LES CONSÉQUENCES
Je veux donner en épigraphe, au chapitre qui va suivre, ces belles paroles d'Arloing.
« Ce n'est pas seulement une doctrine scientifique qui se trouve en jeu ; car si M. Koch se trompe , c'est la tuberculose animale, entrant librement chez l’homme , frappant d'abord les individualités éparses et renouvelant sans cesse les foyers que nous nous efforcerions d’éteindre. »
Académie de Médecine,
Séance du 24 décembre 1901.
LE PÉRIL DE LA TUBERCULOSE BOVINE LA TUBERCULOSE ALIMENTAIRE CHEZ LES ENFANTS ET CHEZ LES ADULTES
Sur la première affirmation de Koch, que la tuberculose humaine ne pouvait être transmise expérimentalement aux animaux : aux bovidés et aux porcs, il existe, à l’heure actuelle, une absolue unanimité parmi les expérimentateurs et les critiques; et cette unanimité s’est même affirmée, avec une netteté plus parfaite, depuis que l’on connaît le procès-verbal officiel des expériences de Koch et de Schütz. On trouve l’expression scientifique de ce sentiment, bien développée en
LE PROFESSEUR KOCU
notre pays, dans la communication d’ÂRLOiNG, faite le 24 décembre 1901, à l’Académie de médecine ; et aussi dans son article du 12 février 1902, de la Presse médicale.
Koch a inoculé des cultures de bacilles humains, de virulence atténuée, choisies comme telles par lui, dans le but évident, et avec la certitude, acquise à l'avance, d’obtenir les résultats qu’elles lui ont donné, évidemment escomptés d’avance.
Et avec ces résultats, tels que Koch les a publiés, parmi lesquels on trouve déjà pourtant des indications d’infection, au moins partielle h et sans vouloir tenir compte de la quasi-unanimité des autres expérimentateurs, il s’est permis de faire des coupures spécifiques, dans le groupe spécifiquement homogène des bacilles tuberculeux, parasites des mammifères ; et il a conclu pratiquement que toute mesure de défense contre les bacilles bovins devait être abandonnée. Or, Kocii sait aussi bien que personne, que toutes les variétés de virulence comme de forme, que l’on observe chez les divers bacilles tuberculeux, y compris même les bacilles
1 Aiu.oing. Schmaltz. et avec eux tous les auteurs, font remarquer justement, que, de l’aveu même de Ivoch. plusieurs de ses animaux sont contaminés, à divers degrés, dans ses expériences, sans qu'il veuille en tenir compte. Nous ferons observer plus loin, quand nous comparerons le mode ordinaire d’infection des porcs, à celui des enfants, que justement les expériences de Ivoch concluent à l’inverse de sa thèse. C’est ce qu’exprime Schmaltz, lorsqu’il nous dit que l’on était surpris, après le Congrès de Londres, cle voir Koch conclure ainsi qu’il l’a fait; mais que cette surprise se transforme en stupéfaction, lorsqu'on lit son compte rendu officiel de scs expériences. (Voir Berliner tierævztl. Woch., 14 novembre 1901,)
aviaires, sont contingentes, dépendent des conditions créées au bacille par son milieu et peuvent être modi fiées, au gré de l’expérimentateur, dans le sens qu’il désire.
Arloing a résumé récemment1, avec la grande autorité qui se rattache à son nom et à ses travaux en cette matière spéciale, la question des variations de virulence que l’on peut constater dans le microbe de la tuberculose, considéré à divers états et soumis à diverses conditions, sans qu’il y ait lieu, pour cela, de songer à établir des coupures spécifiques.
Depuis 1884, Arloing montra2 que les bacilles provenant de certaines lésions tuberculeuses étaient capables d’infecter le lapin et le cobaye, d’autres, d’infecter le cobaye seulement; et que ces dernières, après plusieurs passages dans le même animal, devenaient capables d’infecter le lapin.
Le passage dans le corps du cobaye peut donc faire récupérer, à une source tuberculeuse humaine affaiblie, une virulence beaucoup plus forte.
Il ne faut donc pas s’étonner, qu’en employant un procédé analogue, c’est-à-dire en faisant passer le bacille tuberculeux à travers plusieùrs lapins, Santori et Faelli 3 aient pu, ces temps derniers, arriver à inoculer sûrement K la tuberculose des crachats humains
1 Arloing. Unité de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine. Presse médicale, 12 février 1902.
2 x\iiloing. Comptes rendus de l' Académie des sciences 1 8 S 4 .
3 Cette affirmation est contestée par Tu. Smith, dans le mémoire que nous reproduisons.
* Il n’est nullement douteux que le bacille tuberculeux humain
LIS PROFESSEUR KOCH
au veau. Behring, dans sa communication du 11 décembre 1901, à l’Académie des Sciences de Stockholm, affirme qu’il a pu rendre les bacilles humains très virulents pour Je bœuf, en les faisant passer par la chèvre h
soit virulent pour le veau; mais, d’unepart, cette virulence dépendra delà virulence môme du bacille tuberculeux humain, si variable déjà pour une même source, le crachat, comme le dit si bien Delépine ; variable également, dans des proportions énormes, ainsi que l'ont montré tant d’auteurs, en particulier Hueppe. Baumgarten et tout spécialement Lartigan [American Journ. ofmedic. Research , N. S., t. I, 1901, p. 156), suivant les lésions dont il provient. L’expérience rappelée par Baumgarten, dans son récent article {Berlin, /clin. Woch., 1901, n°35), et dans laquelle son élève Gaiser ne réussit pas à inoculer la tuberculose humaine dans l'œil d’un veau, a très facilement réussi au Dr Peter Paterson ( Lancet , 17 août 1901, p. 488). Dans les expériences des divers auteurs : Ravenel, Delépine, Thomassen, deJoNG, etc., on constate, chez les animaux, des différences individuelles de la réceptivité. Dans une race très résistante à la tuberculose, comme la race bosniaque, ces résistances se révéleront au maximum, puisque Karlinsky n'a pu infecter que dix animaux sur vingt-cinq. Mais on conçoit facilement qu’une exaltation de virulence du bacille infecté viendra à bout de ces résistances. La comparaison du cas Gaisek au cas Paterson, nous montre, par une bonne analogie, que nous ne pouvons tirer aucune conclusion des résultats négatifs obtenus autrefois chez Baumgarten, dans les tentatives d’inoculation du bacille bovin à l’homme, qui ont été faites alors sur une demi-douzaine de sujets. Il est curieux d’observer que Koch ne s’est servi que d’une seule culture humaine, — qu’il avait naturellement choisie très atténuée — , pour faire toutes ses expériences ; et c’est bien là une preuve que l’accusation d’AuLoixo, « d'avoir voulu produire des résultats, déterminés à l’avance », est justifiée.
Les différences de sensibilité appartenant à telle ou telle race, sont comparables à des différences individuelles, telles qu'elles se révèlent dans les expériences de Karlinsky, portées au maximum et fixées. Hueppe a même montré que certaines races de porcs ne sont pas susceptibles à l’anthrax.
i Au moment où nous mettons en pages, le livre de Behring est annoncé, mais nous ne l’avons pas encore entre les mains.
Arloing a montré encore, par divers travaux, avec Hueppe1 et d’autres auteurs, combien étaient variables la forme et les diverses qualités des bacilles de la tuberculose.
Fait essentiel, Arloing a pu créer une variété cultivée en bouillon 2, qui ne donne plus la tuberculose généralisée, comme auparavant, par inoculation souscutanée, ni par inoculation au lapin dans la veine jugulaire. Les bacilles ne manifestaient des propriétés tuberculisantes qu’après leur injection dans le péritoine. Arloing démontra, déplus, avecrigueur, combien était inexacte, et, disons le vrai mot, grossière, l’interprétation inspirée par Kocu, qui prétendait attribuer à des variations de la quantité des bacilles inoculés, des différences dépendant uniquement du degré de virulence3.
« Connaissant la filiation des cultures, j’ai donc assisté, dit Arloing, à l’apparition d’une variété du bacille de la tuberculose humaine.
« En d’autres termes, le bacille humain ne cesse pas d’être lui-même, qu’il perde ou qu’il reprenne l’aptitude à tuberculiser le lapin, et les changements peuvent
1 Huppe ( Berl.klin . Woch., 1901, 26 août et Wien. mecl. Woch., nos 1,2, 3, janvier 1902) montre également qu’il suffit de faire passer plusieurs fois le bacille tuberculeux, humain ou bovin, à travers l’organisme du cobaye et du lapin, pour qu’il devienne absolument impossible de les distinguer l’un de l’autre.
2 Arloing. Comptes rendus <le V Académie des Sciences, 1898, et Conyrès international de médecine, Paris, 1900. On peut rapprocher ces faits des observations inédites de Richet et Héricourt, que l’on trouvera à la fin de ce chapitre.
3 Arloing. Leçons sur la tuberculose, 1892.
s’opérer, lorsqu’il passe de tube à tube, ou d’animal à animal.
cc De plus, la virulence du bacille s’adapte, au bout de quelque temps, à l’organisme dans lequel il se reproduit; de sorte que si on le transporte tout à coup dans un organisme plus résistant, il semble avoir perdu une grande partie de sa virulence.
cc Ces variations existent aussi chez le bacille de la tuberculose bovine, mais dans tous les cas, nous le répétons, elles ne portaient aucune atteinte au dogme de l’unité. »
Appréciant cette étrange séparation spécifique que veut établir Kocn, entre des bacilles tuberculeux, de sources diverses, pour peu qu’ils diffèrent l’un de l’autre, et qui ferait du bacille de la tuberculose un organisme spécial, échappant à toutes les causes d'atténuation ou au contraire d’exaltation de virulence, Arloing continue.
« Pour Koch, encore à l’heure actuelle, la virulence d’un bacille tuberculeux est fixe i. Conséquemment, si deux bacilles inoculés à une même espèce animale ne donnent pas un résultat identique, ils diffèrent radicalement l’un de l’autre. »
Deléiune 2, dans ses expériences récentes, a naturellement cru devoir inoculer ses veaux avec des crachats humains de source différente, pour ne pas s’exposer à inoculer ses animaux avec des cultures complètement
1 Arloing. Presse médicale, 12 février 1902.
2 Delépine. British medical Journal, 29 octobre 1901.
inertes — ce qui n’est pas rare — , et qui n’eussent donné aucun résultat,, à l’inoculation.
Délépine, comme d’ailleurs Thomassen, Ravenel et tant d’autres, ont ainsi tous évité la cause d'erreur dans laquelle lvocii est tombé, d’une façon si aisée, qu’on doit la supposer volontaire, en ne se servant que d’une seule culture humaine, évidemment atténuée, comme celle employée autrefois par Gaiser.
A qui maintenant pourra-t-on faire croire que Kocn soit un esprit tellement fermé, aussi bien d’ailleurs que Virchow, pour, de bonne foi, pouvoir nier l’évidence, plus évidente encore peut-être, pour les bacilles, que pour tous les autres organismes, en ce qui concerne leur façon de se comporter, par rapport au problème de la variabilité de l’espèce.
Les courtes indications que nous avons rassemblées dans une note précédente, montrent bien que l’étude biologique du bacille de la tuberculose, moins encore que toute autre, ne permet pas de rajeunir le dogme, à iamais disparu, de la fixité de l’espèce.
Si Schürmayer, après Hueppe, s’est simplement posé la question, avec une vive surprise, nousla résolvons en ce livre même, parce que c’est notre droit et notre devoir. C’est pour des motifs absolument semblables à ceux pour lesquels Virchow nie encore le transformisme, semblables à ceux pour lesquels Pasteur, tirant ou laissant tirer, contre Pouchet et Jolly, de ses expériences, des conclusions hors de toutes proportions avec les données acquises, attaquait la génération spontanée, qui constitue un postulatum logique.
LU PROFESSEUR KOCU
rigoureusement nécessaire, du transformisme, que Koch peut prendre et imposer à ses malheureux élèves une attitude aussi malsaine, en ce qui concerne l’interprétation du problème de l’espèce.
Sur la question de cette incroyable interprétation, inexplicable par toute voie logique ou scientifique, de leurs expériences, qu’ont donnée Koch et Schütz, Arloing s’exprime encore de la manière suivante :
« Il est incontestable, en outre, que Koch et Schütz n’interprètent pas les résultats comme tout le monde. Dans leur vif désir de voir la tuberculose humaine différer radicalement de la tuberculose bovine, ils rangent dans les résultats douteux des exemples d’infection très évidente par les bacilles humains. J’en dirai autant de certaines expériences, qu’ils rangent dans les négatives, bien que les ganglions du système lymphatique aient été infectés à une assez grande distance du siège de l’inoculation, pour cette seule raison que les viscères n’offraient pas de tubercules. C’est là une exigence qui leur est particulière».
Jamais, sous sa forme rigoureusement scientifique, si modérée d’apparence, réquisitoire plus terrible ne fut prononcé contre un homme et un savant, par un autre homme, un autre savant. Koch a vivement désiré obtenir des résultats qui lui permissent de conseiller d’empoisonner des hommes h Son attitude, dans la question de l’espèce, qui domine à l’heure actuelle toutes les questions de la philosophie moderne, témoigne que, lorsque
1 Si rude que soit cette conclusion elle ressort expressément de l’allirmation d’Arloing.
ses intérêts sont en jeu, il a le même souci de la santé des intelligences et de celles des corps; et qu’il les empoisonne ou les laisse empoisonner, les uns et les autres, avec le même détachement1, lorsqu’il y trouve son intérêt. N’est-ce pas ainsi qu’il agit, à deux reprises, à propos de la tuberculine.
1 Pour ce qui concerne la morphologie et les affinités morphologiques du bacille de la tuberculose, on peut consulter avec fruit les travaux suivants, très récents, qui résument la question. Moeller (Congrès de Londres), The Lancet , 27 juillet 1901; Hueppe, Wiener mecl. Woch, noS 1,2, 3, 1902; Schürmayer, Deutsche Praxis, 4 et 5, 25 février et 10 mars 1902; Weichselbaum, Wien. klin. Woch.. 10 et 17 avril 1902. Le bacille de la tuberculose ne constitue pas un organisme mieux défini, au point de vue morphologique, qu’au point de vue physiologique. On trouvera, en maint endroit de ce livre, d'innombrables preuves de la variabilité de sa virulence, et on pourra lire, à la fin de ce chapitre, les intéressantes observations inédites de Richet et Héricourt, sur ce sujet. Le microbe de la tuberculose ne se présente pas toujours avec la forme bacillaire que nous avons représentée dans nos figures. On l’a vu se transformer, dans les cultures, en longs filaments ramifiés, terminés par un rendement en forme de massue, qui le rapproche de l’Actinomycose. Il y a donc lieu de retirer le microbe de la tuberculose, du groupe des Bactéries, pour le ranger, à côté de l’Actinomycose, dans le groupe des Streptotrix . Le bacille de la tuberculose, chez lequel Dkoba croit même avoir observé des zygospores, constituerait donc un intermédiaire entre les bactéries et les champignons filamenteux. C’est pour cela que plusieurs auteurs donnent au bacille de la tuberculose le nom de Mycobacterium tuberculosis ou T uberculomy ces . Hueppe et Fischel considèrent le bacille de la tuberculose comme la forme parasitique d’un organisme saprophytique ; et, de fait, dans ces dernières années, on a découvert un grand nombre de bactéries saprophytes très ressemblantes au bacille de la tuberculose.
Nous voulons parler de ces nombreuses bactéries, que les Allemands appellent « die sciure f 'es ten Bacille n « parce que, comme le bacille de la tuberculose, elles retiennent, dans une sorte d’écorce périphérique, qui permet à tous ces organismes de résister à la dessiccation, la matière colorante une fois absorbée, et ne se la laissent pas ravir par les acides. Ces bactéries se trouvent dans le lait, le
J’ai montré ailleurs, avec détails, et adami ainsi que tous les auteurs, ayant écrit antérieurement ou postérieurement au Congrès de Londres, sont de cet avis, sans aucune exception, que Ivocu n’avait introduit aucune réserve sérieuse, dans ses anciens travaux, sur la question de l’unité de la tuberculose humaine et bovine ; et que, pendant vingt ans, cette question ne l’a nullement préoccupé.
A propos du a vif désir » que signale Arloing, chez Koch et Schütz, « de voir la tuberculose humaine différer de la tuberculose bovine », il est également intéressant de rappeler ce souvenir, exhumé par Ostertag1,
fromage, le beurre, les corps gras, les excréments des bestiaux, la terre labourée, etc., etc. Dans leurs cultures, elles présentent de grandes analogies avec le bacille de la tuberculose; et, inoculées aux animaux, déterminent la production de nodules, que l’on peut seulement différencier, par l’examen microscopique, des tubercules vrais. Mais ces tubercules ne se caséifient pas et n'ont pas un caractère progessif. « Ces bactéries pseudo-tuberculeuses peuvent se multiplier à la température de la chambre, tandis que le bacille de la tuberculose, de l’homme et des mammifères, se développe de préférence à une température de 370-3S° ; il cesse de cultiver audelà de 42°; à 30° et au-dessous le développement est extrêmement faible; il est complètement arrêté entre 28° et 29° (Koch). » De plus, le bacille de la tuberculose est un bacille parasite vrai, c’està-dire étroitement adapté à son existence parasitaire. On sait quelle difficulté on rencontre à lui trouver un milieu de culture convenable et à l’y faire multiplier. Aussi, sommes nous préservés de cette crainte, de voir les bacilles provenant des vaches tuberculeuses ou tombés accidentellement dans le lait, se multiplier dans ce liquide, même à une température favorable, comme le font les bactéries saprophytes. Quant aux espaces clairs que l'on observe dans les bactéries tuberculeuses et que l’on a longtemps considérés comme des spores, il semble bien certain aujourd’hui qu'il s'agisse de simples vacuoles.
4 Ostertag. Kocli's Mitlheilungen iiber die Beziehungen der Menschen zur Hausthiertuberkulose. Zeils. f. Fleisch- und Milch Hygiène , septembre 1901, p. 358-366.
et autrefois signalé par Predôhl1, concernant l’attitude antérieure de Sciiütz, sur le même sujet. A la 35e réunion des naturalistes allemands, en 1882, Pütz, se fondant sur trois expériences, dans lesquelles il avait expérimenté sur trois veaux, avec un résultat négatif , en mêlant des bacilles tuberculeux à leur nourriture, en les inoculant sous la peau, et dans la cavité abdominale, conclut que l'inoculation était difficile et que l’infection inverse n’était pas démontrée 2. Sciiütz, dans la même section3, s’éleva contre les conclusions de Pütz, avec une extrême énergie, disant que l’identité entre la tuberculose humaine et la tuberculose bovine était une notion acquise et en dehors de toute contestation.
J’ajouterai qu’en 18934,Pütz renouvela, avec le même insuccès, ses expériences sur deux veaux: on avait pulvérisé une émulsion de matière tuberculeuse devant l’un des deux.
Ostertag, qui rappelle ces faits négatifs anciens ( loc . cit.), nous dit, avec sa grande autorité en ces matières, qu’ils étaient connus de tous, mais que personne, en dehors des « laitiers (Milchwirten) américains », ne s’imagina pouvoir en tirer la conclusion que la tuberculose bovine n’est pas transmissible à l’homme.
1 Phedôhl, Die Geschichle cle r Tuberkulose, 1888, p. 413 et
2 Pütz. Verslr/. deutscher Naturf. u. AerzLe, 1882, Sokt. XI. Voir également Deutsche med. Wocli ., 1882, n° 22 et n° 48.
3 Tarjeblatt der Naturf'. Versamml., p. 219.
* Pütz. Müncli. vied. Woch., 1S93, n°15.
Tant de négligences, de graves erreurs de méthode ou de fait, tant d’audaces dans des conclusions d’une colossale portée pratique, chez Koch, chez un homme qui doit avoir le sentiment intense et profond de l’immense responsabilité morale résidant en lui, excèdent, semble-t-il, la portée de la critique scientifique ordinaire. Puisque personne, parmi les savants, ne veut dépasser la mesure des sous-entendus et que ceux-là mêmes qui savent le mieux, n’osent pas h devant
4 Ce chapitre était déjà imprimé, lorsque parut le bel article d’ADAMi, auquel je fais allusion ailleurs et quise termine par cette phrase vengeresse, quoique encore bien atténuée : « And this, itis right to protest, was little less than criminal on his part ». Voici en entier le dernier paragraphe du rapport officiel d’ADAMi, que termine la phrase précédente : « But acknowledging this, Koch is by no means absolved from blâme for the manner in which he published his conclusions. It was his duty to hâve pointed out that those conclusions did not eil'ect in the slightest the législation and other measures adapted to reduce the danger to cattle and to the agricultural community, resulting from the spread of tuberculosis among cattle and the domestic animais. Not doing this, he left to beinferred that législation against bovine tuberculosis is in excess of what is necessary. » Si nous tenons compte des atténuations diplomatiques qu’ADAMi, dont l’extrême modération ne fait pas de doute (puisqu'il put être considéré autrefois comme un négateur du péril bovin), a dû apporter dans la rédaction de ce rapport officiel, à son gouvernement, on y sentira le soulagement qu'éprouve la conscience d'un savant, à proclamer au monde, tout ce qu’il lui est permis de dire de vérité, sur un cas douloureux et obsédant. La rédaction du grand journal de médecine qu'est le Philadelphia medical Journal, aggravait encore, en son éditorial, la portée des accusations d’ADAMi. Quant à nous, qui nous sommes intéressés à cette question, aussi bien dans notre première attitude, que dans la seconde, avec le but unique de savoir la vérité sur un problème de pathologie médicale et de pathologie morale et sociale, nous n’hésitons pas à le dire : ce n’est pas « à peine , moins qu’un crime qu’a commis Koch, c'est un crime véritable. lâche et odieux » ; et la preuve, c’est qu'il ne s'inoculera pas lui-mcme, ni ne prendra la responsabilité d’inoculer un être
celte puissance que la protection du gouvernement prussien a rendue tabou et qu’elle espère sauver, dire, sur tous ces faits si graves — puisqu’il s’agit ici de milliers de vies humaines ■— , proclamer la vérité, il faut que le critique et l’historien, aillent jusqu’aux limites de leur devoir et de leur droit. Ce devoir est d’autant plus strict, que l’acte de Koch est en quelque sorte symbolique et représentatif, et que la portée de ces critiques est immense, comme celle des responsabilités. Seuls, je le proclame bien hautement, et défie absolument sur ce point la contradiction, des motifs extra-scientifiques peuvent expliquer la conduite de Kocu; et l’attitude de Koch, pendant sa grande campagne de la tuberculine, nous montre trop clairement de quelle matière ils peuvent être bâtis. Quantaux instigateurs d’une telle attitude, pour les chercher et les trouver, nous nous sommes inspirés du vieil adage : is fecit oui prodest l. On a essayé, de divers côtés déjà,
humain, non par crainte assurément de cette responsabilité même, mais parcequ’il est absolument certain que cette expérience, si elle est faite sincèrement, le confondrait, et que l’homme inoculé mourrait.
1 Un député français, M. Denis (desLandes), a essayé, le 20 mars 1902, en des paroles au moins inconsidérées, prononcées du haut de la tribune française, de salir le corps, admirable de dévouement et de science, des vétérinaires français. Après avoir osé affirmer que la tuberculose n'était pas contagieuse de boeuf à bœuf, il a dit expressément que le péril bovin avait été imaginé par les vétérinaires, dans un but de lucre absolument abject. De tels procédés justifient les accusations dont sont l’objet les agrariens allemands. Il est peu honorable, pour les médecins nombreux de notre Chambre, que pas un n'ait confondu, chose si facile, le calomniateur; d'autant plus que le ministre de l’agriculture, seul défenseur des vétérinaires et des comités d’hygiène, a été loin, en cette circonstance, de l'aire preuve de l'énergie qu'il eut dû déployer. Les
pour des motifs visiblement différents, suivant les hommes et les lieux, d’atténuer les conséquences des conclusions de Koch. On a dit que le péril bovin était minime1; et, en admettant même que pour le lait surtout, le péril bovin fût grave et étendu, on a prétendu (et M. Nocard est le protagoniste de cette théorie), que grâce à la coction, le lait tuberculeux se dépouillait, non seulement de toute espèce de dangers, mais de toute espèce d’inconvénients. Beaucoup d’autres, parmi les médecins d'enfants, qui ne sont pas animés d’un esprit aussi systématique et sachant que le lait cuit, le lait stérilisé surtout, constitue un aliment antinaturel, irrationnel et mauvais, pour le nouveau-né et pour l’enfant de la première année, ont cherché à montrer que la tuberculose primaire de l'intestin, constatée à l’autopsie; seule manifestation possible, à leur avis, de l’infection par la voie digestive, est une chose rare. On ne pourrait alors songer à incriminer le lait
théories soutenues par M. Denis, comme par les agrariens allemands, ne donnent, que par une grossière fantasmagorie, satisfaction apparente aux agricultures, caria doctrine du laissez-laire et du laissez-passer, au sujet de la tuberculose bovine, est absolument désastreuse pour les intérêts bien compris des agriculteurs. Le fait, démontré par toutes sortes d’arguments théoriques, l'a été également, dans la réalité, en particulier par les expériences de Bang, en Danemark, et par les expériences faites aux Etats-Unis. Je consacrerai un chapitre spécial à l'interpellation de M. Denis.
1 Je ne sais pas si l'on se rend bien compte du ridicule et de l'odieux qu’il y a à poser la question sous cette forme. Ce qu'il faut savoir, c’est, d’une façon absolue, si un homme, un enfant, sont absolument à l’abri de la contagion bovine. Le problème se posera ensuite, pour les opportunistes avocats de Koch, de savoir quel est le degré de sa responsabilité, suivant l’estimation de sa moisson humaine annuelle.
qui, dans les grandes villes, est presque toujours tuberculeux. En effet, grâce au mélange des laits, aux innombrables sources de pollution, qui atteignent le lait, même non primitivement tuberculeux, depuis l’étable jusqu’à la boutique du marchand et la bouche de l’enfant, si tels échantillons d’une marchandise ne sont pas aujourd’hui tuberculeux, ils le seront fatalement demain ou après demain. Plusieurs de ces travaux, dont Kocn s’est justement servi, pour appuyer sa thèse sur l’innocuité pour l’homme, du bacille tuberculeux bovin : ceux de Biedert et de Baginsky, méritent assurément, au moins au point de vue des tendances, toute confiance, puisqu’ils ont été publiés antérieurement à la dernière communication de Koch; c’est-à-dire à un moment où tout le monde considérait Koch comme le principal défenseur des idées contraires à celles qu-’il défend actuellement. Dès maintenant, cependant, disons qu’il n’est pas un seul de ces travaux, qui ne soit infirmé par une quantité d’autres; et que, par-dessus tout, planent : d’une part, les conclusions statistiques de Thorne, qui ont, c’est avec raison que le mot a été dit, la valeur d’une expérience; et, d’autre part, des données absolument contraires publiées par Bollinger et par son école (pour ne citer que les travaux les plus marquants et les plus probants) ; les travaux publiés par le groupe compact des pédiatres anglais et par les pédiatres allemands, tels que JIeller et Widerhofer.
Il est juste de faire observer ici h comme le fait
' Je veux exposer ici môme, des objections auxquelles je n’attribue, ni grande valeur, ni grande importance, afin que l’on ne puisse
LE PROFESSEUR KüCII
Adami, clans une noie de son article du 22 février 1902, que, si Tiiorne jouit, à très juste titre, d’une très grande réputation comme statisticien, et si ses chiffres ne prêtent pas au doute, on peut en discuter l’interprétation. Carr, Donkin, Guthrie, etc.1, ont fait observer, dans des communications récentes à The Lancet et au Brit. med. Journal , 1898-1899, que, dans beaucoup de cas, le Tabes mesenterica, déclaré comme cause de la mort, n’avait rien de tuberculeux. Ces affirmations de médecins d’enfants sont encore confirmées par les déclarations très positives de divers auteurs, notamment de Comby. Cet auteur, dans son excellent Traité des maladies de V enfance , 3e édition 1899, nous dit que le carreau tuberculeux est très rare, que ses observations confirment celles de Rilliet et Barthez, Picot et d’EspiNE, et que l’on a confondu le gros ventre des rachitiques avec le carreau. Il y a évidemment quelque chose de fondé en ces critiques, qui peuvent, à des points de vue secondaires, infirmer, ou au moins rendre douteux les chiffres de Tiiorne, pris en bloc. Mais nous montrerons que la question est ainsi très mal posée ; qu’elle a en réalité un tout autre aspect ; que l’infection, par les voies digestives, est extrêmement fréquente; et qu’elle semble même, pour beaucoup d'auteurs, apportant, comme Aufrecht, de très solides
m’accuser de dissimuler ou même d’uttenuer aucuns des arguments mis en avant par les adversaires de ce qui me paraît être l'évidente vérité.
1 Et ces jours derniers Armstrong, Bri 7. med. Jouvn., 2(> avril 1902, p. 1034.
arguments à l’appui de leur thèse, constituer la principale voie d’infection.
En somme, si ces objections peuvent porter à considérer les chiffres de Thorne comme très probablement exagérés, rien n’indique cependant que le sens général de ses conclusions doive être modifié. Nous ne pouvons donc accepter, sous la forme qu’il leur a donnée, les critiques que Mc Fadyean, au Congrès de Londres (voir Lancet , 3 août 1901), a adressées à Tiiorne. D’autre part, Mc Fadyean nous dit que si l’on a observé une augmentation de la mortalité des enfants de un à douze mois, on a, par contre, observé une grande diminution de la mortalité des enfants de un à cinq ans, sans que l’on puisse dire que l’usage du lait ait diminué, pour eux, depuis cinquante années. L’auteur anglais en conclut qu’il est très difficile de reconnaître la part du lait dans cette infection. Il me semble que ce phénomène pourrait s’expliquer par l’amélioration des conditions hygiéniques qui, d’une part, diminuent les causes d’infection tuberculeuse autres que le lait, pour l’enfant de un à cinq ans ; et, d’autre part, le rendent plus résistant vis avis de cette infection, lorsqu’elle se produit. Ces conditions semblent moins capables d’influer sur le degré de résistance de l’enfant, de un à douze mois.
Il est un fait exactement constaté par Koch, à Londres, sur lequel aucun doute n’est possible et sur lequel il est nécessaire, au préalable, de s’entendre. Nous consommons tous, à peu près chaque jour, avec la viande, le lait, le beurre et le fromage, des aliments
tuberculeux renfermant des bacilles virulents. Le bref compte rendu que nous avons donné des travaux de Bollinger et de ses élèves, nous a déjà familiarisés avec cette notion, que de nombreux travaux plus récents et pratiqués avec des méthodes très perfectionnées, n’ont fait que confirmer. La centrifugation permet de retrouver, même à l’analyse microscopique, ce qui est souvent très difficile, les microbes tuberculeux, bien qu’en nombre relativement très petit; et l’inoculation, dans la cavité péritonéale des cobayes, constitue un moyen très bon, très sûr et très délicat, quoique n’étant pas absolument infaillible, pour déceler la présence du microbe tuberculeux. Les travaux récents du Dr Lydia Rabinowitch, en Allemagne ; en Angleterre, ceux de Si ms Woodhead L Delépine et Sladen peuvent être cités, avec ceux de Bollinger, comme ayant le plus contribué à avancer et à préciser nos notions sur la nocuité du lait tuberculeux. Nous savons, par les réactions probatoires, obtenues au moyen des inoculations de tuberculine, que la proportion des vaches atteintes de tuberculose, à des degrés divers, varie, suivant les régions, de 10 à 15, 25, 40 et même 50 et 60, 70, 80 et 90 p. 100. Le chiffre moyen des vaches tuberculeuses, accepté pour
1 Les travaux de tous ces auteurs se trouvent cités, au cours de ce livre, ou dans notre bibliographie. Pour ce qui concerne le professeur Sims Woodhead, on consultera « Report of the royal commission appointed to inquire in to the ellect of food derived from tuberculous animais, 1895, part. I, p. 19 ; et Appendix au rapport ci-dessus, p. 145 à 179. 1 et 2 se rapportent aux expériences faites avec le lait. Le nom du vétérinaire danois Banu doit également être cité en toute première ligne (voir la bibliographie).
l’Angleterre, par les plus modérés, est de 25 p. 100; il y a tout lieu de supposer qu’il est sensiblement supérieur, et qu’il atteint, s’il ne le dépasse pas, 45 p. 100. C’est le chiffre que font supposer les plus récentes et les plus minutieuses investigations, pratiquées avec l’aide de la tuberculine. Pour la France, malgré l’incertitude des documents généraux, qui nous font défaut, les différences considérables, suivant les lieux — puisque en certains pays de montagnes, la tuberculose du bétail peut être considérée comme pratiquement nulle, parmi les races autochtones, tandis qu’elle atteint jusqu'à 60,70 p. 100 et plus, dans la Brie et la Champagne ; et plus encore dans certains troupeaux de ces régions — , ce chiffre moyen, résultant de l’impression qu’un esprit critique peut recueillir de statistiques incomplètes et où chacun des chiffres donnés est manifestement audessous de la vérité, semble devoir osciller entre 35 et 45 p. 100. Peut-être même est-il supérieur. Nous savons, depuis plusieurs années, d’une façon certaine, par de nombreux travaux concordants b qu’il n’est nullement nécessaire que les vaches soient atteintes de tuberculose de la mamelle, pour fournir du lait plus ou moins fortement tuberculeux ; à un degré en tout cas suffisant,
1 II m’est impossible, on le comprendra facilement, étant donné le plan et la forme de ce premier volume, de donner l’analyse, ou même la bibliographie, de tous les travaux importants concernant toutes les questions, notamment pour l’énorme question du lait. Les travaux de Bollinger et de ses élèves nous en ont fourni cependant un bon schéma. Quant aux statistiques de la tuberculose bovine, il m’est également impossible de les faire intervenir ici, dans leur détail. Mais on les trouvera toutes dans mon second volume.
pour que les animaux inoculés avec ce lait soient contaminés par le bacille ; ou bien, comme nous le verrons, par la toxine tuberculeuse que renferme ce lait.
Indépendamment de ce queje dirai dans la première et surtout dans la seconde partie de ce chapitre à ce sujet, et de ce que j’ai dit, en étudiant les travaux de Bollinger, on trouvera, dans le chapitre « le Congrès de Londres, » quelques utiles analyses des travaux se rapportant à cette question, qui y furent exposés. Pour les autres détails bibliographiques, on trouvera les indications postérieures au Congrès de Londres, dans ma bibliographie, ainsi que dans les suppléments 1 et 2, pour les années 1900-1901, de la Bibliographia lactaria d’Henri de Rothschild.
La plupart des vétérinaires qui ont examiné la question, s’accordent à reconnaître que la mammite spécifique se rencontre chez 3 à 4 p. 100 des vaches tuberculeuses1'. Mais il est certain, d’une part, que beaucoup de vaches, sans mammite tuberculeuse, ou reconnaissable par aucun procédé clinique, ou même parle harponnement, présentent encore des bacilles tuberculeux dans leur lait; et, d’autre part, que toutes les bêtes tuberculeuses, avec ou sans mammite, à quelque degré que ce soit, laissent passer dans leur lait la toxine, dont les effets nuisibles, pour les petits des animaux, ont été démontrés par de Pasquale et Michelazzi 2.
11 n’est pas, pour ainsi dire, de troupeau de vaches.
1 Quelques uns même abaissent ce chiffre à 2 p. 100.
‘J Cette question, ainsi que tout ce qui concerne le lait, se trouve amplement développée clans la seconde partie de ce chapitre.
en dehors des régions montagneuses 1, parmi lesquelles un certain nombre ne soient atteintes de tuberculose, à un degré tel qu’elles fournissent du lait tuberculeux. La manipulation du mélange, pratiquée de façon usuelle, contamine, d'une façon sûre, tous les laits que nous sommes exposés à consommer. On peut, à l’heure actuelle, poser en principe, que tous les laits provenant de troupeaux vivant dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres de Paris, et aussi à une grande distance de la plupart des grandes villes, sont contaminés. L’analyse et les prélèvements faits à un moment donné prouvent bien qu’il en est ainsi pour la très grande majorité des cas. Je pense que le nombre relativement faible de cas négatifs, tient uniquement aux causes d’erreurs et aux difficultés d’analvse, constatées par les auteurs modernes. La centrifugation a permis d’obtenir, au microscope, des résultats positifs, dans des laits où l’examen, dénué de ce moyen de démonstration, n’avait donné que des résultats négatifs; et l’inoculation intrapéritonéale fournit des données plus sûres encore. Je suis tout à fait convaincu que si l’on faisait dix, vingt, trente fois de suite, l’analyse de tous les laits vendus chez la plupart des marchands, avec de la patience, on découvrirait dans tous les échantillons, le microbe passé d’abord inaperçu. Dans leur Traité récent, Jacob et Pannwitz admettent que ce chiffre moyen, résultant des diverses recherches faites sur le lait commercial, au point de vue de l’infection
' Ou des bêtes vivant dans les steppes.
LE PROFESSEUR KOCU
tuberculeuse, serait de 17 p. 100. On peut tenir pour certain que ce chiffre, déjà colossal, est très inférieur à la réalité.
Dans la seconde section de ce chapitre, nous fournirons des chiffres montrant avec quelle facilité le lait se trouve infecté et avec quelle rapidité prodigieuse les bacilles se développent en ce liquide. Il est juste de dire que la faculté de multiplication du bacille tuberculeux n’a rien de comparable, à aucun degré, avec celle des bacilles saprophytes 1 ; mais les causes d’infection du lait, par la poussière de l’étable, qui contient, en nombre prodigieux, des bacilles tuberculeux bovins provenant du jetage, ou parla poussière extérieure, qui renferme des bacilles humains, sont pour ainsi dire constantes.
M. Nocard, dans un rapport récent, nous a montré, que, chez les nourrisseurs parisiens, le changement de méthode, employé dans ces dernières années, garantissait le lait, dans une certaine mesure, contre la tuberculose. Le même système, pratiqué dans diverses autres grandes villes, a amené les mêmes résultats. En effet, au lieu d’épuiser les animaux, les nourrisseurs ne les gardent que deux années environ, et ils les envoient à l’abattoir, dès que leur lait commence à diminuer. Les vaches saines n’ont pas ainsi le temps, je ne dirai pas de se contaminer dans des étables, que l’on peut toutes considérer comme souillées, mais d'arriver à un degré élevé de tuberculose. La proportion
1 Puisque, ainsi que nous l'avons vu. le microbe de la tuberculose ne se multiplie nas en dehors de l’organisme.
de bêles réagissant à la tuberculine, observée chez ces nourrisseurs, par M. Nocard, était relativement faible. Il 11e s’agit là, malheureusement, que d’un fait local. Le lait fourni par cette source ne constitue qu’une assez faible part de l’alimentation parisienne, à peu près un cinquième, environ 150 000 litres sur 800 000 ; et, de plus, les faits observés par M. Nocard, n’ont pas été contrôlés, à notre connaissance du moins, rigoureusement. Les nourrisseurs savent déjà, par de nombreuses et faciles supercheries, se soustraire au contrôle 'de la tuberculine Bien que beaucoup de vétérinaires pensent que les données fournies par la tuberculine sont certaines dans la plupart des cas — quelques-uns estiment même dans 97 ou 98 p. 100 des cas — , quelques savants de très grande autorité, parmi lesquels M. Arloing, sont loin d’attribuer à la tuberculine une aussi grande sûreté. De plus, il est un fait certain que, pour ainsi dire, toutes les étables des nourrisseurs parisiens sont contaminées ; qu’une vache y est condamnée, dans un très bref délai, à devenir tuberculeuse ; et que, grâce aux conditions absolument antihygiéniques dans lesquelles vivent ces malheureuses bêtes, privées de lumière, d’air et d’espace, la tuberculose évolue chez elles avec une extrême rapidité. Un grand nombre de vaches qui y sont introduites, même de la plus belle apparence, sont déjà tuberculeuses avant d’y entrer.
1 On verra, dans notre compte rendu du Congrès de Londres, que des savants de la plus haute compétence, sur le terrain pratique, comme sur le terrain théorique, ont énergiquement affirmé qu'à ces deux points de vue, le contrôle de la tuberculine était absolument vain, illusoire et impraticable.
C’est un fait également bien connu, et depuis très longtemps, que la tuberculose de la vache, pendant une assez longue période, détermine une exagération de la sécrétion lactée, avec surabondante élimination des phosphates. C’est là un avantage précieux pour les nourrisseurs1, et qui ne doit pas précisément les conduire à désirer se débarrasser, avec perte, en faisant la déclaration, d’animaux atteints à un certain degré, quoique sûrement ; ayant réagi à l’action de la tuberculose ; qui peuvent déjà fournir des bacilles, et qui fournissent, en tout cas, sûrement, la toxine tuberculeuse, non destructible par la chaleur, dans leur lait. Les nourrisseurs, ayant intérêt à conserver de tels animaux, qui ne sont pas cliniquement malades, et sachant qu'il suffit d’épuiser, par deux ou trois injections de tuberculine, la faculté de réaction de leurs vaches, esquiveront et esquivent déjà toute vérification et tout contrôle, reposant sur le témoignage de la tuberculine.
Si donc, nous tenons peu de compte de ce fait, d'importance, en somme, minime, et d’ailleurs établi sur
1 Cela est si vrai, que tous les vétérinaires s’accordent, à reconnaître que les vaches en cet état sont ordinairement considérées comme les meilleures laitières. On voit l’immense danger que présente ce phénomène. M. Roncis (vétérinaire sanitaire du département de la Seine) dit expressément dans le travail suivant : Nouvelle statistique sur la question : existe-t-il, chez l'espèce bovine, une corrélation entre l’aptitude à la lactation et l'aptitude à la tuberculose. II 0 Congrès cle la tuberculose, p. T 16. «les renseignements que j’ai obtenus des industriels ont toujours été ceux-ci : les bêtes tuberculeuses étaient les meilleures laitières de leurs étables ».
des bases scientifiques encore assez incomplètes, il n’en reste pas moins certain que, d’une façon générale, les vaches tuberculeuses sont utilisées jusqu’aux limites extrêmes de leurs facultés galactogènes. Au fur et à mesure que leur affection générale progresse, dans les cas à évolution très rapide, ou que la maladie de la mamelle notamment se développe, elles apportent, avec leur lait versé dans le récipient commun, un flot chaque jour plus intense de microbes tuberculeux qui, pour une seule vache, peut se chiffrer journellement par de très nombreux millions.
Il est démontré, par un grand nombre de travaux concordants, parmi lesquels on peut citer, en première ligne, les excellents travaux de M. Galtier (de Lyon), que le microbe tuberculeux se trouve renfermé dans tous les produits du lait, tels que beurre et fromage, qui n’ont pas été portés à une température d’au moins 82° G., et qu’ils s’y maintiennent vivants, pendant de longs mois, en conservant toute leur virulence. Les sous-produits du lait, petit lait, babeurre, etc., sont aussi très hautement tuberculeux. C’est encore là un fait grave, sûrement acquis ; et il est certain également que, non seulement les animaux injectés dans le péritoine, mais même ceux qui s’alimentent avec ces sous-produits, tels que les porcs, deviennent aisément et constamment, de ce fait, tuberculeux.
Le porc est un des animaux qui contractent le plus facilement la tuberculose par voie alimentaire, c’est-àdire par une contamination efficacement exercée sur la surface du tube digestif; et peut-être y aurait-il déjà
lieu de rapprocher les conditions de susceptibilité de l’homme de celles du porc, animal de régime omnivore comme lui. Quoi qu’il en soit, la presque constante contamination des porcs, par les sous-produits tuberculeux non stérilisés des laiteries, a conduit Bang, dans son très rationnel système de lutte contre la tuberculose, à exiger l’ébullition préalable de tous les sousproduits des laiteries,, qui contamineraient ensuite fatalement les porcs. De tous côtés, les hygiénistessensés ont demandé qu’une telle mesure fût imposée ; et on voit ce que l’on doit penser du souci de vérité et de santé publique, chez ceux qui, malgré une absolue démonstration, remontant à près de dix ans, n’ont pas encore songé à se préoccuper d’un point de vue aussi essentiel et en même temps aussi simple, delà question. Car, il ne faut pas oublier la part colossale que prend le porc — si fréquemment tuberculeux — , sous toutes ses formes, à l’alimentation humaine ; et quel comité d’hygiène, si insouciant qu’il puisse être de l’hygiène publique, osera venir affirmer qu’il n’y a aucun inconvénient à laisser les hommes s’alimenter de produits empoisonnés par le microbe de la tuberculose, ou par la toxine qu'il sécrète. On ignore d’ailleurs, à l’heure actuelle, le degré de virulence pour l’homme du bacille tuberculeux, humain ou bovin, passé par l’organisme du porc. Behring a affirmé que le bacille humain, passé par la chèvre, acquérait un haut degré de virulence pour le bœuf1. Les nombreux faits de ce genre qui sont connus,
1 Dans sa communication du 1- décembre dernier à l’Académie de Stockholm.
imposent toujours, dans cet ordre d’idée, une grande réserve, jusqu'à ce que les questions aient été résolues d’une manière objective.
Ainsi donc, il est acquis, constant, pour Kocii, comme pour tout le monde, que le lait consommé dans les grandes villes, ses produits et ses sous-produits, sont très souvent, presque constamment, contaminés par de fortes quantités de bacilles de la tuberculose bovine, à l’état vivant ; comme les nombreuses expériences d'infection sur les animaux, avec les produits de laiterie, l’ont démontré. Le plus grand nombre des habitants de ces villes consomment donc, tous les jours, des bacilles vivants et parfaitement virulents de tuberculose bovine ; et, comme dit Koch, « involontairement font donc l’expérience » « welches wir nicht anstellen dürfen » « que nous ne sommes pas libres de faire ». J’ai tenu à citer textuellement les propres paroles de Kocii, pour montrer que tout le monde est entièrement d’accord sur ce point. J’ai cité en allemand le dernier membre de phrase que j’ai traduit antérieurement par ces mots, que nous ne sommes pas libres de faire. Nous donnons ailleurs un commentaire de cette phrase, montrant bien, qu’à ce moment, Ivoch exprimait le regret de ne pouvoir faire, de ne pas oser faire, une expérience sur l’homme, qu’il feint de considérer comme utile et désirable. Maint auteur, parmi les plus autorisés, Repp, Pearson et bien d’autres, ont, non seulement compris la question, qui est pour ainsi dire un truisme, de la même manière ; mais ont également entendu la phrase de Kocii dans le
LF PROFESSEUR KOCH
même sens et lui ont attaché la même signification.
Nous pourrions peut-être, en bonne et saine logique, clore ici ce chapitre, car, dès maintenant, nous sommes en droit de conclure, avec le simple aveu de Koch, que les animaux sont certainement contaminés par le lait tuberculeux des vaches, si fréquemment tuberculeuses; et, d’après les résultats antérieurement exposés de l’expérience et de la critique, nous pourrions soutenir que la question est vidée, que Kocii a soutenu une thèse erronée et qu’il savait erronée. Que Kossel, que Biedert1, qui ne connaissaient qu’un des points de vue de la question, négligent l’infection par le lait, chez les petits enfants, parce qu'ils croient absolument, qu’il n’y a de tuberculose d’origine intestinale que dans le cas où l’on constate, à l’autopsie, une tuberculose primaire initiale isolée; ce sont là, à l’heure actuelle, des points de vue absolument erronés et insoutenables, mais qu'un médecin d’enfants aux vues et à la culture arriérées, peu curieux de se rendre compte de l’ensemble des données scientifiques nécessaires pour résoudre un problème d’apparence limité, en réalité très étendu et très complexe, pouvait admettre autrefois. Mais aujourd’hui, il n’en est plus de même ; et aucun médecin d’enfant, si étranger qu’il puisse être, en réalité, ou veuille paraître, aux notions que les discussions récentes ont mises en relief, et qui se trouvent déjà, pour la plupart, exposées en ce volume, ne pourra,
1 II est juste de dire que Biedeut, dans un travail postérieur au Congrès de Londres, a repris les mêmes points de vue et soutenu les mêmes thèses qu'il avait soutenues antérieurement.
dans l’avenir, soutenir de telles thèses. La science étendue et l’incontestable valeur critique dont Kocn a fait preuve, dans sa carrière scientifique, le soin avec lequel est rédigée,, dans les journaux allemands, l’analyse de tous les travaux et de toutes les publications concernant les sources et les causes des maladies infectieuses, ne le mettent totalement à l’abri de l’accusation d’ignorance, que pour l’exposer à d’autres, infiniment plus graves. Aussi, n’ai je pas hésité, lorsque je l’ai vu dénaturer complètement le sens, ou même la lettre, des travaux et des conclusions des auteurs qu’il avait cités, en même temps qu’il affichait l’étrange prétention de s’appuyer sur leur autorité, à l’accuser, non pas d’ignorance, mais de mauvaise foi. Il en est de même ici ; il en sera de même, pour ainsi dire, à chaque pas; et de chacune des nouvelles affirmations de Koch, que nous allons examiner, phrase par phrase, nous pourrons, tant ses affirmations sont manifestement insoutenables, tirer la même conclusion.
Les animaux de laboratoire étant, de l’aveu même de Koch, contaminables à un très haut degré, par les bacilles bovins de la tuberculose, en employant la voie alimentaire; et le lait et les produits commerciaux du lait, étant également, de son aveu, le plus souvent chargés de bacilles virulents, nous devons conclure, en saine et élémentaire logique, comme extrêmement probable, que l’homme peut être infecté par la même voie. En effet, il est au moins aussi sensible que les animaux à l'infection tuberculeuse ; et, d’autre part, l’unité des deux tuberculoses est démontrée avec quasi-certitude
LE PROFESSEUR KOCI1
par la facilité qu’ont rencontrée l’universalité des expérimentateurs à infecter le bœuf, parla tuberculose humaine, pour peu qu’ils aient voulu, dans ce but, choisir des produits virulents. Gela, sans même nous préoccuper 1 de discuter les nombreux faits positifs d’infection, qui ont été publiés de divers côtés2, cités à diverses reprises et déjà rassemblés, surtout par Repp ; sans même nous en rapporter aux statistiques anglaises de Thorne qui, à notre avis, même en tenant compte des quelques critiques de détail que nous avons formulées, ont une valeur probatoire absolue. Il suffit, pour conclure dans ce sens contre Koch, d’avoir suivi le développement de ce livre, qui se résume en cet argument, que je veux repéter encore et dont M. Koch ne saurait s’évader. S’il est démontré — et M. Kocii le considère comme démontré — , que la tuberculose bovine est plus virulente que la tuberculose des crachats humains, principale source d'infection, d’après Koch, pour tous les animaux de laboratoire, y compris les singes, ainsi que le montrent les expériences de Grünbaum et aussi celle de Schweinitz et Sciirceder, et de Salmon, elle doit être nécessairement , pour toutes les raisons que nous avons accumulées, plus virulente pour l’homme, que la tuberculose humaine elle-même. Et la conclusion, car il faut une conclusion et nous en avons heureu-
1 C’est-à-dire en nous cantonnant exclusivement, pour le moment, sur le terrain choisi par Koch.
2 On trouvera, au cours de ce volume, plusieurs allusions aux cas d’infections scientifiquement observés. Je me suis décide à les réunir tous dans uu chapitre spécial, qui, contrairement à mon plan primitif, figurera dans ce premier livre.
sement une à notre disposition, formelle, pressante, absolue, c’est que, comme disait Repp : « S’il existe des gens qu'un si formidable ensemble de preuves ne saurait convaincre, il n’y a plus pour eux qu’une preuve admissible, c’est l'inoculation de la tuberculose bovine à l'homme, à ceux qui soutiennent de telles théories, au criminel, au patient de bonne volonté. » Dans l’espèce, avant tout autre, c’est au professeur Koch qui a, non seulement dépassé, au delà de toute mesure, les limites des conclusions logiques auxquelles il était autorisé par ses expériences, mais qui a dénaturé, défiguré à plaisir, pour ainsi dire, toutes les données se rapportant à sa thèse, qu’incombe ce devoir. Ceux aussi qui ont le devoir de le suivre dans cette voie seraient les savants, s’il en existait, qui pourraient se rendre solidaires de ses affirmations ; et aussi les politiciens du genre des agrariens allemands ou français, tels que M. Denis (des Landes), qui affirment que la tuberculose bovine n’est pas contagieuse pour l’homme, ni même, chose monstrueuse, de bœuf à bœuf.
Il est de mode, en France, parmi les autorités vétérinaires qui 'flirtent avec cette administration, à qui Chauveau et Arloing ont eu tant de mal à arracher les règlements protecteurs de 1888 — règlements qu’ellè fait d’ailleurs si mal appliquer et qu’elle a le secret désir de voir disparaître, au lieu de songer à les renforcer — , de déclarer à peu près nul le péril de la viande par les animaux tuberculeux. Nous avons rappelé antérieurement les anciennes expériences de Toussaint et de Semmer, de Ortiï, de Bollinger, mon-
trant toutes que le sang, surtout dans les cas de tuberculose àévolution rapide, était très nettement infectieux. Rappelons que, chez les animaux abattus par les procédés ordinaires, un tiers du sang total reste dans le corps des animaux. De plus, les expérimentateurs qui ont pour tendance de démontrer la faible nocuité de la viande, semblent avoir beau jeu dans cette direction. En effet, le suc musculaire est une substance où, non seulement le microbe de la tuberculose ne cultive pas, mais qui constitue pour lui un milieu nocible, en même temps qu’il empêche la production des toxines sécrétées ou qu’il les neutralise. C’est justement sur ce principe et sur des considérations théoriques et expérimentales qui semblent solidement établies, qu’est fondée la belle application thérapeutique de Richet et IIéricourt, la Zomothérapie , ou traitement intensif de la tuberculose par la viande crue, qui, à l’heure actuelle, semble constituer la médication la plus efficace et la plus rationnelle de la phtisie. La démonstration expérimentale de l’innocuité du muscle d’animaux tuberculeux, qui constitue, cela est acquis, dans sa partie essentielle, dans sa fibre, un milieu, non seulement défavorable, mais réfractaire au développement du microbe de la tuberculose bovine, dépendra du soin plus ou moins minutieux avec lequel les faisceaux musculairesseront isolés. C’est en effet dans les tissus, dans les tractus lymphatiques et les ganglions avoisinant les muscles, ou logés dans leur intérieur, que se trouveront surtout les bacilles. M. Nocard s’est complu a démontrer, par des expériences, que la nocuité de la viande était très faible. S’il
avait isolé, avec un soin suffisant, les faisceaux musculaires, il aurait pu même arriver à démontrer, par une application, à la vérité quelque peu intempestive de la théorie zomothérapique, que la chair musculaire même des animaux tuberculeux pouvait être un remède à la tuberculose. Ce n’est pas le faisceau musculaire qui est dangereux, mais c’est le tissu conjonctif qui l’entoure et qui est, au moins dans certaines formes de tuberculose, plus ou moins chargé de microbes contenus dans les ganglions et les tractus lymphatiques, le sang et les tubercules du tissu conjonctif, que tous ces tissus renferment1.
Les termes mêmes de la réponse de M. Nocard à Koch, au congrès de Londres, prouvent combien ce savant français est respectueux de toutes les « Autoritatglauben », de tous les hommes en place et de toutes les puissances établies. Je pense que les terribles cas d’empoisonnement tuberculeux, par le simple contact d’écorchures de la peau avec la viande tuberculeuse, qui viennent d’être observés récemment à Berlin, à
1 Nous avons étudie sommairement la question de la nocuité de la viande tuberculeuse, à propos des travaux de Bollinger et de ses élèves. Nous étudierons cette question dans ses moindres détails en notre second volume. On trouvera la question exposée presque complètement, dans l'ouvrage classique de R. Ostertag, llandbuch cler Fleisckbeschau fur Tierærzte, Ærzle u. Ric/iter, 3° éd. (a) 1899, p. G09-6G1. On pourra lire également avec fruit le chapitre, malheureusement dépourvu de bibliographie, que Jacob et Pannwitz lui ont consacré, dans leur récent ouvrage, Entstehung and Bekümpf'ung cler Lungentuberkulose , t. I, 1901. On peut également consulter utilement l'article récent de Galtier : L’ingestion de la viande des animaux atteints de tuberculose est-elle dangereuse pour l’homme, Journal de métl. vél. de Lyon, 1902.
(a) La quatrième édition d’OsTEnrAc vient de paraître, ces jours derniers.
LE PROFESSEUR KOCII
Hambourg, et en divers points du globe et la réflexion sur tous les cas de contagion, antérieurement établis, d’une façon scientifique, conseilleront la prudence à ceux qui, dans l’avenir, seraient disposés à soutenir l’innocuité absolue ou même relative de la viande tuberculeuse. Liebreicii, à propos des cas de Berlin, a, en effet, montré nettement et sûrement, que ces infections de la peau avaient été produites par le contact de la chair des bovidés atteints de Perlsucht.
Il n’est pas douteux que si, en raison de l’attention provoquée par les circonstances, on a pu signaler, en quelques jours, un nombre relativement important d’infections provenant de cette source, les infections de ce genre qui — l’expérience l’a montré — , se produisent avec difficulté, doivent être assez fréquentes. De plus, pour clore ici la question du péril par la viande tuberculeuse de bœuf ou de porc, probablement beaucoup plus grand qu’on ne le suppose, tant par les microbes virulents que par les substances toxiques qu’elle renferme, nous devons indiquer un fait, sur lequel nous reviendrons à propos du lait, c’est que le suc gastrique de l’homme, pas plus, bien entendu, que celui des animaux, ne détruit le bacille tuberculeux. C’est ce que montrent les infections expérimentales sur les animaux par voie alimentaire; et aussi les expériences récentes et très soignées de Carrière1, qui
' G. Cauiîiùre. Action des ferments et des diastases sur les poisons tuberculeux. Arch. de mêd. e.vpérim et d'anal, pal., t. XIII, 1901, n° G, p. 729-772; et Action du suc gastrique sur les bacilles de la tuberculose . Société de Biologie, 14 décembre 1901.
concordent pleinement avec celles de nombreux expérimentateurs antérieurs. 11 est bien certain, en outre, que, chez les enfants, infiniment plus facilement encore que chez les adultes, les bacilles tuberculeux peuvent traverser le tube digestif, arriver dans les ganglions mésentériques; et, soit y cultiver rapidement, soit les traverser avec le chyle, logés dans les globules graisseux et les cellules lymphatiques, ou simplement mêlés au liquide. Puis pénétrer clans le canal thoracique, arriver au cœur droit et déterminer, soit dans les poumons, soit dans les ganglions bronchiques, des foyers tuberculeux, que Ton avait l’habitude de considérer comme d’origine pulmonaire, et qui peuvent être, aussi bien, et sont souvent, en réalité, d’origine intestinale. En outre, l’infection parles amygdales, infection qui se transmet à tout le système ganglionnaire supérieur et aux poumons, par la voie de la petite circulation, est un fait bien commun et certain.
Ceux qui nient la fréquence de l’infection par voie digestive, produite par la viande tuberculeuse, profitent et abusent de la quasi-impossibilité où nous sommes de démontrer en quel cas s’est produite cette infection. Quanta sa possibilité et même sa fréquence, étant donné les observations d’infection tuberculeuse par la peau, il serait, à l’heure actuelle, puéril de la nier. En effet, nous sommes absolument certains que l'infection par cette voie est infiniment plus difficile à se produire que par la voie digestive.
Nous nous trouvons maintenant en présence de travaux de la plus haute portée, qui ont modifié consi-
LE PROFESSEE R KOCH
dérablement l'aspect de la question. Je dois citer, en toute première ligne, les publications récentes et si judicieuses de Aufrecht1-2 (de Magdeburg). Ces travaux condensent, pour ainsi dire, un nombre considérable d’idées critiques, exprimées de divers côtés, d’une façon plus ou moins explicite, plus ou moins nette, dans ces dernières années, au sujet de l’insuffisance de la voie aérienne, comme explication logique de l'immense majorité des innombrables cas de contagion tuberculeuse. Aufrecht avait déjà affirmé cette thèse en 1900 3.
Il ne croit pas à la possibilité de l'exo-infection d’un poumon absolument sain, par le bacille tuberculeux; et, pour lui, le contage aérien, agissant sur le poumon serait d’importance pratiquement nulle. Les emphysémateux, les tabétiques, pourraient vivre indéfiniment au milieu des phtisiques, sans être contaminés. Ce serait, affirme-il, la voie digestive, qui constituerait de beaucoup la source la plus fréquente et la plus importante de l’infection.
D’après la théorie simpliste, soutenue depuis longtemps par Koch, et rajeunie par lui au Congrès de Londres, l’infection se ferait, à peu près uniquement, par les bacilles desséchés, provenant des crachats, tenus en suspension dans la poussière, et portés par la res-
* Aufreciit. Lungentuberculose und Pflege. Zeits. f. Krankenpflege , t. XXXIII, nos 1 cL 2, 1 ‘)0 1 .
2 Aufreciit. Die Gcnese der Lungentuberculose. Yevhandl. d. deutsckepal.il. Gesellsch., IV. Consultée surtout ce second mémoire.
3 Aufrecht. Die Ursache und dev üvlliche Beginn dev Lungenschwinduscht. Wien, 1900.
pi ration au contact de la muqueuse pulmonaire sur laquelle ils s'implanteraient. Avant Aufreciit, Klebs a été l’initiateur de la thèse qui attribue à l’appareil digestif une grande importance comme point de départ de l’infection ; il l’avait soutenue dans un ouvrage considérable l, auquel on n’a pas rendu, me semble-t-il, la justice qu’il méritait et qu’il importe de tirer de l’oubli.
Pour que le poumon soit le siège de l’infection, il faudrait qu’il ait subi, au préalable, des altérations anatomo-pathologiques, dont Aufreciit nous fournit la description. Telle est au moins l’opinion des défenseurs des nouvelles doctrines.
La maladie débuterait par une thrombose des petites artères du poumon, dont les parois s’épaississent et qui se produirait plus facilement dans les sommets. Par suite, se développerait un infarctus, dans le territoire alimenté par ce vaisseau, qui deviendrait ainsi, secondairement, la proie facile d’une infection venue du dehors. On trouve des bacilles, dans l’intérieur de la partie du vaisseau attaquée; mais, pour Aufreciit, ils ne viennent pas, au début du moins, de l’extérieur, et ne seraient pas amenés à ce niveau par la respiration, mais bien par la circulation. C’est-à-dire qu’ils auraient pénétré dans l’organisme par quelque point de la surface du tube digestif. Tous les processus possibles de contamination par l’extérieur auraient donc un caractère nécessairement secondaire.
1 Klebs. Uie causale Behanillung der Tuberkulose. Experimenelle u. lclinische Studien, 1894, 645 pages,
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Laissant de côté, pour le moment, la question délicate de savoir s’il est nécessaire qu’une lésion locale du poumon, ou au moins un état spécial de l’organe, soit établi, pour que la contamination puisse s’y produire, par des bacilles venus de l’extérieur, nous croyons devoir dire que l’opinion de Aufrecht nous paraît trop absolue. Pour la combattre, nous rapporterons justement une observation, que Hüppe et beaucoup d’autres auteurs ont fournie avec raison, comme une preuve de l’origine alimentaire de la tuberculose, dans un grand nombre de cas; mais qui, du même coup, détruit, nous semble-t-il, l’absolutisme exagéré des idées d’AuFRECHT. Dans les usines où la nature du travail et dés matières manipulées détermine, chez les ouvriers adultes , des tuberculoses fréquentes, on a pu, par des mesures hygiéniques rationnelles, protégeant les ouvriers pendant le travail, diminuer, d’une façon extrêmement sensible, la tuberculose parmi eux. Par contre, chez les enfants de ces mêmes ouvriers, dont le régime alimentaire n’a pas été changé, ni mieux surveillé, et où le lait de vache jouait naturellement un rôle très important, le nombre des cas de tuberculose ne varia pas. Cette observation apporte une démonstration qui nous paraît assez forte : d’une part, à l’appui de la contagion extérieure du poumon par les bacilles contenus dans les poussières de l’air; d’autre part, à l’appui de la théorie de la contamination alimentaire des enfants, chez lesquels un lait, généralement très tuberculisé, joue un rôle très notable et même essentiel, dans le jeune âge.
Aufrecht attribue à l’hérédité (qui reprendrait ainsi, par voie indirecte, un rôle très considérable, à défaut du rôle essentiel qu’on lui attribuait autrefois, aussi bien que du rôle direct, que vraisemblablement elle ne possède pas), une très grande importance. C’est dans lo jeune âge que se produiraient, d’après lui, les cas de beaucoup les plus fréquents ; et la plupart des cas de tuberculose de l’adulte proviendraient d’infections qui se sont exercées pendant l'enfance, et qui sont ainsi restées plus ou moins somnolentes.
Le tube digestif serait la voie ordinaire de cette infection. Aufrecht continue à soutenir, comme il l’a déjà fait autrefois, et à la lumière d’une expérience remontant à trente années, que le lait des vaches tuberculeuses joue un rôle tout à fait prédominant, dans l’évolution du processus. La tuberculose miliaire de l’enfant ne pourrait se produire qu’à la suite d’une infection intestinale .
Dans beaucoup de cas, à l’autopsie, on ne trouve que des ganglions transformés en tubercules caséeux, et qui résulteraient ainsi d’une infection restée stagnante, souvent pendant de nombreuses années. Il a observé, par exemple, dans l’abdomen d’une jeune fille, qui avait eu autrefois une péritonite tuberculeuse, dont elle avait guéri complètement, un ganglion tuberculeux et caséeux, sans aucun autre symptôme tuberculeux. Ce ganglion renfermait des bacilles actifs; et l’on ne saurait nier la grande importance de cette affirmation.
Les ganglions médiastinaux et les ganglions mésentériques sont les grands emmagasinaleurs et les grands
propagateurs de la tuberculose clans le corps. Aufrecht et Güerdeler ont montré, par leurs préparations, que lorsqu’une artériole pulmonaire se trouve au contact d’un ganglion médiastinal tuberculeux ulcéré, elle en reçoit des bacilles, qu’elle lance dans un territoire pulmonaire où se développe la tuberculose. Ce serait généralement dans le sommet où, comme nous l’avons dit, l’épaississement de la paroi des vaisseaux et la thrombose se produiraient plus facilement. Quand le même fait se produit au voisinage d’une veine pulmonaire, ramenant le sang au cœur gauche, le processus évolue rapidement, d’une façon que l’on conçoit aisément, en une tuberculose généralisée. Les bacilles peuvent passer, des ganglions ulcérés, où ils se trouvent en grand nombre, dans des vaisseaux dont les parois sont restées intactes. Pour Aufrecut, les amygdales seraient la partie du tractus digestif qui constituerait la porte d’entrée de beaucoup la plus fréquente pour le microbe de la tuberculose; et, de ce point, il gagnerait facilement les ganglions médiastinaux et bronchiques, où il pourrait rester inactif pendant de longues années, ou môme pendant toute l’existence, suivant les conditions de résistance de l’individu.
Ribbert1, tout en combattant, comme Aufrecht, la thèse de l'infection du poumon par l’air, admet une
1 H. Ribbert . Ueber die Ausbreitung der Tuberkulose im Ivor- ]ier. Sond.-abd. aus dem U niversi tiitsprogramm, Marburg, 1900. Bien que j’eusse le mémoire de Ribbert sous les yeux, j’ai préféré, pour plus de simplicité, suivre, en cette analyse, l’excellent résumé de Weiciiselbaum, Wiener Idin. Woch., 10 et 17 avril 1902.
autre théorie. Pour lui, les bacilles infecteraient d’abord les ganglions bronchiques et de là pénétreraient dans le torrent circulatoire. Ils cultiveraient au niveau du sommet du poumon, lorsqu’ils sont en petit nombre ; dans tout l’organe et le corps entier, lorsqu’ils sont en grande quantité. Bien qu’admettant, comme Aufreclit, l’origine endovasculaire de la tuberculose du poumon, Ribbert ne pense pas, avec ce dernier, que l’affection débute par une altération des vaisseaux ; les bacilles s’échapperaient à travers leurs parois et se répandraient dans les alvéoles et le tissu conjonctif périvasculaire. A l’appui de sa thèse, il invoque ce fait, que, très fréquemment, on trouve des gens dont les poumons sont sains et les glandes bronchiques caséeuses; et que, dans les cas où les poumons sont malades, on constate la présence d’une affection antérieure des ganglions bronchiques. 11 se fonde également sur le processus, suivant lequel se développe la tuberculose miliaire du poumon1.
1 Les vues de Ribbert avaient été exposées dans un travail qui ne se trouve guère à la portée du public médical; il vient de donner, sous une forme et dans une publication plus abordables, un résumé de sa doctrine, dans un grand journal allemand (a) ; et au moment de mettre en pages, je me sers de cet article, pour fournir un aperçu complet de la thèse de Ribbert.
Ribbert ne nie pas absolument la possibilité de la contamination du poumon par l’air, mais il pense que la voie hématogène est de beaucoup la plus ordinaire. Les tuberculoses du poumon, consécutives aux tuberculoses locales des os, de l’appareil urogénital, ne peuvent d’ailleurs pas s’expliquer d’une autre manière; et Baumgarten a tout récemment démontre, par une très élégante expé-
(a) Ribbkht. Ucber die Genèse der Lungenlubcrkulosc. Deutsche med. Woch., n° 17, 24 avril 1902.
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Depuis les travaux de Dobroklonski et de Cornil, que nous analysons ailleurs, de nombreux auteurs sont venus confirmer la possibilité du passage des microbes.
rience (a), qu’une infection tuberculeuse experimentale de la vessie pouvait s’étendre, évidemment par voie hématogène, aux poumons et à tout le corps.
Si la théorie de Ribbert est vraie, on doit toujours trouver, en dehors des poumons, des foyers de tuberculose plus anciens. C'est, affirme-t-il, ce que l’on constate presque toujours. Chez les enfants, les ganglions cervicaux et bronchiaux; chez les adultes, les ganglions bronchiaux, sont presque toujours pris.
Dans la tuberculose miliaire du poumon, évoluant rapidement, les tubercules du sommet sont plus précoces et beaucoup plus développés que ceux de la base ; et Ribbert voit là un fait à l’appui de sa thèse. Il semble probable que l’irrigation sanguine, plus faible, du sommet, rende l’infection plus facile en ce point, parce que les substances nuisibles pour le bacille, renfermées dans le sang, s’y trouvent en moindre quantité.
Ribbert conteste la théorie de la fixation endo-capillaire des bacilles, émise par Aufrecht. Les vaisseaux ne constituent jamais, en effet, des centres de formation, pour les tubercules ; et l’on doit plutôt supposer que les bacilles sortis des vaisseaux se répandent dans les tissus.
Ribbert n’attribue aucune importance à l'infection par voie intestinale ; pas un instant, il ne discute les argumentations, très solides cependant, de Ivlebs et Aufrecht. Je ne sais pas si Ribbert se doute que l’esprit systématique dont il fait preuve, jette un discrédit très profond sur l'ensemble de ses thèses. Quoi qu’il en soit, l’infection des poumons provient presque exclusivement, pour lui, des ganglions bronchiques ; les ganglions du cou peuvent également être infectés, quoique beaucoup plus rarement, et déterminer de même l’infection du poumon. L’origine de l'infection des ganglions cervicaux réside dans les amygdales.
L’origine de l’infection des ganglions bronchiques se trouve dans les poumons.
Lors même qu’ils sont à l’état parfaitement sain, les poumons se laissent pénétrer par les bacilles reçus de l’air ; aussi bien que par les plus fines particules de charbon inhalées, encore infiniment plus volumineuses que les bacilles. Ces bacilles pénètrent par les lymphatiques, jusqu’aux ganglions bronchiques, qui ne sont jamais
(a) Baumgauten. Uebcr experimcnlelle Lungenphtisic, Wiener med. Woch ., n° 44, 1901 .
tuberculeux et autres, à travers les parois de l’intestin intact1. Souvent, comme le soutient Jacobi, ils se rendent dans la cavité abdominale, où ils donnent
infectés par aucune autre voie ; et Ribbert voit une preuve de cette conception, dans ce fait que les ganglions infectes montrent toujours nettement que l’infection tuberculeuse a débuté du côté où ils reçoivent leurs vaisseaux lymphatiques.
Ribbert admet qu'à la rigueur une partie des bacilles arrivés dans l’intérieur des poumons par l’air, pourrait cultiver sur place, surtout s’ils s'y trouvaient en grande quantité. Mais, d’ordinaire, iis sont très rares et peuvent traverser les parois pulmonaires avec une extrême facilité.
Ribbert ne croit pas à la possibilité de l’infection fréquente des ganglions bronchiques par voie amygdalienne ou intestinale ; parce que les ganglions intermédiaires entre les ganglions bronchiques et le point d'infection devraient être pris. Et même dans ces cas, très rares dit-il, on pourrait admettre un processus d’infection inverse.
Ainsi les bacilles, après être partis des poumons, viendraient former des foyers de culture dans les ganglions bronchiques, d’où ils partiraient en grand nombre, pour revenir, par voie hématogène, infecter le poumon.
J’ai voulu exposer en son entier la théorie de Ribbert, qui me semble contenir, sur le mécanisme de l’infection pulmonaire, une part de vérité. L’exposition que je fais dans ce chapitre des processus d’infection, chez les enfants et les porcs, la fréquence certaine des infections ganglionnaires mésarraïques, chez les enfants, montrent bien l’exclusivisme des vues de Ribbert, qui n’a même pas pris la peine de discuter les faits défavorables à sa thèse.
1 Voir à ce sujet et pour la bibliographie, Posner et Coiin. Ueber die Durchgangigkeit der Darmwand fiir Bakterien. Berl. klin. Woch., 1900, n° 36. En ce travail est bien confirmée, par voie expérimentale, la facilité avec laquelle les bactéries pathogènes traversent la paroi de l’intestin intact : cette facilité avait déjà été affirmée par Posner etLEWiN, en 1894-93; et par Bircm-Hirsciifeld, Ziegler's Beitrage z.path. Anatomie . t. XXIV, etc. On peut encore signaler, indépendamment de ce qui a été dit ailleurs sur ce sujet, les expériences de Schmidt-Mülheim et Orth d’après lesquelles il ressort sûrement que le tube digestif peut être le point de départ de l’infection, sans pour cela présenter lui-même de lésions. Les démonstrations et affirmations récentes et concordantes sur ce point des auteurs américains : Pearson, Ravenel et Russee, mettent la possibilité et même la fréquence de ce fait absolument hors de doute.
naissance à la péritonite tuberculeuse ; mais souvent aussi, ils se rendent dans les gang’lions mésentériques, où ils peuvent cultiver localement, pendant des années, etdonner lieu à ces formes torpides dontparle Aufrecht ; ou bien arriver très rapidement, par la voie du canal thoracique, dans le poumon et même la circulation générale, et donner naissance aux tuberculoses de forme généralisée.
Bollinger et IIeller (de Kiel) ont également montré que le virus tuberculeux peut pénétrer à travers un tissu intact. Ivoch, lui-même, a prouvé autrefois que les ganglions lymphatiques peuvent être infectés, alors que les vaisseaux lymphatiques qui y aboutissent, sont, ou du moins paraissent, intacts.
Jacobi (de New-York) répondant à ces cliniciens, de plus en plus rares, je suppose, qui, de la même façon que Koch l’a fait à Londres, n’admettent d’infection intestinale primaire, que dans le cas où on observe, à l’autopsie, l’ulcération tuberculeuse de l’intestin, vient de présenter, tout récemment1, la question sous un aspect qui mérite d’être rapporté. Il fait observer que la péritonite tuberculeuse est extrêmement fréquente ; que, dans l’immense majorité des cas, elle est primitive et non pas secondaire, comme le prétendit Northrup au cours de la discussion; que cette péritonite provient donc, non pas de bacilles émigrés du sang, mais de bacilles ayant traversé l’intestin. Et Jacobi concluait.
1 Jacobi. Notes on cowsmilk and infanttuberculosis. New-York vieil. Jour/). 25 janvier 1902. Note lue devant l’Academie de médecine de New-York, le 19 décembre 1901.
avec raison, que la fréquence de cette forme d’invasion enlevait toute l’importance à la question de la rareté plus ou moins grande des ulcérations primitives de l’intestin, constatées à l’autopsie, comme indication de la voie première de pénétration du bacille tuberculeux dans l’organisme b
Des observations de plus en plus nombreuses, des travaux de plus en plus précis, nous montrent que les amygdales sont une des voies les plus fréquentes et les plus faciles de l’invasion de l’organisme par le bacille tuberculeux. On peut ajouter, comme voie très secondaire et très accessoire, les dents cariées 2. Weleminski (cité par IIueppe, Berliner klin. Woch 1901, n° 34, et Scuürmayer) a montré, en particulier, que le Micrococcus prodigiosus, les bacilles tuberculeux du lait, pénétraient très facilement et très fréquemment par cette voie dans l’organisme et gagnaient de là les ganglions du cou et du médiastin. Stoiir a d’ailleurs prouvé, comme
1 Je tiens à reproduire ici les conclusions pratiques apportées par Jacobi, devant l'Académie de New-York : « Aucun règlement défendant la vente de lait de vaches à mamelles tuberculeuses ou atteintes de tuberculose clinique générale, ne peut être assez ou trop sévère. Nous n'avons pas affaire, comme le Dr Biggs (a) a semblé le suggérer, à un problème économique ou agricultural, mais à une question d’hygiène et de santé publique très urgente. » Nous serions heureux d’entendre nos vétérinaires, les conseillers d'hygiéne de notre gouvernement et les médecins d’enfants, parler sur ce ton.
- Et aussi la caisse du tympan, dans les cas de suppuration de cet organe.
(a) Biggs semble avoir voulu ainsi témoigner à Koch sa reconnaissance des éloges, d’ailleurs justement mérités, dont Koch l’avait couvert, à Londres, pour la façon dont il a organisé la lutte contre la tuberculose, à New-York (Gaknault).
Tl
LU PROFESSEUR KOCH
on le sait, que, dans les amygdales normales, l’épithélium présente des lacunes1 par lesquelles le bacille tuberculeux doit pouvoir passer encore plus facilement qu’à travers l’intestin, qu’il pénètre cependant si aisément.
On a prétendu que les enfants infectaient leurs propres amygdales avec les bacilles venus de leurs poumons ; on a soutenu la même théorie erronée, pour expliquer l’origine des ulcérations intestinales. Or, c’est un fait acquis, du consentement unanime des médecins d’enfants, que les formes de tuberculose ulcéreuse du poumon, au cours de la première année, sont si rares, que l’on peut les considérer même comme n’existant pas ; et ce fait semble contribuer à confirmer la thèse de Aufrecht. Aufrecrt cite à ce propos l’observation d’un enfant de six mois, dont les amygdales renfermaient des dépôts caséeux, qui présentait la chaîne ganglionnaire du cou, et mourut de tuberculose miliaire généralisée. Il est bien évident que, dans ce cas, la tuberculose de l’amygdale était primitive et non secondaire, par rapport à celle du poumon. On pourrait multiplier à l’infini de tels exemples.
Il y a lieu évidemment de tenir un très large compte des observations et des critiques de Ribbert et surtout d’AuFRECHT ; mais nous ne devons pas dissimuler la force des objections ajoutées à celles que nous avons
1 Je fais observer, pour les lecteurs peu familiers avec l'anatomie microscopique, que ces lacunes de l'épithélium n'ont rien à l'aire avec les cryptes de l’amygdale.
déjà faites, qui s’opposent à l’admission complète de leur manière de voir. Il est certain aujourd’hui, et la façon dont s’infectent les porcs contaminés vient à l’appui de cette opinion, que les amygdales constituent une porte d’entrée des plus fréquentes pour le microbe tuberculeux; mais, même chez les enfants et particulièrement chez les adultes, les ganglions médiastinaux et bronchiaux et surtout les poumons, sont bien plus fréquemment pris que les ganglions cervicaux. Et enfin, Weiciiselbaum fait très justement observer, que dans les expériences d’infection par inhalation, les ganglions pulmonaires et bronchiaux sont beaucoup plus fréquemment et beaucoup plus fortement pris que ceux des autres organes.
J’ai tenu à exposer, en leur donnant un développement convenable, ces théories nouvelles, qui enlèveraient toute importance à la contagion par la surface pulmonaire, considérée autrefois, au contraire, comme l’unique source; et par beaucoup encore, à l’heure actuelle, comme la source, de beaucoup dominante, d’infection. Sans même admettre que la voie du tube digestif constitue la voie unique, le rôle à peu près nul que lui attribuent Koch, Biedert et quelques autres, serait, en tout cas, beaucoup trop réduit ; et, on le voit, il n’est nullement nécessaire qu’une lésion existe, sur le tube digestif, au moment où se fait l’infection, pour que celle-ci se produise. A plus forte raison, n’estil nullement nécessaire, pour que nous soyons conduit à admettre une contamination intestinale, chez un enfant ou un adulte, présentant une des formes de la
LU PROFESSEUR KOCI1
tuberculose, de trouver, à l’autopsie, des ulcérations de l’intestin.
Cette façon de considérer les choses ne diminue, en aucune façon, le rôle attribué par tout le monde aux crachats, qui constituent, en effet, le moyen de propagation le plus ordinaire de l'infection; c’est-à-dire, après leur dessèchement et leur pulvérisation, la source des bacilles flottant par milliards dans l’atmosphère. Le lait, ainsi que tous les aliments, sont constamment souillés par ces bacilles. Il n’est pas nécessaire, même, que le lait provienne d’une vache tuberculeuse, pour renfermer le bacille en grande quantité. Cette contamination s’opère par l’air. Dans l’étable, où les contaminations de ce genre sont, peut-on dire, constantes et à peu près impossibles à éviter, c’est surtout par les bacilles bovins, qui flottent en nombre innombrable, émanant des jetages et des excréments desséchés, que le lait sera fréquemment contaminé. Il arrivera à la bouche de l’enfant, chargé de milliers de bacilles tuberculeux, et cela même dans le cas où la vache aurait été saine. 11 s’agit de savoir si ce fait doit être considéré, avec Koch, comme indifférent.
Bollinger a dit, en manière de conclusion, sur ces questions, le mot juste et auquel nous devons nous tenir; qui ne représente encore, malheureusement, qu’une constatation platonique et provisoire. Il y a péril par la viande comme par le lait, quoique à un moindre degré, probablement. Mais, quel est exactement ce degré, nous n’en savons absolument rien. Il est bien évident, en tout cas, qu’il ne saurait y avoir
aucun avantage à fournir aux hommes de semblables aliments; que l’on doit protéger l’hygiène publique par une inspection rigoureuse et que l’on doit prendre toutes les mesures convenables pour faire disparaître un tel fléau. Ce sont là, en somme, les conclusions mêmes qu’émettait Koch dans ses anciens travaux.
Contrairement aux tendances de M. Nocard, qui a combattu, je ne dirai pas contre les règlements prohibitifs, mais parallèlement à la tendance administrative, qui porte à les restreindre ou à les laisser tomber silencieusement en désuétude, Bollinger, comme Chauveau et surtout Arloing, en France, a conclu encore récemment1, avec son autorité, qui, à l’heure actuelle, avec celle de Bang, est bien la première au monde en ces matières, au développement et à l’accroissement des mesures de police protectrices; et, en tous cas, à la plus grande sévérité dans l’application des mesures existantes. Il faudra bien arriver, dit-il, prophétiquement, à ce résultat, qui sera d’autant plus coûteux et plus douloureux qu’on attendra davantage. On a pu croire qu’on allait l’obtenir, au Congrès de Londres, après l’avoir préparé pendant tant d’années, et qu’on allait décider les gouvernements à prendre des mesures de protection internationales efficaces. Certainement M. Nocard, qui est le grand inspirateur et le grand conseiller du gouvernement — comme le reconnaissait le ministre de l’agriculture, le 20 mars 1902, à la Chambre — en ces matières; et qui, comme
1 Au Congrès de la tuberculose de Berlin, en 1899.
je l’écris ailleurs, « s’efforce de concréter autour de son nom, en ce pays, tout ce qui se rapporte à la tuberculose bovine », n’a certainement pas lutté dans le même sens que Bollinger, ni en obéissant à une semblable inspiration.
Koch a employé, au Congrès de Londres, pour démontrer l’innocuité de la viande et du lait, le vieil argument dont abusa autrefois Colin, l’adversaire systématique et malveillant de Chauveau et de Villemin, a l’Académie de Médecine. « Si, disait-il dédaigneusement, le lait et la viande des animaux tuberculeux étaient nuisibles, comme voudraient nous le démontrer maintenant quelques savants allemands, il y a longtemps que tousles hommes seraient morts delà tuberculose. » Il n’existe pas, dans l’histoire de l’Académie de médecine de Paris, aussi bien, je crois, que dans l’histoire des autres Académies, d’exemple, où l’un de ses membres, surtout lorsqu’il s’agit d’un fonctionnaire officiel tout puissant, comme l’était Colin, ait fait appel en vain au principe de l’autorité et à celui du nationalisme. Chauveau elles Allemands furent bafoués du môme coup, et criblés d’épigrammes par l’Académie de médecine, pour avoir soutenu que le lait tuberculeux pouvait être dangereux. Mais aussi, que venaient faire ce petit professeur d’une école vétérinaire de province, sans prestige et sans influence; et ces farceurs d’outre-Rhin, sur la scène parisienne?
Koch répète, en somme, à peu près mot pour mot, l'argumentation de Colin : « Si les bacilles de la tuberculose bovine pouvaient, dit-il, infecter des êtres humains, un
grand nombre des cas de tuberculose, causés par la consommation des aliments renfermant des bacilles de la tuberculose, ne pourraient que se produire parmi les habitants des grandes villes, notamment chez les enfants. Et le plus grand nombre des médecins croient que cela est actuellement le cas. En réalité, cependant, il n’en est pas ainsi. » Kocn s’est singulièrement trompé d’époque, de circonstances et de milieu. Il ne se trouvera plus, espérons-le au moins, parmi les médecins et les vétérinaires, d’hommes capables de dire, comme le fit Pidoux, dans cette même discussion de l’Académie de Médecine, que, « s’il y a véritablement un péril, il faut mentir et le dissimuler ».
Mesurer d’une façon complète l’étendue de ce péril, est, d’ailleurs, encore à l’heure présente, chose absolument impossible. Toutes les statistiques actuelles se rapportant à la tuberculose sont fausses et inexactes; et pèchent sûrement, non par excès mais par défaut. A plus forte raison celles qui remontent à quelques années en arrière h Ce sont là, d’ailleurs, des faits universellement admis. De plus, il faut bien se rendre compte que, lorsqu’on veut juger les désastres produits, dans un pays, par une maladie à évolution lente et insidieuse, telle que la tuberculose, et si éminemment contagieuse, il ne faut pas se borner à supputer le nombre
1 M ArriiEY ( La tuberculose à Paris, thèse 1901) a montre, après de nombreux auteurs, l’immense difficulté qu’il y a à recueillir, pour la France, même pour Paris, où les éléments statistiques sont cependant les meilleurs, des données complètes et sincères sur l’extension de la tuberculose humaine en ce pays.
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de cadavres qu’elle laisse, chaque jour ou chaque année, derrière elle. Il faut tenir compte de la puissance d’infection, de dissémination du mal, qui incombe à chaque malade, des contaminations de toutes sortes qu’il produit dans son entourage, ou même chez les gens qui lui sont le plus étrangers, et pour lesquels il est plus dangereux, que ne serait l’ennemi le plus féroce et le plus dénué de scrupules, en répandant simplement ses crachats sur son chemin. Cet individu maladif et affaibli, dont toutes les dispositions de notre sélection à rebours favorisent la reproduction — et l’on sait que les hommes, comme les bêtes tuberculeuses, ont généralement un appétit sexuel exagéré — , engendrera des êtres affaiblis qui ne naîtront pas tuberculeux, mais qu’il contaminera rapidement, en souillant l’air qu’ils respirent et les aliments qu’ils ingurgitent. Et ce sera là un grand argument contre les guérisons trop souvent et presque fatalement incomplètes, que pourront amener les sanatoriums des pauvres. Les malades, après une cure hâtive, n’en ressortiront trop souvent, que pour devenir, grâce aux forces nouvelles qu’ils auront acquises, sans que le nombre de leurs bacilles ait réellement diminué, des sources plus actives d’infection. Et il en sera de même, tant que l'on n’aura pas habitué les hommes, tuberculeux ou non, par un procédé ou par un autre, à ne plus souiller la surface de la terre et l’air ambiant, de leurs ignobles crachats.
C’est un énorme travail, aussi difficile qu’ingrat et fatalement destiné à aboutir à des résultats incertains et imprévus, que d’essayer de supputer sérieusement le
nombre des morts par tuberculose et la probabilité des infections directes par tuberculose bovine, qui deviennent, à leur tour, des sources d’infections considérées comme humaines. Ce travail est d’autant plus difficile que plusieurs critiques, opposables à toutes les méthodes d’observations, se posent d’emblée ; et que tous les chiffres recueillis, encore aujourd’hui, parles méthodes en cours, sont, je le répète, en ce qui concerne la tuberculose humaine, prise en bloc, très notablement inférieurs à la réalité; et que, pour ce qui concerne l’infection des hommes et des enfants, par la tuberculose bovine, nous sommes encore dans une grande incertitude.
Nous nous contenterons ici, pour montrer quelle est la valeur et la nature de ces critiques, d’exposer les résultats et les réflexions de Bollinger — dont le nom revient si souvent sous notre plume — , le savant allemand et probablement aussi le savant du monde, qui possède actuellement la plus grande autorité en ces matières; aussi bien en ce nui concerne la tuberculose humaine, considérée isolément, que dans ses rapports avec la tuberculose bovine. Bien que son travail1 ait été publié en 1895, les arguments et les conclusions qu’il renferme, n’ont rien perdu de leur force et peuvent être encore,
' O. Bollinger. Ueber Schwindsucht-Sterblichkeit in verschièdenen Stiidten Deutschlands nebst Bemerkungen iiber Haüfie:keit der Rindertuberculose. Münch. v>e<l. Woch., p. 1 et 31, 189;) et Milnchener rned. Abhanillungen Ie Reihe. Arbeiten aus dem pathologischen Institute, n° 21, 1895. Voit' également la thèse de Heinsen, faite à Munich, sous la direction de Bollinger, sur le même sujet.
à l’heure actuelle, exposés avec fruit. Je dois renvoyer, pour le moment, à cet ouvrage, pour la plupart des justes critiques adressées aux procédés actuels de numération et aux causes d'erreurs, difficilement évitables, contribuant toutes à abaisser au-dessous de la réalité, le chifire de la mortalité1. Nous nous réservons d’ailleurs de revenir très longuement sur ces matières, en notre second volume.
En cas d’épidémie surtout, et fréquemment même en dehors de cette contingence, la cause de la mort est
i Les travaux les plus récents, faits par les hommes spéciaux, les plus compétents sur ces questions, sont d'ailleurs d’accord, pour signaler l’impossibilité où nous sommes actuellement, de déterminer le nombre des morts, par tuberculose d'origine bovine ou humaine, chez les enfants. Voir le travail récent de Still que nous citons plus loin et celui de J. Raczynski, Ueberdie Tuberculose bei Ivindern. Haüflgkeit und Verbreitung der Tuberkulose beiKindern. Jahrb. der Kinder lieilk, t. LIV, 1901, p. 66-88.
Nous empruntons les chilfres suivants au professeur Heubner. bien que celui-ci n’attribue pas une grande importance à la voie alimentaire dans les processus d'infection (Die Verhütung der Tuberkulose in Ivindesalter. Congrès de la Tuberculose de Berlin. 1899, p. 282-292.)
Pour 100.
enfants jusqu’à 3 mois
aucun
tuberculeux 0
— pendant 2° trimestre
go
— — 2° année
— — 5°-Ce —
Landouzy (La première enfance envisagée comme milieu organique dans ses rapports avec la tuberculose. Premier congrès de la tuberculose, 1888, p. 192) croit, non seulement à la grande fréquence de la tuberculose dans la première enfance, mais même chez les nouveau-nés.
rapportée uniquement à une affection distincte de la tuberculose. On ne se préoccupe guère que de la phtisie pulmonaire ; et les nombreux cas de mort par tuberculose miliaire, la tuberculose de la plèvre, du péritoine, des méninges, des os et des articulations, le plus souvent ne sont pas signalés. Ces cas sont infiniment plus nombreux qu’on ne l’admet généralement, puisque, à l'Institut pathologique de Munich, ils ne montèrent pas à moins de 130 sur 726, c’est-à-dire à 17,9 p. 100, pour la période 1889-1893.
Les chiffres recueillis par Bollinger, pour la période 1883-1891, et pour la phtisie pulmonaire seulement, donnent, comme moyennes extrêmes, sur 10 000 habitants, une mortalité de 61,51 pour Vienne et de 24,80 pour Gôrlitz.
Dans un certain nombre de ces villes, on peut observer une diminution de la mortalité, au fur et à mesure que l’on se rapproche de notre époque, mais non dans toutes. Chez d’autres, au contraire, on constate des oscillations manifestes, ou, même, une augmentation sensible. Pour Munich, en particulier, les chiffres officiels seraient tombés de 48,4 en 1868-1870, à 30,8 en 1892-1893. Weitmeyer conteste cet abaissement. Cependant une certaine diminution paraît au moins certaine, parce qu’elle concorde avec les chiffres obtenus à l’Institut anatomo-pathologique.
Les données recueillies dans les hôpitaux d’enfants de Munich, montrent que la tuberculose des enfants a diminué, de même que Th. Weyl l’a constaté à Berlin; tandis que, ne l’oublions pas, pour toute l’Angleterre,
LE PROFESSEUR KOC1I
il résulte cle toutes les statistiques que la mortalité infantile par tuberculose a considérablement augmenté, pendant la première année l.
G. Fraenkel (de Halle), dans un article publié ces jours derniers2 et qui a eu un légitime retentissement, n’hésite pas, en se fondant sur l’expérience que l’on a déjà acquise, en Allemagne, de la déclaration obligatoire; et aussi sur les travaux excellents et les résultats de l’expérience de Bic.gs, à New York, auxquels Kocn avait fait allusion, dans son discours de Londres, à considérer la déclaration obligatoire « Anzeigepflich t », comme un facteur primordial et essentiel, dans la lutte contre la tuberculose. Il fournitles chiffres
que je reproduis ci-dessous et qui indiquent la mortalité en Prusse, par 100 000 habitants, au cours des années 1890-1899; et il est convaincu que l’énorme diminution de cette mortalité est attribuable, pour une très grande part, à la mise en exercice de l’Anzeigepflicht.
Les arguments de Fraenkel sont excellents; et il est impossible, aujourd’hui, de ne pas admettre que la déclaration obligatoire ne soit un des fadeurs essentiels
1 Nos statistiques générales n'ont, pour ainsi dire à l'heure actuelle, aucune valeur, surtout en ce qui concerne la tuberculose chez les enfants. Nous ne pouvons nous faire une idée plus ou moins exacte de la situation, que par une application critique des données fournies par les autopsies dans les instituts pathologiques. Encore les verrons-nous fournir des résultats si divergents, que nous devons émettre, à leur égard, de nombreuses réserves.
- C. Fkaenkel. Die Anzeigepflicht bei Tuberkulose. Deutsche med. Woch 1 3 mars 1902 ; traduit en français, in extenso, dans le Scalpel. (i avril 1902.
à introduire, dans la lutte que soutient l’humanité contre la tuberculose.
On peut attribuer la diminution de la tuberculose 1 à l’extension de plus en plus grande des mesures hygiéniques prophylactiques, de la propreté, de l’assainissement des villes.
On considérait ordinairement, pour l’Allemagnç, que le chiffre total annuel des morts par phtisie pulmonaire, en 1895, était de 170 000 à 180 000; et ce chiffre, que
' Les chiffres de la mortalité par tuberculose sont formidables à Paris (voir Mathey, La tuberculose à Paris, thèse 1901). Les statistiques de 1899 donnent 13.000 à 14.000 morts annuelles par tuberculose, ce qui représente 30 morts par 10.000 habitants. Il y aurait à Paris 60.000 à 80.000 personnes atteintes de la tuberculose. Le chiffre des morts est égal à celui du Havre et ne serait (a) dépassé au monde que par celui de Bombay, avec 71 ,64 pour 10.000. Et encore doit-on admettre, avec Mathey et tous les statisticiens, que ces chiffres sont extrêmement inférieurs à la réalité. Il est probable que, pour Paris, le chiffre annuel des morts atteint 20.000, s’il ne le dépasse pas, et que le chiffre des contaminés dépasse 100.000. On voit combien effroyable est la situation et combien terrible est la responsabilité de tous ceux qui, le pouvant, ne font rien pour diminuer le fléau et faire disparaître ses diverses causes.
(a) Celle affirmation de Mallicy n'esl pas exacte. Je n’ai d’ailleurs cite ce travail, renfermant beaucoup de lacunes el d’inexactitudes, que parce qu'il esl récent et se rapporte à la France.
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Cornet serait même porté à diminuer,, serait beaucoup trop faible, d’après l’avis deBoLLiNGER. « Sur 100 cas de décès tuberculeux, il y en a 18 chez l’adulte, qui ne se localisent pas dans les poumons, et 20 cas, chez l’enfant, dont la nature est difficile à établir pendant la vie. Par suite, le nombre des décès tuberculeux s’élèverait, en Allemagne, à 240-250 000 ».
Et Bollinger continue : « On peut, au sujet des relations de la tuberculose bovine et de la tuberculose humaine, penser ce que l’on voudra; mais, en tout cas, il est bien certain que la première constitue une des causes de la tuberculose humaine et, en particulier, de la tuberculose si fréquente des enfants ».
Bollinger va nous donner ensuite, quelques indications montrant quel énorme développement, insoupçonné jusqu’aux recherches récentes, a pris la tuberculose, parmi le bétail. J’aborderai, dans mon second volume, avec toutes les données statistiques successives, fournies depuis plus de cent ans — bien que les anciennes données soient sans valeur, et que les seuls chiffres déduits de l’épreuve par la tuberculine puissent nous intéresser — -, le problème de l’extension de la tuberculose bovine; et nous verrons que les chiffres de cet auteur, s’ils pèchent, ne pèchent que par insuffisance, et non par excès.
On admettait jusqu’ici, dit l'auteur allemand, que la tuberculose du bétail existait, dans une proportion de 2-3 p. 100, pouvant s’élever, pour les vieilles vaches, à 0-7 p. 100. Les récentes observations faites dans les abattoirs et au moyen de la réaction par la tuberculine,
dans l’Allemagne du Nord et le Danemark, nous ont fourni des chiffres bien différents.
A l’abattoir de Berlin, du 1er avril 1891 à 1892, sur 21000 bœufs, 15,5 p. 100 furent trouvés tuberculeux.
Nous ajouterons à cette observation de Bollingek, que l’épreuve de la tuberculine aurait sûrement permis de porter ce chiffre au double et même au triple. En effet, cette épreuve, malgré qu’elle ne soit pas infaillible, décèle la tuberculose, où l’examen nécroscopique, même délicatement pratiqué, ne permet pas toujours de la constater, chez des animaux qui, il ne faut pas l’oublier, dans l’immense majorité des cas, réobservés quelques mois plus tard, se seraient montrés en pleine évolution tuberculeuse. Et, sans admettre que les choses se passent aux abattoirs de Berlin 1 comme elles se passent à la Villette, où on ne déclare tuberculeux, pas même la moitié des animaux chez lesquels on peut facilement constater l’existence de lapommelière, on voit qu’il faudrait au moins tripler les chiffres fournis par les abattoirs, pour avoir quelque chance de se rapprocher de la vérité.
Le Sachs Veterinârhericht pro 1893 nous fournit, pour l’année 1893, une moyenne de 18,26 p. 100 d’animaux tuberculeux, 12,07 pour les taureaux, 14,41 pour les bœufs, 24,92 pour les vaches et les génisses, etc. Aux abattoirs de Leipzig, en 1888, où la moyenne était
1 Cependant, il résulte des documents que je fournirai en mon second volume, que l’inspection semble bien meilleure à Berlin, qu’elle ne l’est à Paris. Elle est également meilleure dans l’Allemagne du Nord que dans l’Allemagne du Sud, où, dans beaucoup d'abattoirs, on ne relève que les cas de tuberculose avancée (Ostertag).
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de 11,1 p. 100, elle est passée, en 1891, à 26,7, et à 85,29 en 1900, sans que cependant Ton eût changé les méthodes d’examen. A Schwerin, cette moyenne est passée de 10,70 en 1886, à 26,6 en 1893, et à 35 en 1894. À Zwickau de 26,6 en 1894 à 45,8 en 1896.
Il ne s’agit là, bien entendu, que des bœufs ; pour les vaches abattues entre 10 et 15 ans, la proportion de la tuberculose est formidable; pour les abattoirs de Berlin elle n’est pas moindre de 75 p.100. Ce renseignement nous est confirmé, pour la Belgique, par M. IIertzen, directeur de l’abattoir de Bruxelles. (De la stérilisation des viandes à Bruxelles, IVe Congrès de la tuberculose, p. 341-345.)
Les expériences par la tuberculine ont fourni à Siedamgrotsky une proportion de 76 à 79 animaux tuberculeux p. 100.
Les veaux présentent rarement la tuberculose, néanmoins la progression, chez eux, de la tuberculose, au cours de ces dernières années, est encore extrêmement sensible, ainsi que le montrent les chiffres suivants :
Berlin , , . 0,10 p. 100 1890-91. pour 0,01 p. 100 1897-98
Zwickau . . 0,17 — 189i — 0,47 — 1897
Les porcs de Schwerin ne présentèrent que 2,9 à 3,2 p. 100 d’animaux tuberculeux. A Magdeburg, où, contrairement à ce qui se passe à Schwerin, ils sont alimentés avec les sous-produits des laiteries, en 1893- 1894, tous les animaux abattus étaient tuberculeux (Falk) ; or, on sait, comme je l’ai dit en ce livre, avec quelque insistance, que les sous-produits des laiteries.
lorsqu’ils n’ont pas été stérilisés, sont, d’une façon peuton dire constante, hautement tuberculeux.
Bollinger rappelle heureusement un fait auquel, tant de fois, nous avons fait allusion, et sur lequel nous devons avoir constamment les yeux fixés, aussi bien lorsque nous agitons des considérations théoriques, que lorsque nous nous exerçons à trouver des remèdes pratiques. Le petit royaume de Danemark, par une loi due à l'initiative de Bang, datant d’avril 1893, a voté, pour une durée de cinq ans, une somme annuelle de 400 000 couronnes, afin d’aider les propriétaires de ce pays, autrefois indemne delà tuberculose bovine, mais contaminé, à un très haut degré, par le bétail venu d’Angleterre en Holstein (1840), à lutter contre les terribles ravages de la tuberculose i. Sur 8 401 animaux soumis à la tuberculine, 3362 = 40 p. 100 réagirent. Chez un seul propriétaire, en Seeland, sur 208 bêtes de race danoise rouge, 80 p. 100 de toutes les vaches, 40 p. 100 des taureaux et des veaux, étaient tuberculeux.
1 Nous verrons, dans notre second volume, quelle est l'étendue du péril et ce que l’on a fait, ou plutôt ce qu’on n’a pas fait, en France, pour lutter contre lui. Nous récapitulerons tous les résultats des épreuves publiées en ce pays. Un de mes clients russes, le comte S., me dit que, dans ses propriétés de l'Oural, la réaction de la tuberculine montra que ses vaches, de belle race, admirablement soignées, vivant en des étables excellentes, étaient malades, dans la proportion de bO p. 100. 11 se débarrassa de toutes les bêtes
atteintes, fit désinfecter ses étables, pourtant très bien tenues ; et, malgré ces précautions, constata cependant, qu’au bout de très peu de temps, 16 p . 100 du bétail restant était déjà tuberculeux. Ces données très sûres peuvent fournir une idée de l’immensité du péril tuberculeux bovin et de la rapidité de l’infection, même dans des régions considérées, encore à l’heure actuelle, comme jouissant d'une immunité au moins relative.
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En 1894-95, sur 45 000 bovidés soumis à l’épreuve de la tuberculine, 19 000, soit 45 p. 100, réagirent. En 1896-98, après l’application du traitement de Bang, 32,8 p. 100 réagissaient encore.
Le plus grand nombre des veaux qui avaient réagi, présentaient toutes les modifications de la tuberculose alimentaire, parle lait; chez 35 veaux, les ganglions rétropharyngiens et mésarraïques étaient exclusivement malades, ainsi que cela se présente, suivant la remarque judicieuse de Bollinger, dans certaines formes de la tuberculose scrofuleuse des enfants.
La tuberculine, cependant, qui, n’oublions pas ces inconvénients, même aux doses les plus faibles, peut encore déterminer de terribles poussées, dans les cas de tuberculose miliaire, et, en tout cas, de fréquents phlegmons aux points inoculés, est loin d’être, comme nous le disons ailleurs, un moyen d’investigation absolument certain1. Mais, nous pouvons dire ici, que les résultats enthousiastes de Nocard et de plusieurs autres, ont été contestés par beaucoup d’auteurs; par exemple, sur le terrain expérimental, par Arloing, et, sur le terrain pratique, par Frôhner, qui a trouvé la tuberculine en défaut, dans 15 p. 100 des cas, ce qui est énorme. D’après Bollinger, une telle incertitude « ne permettrait pas de considérer la tuberculine comme un moyen de diagnostic sûr, dans la lutte que la police vétérinaire doit entreprendre contre la tuberculose ».
Il y a encore beaucoup d’objections à faire, sur le ter-
* Nous reviendrons sur ce sujet, à propos du Congrès de Londres.
rain pratique, à la valeur de la tuberculine. Les nombreuses ruses que l’on peut déployer et que déploient déjà les propriétaires, pour rendre ce moyen de contrôle vain et illusoire, se trouvent déjà signalées dans plusieurs parties de ce livre.
Les causes de cette exagération considérable, à la fois apparente et réelle, delà tuberculose, sont triples, peut-on dire ; elles proviennent d’une augmentation réelle de la maladie, du soin plus grand que l’on prend de la constater et des moyens plus précis et plus sûrs que l’on a de faire cette constatation. Il serait prématuré d’essayer d’établir actuellement toutes les causes de l’augmentation de la tuberculose bovine. Nous indiquerons cependant, avec les auteurs les plus compétents en la matière, la diminution des pâturages, l’exagération de la production du lait, que l’on exige de malheureuses bêtes, épuisées par d’innombrables portées et des traites indéfinies, vivant le plus souvent privées d’air, de mouvement et de lumière, dans des étables infâmes; l’alimentation avec des substances impropres, telles queles sous-produits de la bièreet du vin, les résidus de la trituration des graines oléagineuses, « les drèches », et l’absence de croisement des races1.
Nous fournirons encore ici quelques autres documents, intéressants et plus récents, empruntés à la cinquième édition du grand traité classique de médecine vétérinaire de Friedberger et Frôhner 2 ; voici
1 C’est ainsi que j’ai cru pouvoir traduire ia phrase, « die iibermæssig cultivirte Inzucht », de Bollinger.
- Lehrbach, etc., 0° édition, 1900, t. 1T, p. 413.
d’abord en quels termes ces auteurs, dont l’autorité est incontestée, s’exprimaient, il y a un an, au sujet de l’hygiène du lait et de l’examen des viandes : « L'identité de la tuberculose bovine avec la tuberculose humaine est un fait établi, d’une façon certaine, par les nombreuses expériences positives de transmission, par la similititude de la structure anatomique des formations tuberculeuses et surtout par la démonstration que les mêmes bacilles produisent la maladie dans les deux cas. Ainsi que Gerlach l’a montré, le premier en Allemagne, les cas de transmission de la tuberculose du bœuf à l’homme sont loin d’être rares. Par conséquent, la tuberculose bovine, de même que la tuberculose du bœuf, en général, présente la plus haute importance pour la santé de l’homme, au point de vue de la police sanitaire ».
Voici maintenant quels chiffres généraux nous donnent ces auteurs; on verra qu’ils concordent absolument avec ce que nous avons dit plus haut, « Le pourcentage du bétail tuberculeux varie beaucoup suivant les régions. En Allemagne, il est, en ce moment (1890), en moyenne, de 25 p. 1001. Le Kaiserl. Gesundheit-
1 C’est le chiffre donné par Thorne, pour les vaches laitières de l’Angleterre, nous voyons que ce chiffre est très inférieur au chiffre de la plupart des abattoirs. Or. la proportion de la tuberculose, chez les vaches laitières, étant toujours très supérieure, la moyenne des vaches anglaises ou allemandes tuberculeuses n’est probablement pas, à l’heure actuelle, inférieure à 50 ou 60 p. 100. Pour la France, ce chiffre doit osciller de 40 à 50 p. 100. Les statistiques, pour notre pays, sont beaucoup moins complètes et moins faciles à réunir que pour l’Allemagne. Je publierai cependant, je le répète, tous les documents officiels, avec les plus grands
sammt avait donné, en 1888-1889, les chiffres 5-8. Ce chiffre était beaucoup trop bas 1 ; fréquemment, les injections probatoires de tuberculine ont fourni un chiffre supérieur à 50 p. 100 2.
(c En Prusse, le nombre des animaux tuberculeux, parmi tous les animaux abattus, était de 64 000 sur 777 000, c’est-à-dire 8 p. 100; en 1894, le pourcentage monta à 13 p. 100; en 1896, à 14 ; en 1897 à 15,8 ; et en 1898, à 16. On le voit, l’augmentation est progressive et constante. En Saxe, pour 1888, la fréquence de la tuberculose, dans les abattoirs, varia de 1-16 p. 100; en 1889, de 1/2 à 25 1 /2 p. 100 ; en 1892, 1893, 1894, de
details, concernant la France, aussi bien que les autres pays, et toutes les réflexions et critiques que ces documents comportent. dans mon second volume. Je ne saurais trop insister sur ces notions.
1 Je dois exprimer ici ma surprise de voir M. Roger, dans son Traité des « Maladies infectieuses », public en 1902, si mal documenté. fournissant des chiffres aussi faux et aussi arriérés. M. Roger, qui a pris une attitude en faveur du faible danger du lait tuberculeux, devrait se rendre compte des devoirs que lui imposent cette attitude et sa situation. Quand on a l’honneur d’ètre professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris, on doit avoir au moins le sens de s’abstenir, lorsqu’on n'a ni la volonté, ni la capacité de se documenter soi-même, sur des questions où l'on induit volontairement en erreur le lecteur. M. Roger ne cite que les plus anciennes statistiques sur la tuberculose bovine ; s’il s’était occupé sérieusement de la question, il aurait trouvé, en maint endroit, les renseignements que moi-même je fournis ici. Malheureusement, décidé, de parti pris et contre toute évidence, à soutenir les thèses arriérées et opportunistes de M. Nocard, il est obligé, pour cela, d’ignorer ou de feindre d’ignorer les documents modernes, et de fournir des documents qu’on peut appeler faux, en ce sens qu’ils ne correspondent en aucune manière avec l’état actuel de nos connaissances. Au lecteur d’apprécier la manière de travailler de M. R.oger et la mienne.
2 Friedberger et Froiiner, loc. cil., p. 389.
18 à 21,5 p. 100; en 1895-1898, de 26 à 29 p. 100. A Dresde, même, cette proportion, en 1897, fut de 30 p. 100. En Angleterre, pour 1892, la proportion fut de 20-30 p. 100. Londres fournit un pourcentage de 25-40. En Russie, les vaches laitières retenues dans les étables sont atteintes dans la proportion de 10-90 p. 100. A Kiel, le bétail danois abattu pendant les années 1895- 1897, présentait un pourcentage de 39-41 p. 100. Friedrerger et Frqhner, aux causes prédisposantes que nous avons indiquées, d’après Bollinger, ajoutent encore les portées répétées et l’usage des races sélectionnées, nobles et fines, « die Verfeinerung und Veredelung der Rassen », naturellement moins bien adaptées et moins résistantes aux causes d’infection h Chaque année, ce pourcentage augmente dans des proportions énormes, et entraîne des désastres incalculables, sur lesquels nous fournirons des données dans notre second volume, et dépassant des centaines de millions, pour l’agriculture. Quant au nombre des vies humaines qui disparaissent de ce chef, nous allons voir, en l'examinant de près, à quel gigantesque total il s’élève. Lorsque ces chiffres seront bien fixés dans l’esprit des
1 Les documents officiels du Canada, des États-Unis, de l’Argentine, nous apprennent que des animaux reproducteurs anglais, de races nobles et sélectionnées, dont les prix ont dépassé 150 et même parfois 200 000 francs, étaient contaminés par la tuberculose, qu’ils ont contribué à propager, dans des pays où elle est encore beaucoup moins répandue, à l’heure actuelle, qu'en Europe; quoiqu'il soit absolument certain que les bêtes élevées au grand air, dans les ranches, y soient sujettes et puissent même présenter quelquefois une forte proportion d’animaux malades. On nous a de même appris, au Congrès de Londres, que la prétendue immunité du bétail australien était une illusion.
hommes, qui n’agissent guère, en général, que sous la poussée de la peur, gravée dans leur mentalité en images saisissantes et représentatives, peut-être, à ce moment, comprendra-t-on quelles formidables responsabilités ont assumées Koch et ses instigateurs. Et aussi les gouvernements, qui ne veulent rien faire; et aussi les savants, verseurs d’opium et endormeurs des craintes publiques ; et aussi ceux qui soutiennent, comme M. Denis, des thèses non seulement contraires à la vérité et néfastes pour l’hygiène publique, mais encore désastreuses pour les intérêts mêmes qu’ils prétendent défendre et semblent protéger.
L’apparition toute récente de la 4e édition du Traité du« Fleischbeschciu », d’OsTERTAG, me permet, au dernier moment, d’ajouter quelques chiffres officiels, provenant des abattoirs allemands, visant ces dernières années et concernant les bœufs :
Berlin 1895-96
Breslau 1899
Danzig 1898-99
Hannover 1895-96 ....
Kiel 1895-96
Leipzig 190U
Potsdam
Rostock 1895-96
Stolp 1896-97
Zwickau 1896
Je dédie ces chiffres, qui indiquent une progression
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constante et effrayante, aux réflexions de M. Nocard1 et du Ministre de l’Agriculture. Encore faut-il savoir que ces chiffres n’expriment nullement la réalité. C’est-àdire qu’il ne s’agit ici que des bœufs menés à l’abattoir et présentant un état de santé florissant. Si l’on prenait le chiffre global des bœufs; et si surtout on faisait entrer en ligne de compte les vaches, beaucoup plus fréquemment atteintes de tuberculose que le bœuf, on voit que l’on aurait à considérer, en Allemagne comme en France, des moyennes générales extrêmement voisines de 50 p. 100, si même elles ne les dépassent pas, pour l’heure présente. Et nous avons Incertitude que, dans cinq ans, dans dix ans, si on laisse les choses se passer comme elles le font, la presque totalité du cheptel français, au moins dans un grand nombre de régions, sera infectée. Ceux qui auraient pu être tentés de trouver trop sévères des critiques que j’adresse àM. Roger, verront, je pense, qu’il n’en est rien, bien au contraire ; et qu’il est nécessaire de montrer aux hommes, les dangers d’une situation, que l’on s’efforce, de tous côtés, de leur dissimuler.
Cornet2, déplorant de ne pouvoir donner d’indications précises, pour la France, la Suède, etc., parce que, dans ces pays véritablement très arriérés, à ce
1 M. NocA.itD n'a-t il pas fourni lui-même des chiffres montrant qu’en cinq ans, 1891-95, une progression de tuberculose bovine de 16,4 à 27,1. Je le répète, j'ai volontairement laissé de côté, en ce livre, les données statistiques françaises, me contentant de fournir des chiffres typiques et représentatifs, empruntés surtout à l’Allemagne.
• CoitNF.T. Die Tuberculose, 1899, p. 1. T. XIV de la « Specielle Pathologie u. Thérapie de Notiinagel ».
point de vue, la cause des décès des malades n’est signalée que dans les grandes villes, croit que le chiffre, pour l’Allemagne, des morts par tuberculose, est de 123 904. Nous avons vu que, d’après Bollinger, il devrait être plus que doublé. Tel que le donne Cornet, il dépasse encore sensiblement le chiffre des décès produits par toutes les autres maladies infectieuses réunies; et les pertes matérielles causées par la tuberculose se chiffrent par centaines de millions chaque année1.
Pour les adultes, le nombre des cas de mort par tuberculose dépasse certainement le tiers des décès. Chez l'enfant, nous sommes encore très loin d’être fixés, car les causes d’erreurs sont innombrables. On peut dire, cependant, d’une façon générale, qu’à l’heure actuelle, pour un grand nombre de raisons, dans le détail desquelles je ne puis rentrer en ce premier volume, mais que j’étudierai à fond dans le second, toutes les statistiques sont fausses. Sur 10.000 habitants, pour l’Allemagne, le nombre des morts par tuberculose serait de 26,4 pour les garçons, de 22,94 pour les filles au cours de la première année.
Quoi qu’il en soit, voici les chiffres des derniers bulletins statistiques parus à l’heure actuelle pour Paris, remontant à 1896 (la dernière année de statistique générale publiée à l’heure actuelle), pour la mortalité totale des enfants en bas âge.
1 Nous reproduisons ailleurs un tableau qui donne, d’apres une communication faite au congrès de Londres, par Haywaiid, une représentation des pertes que la tuberculose détermine, chez l'homme, aux diverses périodes de l’existence.
0 arçons
Filles
Total
Moins de 1 an . . .
De 1 an à 4 ans . .
De 5 ans à 9 ans . .
On peut revoir avec fruit les chiffres cTHeubner, page 426.
Ces chiffres, quelle qu’en puisse être la signification, au point de vue de la tuberculose en général et de la tuberculose bovine en particulier, sont déjà, en eux-mêmes et pris en bloc, absolument effrayants; ils indiquent un gaspillage tellement prodigieux de la vie humaine, que le qualificatif de barbares peut seul convenir aux nations dans lesquelles il se produit. Il y avait moins d’hypocrisie, à précipiter autrefois, dans les flancs brûlants des Moloch antiques, les prémisses des jeunes générations, au moins dans l’espoir d’attirer les bénédictions divines, qu’à sacrifier ainsi, stupidement, comme le fait en ce moment une société responsable et criminelle, tant de vie, de force et d’espérance; à annihiler l’immense effort, que représente la mise au monde de tant d’êtres humains. Ainsi, pendant la première année de l’existence, la mortalité totale des enfants, pour Paris, est de 7.089; pour la France entière de plus de 70.000, et correspond à une période de la vie où l’enfant ne consomme ou ne doit consommer à peu près que du lait. Les observations des cliniciens montrent que, dans le plus grand nombre des cas, seule une autopsie soigneuse révèle la tuberculose des enfants, dont la mort a été attribuée, d’après la clinique et la symptomatologie extérieure, on peut dire vétérinaire,
à une autre affection. Cette affection a pu, en réalité, prendre le premier plan, dans l’étiologie de la mort, comme dans la symptomatologie; mais si elle ne s’était pas produite, l’enfant n’en serait pas moins mort, quelque temps plus tard, de cette tuberculose. En outre, l’enfant offre une proie extrêmement facile à toutes les infections secondaires, dont je n’aborde guère ici l’étude, parce qu’elle est encore trop incertaine et trop mal connue; et une affection quelconque, évoluant sur un terrain infantile tuberculeux, a déjà infiniment de chances de venir à bout de cette proie. De plus, il faut tenir compte de cette immense quantité de vrais tuberculeux, bien soignés et, par cela, résistant, pendant un temps plus ou moins long, à la mort; de scrofuleux, de rachitiques, qui continueront à vivre et à répandre abondamment leur mal autour d’eux, et dont les statistiques ne fournissent qu’une indication très incertaine. Affirmer, à l’heure actuelle, les chiffres publiés par les bulletins de statistique comme se rapportant à la tuberculose, ce serait diminuer, d’une façon vraiment coupable, l'image que nous pouvons nous faire du péril tuberculeux. C’est, ainsi que nous le verrons dans mon second volume, ce qu’on a essayé de faire pour le bétail. Mais, tels qu’on les donne, pour le bétail comme pour les hommes, ces chiffres sont déjà colossaux et effrayants. Cependant, pour fixer les idées, on peut dire que la mortalité par tuberculose oscille autour de 33 p. 100 de la mortalité infantile. G. Still trouve un peu trop élevé ce chiffre, qui a été proposé par plusieurs cliniciens anglais très compétents ; mais, si nous tenons compte
des nombreuses causes d’erreurs, coopérant presque toutes dans le sens de la diminution, nous serons portés à le considérer comme le plus probable.
Il en est ainsi, en réalité, pour ce péril, comme pour le péril bovin lui-même ; il semble que tout le monde veuille suivre l’ancien conseil de Pidoux, à l’Académie de médecine : mentir et dissimuler. La conscience réelle de l’énormité des ravages, réellement produits par la tuberculose, parmi le bétail, tend à empêcher, cela est certain, dans un grand pays comme la France, où les intérêts en jeu sont immenses et se chiffrent chaque année par des dizaines de millions, le gouvernement, de rien tenter de sérieux. Peut-être que la sensation, sinon la conscience nette et réfléchie, beaucoup moins facile à acquérir que pour le bétail, auquel le gouvernement, comme certains paysans, s’intéresse plus qu’aux enfants, des ravages faits par la tuberculose parmi les enfants — qui, pour le plus grand nombre des hommes ayant porté leur attention sur ce point, Aufrecht, Bollinger, etc., est fonction, peut-on dire, de la tuberculose du bétail — , entraînera les gouvernants, malgré l’appui sympathique qu’est venu leur apporter la déclaration de Koch, à sortir de leur criminelle inaction. En tout cas, il faudra bien, comme dit Bollinger, se décider à agir, à un moment ou à l’autre; et plus on attendra, on ne doit cesser de le répéter, plus étendu sera le péril, plus immense le nombre des vies déjà fauchées, plus coûteux le chiffre des sacrifices. Les singuliers farceurs, les tristes comédiens, qui ne cessent d’cnco.urager de leurs exhortations grotesques, les
efforts de la reproduction humaine, devraient bien s’apercevoir, qu’en protégeant et en conservant les enfants qui sont déjà faits, en France, il y en aurait bien assez et même trop, pour notre sol, au moins dans l’état économique actuel1.
Et encore, ne pourrait-on assurer l’existence à tous, et affirmer à tous, qu’à aucun moment de cette existence, ils ne manqueront pas de pain. A l’heure actuelle, un nombre immense d’enfants ne naissent que pour périr plus ou moins rapidement, plus ou moins misérablement, ou pour entretenir, pendant quelques années, une existence pire que la mort; ou enfin, ce qui est peutêtre la plus douloureuse des solutions, arriver à reproduire des êtres aussi chétifs, et aussi misérables qu’eux. Les membres de la propagande pour la repopulation,
1 Tous ceux qui ont étudié, même superficiellement, le problème, sont absolument convaincus de la vérité des lois et des conclusions de Malthus. En présence des chiffres que nous fournit l’accroissement trop rapide de la population du monde, on peut affirmer que si ce mouvement inconsidéré durait pendant un nombre relativement petit d’années, il s’ensuivrait la plus effroyable des catastrophes. Dans les sociétés plus conscientes, de l'avenir, on fera, cela est évident, ce que savent déjà faire les sociétés d’abeilles et de fourmis: on réglera la production des enfants; on fera des enfants beaux et sains et on les conservera. En Russie, pays d’une pauvreté extrême et d'une prolificité prodigieuse, il périt, en beaucoup de districts, 70 et même 80 p. 100 des enfants en bas âge et le chiffre de la population s’augmente pourtant énormément. On ne peut donc qualifier assez sévèrementces exhortations à la prolificité, venant d’hommes politiques qui ne se préoccupent guère de protéger et d’assurer l’existence de tant d’étres qui, on peut encore le dire, sont de tropsur la terre, puisqu’ils ne peuvent s’y alimenter. La mortalité parmi les enfants du premier âge nourris artificiellement est de 80 p. 1 00 ; et sur les 20 qui restent un très grand nombre sont frappés de tares irrémédiables. Que l’on médite ces chiffres qui sont absolument certains!
LIS PROFESSEUR KOCU
devraient bien envisager ce côté du problème, et surtout considérer que l’empoisonnement tuberculeux, par le lait tuberculeux, est une des causes les plus graves de dépopulation, et de dégradation de la race ; et, qu’à cet empoisonnement, l’ébullition et la stérilisation du lait ne sont que des remèdes bien insuffisants et bien inefficaces. En effet, ainsi que nous le verrons plus loin, ces liquides, devenus, par suite de ces méthodes de préparation, indigestes et peu nutritifs, contiennent encore, lorsque le lait provient de vaches tuberculeuses, la toxine spécifique, la tuberculine, qui empoisonnera fatalement les nourrissons.
A priori, et sans avoir recours aux singuliers moyens que Kocii entend employer, pour nous faire la démonstration de la vérité de sa thèse, quelques auteurs ont prétendu que la tuberculose infantile était nécessairement causée par l’ingestion de bacilles venant de l'extérieur; ou même des crachats régurgités, contenant le bacille, remontés en grande abondance, avec les mucosités, des poumons ulcérés. Cette seconde affirmation est insoutenable et inadmissible, pour l’enfant au-dessous d’un an, en raison de l’extrême rareté, à cet âge, de la tuberculose ulcéreuse du poumon. Quant à l’autre forme d’argumentation, elle est détruite par les statistiques anglaises de Thorne, et par d’autres travaux très récents, qui sont venus les confirmer.
Gottstein h poussé à étudier cette question, par les
1 Gottstein (A). Statistische Beitræge zur Verbreitung der Tuberkulose. Miinch. mecl. Woch., n° 41 , 1901. Comparer ce travail à celui cité plus haut, de C. Fhænkel.
retentissantes conclusions de Koch, est arrivé, dans ces derniers mois, à fournir, avec l’aide des statistiques allemandes, une confirmation absolue des conclusions de Thorne.
Cet auteur observe qu’encore, à l’heure actuelle, la mortalité des nourrissons dépasse les chiffres de 1876, et que celle des enfants n’est pas devenue plus faible. Au contraire, celle des individus d’âge plus élevé, baisse depuis 1886 ; et cela, grâce évidemment aux progrès de l’hygiène l. Or, ces progrès doivent nécessairement retentir sur l’enfant à tous les âges ; d’autre part, on sait que, sous l’œil bienveillant des gouvernements, la tuberculose est en train d’infecter le bétail entier de tous les pays de la terre, qu’elle a au moins doublé, peut-être triplé, comme le croient beaucoup d’hommes compétents, depuis cette époque de 1876 ; il devient donc très rationnel d’attribuer l’énorme mortalité de la première enfance aulait tuberculeux. La faible diminution de la mortalité, que l’on observe depuis 1894, doit être attribuée aux soins que l'on donne à la préparation du lait. Mais, je ferai justement observer, que l’extrême petitesse de ces chiffres, qu’on peut qualifier d’insignifiants, montre combien sont faibles, en réalité, les avantages présentés par l’ébullition ou la stérilisation du lait, très largement employées, justement, à Munich, depuis quelques années. Cela déjà nous donne une idée, que nous compléterons dans la seconde section de ce chapitre, de la valeur de ces procédés.
Le Dr Revillet a combattu les idées de Kocu, dans
un intéressant article1, où il nous expose le résultat de ses observations en Saône-et-Loire, pays très sain. La tuberculose de l’homme adulte y est relativement rare, mais la tuberculose du bétail y est très commune. L’auteur a observé de nombreux cas de méningite et de tuberculose intestinale, qu’il attribue à l’infection des enfants par le lait de vache tuberculeuse2.
L’américain Salmon a publié, postérieurement au Congrès, de très intéressants travaux 3 4, qui permettent d’apprécier, d’un premier coup d’œil, la valeur de l’argumentation de Kocn, d’après laquelle tous les consommateurs de lait tuberculeux devraient être atteints. (Voir le tableau de Salmon, à la page 449.) .
On y voit qu’à Londres, ville où le lait est, très fréquemment, administré cru, où les vaches laitières sont contaminées à un très haut degré, la proportion des tuberculoses intestinales est énorme, à tous les âges, surtout dans la première enfance ; et, comme le dit très bien Arloing, dans son excellent article du 12 février 1902 h on pourrait allonger considérablement la liste des statistiques analogues.
On sait très bien que tous les individus qui consomment des produits tuberculeux ne sont pas nécessairement infectés. Lister a très bien montré, au congrès de
1 Revillet. Réceptivité de l’enfant à la tuberculose des animaux. faits contraires aux idées de Koch. Lyon medical , 20 octobre 1901 , p. 566.
2 La même démonstration a été fournie par Zippelius, Wocli. f. Thierheilk., etc., t. XX, 1875.
!t Voir la bibliographie.
4 Presse médicale.
Londres, comment l’argument invoqué par Kocu, a ce propos, se retournait contre Kocu lui- même. Mais