‹ Le professeur Koch et le péril de la tuberculose bovineChapitre 17 sur 34 · CONCLUSIONS PRATIQUES · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS PRATIQUES

Pour ce qui concerne la viande :

La viande de tous les animaux servant à l’alimentation, principalement du bétail, est impropre à l’alimentation, quand l’animal est fortement tuberculeux; mais elle peut servir à l’alimentation lorsque l’animal n’est que légèrement ou modérément tuberculeux, surtout si la viande est bien cuite, pourvu que les tissus tuberculeux soient éliminés.

Pour ce qui concerne le lait :

a. Le lait d’une vache dont les mamelles sont malades est toujours dangereux pour l’alimentation, à moins qu’il ne soit bien stérilisé ;

b. Le lait des vaches tuberculeuses, à mamelles saines, est parfois dangereux, à moins qu’il ne soit bien stérilisé. Nous ne pouvons nous prononcer qu’à la suite d’une expérience (et cela est impossible à faire d’une façon routinière), sur le fait de savoir quand un tel lait

est dangereux ou ne l’est pas. Le lait de toute vache tuberculeuse, sans maladie de la mamelle, sera donc toujours suspect, et, ou bien on ne l’emploiera pas, ou bien on ne s’en servira qu’après stérilisation;

c. Les vaches tuberculeuses peuvent être employées pour l’élevage des produits, à condition d’être isolées, même de leurs propres rejetons, et que leur lait soit stérilisé avant que d’être consommé;

d. On peut les abattre et consommer leur viande dans les conditions indiquées plus haut pour ce qui concerne la viande.

Il était utile de rapporter in extenso ces conclusions de Koch, pour bien montrer dans quelles proportions sa citation du travail de Repp était justifiée.

Chaque fois qu’on en a l’occasion, il est nécesaire de souligner et de mettre en évidence les mensonges conscients et réfléchis de Koch.

En décembre 1900, Dinwiddje 1 publia un dernier travail, d’où furent extraites des conclusions pratiques renfermées dans une édition populaire1 2. Ces nouvelles expériences diffèrent des précédentes, en ce que l’on employa des cultures artificielles de bacilles tuberculeux, d’origine humaine et bovine. Dinwiddie rechercha :

1° le degré d’insensibilité du bétail, et la possibilité de produire une véritable infection progressive et perma-

1 R. Dinwiddie. The relative susceptibility of the domestic animais to the contagia of human and bovine tuberculosis. Arkansas - 1 Agricultural experiment Station. Bull. n° G3, 1900.

‘2 Popular édition du Bulletin n° 03, sous le titre : The Source f of the tuberculosis in Farm animais.

nente, chez lui, par les bacilles de la phtisie pulmonaire humaine ; 2° la nature de l’excès de virulence des bacilles de la tuberculose bovine, sur ceux d’origine humaine — soit sélective, soit générale — pour ce qui concerne le bétail, ou les autres espèces d’animaux domestiques.

Voici les conclusions générales de Dinwiddié :

« L’excès de virulence des bacilles d’origine bovine sur ceux provenant de l’homme, se manifesta avec une prédominance égale dans chacune des trois espèces étudiées, bétail, moutons et porcs. La différence d’effet semble être cependant une différence de degré, plutôt qu’une différence d’espèce.

« Après l’inoculation intra-péritonéale, nous trouvons, dans les deux cas, un développement de tubercules locaux, des franges pendantes ou des saillies solides, avec une tendance marquée à l’extension aux organes thoraciques — nodules lymphatiques dans les poumons, la plèvre et le médiastin. Mais les effets subséquents furent différents. Dans un cas, la tendance s’établit vers la chronicité et même la rétrocession et la guérison; dans l’autre, la maladie, d’ordinaire, est progressive, et lorsqu’elle est généralisée, est rapidement fatale.

« La question de savoir si, oui ou non, cet excès de virulence de la variété du bacille de la tuberculose bovine constitue une propriété générale, à l’égard de toutes les espèces d’animaux susceptibles, y compris l’humanité, ne peut être résolue positivement par des données expérimentales assurément utiles, mais

qui n’ont de valeur qu’autant qu’il n’existe pas d’évidence expérimentale en sens contraire1.

« Le degré de résistance des animaux domestiques contre la contagion de la tuberculose humaine est une question d’importance pratique, seulement dans le cas de ces animaux, chez lesquels la tuberculose se produit naturellement. Parmi les animaux que nous avons soumis aux expériences précédentes, le bétail et les porcs occupent seuls une place proéminente dans cette liste.

« Dans la première espèce, le pouvoir résistant est le plus prononcé, suffisant ainsi pour prévenir toute vraisemblance d’infection naturelle de cette origine. Chez les porcs, une susceptibilité plus grande semble exister et l’évidence expérimentale n'exclut pas l’origine humaine, occasionnelle, delà tuberculose porcine. Pratiquement, cette source d’infection doit être insignifiante, comparée à celle provenant du lait des vaches tuberculeuses. »

Enfin, dans son édition populaire (p. 73), Dinwiddie donne le conseil suivant, qui montre à quel point il considère le lait des vaches tuberculeuses comme dangereux: « Le lait des vaches tuberculeuses est naturelment inutilisable, même pour l’usage des animaux, à moins qu’il ne soit stérilisé par l’ébullition. » Nous verrons ailleurs qu’il n’est pas du tout certain que ce lait même stérilisé soit sans danger; car, d’après certains observateurs, il renfermerait des toxines qui résis-

1 Est-il nécessaire de faire observer que cet auteur conclut également, au moins implicitement, à la nécessité d’expériences sur l’homme.

tent à l’ébullition et qui en font un poison dangereux.

Le rapport de Kocn fut fait dans une séance générale, c’est-à-dire dans des conditions où, d’ordinaire, ne s’établit pas de discussion. Malgré cela, la stupéfaction fut si profonde que l’on ne put s’empêcher, contre tous les usages, d’ouvrir une véritable discussion. Nous examinerons de plus près, dans les pages que nous consacrerons au Congrès de Londres, les réponses et les critiques adressées à Koch. Mais il est déjà un fait qui mérite d’être immédiatement rapproché de cette étude analytique et critique, c’est que, parmi tant de savants n’ignorant rien de ce que je viens de dire en ce chapitre, pas un seul ne s’est trouvé pour reprocher à Koch l’impudence et la fausseté de ses affirmations et de ses citations bibliographiques.

Ces citations, que j’ai données si complètes, pour montrer justement quel usage en avait fait Koch, perdent une grande partie de leur valeur et de leur signification, par le fait seul qu’elles se trouvent isolées et dégagées du cadre scientifique qui aurait dû les mettre en valeur. Mais nous les retrouverons dans mon second volume, où elles acquerront toute leur force, et où il nous suffira de les signaler.

Maints travaux de vérification expérimentale, postérieurs au Congrès, donton trouvera l’indication bibliographique en ce volume même, et dont j’analyserai les résultats, tous contraires aux conclusions de Koch, ont peut-être déjà diminué l’intérêt des publications antérieures au Congrès de Londres. Néanmoins, cette comparaison entre les conclusions des auteurs cités

et les affirmations de Koch, restera toujours, ainsi que le récit des opérations de la campagne 1890-91 avec la tuberculine, comme un élément d’information de premier ordre, pour apprécier la personnalité morale et la méthode de Koch, ainsi que les mœurs médicales de notre temps. Au point de vue sentimental, on pourra toujours dire que les membres du Congrès ont été surpris, hypnotisés, que l’on a fait à Koch certaines objections immédiates, que les membres du Congrès ont lutté, dans leurs sections, contre les propositions subversives de Koch. L’indulgence pour Kocii bien que peu justifiée, pouvait encore trouver des circonstances atténuantes. Mais sur le terrain de la bibliographie, la question ne se présentait pas ainsi : ou Koch disait la vérité ou il mentait. Un homme de sa catégorie ne se trompe pas, surtout en de telles circonstances. Parmi les membres du Congrès, un très grand nombre savaient tout ce que je viens d’écrire ; d’où vient donc que pas un, ni durant le Congrès, ni à la suite, n’a osé rappeler Koch à la pudeur?

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