‹ Le professeur Koch et le péril de la tuberculose bovineChapitre 23 sur 34 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

Stade and municipal , etc. L

Shirlev F. Murpiiy (medical officier of health to the administrative county of London). Quelles mesures administratives sont necessaires pour empêcher la vente des aliments tuberculeux.

Les Anglais sont lents à modifier leurs habitudes, surtout lorsque les mesures législatives que l’on devrait prendre attaquent quelque intérêt commercial. Pour que le public agisse, il faut qu’il se sente intéressé.

Nous n’examinerons pas si la viande tuberculeuse est ou non très dangereuse pour l’homme; nous poserons en principe qu’elle doit être exclue de la consommation. Deux commissions anglaises ont examiné la question; la seconde était présidée par M. H. Maxwell qui nous préside aujourd’hui.

D’après la première commission anglaise, à Kopen-

' Nous signalerons simplement dans cette note les titres des communications suivantes :

D1' J. T.vth.ym. Mémorandum sur la mortalité par phtisie tuberculeuse en Angleterre et pays Gallois, au cours de ces 40 dernières années.

Yon Kohosy (Budapest). Quelques observations sur l’influence de l’état social, de la nourriture et de l’âge paternel sur la fréquence de la phtisie.

Biggs (de New-York). La notification volontaire de la tuberculose avancée.

Knopf (New-York). Sur la prophylaxie individuelle et générale de la tuberculose pendant l’enfance et la nécessité de sanatoriums d’enfants.

bague 17,7 p. 100 des bœufs et vaches ; 15,3 p. 100 des cochons, furent trouvés tuberculeux.

A Berlin 15,1 bœufs et vaches et 15,5 cochons furent observés l.

1,26 p. 100 bœufs et vaches furent condamnés pour ce motif et 0,23 cochons, à Berlin. Les conditions d’inspection sont très défectueuses ; en Angleterre le propriétaire d’une bête tuberculeuse peut tuer son animal en dehors de l’abattoir et de toute inspection. Les gens répugnent naturellement à abattre leurs bêtes dans les abattoirs où se produit une inspection sévère, d’autant mieux qu’ils peuvent s’en passer. L'orateur fournit des indications très concluantes, pour Manchester, où l’on fait abattre les animaux dans des districts voisins et où l’on envoie la viande abattue au marché. L'orateur signale l'énorme développement de la tuberculose du bétail en Angleterre; la nécessité, si l’on veut éviter la contamination, d’établir une réglementation sévère.

En Prusse, la question est régie par la loi de 1892 : 1° la viande du bétail tuberculeux est déclarée impropre à l’alimentation, si elle contient des tubercules ou si l’animal tuberculeux est amaigri, bien qu’il puisse n’y avoir aucun tubercule dans la viande ; 2° la viancjc

' Nous savons et nous disons ailleurs que ces chiffres déjà anciens se sont beaucoup élevés. Voir surtout pour les comparaisons des statistiques les plus récentes, Ostertag, Hanclbuch der Fleischbeschau, 4e édition, 1902. Pour ne donner qu’un réel exemple bien typique de la lamentable et honteuse pénurie de la bibliothèque d’Alfort, disons qu'aucune édition de ce livre essentiel. à peu près parfait, ne s’y rencontre.

LE PROFESSEUR KOCII

du bétail tuberculeux peut être considérée comme bonne, si l’état de nutrition de l’animal est convenable ; et (a) si on trouve des tubercules seulement dans un seul organe ; (b) dans le cas où deux organes ou plus seraient malades, si ces organes sont placés dans la même cavité du corps et sont unis l’un à l’autre par des vaisseaux lympathiques ou par des vaisseaux sanguins n’appartenant pas à la grande circulation mais à la circulatien pulmonaire ou porte. L’auteur passe en revue les applications de la loi de 1892, en Saxe et en Bavière. Mais je dois rappeler qu’en Allemagne, Bollinger a déclaré que son application était sans grande efficacité. En France, la loi de 1888 défend la vente de viande tuberculeuse : l°si les lésions sont généralisées, c’est-à-dire ne sont pas exclusivement confinées dans les organes viscéraux et leurs ganglions lympathiques et 2° si les lésions, quoique localisées, ont envahi la plus grande portion d’un viscère et se montrent sur les parois des cavités abdominales ou thoraciques.

La deuxième commission royale dit que la carcasse entière doit être saisie : 1° s’il y a de la tuberculose miliaire dans les deux poumons ; 2° lorsque les lésions tuberculeuses se trouvent dans la plèvre et le péritoine ; 3° lorsque les lésions tuberculeuses se trouvent dans le système musculaire ou dans les ganglions lymphathiques plongés dans le tissu musculaire ou placés entre les muscles ; et 4° quand les lésions tuberculeuses existent en n’importe quelle partie d'une carcasse amaigrie. La carcasse saine, par ailleurs, ne sera

pas condamnée, mais chaque partie renfermant des lésions tuberculeuses doit être saisie : (a) quand les lésions sont confinées aux poumons et aux glandes lympathiques ; (b) quand les lésions sont confinées au foie ; (c) quand les lésions sont confinées aux ganglions lymphatique du pharynx ; et (cl) quand les lésions sont confinées à quelque combinaison précédente, mais sont relativement de faible extension.

Dans le cas de la viande du cochon, en raison de la plus grande tendance à la généralisation de la tuberculose chez cet animal, la présence de dépôts tuberculeux, à n’importe quel degré, impliquera la saisie de toute la carcasse et des organes.

Dans l'intérêt de la santé publique, toutes ces réglementations doivent être renforcées. En Angleterre, c’est le boucher seul qui est juge de savoir si la viande convient ou non à la consommation; s’il vend une viande malsaine il n’a pas le droit d’arguer de son ignorance, il est soumis à une punition. Il est douteux que le boucher soit assez instruit pour savoir décider correctement dans quel cas la viande est impropre à la consommation, et surtout qu’il soit assez probe pour agir contre ses propres intérêts.

Pour examiner ce qui se passe dans les autres pays, nous consulterons avec fruit le livre excellent d’Ostertag sur l’inspection de la viande.

L’auteur passe en revue les législations usitées en Belgique, en Allemagne, en Suède et Norvège, Danemark, Autriche-Hongrie, Italie, France.

L’Angleterre est le seul pays vivant sous un régime

LE PROFESSEUR KOCn

de prétendue liberté malsaine. L’argument de l’augmentation du prix de la viande, qui résulterait de l’établissement d’abattoirs publies et d’une inspection officielle, est sans valeur; calculé soigneusement par Ostiioff, en 1894, il ne représenterait que la somme insignifiante d’un farthing (deux centimes environ), par livre de viande.

L’auteur a évidemment raison de demander le changement du régime anglais ; mais s'il croit que le régime appliqué ou plutôt non appliqué sur le continent, préserve les hommes de la contagion de la tuberculose par la viande, au cas où il serait démontré que les affirmations de Koch ne sont pas fondées, il commet une grande erreur. C’est là un fait que je démontrerai dans mon second volume; et je me trouverai d’accord, sur ce point, avec tous les hommes compétents animés d’autre souci que celui de complaire au gouvernement.

Professeur Delépine.

Le professeur Delépine passe en revue tous les arguments contre les affirmations de Koch, il cite les nombreux cas de contagion directe observés chez les vétérinaires et chez d’autres personnes, par suite du contact avec des matières provenant d’animaux tuberculeux, les inoculations nombreuses faites avec succès, aux animaux, des bacilles renfermés dans les crachats humains. De plus, les réactions obtenues avec la tuberculine de Koch sont les mêmes chez les hommes et les animaux. 11 est donc évident que les deux tuberculoses ne diffèrent pas de nature. « En lisant hier les

ET LE PÉRIL DE LA. TUBERCULOSE BOVINE 621 journaux politiques, dit-il, j’ai été peiné de constater que le professeur Koch a lancé des affirmations qui constituent une sorte de soufflet retentissant appliqué à ceux qui ont assumé la tache et la responsabilité de répondre de la santé publique en ce pays. »

Delépine fait la proposition suivante, qui est votée à l’unanimité ; et qui, sous une forme légèrement abrégée, a été votée à l’unanimité dans la IVe réunion générale, le vendredi 26 juillet : « La « Siale section du Congrès » est d’avis que l’affirmation faite par le professeur Koch, au sujet du danger qu’il y a à consommer la viande et le lait tuberculeux, donne lieu à de sérieuses difficultés administratives, dans ce pays. Ces difficultés ne pourront disparaître que par la confirmation ou l’infirmation des conclusions du professeur Koch ; et cette section émet donc l’avis que le Congrès, dans son ensemble, envoie une députation qui se mettra en rapport avec le président du gouvernement local et le président du Board de l’agriculture, avec la mission de lui faire connaître cette manière de voir ».

Le D1' Robertson appuie cette motion et dit qu’il est nécessaire de faire quelque chose pour détruire l’action malfaisante des affirmations de Koch.

Le Dr Boobyer (Nottinghamj. La bombe (bombshell) lancée par le professeur Koch, a détruit la plus grande partie de l’intérêt se rattachant aux questions que l’on avait à discuter ce matin. Les hommes préposés à la santé publique n’ont pas le temps d’attendre les résultats de lentes expériences, dont on connaîtra le résultat on ne sait quand. L’orateur a entendu dire que les

trafiquants de viande et de lait jubilaient de l’opinion émise par le professeur Koch (he had heard that many in the méat and milk trade were jubilant over prof. Koch’s opinion). Koch n’avait aucune base suffisante à l’appui de ses affirmations. Il espère que l’on en restera à la législation du 10 mars 1899.

Droop Richmond étudie les avantages relatifs, dans la prévention de la tuberculose, du lait pasteurisé, du lait stérilisé et du lait provenant de troupeaux indemnes de tuberculose.

Il fait, en particulier, observer les faits suivants, qui sont absolument établis et que l’on ne doit jamais perdre de vue, chaque fois que l’on discute les questions se rapportant au lait. Des altérations se produisent dans le lait, aux températures suivantes: à environ 60° C., formation d’une peau à la surface ; à environ 70°, conversion de l’albumine en sa forme moins soluble et altération du goût du lait. A environ 80ù G. destruction dans le lait de la substance qui réagit avec le phénylènediamine et peroxyde d’hydrogène (? enzyme et substance conférant l’immunité dans la maladie de Barlow ou scorbut infantile). C’est-à-dire que des enfants nourris avec du lait chauffé à une température de 80°, qui n’est même pas suffisante pour tuer le microbe de la tuberculose, sont parfaitement exposés, de ce fait, à contracter la maladie de Barlow VA des températures

1 Nous disons ailleurs que déjà à partir de 85° se produit un dégagement de sulfure d'hydrogène provenant de la décomposition des matières protéiques du lait. De plus, il semble que la destruction des enzymes du lait se produise déjà à une température plus basse que celle indiquée par l’auteur, probablement à 70°.

plus élevées, à 100° et au-dessus, se produit la caramélisation du sucre et la fusion des globules de graisse ; peut-être de légers changements dans les substances protéiques ou leurs combinaisons salines, manifestées par la modification de leurs réactions à l’égard de la présure et du tournesol.

L’auteur passe ensuite en revue les divers moyens que nous avons de nous protéger contre le lait tuberculeux ; la pasteurisation, la stérilisation et l’inspection des vaches laitières.

T.-E. Hayward étudie la mortalité, par suite de la phtisie et des autres maladies tuberculeuses, considérée à divers points de vue susceptibles d’être démontrés au moyen des tables de vie.

Le Dr Hayward, dans une série de tableaux très intéressants et très bien composés, a présenté les divers aspects de la question, sous la forme que peut faire supposer le titre que nous avons ici reproduit. De telles démonstrations ne supportent pas facilement l’analyse et nous reviendrons longuement sur ce sujet, dans notre second volume, au chapitre où nous essaierons de présenter, sous une forme saisissante et représentative, les immenses ravages que faitla tuberculose, sous toutes ses formes, dans l’humanité; et en particulier la tuberculose d’origine bovine.

Nous nous contenterons de reproduire ici le tableau suivant, qui est très représentatif, tel que l’auteur l’a publié dans The Lancet; mais nous devons prévenir le lecteur que les chiffres exprimés par lui restent très au-dessous de la réalité.

Les aires des parallélogrammes représentent à l’échelle le capital-vie des divers groupes-âge., numéricalement établis, dans le tableau IX de l’auteur. Les

colonnes indiquent le capital-vie déduit de son tableau IV. Les lignes transversales, au sommet des colonnes, indiquent l’augmentation du capital-vie, après l’exclusion delà phtisie. Les lignes verticales, au sommet des colonnes, indiquent l’accroissement ultérieur du capital-vie, après l’exclusion de toutes les autres maladies tuberculeuses.

IIe SECTION

Pathology and Bacleriologg

L)r Lydia Rabinowitsch. L'infection du lait des vaches tuberculeuses, la certitude du diagnostic bactériologique et la signification pratique de la tuberculose pour la destruction de la tuberculose du bétail.

Mme le Dr Rabinowitsch, déjà bien connue par ses travaux antérieurs sur la même matière, fit au Congrès une communication excellente, qui se trouve reproduite dans le numéro de la Zeitschrift f. Hygiene, le journal de Koch, paru le 31 juillet 1901.

il est cependant étrange de voir cette élève de Koch, qui a si intimement observé les mécanismes de tout ce qui se rapporte à l’infection par le lait et qui, en toute circonstance, a fait preuve d’une critique aussi pénétrante, admettre que, dans 90 p. 100 des cas, la tuberculose, si fréquente chez les porcs, doit être rapportée à une origine bovine, pour obéir à l’influence magistrale; et ne pas même faire allusion à la possibilité de la contamination de l’homme et de l’enfant par le bacille bovin, et à son empoisonnement par ces toxines qu’il sécrète, qui restent dans ce lait qu’elle a si bien étudié, malgré son ébullition ou même sa stérilisation.

Les porcs, en effet, sont généralement alimentés par les sous-produits, non stérilisés, des laiteries. Mme Rabinowitsch rappelle, « qu’en 1899, avec Kempner, elle montra que le lait des vaches ne présentant aucun signe clinique de tuberculose, mais réagissant à la

LE PROFESSEUR KOCU

tuberculine, peut encore renfermer des bacilles. Elle a montré également que seule l’inoculation par voie péritonéale constituait un moyen suffisamment délicat et sensible pour faire la recherche des bacilles dans le lait. Ces données ont été confirmées par Adami1.

« Il faut cependant savoir qu’un grand nombre d’expériences, de recherches, peuvent rester sans résultat, même en prenant le soin d’inoculer les produits de la centrifugation du lait. De plus, bien que ce soit surtout dans les cas de tuberculose généralisée et de tuberculose de la mamelle, qu’on a le plus de chances de retrouver des bacilles dans le lait, on ne peut établir à ce sujet une loi générale. L’examen clinique de la mamelle n’a aucune valeur, pour arriver à établir le diagnostic de la tuberculose; Delépine est arrivé de son côté au même résultat.

« D’après Fiorentini, la tuberculose miliaire de la mamelle ne peut se démontrer que par la tuberculine. D’autre part, Rabinowitsch, ainsi que tous les auteurs cités, ont constaté que l’on confond souvent des kystes ou des mastites interstitielles avec la tuberculose.

« Fait plus grave encore, Kühnau a démontré {Berlin, thieràrztl. Wochensch., 1901, p. 119), que la tuberculose de la mamelle pouvait être simulée par une invasion de streptococci, déterminant ainsi une pseudotuberculose. D’autre part, dans certaines formes de

1 Report ou observation macle upon llie cattle at tlie experimental station at Outremont, l‘.Q. — Recognized to be tubereulous bythe tuberculin test. Ottawa, p. 1809. p. 1-32; et Martin, Centralblait /'. Bactériologie, 1807, t. XXV III, p. 432.

tuberculose de la mamelle, on n’arrive par aucun moyen à déceler les bacilles. Le harponnement, proposé parNocard, n’est pas un moyen sûr; etKühnau a montré qu’il était plein de dangers.

« L’épreuve par la tuberculine est donc le moyen le plus certain ; et d’après Schütz il ne reste en défaut que dans 2,9 p. 100 des cas. Mais, si on inocule à plusieurs reprises des bêtes non tuberculeuses, il arrivera qu'elles ne réagiront plus, au cas où elles deviendraient plus tard tuberculeuses. »

Adami, qui est en Amérique, non pas le champion des idées de Koch, mais qui cependant n’avait pas attribué, jusqu’ici du moins, une suffisante importance à la tuberculose bovine l, comme agent de la contamination de l’homme, reconnaît pourtant que la contagion de la tuberculose peut se faire par le lait, chez les enfants, et que l’on doit lutter contre elle.

1 Nous avons cité ailleurs une très sévère appréciation de Repp, visant surtout l'attitude qu’aurait eue le professeur Adami. au Meeting of the Canadian medical association in Toronto, en 1899 ; et l’article paru dans 1 e Philadelphia medical Journal, de la même année. Adami, dans un travail paru ces jours derniers (On the relationship between human and bovine tuberculosis, Philadelphia med. Journal , 22 février 1902), extrait du rapport annuel au département de l’agriculture), proteste contre l’interprétation donnée à sa pensée, affirme de nouveau qu’il est scientifiquement convaincu de la possibilité de la transmissibilité de la tuberculose bovine à l’homme; et a enfin le courage de flétrir en ces termes la criminelle conduite de Koch, au sujet de son conseil de rapporter les mesures de protection ; « And Lliis, it is right to protest, was little less thau criminai on liis part ». Nous sommes heureux de voir, dans le même numéro, le grand journal de médecine américain, le Ph. m.J., en son éditorial . rompant enfin avec l’hypocrisie et la lâcheté universelles, reproduire et prendre à son compte les accusations du Prof. Adami, contre le néfaste savant de Berlin.

Ravenel, dit-il, a inoculé des cobayes avec le lait, mêlé, de 5 vaches tuberculeuses, à mamelles saines ; et, dans 12 p. 100 des cas, les animaux sont devenus tuberculeux.

Adami reconnaît, comme actuellement incontesté, que les bacilles de la tuberculose traversent les membranes muqueuses des amygdales et de l’intestin, le plus fréquemment sans laisser de traces.

M. P. Ravenel. La virulence comparée du tubercule bovin provenant de sources humaines et bovines i.

Ravenel insiste sur l’immense intérêt de la question pour les médecins, et l’énorme responsabilité qu’encourent les hommes chargés de protéger l’hygiène publique.

Le travail expérimental de R. a consisté en l’isolement et l’étude de cultures pures, de sources variées, chez l’homme et le bétail; et en l’épreuve du pouvoir pathogénique de la matière tuberculeuse, provenant de l’homme et des animaux.

R. désigne les cultures employées et préparées suivant les méthodes de Smith (publiées dans son mémoire de 1898), par les signes conventionnels suivants :

Culture H bovine; culture K humaine.

— L bovine; — M humaine.

La culture II provient des ganglions du mésentère d’une vache de sept ans, qui était 'très malade.

La culture K provenait d’un nègre phtisique.

1 Voir The Lancet, août 1901, p. 349 et 443 ; longuement analysé dans Centrabl. /'. Bakl. etc., t. XXXI. n° (i, 22 lévrier 1902. Nous donnons un grand développement à l’analyse de la très importante communication de Ravenel, qui, « à elle seule, suffit à détruire la communication de lvocli ».

Chiens. — Les chiens inoculés dans les poumons, montrèrent un très grand degré de susceptibilité vis-àvis de toutes les cultures. Les deux chiens inoculés avec la culture bovine moururent en cinquante-neuf jours; les autres en soixante-six jours; leurs lésions étaient très graves. On tua les deux chiens inoculés avec la culture K; leurs lésions étaient insignifiantes et limitées au point de l’inoculation. Les glandes médiastinales étaient atteintes; le reste du corps sain.

Chevaux. Le cheval inoculé avec de la tuberculose bovine H, ne sembla en avoir reçu aucun inconvénient apparent, pendant quelques mois. Quatre mois plus tard, amaigrissement, respiration plus rapide; élévation de la température au cinquième mois. Six mois et demi après l’inoculation, l’animal fut tué, il avait perdu 40 livres. Bien qu’en assez bonnes conditions apparentes, il était affecté à un haut degré.

Le cheval injecté avec de la culture humaine K ne présenta pas d’évidence clinique de mal; il fut tué six mois et demi après l’injection; en bonne condition, il avait même gagné 9o livres. Il n’y avait pour ainsi dire de tubercules et d’infection qu’au niveau du point inoculé. L’infection était manifestement en voie de régression.

Chèvres. Les deux chèvres inoculées avec If, moururent en vingt-deux et vingt-six jours, avec les mêmes graves lésions.

Les deux chèvres inoculées avec la culture K gagnèrent en poids et furent tuées après six mois et vingt et un jours, en très bon état, et ayant gagné du poids : il

y avait infection, mais évidemment moindre que dans le cas précédent.

On prit 4 petits chiens, de huit semaines, provenant d’une même portée; deux reçurent dans le lait la culture bovine H; et deux la culture humaine K; le reste de la nourriture était stérilisé. Un seul mourut, c’était l’un des deux qui avaient reçu la culture humaine K, au bout de cinquante-sept jours. L’autre fut tué au bout de quatre-vingt-cinq jours, il n’avait que de petits nodules tuberculeux à la surface d’un poumon, sur la parotide et les glandes. Les deux autres, nourris avec la culture bovine, et pour qui n’en résulta aucun inconvénient, furent tués à quatre-vingt-cinq etquatre-vingt-sept jours. Les deux animaux étaient dans de bonnes conditions; les seules lésions qu’ils présentaient résidaient dans la parotide et les glandes mésentériques, qui ren fermaient de petites aires caséeuses, ne dépassant pas 2 millimètres en étendue.

Porcs. On prit 4 porcs de huit semaines, provenant d’une même portée; 2 furent nourris avec culture K, humaine; 2 avec culture H, bovine; le reste de leur nourriture fut stérilisé.

Les 4 porcs périrent. La survie moyenne des deux animaux alimentés avec la culture humaine fut cent dix-huit jours et demi; et cent jours et demi avec la culture bovine. Un cochon de chaque paire survécut. Tous deux présentaient, après la mort une tuberculose généralisée. On ne peut dire qu’il y eût de signes de virulence plus marqués dans l’un que dans l’autre cas.

La facilité avec laquelle les porcs furent infectés doit

mettre en garde les fermiers contre le lait tuberculeux.

Le bacille humain qui a passé par le chien a augmenté de virulence.

La culture II (E) provenait d’un nodule de la main du Dr S. -IL Gilliland, qui s’était accidentellement inoculé, en faisant l’examen d’une des chèvres qui avaient succombé à la culture primitive IL

De nombreux essais montrèrent les cultures bovines virulentes pour le cobaye.

La culture Q, bovine, fut obtenue d’une vache à un stade avancé de tuberculose.

La culture T fut obtenue de lait tuberculeux.

La culture U, d’origine humaine, provenait d’un enfant tuberculeux; les cochons d’Inde furent inoculés avec succès.

La culture W, d’un enfant de neuf mois; les cochons d’Inde furent inoculés avec succès.

Les cultures B, B, d’origine humaine, provenaientd’un enfant de dix-sept mois atteint de méningite tuberculeuse.

La vie moyenne des cochons d’Inde infectés avec des cultures tuberculeuses humaines est le double de celles des animaux infectés avec les cultures bovines. Tous les lapins infectés avec des cultures humaines gagnèrent en poids et finalement durent être tués ; tandis que, pour la tuberculose bovine, ils moururent présentant des lésions considérables, surtout sur les poumons et les reins.

On peut faire des objections à l’emploi du matériel

tuberculeux. Il est impossible de donner des doses absolument précises; car bien que nos émulsions fussent d’égale opacité et continssent en apparence la même proportion de bacilles, il est impossible de déterminer quelle proportion de ces bacilles est susceptible de multiplication.

La matière qui vient de l’homme renferme toujours d’autres bactéries. Nos connaissances sur les infections mixtes sont trop limitées et trop incertaines pour nous permettre d’apprécier le rôle des autres bacilles dans le résultat final, pour nous permettre de dire s’ils aident ou arrêtent l’action du bacille de la tuberculose. Gela est vrai encore, quoique à un moindre degré, pour le matériel bovin, les foyers tuberculeux étant plus aptes à rester clos. Mais, par contre, l’infection naturelle n’est jamais simple.

Chez tous les animaux l'injection fut faite dans le poumon; pour les chevaux, entre la huitième et la neuvième côte, etc.

Chevaux. Les deux animaux inoculés avec la matière tuberculeuse bovine moururent : l’un après cinquantequatre jours, avec perte de 156 livres; l’autre fut tué après soixante-six jours, avec perte de 60 livres; les lésions étaient limitées au poumon inoculé. Deux furent inoculés avec de la matière humaine.

Les deux furent tués. L’un était entièrement normal, le point d’inoculation n’était même pas visible ; chez l’autre, l’aire de développement était limitée à 5 centimètres cubes, avec le point injecté pour centre.

Cochons. Quatre furent inoculés avec la matière

tuberculeuse bovine; ils moururent tous, au bout cle cinquante jours trois quarts moyens, après l’infection. Ceux qui l’avaient reçue du bœuf vécurent soixantehuit jours un quart; ceux inoculés par des cultures provenant du cochon d’Inde, trente-trois jours. Les poumons étaient spécialement infectés et présentaient delà tuberculose miliaire. Six animaux furent inoculés avec la matière humaine, 5 moururent, 1 fut tué. La longueur moyenne de la vie des deux animaux inoculés avec la matière provenant directement de la tuberculose de l’homme fu t quatre- vingt-huit jours et demi; ceux qui furent inoculés avec passage par le porc vécurent en moyenne vingt-deux jours. Chez les deux premiers, les poumons étaient envahis parla tuberculose miliaire ; et l’un avait des aires de pneumonie. Les quatre animaux tués par la matière provenant de cochons infectés par l'homme ne vécurent que treize jours ; ils moururent à la suite de pneumonie diffuse et avec les poumons tuberculeux; le reste du corps étant intact.

Moutons. Deux animaux inoculés avec la matière bovine. Les deux moururent en quarante-quatre et trente-deux jours, très amaigris; maladie limitée à la poitrine et frappant légèrement la rate; l’hépatisation était plus marquée dans celui qui avait été inoculé après passage à travers le cochon d’Inde. Deux animaux furent inoculés avec la matière humaine, les deux furent tués deux cent deux jours après l'inoculation; l’un entièrement normal, l’autre avec un abcès caséeux, au point d’inoculation, étendu de 5 centimètres et renfermant des bacilles.

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Chiens. Deux, inoculés avec matière bovine, moururent malades et amaigris, au bout de cent quatrevingt-quatre jours; avec lésions graves et étendues du poumon et du rein.

Le chien inoculé avec culture provenant du cochon d’Inde subit peu d’effets, et fut tué au bout de deux cent quarante-cinq jours. Seule lésion : abcès de 12 millimètres de diamètre, au point inoculé, avec beaucoup de bacilles de la tuberculose.

Deux animaux inoculés avec matériel humain, après deux cent vingt-neuf jours : l’un fut tué. Nombreux tubercules sur les poumons, la plèvre et quelques-uns sur le péricarde; l’autre toussa au bout de six semaines et mourut le soixante-troisième jour; les poumons étaient atteints d’une tuberculose miliaire.

Chats. Deux animaux furent inoculés avec la matière bovine, devinrent malades, moururent (vingt, trente-un jours), avec les poumons farcis de tuberculose miliaire. Deux animaux furent inoculés avec la matière tuberculeuse humaine, l’un mourut au bout de deux jours et fut trouvé absolument normal ; on ne put même déterminer le point de l'inoculation.

En somme, 12 animaux furent inoculés avec la matière tuberculeuse bovine : 10 moururent, 2 survécurent : le cochon et le cheval qui reçurent la matière provenant du cochon d’Inde.

14 animaux avec la matière humaine : 8 moururent et 6 furent tués.

Pour la plupart des animaux, la matière venue direc-

tement de la vache parut la plus virulente. Les moutons et les cochons firent exception.

Pour les animaux, la survie a été bien moindre avec la tuberculose bovine qu’avec la tuberculose humaine.

Infection des veaux par les crachats tuberculeux de V homme. Un veau 5984* cinq semaines, 108 livres, fut inoculé intra-péritonéalement , avec 10 centimètres cubes de crachats, provenant d’un cas avancé de tuberculose.

Le veau inoculé présenta une élévation de température 105,8 F., en août et septembre. Le 3 novembre, il donna la réaction à la tuberculine ; tué le 9 janvier 1899; augmentation de 134 livres, en belle condition; nodules dans le péritoine, à l'endroit de l’inoculation; sur l’omentum, nombreux nodules calcaires, contenant de la matière calcaire et purulente. Poumons, foie, rate, normaux; sur la face pleurale du diaphragme, dépôt de fibrine renfermant quelques nodules bien définis.

Veau 8049, âgé d’environ quatre semaines, fut inoculé intra-péritonéalement le 16 mai, avec lOcentimètres cubes de crachats, d'un cas de tuberculose humaine. Tué le 20 août, en bonne condition, poids 340 livres; à la surface des poumons et sur la surface pleurale du diaphragme, dépôt fibrineux; dans le poumon droit, quelques nodules tuberculeux; glandes médiastjnes et bronchiales tuméfiées, l’omentum présentait quelques nodules, l’un d’un pouce de diamètre; la rate était prise. On fit une émulsion avec un ganglion, et 20 centimètres cubes furent injectés à un veau de quatre se-

mailles, pesant 108 livres ; le 2 août on trouva quelques nodules dans l’omentum; par ailleurs l’animal était en bonne condition.

Veau 8059, 4 semaines. 16 mai 1898, inoculé avec crachats; immédiatement la température s’éleva, mauvaise apparence, respiration rapide. Tué le 1er août, pesait! 191 livres. A la surface des deux poumons, léger dépôt de fibrine et quelques aires hémorragiques; à la dissection, glandes médiastines et bronchiales tuméfiées, nombreux nodules sur le péritoine, dans la rate et à sa surface, l’omentum était pris; de nombreuses grappes de perles dans le péritoine. 20 centigrammes d'une émulsion des glandes mésentériques furent injectés dans le péritoine d’un autre veau de quatre semaines, du poids de 132 livres. L’animal ne présenta aucun trouble, fut tué le 10 janvier; il était parfaitement sain.

Résumons ces cas : 4 jeunes veaux, presque de même âge, reçurent intra-péritonéalement 10 centimètres cubes de crachat humain tuberculeux, de diverses sources, contenant un grand nombre de bacilles '.Un

1 Ravenel aurait pu, comme l’a fait récemment Delépine, inoculer à chaque animal un mélange de crachats de sources diverses : car on sait que, suivant leur origine, les crachats des phtisiques peuvent être de virulence nulle ou presque nulle ; ou bien, au contraire de virulence très active.

C’est ce fait qui a été utilisé par Koch, ainsi que l’a montré Arloing, pour obtenir les résultats qu’il désirait. Koch ne s’est,, en effet, servi que d’une seule culture, évidemment très atténuée, dans toutes ses expériences. 11 a su 111 à Klebs et à Rievel {Deutsche thierarztl. Woch., n° 3, janvier 190:2). à Arloing et à d’autres auteurs, qui ont également opéré avec une culture, de la prendre virulente, pour infecter le veau. 11 est donc bien certain que Koch a tout réglé pour obtenir des résultats qu'il avait prévus et escomptés d’avance.

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