être douteux, c’est le suivant : Smith ne se croit en aucune façon qualifié par ses expériences, pour proposer l’abolition des mesures de protection contre la viande et le lait tuberculeux. D’autre part, c’est Smith que vise plus particulièrement Repp, dans un travail cité par Koch, et que nous analyserons plus loin, lorsqu’il engage ceux quii prétendent que la tuberculose bovine ne constitue qu’uni faible danger pour l’homme, à se faire inoculer; tou tt
en exprimant, sinon sur leur probité, au moins sur leur courage (ce qui pourtant dans l’espèce se tient d’assez près), les réserves les plus formelles et les plus justifiées.
Nous n’avons pas appris que M. Théobald Smith se soit encore fait inoculer.
Par contre, il a publié un travail, postérieur au Congrès, auquel nous consacrons un chapitre.
Koch cite encore deux auteurs américains, Dinwiddie et Repp. Dinwiddie publia un premier travail, qui parut en juin 1899; un second, en décembre 1900. La publication de Repp est intermédiaire et parut au cours de l’année 1900. Dinwiddie 1 a résumé lui-même ses expériences de la façon suivante : « Les faits présentés dans les pages précédentes nous fournissent une étude et une analyse profitables à plus d’un point de vue.
« Il nous suffit de les considérer ici seulementdans la mesure où ils constituent une évidence sur le sujet de ces recherches, notamment sur l’activité pathogénique du tubercule humain et bovin pour les diverses espèces d’animaux domestiques. » Dinwiddie estime que c’est surtout pour le bétail qu’il a obtenu des résultats importants, au point de vue pratique. Il y a lieu de poser les trois questions suivantes :
« 1° La maladie tuberculeuse est-elle communicable de l’homme au bétail ?
1 R. Dinwiddie. The relative virulence for the domestic animais of liuman and bovine tuberculose. Arkansas agricultural Experiment Station, Bull. n° 57, juin 1899. Je n’ai pu me procurer, dans aucune bibliothèque de Paris, ces travaux de Dinwiddie, que j ai reçus directement d’Amérique. Je n’ai pas vérifié s’ils se trouvent à Alfort.
LK PROFESSEUR KOCH
(c 2° Si elle Test, la maladie ainsi produite estelle d’espèce semblable à la tuberculose naturellement acquise du bétail ?
« 3° Toutes choses égales d’ailleurs, la susceptibilité du bétail est-elle également grande pour le virus tuberculeux humain et bovin?
« Il est difficile de mettre même la première question en discussion ; presque tous les expérimentateurs qui ont inoculé le tubercule humain ou les cultures au bétail, ayant obtenu au moins un développement local des lésions tuberculeuses.
« Quant à la seconde question — de l’identité de nature des lésions produites par infection du bétail, au moyen de la tuberculose humaine ou bovine — l’évidence fournie par les expériences de pathologistes tels que Ivlebs, Ivitt, Boi.linger, Baumgarten et Crookshank, pour ne pas parler des autres, ou de ceux qui ont une moindre notoriété comme histologistes, semble être irréfutable, en établissant le fait que les lésions particulières à la tuberculose du bœuf, dans sa forme la. plus typique, les masses fibro-tuberculaires de la.
« grape disease » sont attribuables à une particularité' Ij dans le mode de réaction de l’organisme du bétail contre le virus tuberculeux, plutôt qu’à quelque parti — f j cularité inhérente au bacille tuberculeux bovin et le distinguant de la variété humaine. Mes propres expé-lj riences, tant avec les veaux qu’avec les porcs, semblent apporter une confirmation évidente de cette manièreell de voir.
« La question de la susceptibilité relative du bétai |
pour la tuberculose humaine et bovine n’est pas d’origine récente; puisqu’elle se trouve renfermée dans la question de l’identité de la tuberculose chez l’homme et le bœuf, qui fut l’un des premiers objets d’investigation, de la part de ceux qui songèrent à établir la nature contagieuse de cette maladie. »
« L’identité étiologique de la maladie, chez l’homme et le bétail, a été suggérée d’abord par la similitude des lésions ; elle a pris une forme plus probante, à la suite des résultats de l’inoculation des lapins et des cobayes, et enfin reçut, pour la première fois, sa confirmation complète, en apparence du moins, par les expériences de Chauveau. Ces expériences apportent l’évidence, non seulement de l’identité de la maladie dans les deux espèces, mais d’une susceptibilité du bétail pour le tubercule humain, exactement égale à celle qui existe pour le virus bovin. Elles ont cependant un désavantage, c’est, en réalité, d’être isolées. Aucun autre investigateur, autant que me le témoignent mes recherches, n’a jamais pu obtenir une infection nette du bétail, en lui faisant ingérer de la matière tuberculeuse humaine. La réputation scientifique de Chauveau comme expérimentateur, est une garantie de la valeur de ces expériences et la différence dans les résultats de ses expériences, et celles des autres chercheurs qui les ont tentées, doit être due aux conditions environnantes, ou même à une affection étrangère, non suspectée, de ses animaux1.
1 Nous verrons, dans ma seconde partie, ce que l’on doit penser
LE PROFESSEUR KOCR
« A cette exception près, toutes les expériences comparatives qui ont été faites, montrent une plus grande susceptibilité du bétail pour le virus tuberculeux bovin que pour le virus humain. Une étude des résultats de ces expériences, beaucoup plus nombreuses, qui ne furent pas faites comparativement, nous conduit à la même conclusion. Beaucoup d’inoculations expérimentales, notamment les inoculations intrapéritonéales, ont montré clairement un certain degré de susceptibilité du bétail à l’égard du tubercule humain, mais les expériences d’infection avec la tuberculose bovine ont réussi plus généralement et ont déterminé une maladie plus étendue ; Pirrz semble avoir été le premier à démontrer cette différence de virulence, et lui attache, ainsi que nous avons vu, plus d’importance qu’on ne lui accorde généralement. Smith a montré que cette différence se manifeste même plus clairement par l’usage de cultures ; et finalement, mes propres expériences, avec des produits pathologiques naturels et (d’une façon plus nette) avec des cultures, admettent une interprétation semblable.
« Il semble donc que l’on puisse établir comme règle que le bétail est plus susceptible au virus tuberculeux bovin qu’à celui de l’homme, tel qu’il est représenté par les excrétions de la tuberculose pulmonaire et les cultures qui en proviennent. Des recherches ultérieures pourront montrer qu’il peut y avoir des exceptions. Exactement comme il existe manifestement des races
de ces interprétations, dont les deux propositions essentielles doivent être absolument rejetées comme inexactes (Garnault).
ET LE PÉRIL DE LA TUBERCULOSE BOVINE 281 de bacilles tuberculeux humains, possédant des degrés
de puissance pathogénique divers, de même peuvent exister, chez le bétail, des races de bacilles de la tuberculose d’activité inégale. Les échantillons de tuberculose bovine éprouvés dans mes expériences, par exemple, semblent varier en virulence pour le bétail, quoique ces expériences ne fussent pas de nature à manifester le mieux ces distinctions de races. On doit aussi noter que le virus tuberculeux humain expérimenté sur le bétail, au moins dans les expériences les plus récentes — celles de Frotiiingham, Smith et les miennes — , correspondait à une seule forme de maladie tuberculeuse, au virus de la phtisie pulmonaire.
« Après avoir étudié la question pour les autres espèces animales, Dinwiddie, un peu plus loin, s’exprime de la façon suivante au sujet de la transmissibilité de la tuberculose du bœuf à l’homme, question qui, pour cet auteur, reste évidemment toujours incertaine, tant que l’on n’aura pas expérimenté directement sur l’homme L Dinwiddie fait ressortir les arguments qui militent pour ou contre l’une et l’autre des deux opinions qui se trouvent en jeu.
« On peut arguer, par exemple, depuis que l’on a montré que les bacilles bovins sont de virulence égale à ceux d’origine humaine, pour tous les animaux éprouvés, et plus virulents pour quelques-uns, que la probabilité est en faveur d’une virulence plus grande
1 Tout homme de bon sens, d’esprit critique, et qui ne se paie pas des opinions laites d'avance, jugera de même (Garnault).
vis-à-vis de l’homme. Par contre, on peut dire que les bacilles de la tuberculose humaine s’étant montrés moins aptes à se développer chez le bétail que les bacilles d’origine bovine, il y a des raisons de penser que l’inverse peut aussi être vrai. Cette dernière manière de voir suppose une distinction de race permanente entre le bacille humain et le bacille bovin ; tandis que, d’après la première, la différence de pouvoir pathogénique doit être attribuée à un effet d’atténuation relative sur le bacille, par son passage à travers l’organisme humain, si le bacille bovin doit être considéré simplement comme une modification plus hautement virulente de la variété humaine; ce fait devrait être montré par la plus grande gravité des lésions produites dans des expériences d'inoculation comparée, sur toutes les espèces d’animaux susceptibles. Si, cependant, ces inoculations montrent qu'il existe un trait sélectif, l’excès de virulence de la variété bovine s’étant manifesté seulement envers certaines espèces animales, cela donnerait quelques probabilités en faveur d'une distinction de races, plutôt qu’à celle fondée sur une différence de degré de l’activité pathogénique. C’est en me plaçant à ce point de vue, que j’ai essayé d’approcher le sujet, en réunissant autant d’évidence qu’on en pouvait obtenir, d’aprèsles effets du tubercule humain et bovin, sur desanimaux autres que le bétail et dans les quelques? expériences que j’ai, jusqu’ici, été capable de faire. Le degré d’évidence auquel nous avons pu atteindre» est à peine suffisant pour risquer une opinion ; mais,.
en somme, elle semble favorable à la dernière des théories.
« Ce n’est naturellement pas seulement par des expériences d’inoculation seules que l’on peut résoudre ce problème d’une façon satisfaisante. Mais, en outre de celles-ci, par une étude comparative des caractères biologiques des cultures artificielles. On ne saurait dire que, jusqu’ici, aucune différence très frappante ait été découverte. Smith seulement a observé de légers traits distinctifs. Cet auteur, le premier qui ait fait une étude comparative de la tuberculose humaine et bovine, par le moyen de cultures artificielles, arrive à la même conclusion que quelques-uns des premiers investigateurs, dans leurs expériences avec les produits pathologiques naturels, et trouve dans ses recherches une raison de croire que le danger de l’infection humaine provenant du bétail a été généralement exagéré. C’est ainsi que l’on peut représenter exactement l’état de l’opinion pathologique à l’heure présente. »
Entre ce premier travail de Dinwiddie et un second, que nous analyserons plusloin, se place chronologiquement un travail de Repp *, auteur américain cité également, nous l’avons déjà vu, par Koch, parmi ceux qui auraient fait des expériences ou émis des conclusions favorables à sa thèse.
Faisons observer d’abord que le mémoire de Repp est purement critique et ne renferme l’indication d'aucune expérience, contrairement à ce que tendraient à faire
1 J. Repp. Transmission of tuberculosis through the méat and milk supply. Philadelphia med. Journal, t. YI, 1900, p. 253-259.
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supposer les paroles de Kocn. Mais nous allons citer textuellement les réflexions de Repp et nous allons voir dans quelle mesure elles confirment les conclusions de Kocii.
Après avoir exposé, dans une bibliographie très complète, les recherches expérimentales sur la question de la transmissibilité de la tuberculose bovine par le lait, et aussi les nombreuses observations cliniques que l’on possède, Repp conclut de la façon suivante :
« Ceux qui sont à la recherche d’une évidence plus convaincante de la pathogénité du bacille de la tuberculose animale pour l’homme, doivent être informés (et je donne une traduction littérale pour lui laisser toute sa force) qu’on ne saurait en obtenir, en dehors de l’inoculation expérimentale directe, ou bien de l’alimentation expérimentale de membres de l’espèce humaine, avec des produits tuberculeux provenant des animaux.
« Ces expériences pourront être faites, comme dans le cas d’ARNiNG1, qui inocula la lèpre à un criminel.
cc Pour ce qui concerne les adultes, quelques-uns de ceux qui affirmèrent la ferme conviction de la non-infectiosité de l’homme par la viande et le lait des animaux tuberculeux, ne s’offriront-ils pas comme sujets volontaires, pour une expérimentation rationnelle ? Pour ce qui concerne leur attitude à ce propos, il serait déraisonnable, étant donnée leur manière de penser, et
1 Arning u. Nonne. Weiterer Beitrag zrn* Klinik u. Anatomie des neuritis Lcprosa, Virchow' s Archiv f. path. Anatomie. 1893, t. CXXXIV, p. 319.
peu eu leur faveur (c’est bien le moins que l’on puisse dire), de ne pas démontrer au monde que cette attitude est correcte, lorsque, suivant leur théorie, ils peuvent faire cette expérience si facilement, et avec si peu de danger. Je doute sérieusement qu’aucun de ceux qui nous disent qu’il n’y a que peu de danger ou qu’un faible danger de transmission de la tuberculose des animaux à l’homme par la viande et le lait, montrent le courage des opinions qu’ils professent, en usant personnellement, comme aliment, de la viande ou du lait d’animaux reconnus tuberculeux; je doute encore bien davantage qu'ils consentent à se soumettre eux-mêmes à l’expérimentation ». Repp veut dire probablement à l’expérimentation par inoculation, infiniment plus dangereuse pour l’adulte, que l’alimentation.
Dans les deux citations qui précèdent, Repp a vraiment touché le fond de la question. Si l'on ne considère pas les résultats acquis comme suffisants et si l’on veut un point d’appui plus ferme, pour entreprendre la campagne nécessaire, urgente, contre le bétail tuberculeux, il faut se résoudre à expérimenter sur l’homme, d’abord par l’injection hypodermique, où on peut avoir des chances d’enrayer le processus ; puis, en cas d’insuccès, par l’inoculation et l’injection intra-veineuse, qui sont considérées, par tous les auteurs, comme des moyens absolument sûrs d’infection. Les premières personnes qui doivent subir cette infection sont Kocn et ceux qui soutiennent ses théories ou les excusent. En tout cas, on peut voir que des savants, familiers avec tous les points de vue de la question, conçoivent
nettement que la seule solution rapide du problème peut être donnée par l’inoculation à l'homme. Cet élément précieux contribuera plus tard au jugement de l’attitude de M. Brouardel et de ceux qui, avec lui, ont couvert de sarcasmes l’offre d’un médecin qui s’offrait, sans réserves, au professeur Koch, et ont prétendu qu’une telle expérience serait parfaitement inutile.
Le jugement qu’on portera sur ces hommes devra s’inspirer aussi de cette notion que leur but principal aura été d’empêcher la constatation certaine, à la suite de cette expérience, de l’imposture de Koch, qui, pour eux, ne pouvait faire aucun doute.
Mais ce n’est pas tout, je vais continuer à citer Repp.. Il La suite de l’article nous montrera, aussi bien que laatl partie précédente, qu’en citant cet auteur dans le senss II où il l'a fait, Koch a commis une imposture au moinss II égale à celle dont il a fait preuve en citant Chauveau/. Il dans le sens que nous avons indiqué.
A propos d’ADAMi h qui considère comme douteuse! l’infection par le tube digestif au moyen du lait ou pa-.il j les blessures de la peau, parce qu'il prétend qu'il esd impossible d’exclure totalement toute autre cause d’in fection, Repp s’exprime de la façon suivante : « Cetttll non-exclusion de toutes les autres sources d’infection J été interprétée par quelques-uns, aux jugements de quill ne doit être attribuée aucune valeur, comme un ai jl gument contre la transmissibilité de la tuberculose d f
1 Ad ami. On the significance of bovine luberculosis and its er; If dication and prévention in Canada. Philadelphia med. Jour ne II 30 décembre 1899, p. 1277-1284.
l’animal à l’homme. Mais lorsqu’un homme de science tel que Adami s’est fourvoyé, en encourageant un tel sophisme il est temps d’appeler sur lui l’attention1. Un homme qui peut avancer une telle affirmation, comme un argument, ne se rend pas compte de l’abime de fatalisme dans lequel il plongerait la science, toutes les fois qu’elle ferait quelques essais pour découvrir les causes d’infection dans n’importe quel cas. Raisonner ainsi, ce serait demander, de la part de l’expérimentateur et de l’observateur, une connaissance de toutes les sources possibles d’infection, autres que celles que l’on considère et qui peuvent agir dans un cas donné; et, en outre, la connaissance de toutes les causes cachées ou entièrement inconnues qui peuvent agir. Tant que cela ne sera pas fait, la même objection pourra être soulevée, c’est-à-dire que les autres sources n’ont pas encore été toutes exclues. Il peut y avoir des sources d’infection, dont ni vous ni moi, ni personne, n’ait aucune connaissance. Reductio ad absurdum . Tout ce que nous pouvons faire, et tout ce qu’il est nécessaire de faire, c’est d’exclure toutes les sources connues ou probables. Nous devons prendre notre appui sur un point que la lumière des connaissances scientifiques nous indique. Lorsque nous avons fait cela, et obtenu des résultats positifs, dans un nombre de cas suffisant,
1 Nous verrons par les citations plus récentes d’ Adami, no tamment par l’expose de sa communication au Congres de Londres, qu’ Adami reconnaît aujourd’hui la possibilité d’une infection bovine de l’homme par ces voies et ces procédés. Il a d’ailleurs, dans un travail tout récent, protesté contre cette interprétation de ses paroles.
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nous avons le droit légitime de tirer des conclusions en rapport. Dans le cas en question, nous devons considérer que nous avons exclu pratiquement toutes les sources d’infection. La science ne demande pas que l’on fasse davantage. )>
Repp continue et ici j’analyse. On a cherché des différences de morphologie et de virulence, que l’on n’a pas trouvées; et, en somme, depuis les anciens travaux de Koch, on a conclu à l’identité des deux bacilles.
« Les expériences dé Smith, de Pearson1, de Dinvviddie, montrent que, sauf dans certains cas où la virulence est égale, c’est le bacille bovin qui est le plus virulent pour les animaux. Smitii est probablement le seul auteur qui ait fait des recherches de quelque valeur. Probablement, les cultures de bacille humain, de Smith, étaientelles adaptées à l’homme depuis plusieurs générations.
« Ni le travail de Smith, ni celui de Pearson, ni celui de Dinvviddie, n’ont rien ajouté, ni prétendu rien ajouter à nos connaissances sur la transmissibilité de
1 A l’endroit cité, Repp dit qu’il a en vue une communication non publiée de Léonard Pearson. Je n’ai pu retrouver encore cette publication et je ne puis dire si elle a réellement été faite; en tout cas, elle n’est pas citée par Koch. Voici les autres travaux de Pearson qui peuvent intéresser les lecteurs.
Disease of domestic animais communicable to man. Vet. Mag. Philad., 1896. p. 341-345; Methods of méat inspection. Amer. Vet. Rev. New York, 1897-98, p. 679-685, et Jour». Comp. Med. and Vet. Arch. Philad., 1898, p. 1-6. Nead of méat inspection. Public Health , Philad., 1898, p. 95-98. Dans « Hmnan and bovine tuberculose », Philad. med. Journ., 3 août 1901, Prarson cite les expériences du « Pennsylvania State Live Stock Sanitary Board », mais je ne puis dire actuellement s’il y a pris part.
la tuberculose, de l’animal à l’homme, par la viande et le lait. Ces auteurs sont opposés à l’idée que la tuberculose ne soit pas communiquée à l’homme par la viande et par le lait. Ceux qui citent les expériences de Smith comme une preuve de la non-transmissibilité de la tuberculose de l’animal à l’homme, n’ont pas lu cet auteur; il conclut justement d’une façon absolument inverse. »
Enfin Repp estime que cette affirmation deCoNN1: « Si le bacille humain n’est que légèrement pathogénique pour le bétail, il est au moins probable que la variété bovine peut n’être pas dangereuse pour l’homme », constitue un véritable non-sens.
Telle est pourtant l’affirmation récente de Kocii . Si l’on a attentivement lu les citations qui précèdent, et vu l'usage qu’en a fait Koch, ainsi que de celles de Chauveau, on conviendra que si l’imposture du traitement de la tuberculose, à Berlin, par la tuberculine, doit être considérée comme un cas unique dans l’histoire de la médecine, les citations de Kocii n’ont pas non plus leur pendant. Citer faussement les auteurs qui vous condamnent le plus, par leurs expériences, leurs conclusions, leurs réflexions, cela devant des douzaines d'hommes à qui ces textes sont cependant des plus familiers et dont pas un seul n’osera protester, cela constitue un fait, peut-être fréquent dans les annales de la politique, mais sans précédent, croyons-nous, dans celles de l’histoire des sciences. Il ne suffit pas
1 Con.n. Storrs exp. Sta. 1898, p. 38. Je n’ai pu me procurer ce travail.
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de citer de pareils faits, il faut en déterminer l’étiologie etles conséquences. C’est avec des traits de ce genre, qu’à des milliers d’années de distance, nous déterminons, chez les Egyptiens et chez les Grecs, la nature exacte de leur mentalité scientifique. La discussion de la communication de Villemin, à l’Académie de médecine, et aussi le Congrès de Londres, en diront plus long aux critiques de l’avenir, sur la mentalité de la médecine et de l’hygiène officielles de notre temps, que les plus volumineuses collections de livres médicaux. N’aurions-nous donc pas le droit de nous emparer de tels faits, chez nos contemporains, de les juger, de les critiquer, d’en rechercher toutes les causes, et d’en tirer toutes les conclusions qu’ils comportent?
Je tiens à reproduire, in extenso, les conclusions du mémoire de Repp.
sommaire
Il ressort, de façon évidente, de tout ceci :
1° Que la tuberculose peut être transmise aux animaux par l’alimentation, au moyen de la chair de certains autres animaux qui sont tuberculeux, ou bien lorsqu’on les inocule avec la viande de ces animaux ;
2° Que la tuberculose peut être transmise aux animaux par l’ingestion du lait de certaines vaches qui I sont tuberculeuses, ou lorsqu’on les inocule avec ce lait, aussi bien lorsque les mamelles des vaches sont | malades, que lorsqu’elles sont saines;
3° Que, par conséquent, la viande et le lait de cer-
tains animaux tuberculeux contiennent des bacilles de la tuberculose vivants et virulents;
4° Que les bacilles de la tuberculose du bétail sont pathogéniques pour l'homme ;
5° Que, par conséquent,da viande et le lait de certains animaux tuberculeux sont capables de produire la tuberculose chez les êtres humains qui emploient leurs produits comme aliments ;
6° Qu’il n’existe aucune évidence en faveur de la proposition inverse.