LE PROFESSEUR K O GU
the alimentary canal by milk from tuberculous cows appears to be well founded ».
D’Allemagne viennent des cas confirmatifs : Wideriiofer les déduit d’une analyse de 418 cas de tuberculose chez les enfants, parmi lesquels, dans 101 cas, l’intestin était attaqué. Parmi ceux-là, 43 ou 42,o p. 100 avaient de deux à cinq ans, période de l’existence où le lait de vache forme une grande partie de la nourriture des enfants i.
Conclusions. — Ravenel croit pouvoir conclure :
1° Que le bacille de la tuberculose d’origine bovine, a, dans les cultures, des particularités constantes et persistantes de développement et de morphologie, par lesquelles on peut essayer de le différencier de celui qu’on trouve ordinairement chez l’homme ;
2° Que les cultures de ces deux sources, diffèrent d’une façon notoire de pouvoir pathogénique, ce qui nous permet encore de les distinguer; le bacille bovin étant beaucoup plus actif que le bacille humain, pour toutes les espèces des animaux expérimentés , avec peut-être l’exception des porcs qui sont très susceptibles aux deux formes ;
3° Que le matériel tuberculeux provenant du bétail et de l’homme correspond exactement, au point de vue de pouvoir pathogénique comparé, aux cultures pures de bacilles tuberculeux des deux sources.
1 Nous avons cité les travaux considérables très récents et de grande autorité du prof. Heller, de Kiel, que Ravenel ne connaît pas et qui détruisent complètement les observations et conclusions de Koch, de Biedert et de Baginski.
d’après ce que l’on a observé chez tous les animaux éprouvés ;
4° Que c’est une supposition justifiée par l’évidence obtenue, et par absence d’évidence contraire, que le bacille de la tuberculose bovine, a également pour l'homme, un haut degré de pouvoir pathogénique, qui se manifeste spécialement au cours des premières années de la vie.
Bang. La température minima nécessaire pour la destruction du bacille tuberculeux est 85°, mais il y a toujours à redouter que l’écume n’ait pas été portée à cette température, auquel cas l’opération aurait été illusoire.
Kossel a trouvé que pour stériliser le lait en grande masse, il devait être porté à une température de90°C., ce qui n’empêche pas, dit-il, de pouvoir en faire du beurre et du fromage.
Ru at a (de Pérouse), fait observer que la méningite cérébro-spinale étant en Angleterre presque aussi fréquente que le tabes mésentérique, on est conduit à nier, dans ce premier cas, l’influence de la tuberculose bovine.
Marmoreck fait observer avec raison que cette argumentation est absolument insoutenable, parce que la méningite cérébro-spinale est toujours une affection secondaire; et, de plus, la méningite cérébro-spinale est à peu près inconnue parmi les populations vivant sur les lieux élevés, où les bestiaux sont indemnes de tuberculose.
IIIe SECTION
Velerinary ( Tuberculose chez les animaux).
Dollar attaque très vivement la thèse de Koch et lui reproche de s’ètre produite à ce congrès, c’est-à-dire en un moment tout à fait inopportun1. Il étudie d’une façon très complète les divers aspects de la question de la tuberculose du bétail ; montre la nécessité de la faire disparaître des troupeaux et de ne laisser consommer que du lait non tuberculeux.
Mc Lauchlan Young dit que depuis longtemps il est surpris de voir les autorités aussi strictes sur l’inspection des viandes et si relâchées en ce qui concerne l’inspection du lait. La protection contre le lait tuberculeux, qui fait d’innombrables victimes parmi les enfants, est, à l’heure actuelle, absolument nulle. D’autre part, toute efficacité et toute valeur pratique résultant de l’examen des vaches des laiteries sera rendu absolument nul par cette précaution que prennent les propriétaires, très au courant de ce fait, d’épuiser la faculté de réaction de leurs vaches par des inoculations antérieures 2.
1 En effet, ce Congrès devait se signaler par le vote de mesures sérieuses et efficaces et internationales contre la tuberculose bovine; et c’est justement pour cette raison même, afin de faire avorter cette campagne, que Koch a fait sa communication.
2 II faut attirer l’attention sur l'extrême gravité de cette objection, que personne ne peut songer à réfuter, et sur laquelle les endormeurs de l’inquiétude publique 11e manqueront pas de jeter un voile. Dans la pratique et la réalité, cet inconvénient qui,
Bowen Jones conteste la valeur diagnostique de la tuberculine et affirme que beaucoup de bêtes ayant réagi n’étaient pas tuberculeuses.
Bang. Depuis 1898, toutes les vaches à mamelles tuberculeuses ontété abattues en Danemark. Parmi les animaux à mamelles saines, le lait, dans 14 p. 100 des cas, transmettait la tuberculose aux animaux injectés.
Mc Fadyean et Crooksiiank condamnent sévèrement les affirmations de Koch, comme des conclusions prématurées, d’expériences incomplètes et incertaines.
Mc Weeney conteste la valeur diagnostique de la tuberculine qu’il a souvent trouvée en défaut.
King ( inspecteur vétérinaire de la cité de Londres ), dit que les pertes subies par l’agriculture et le commerce de la viande sont immenses. Il donne des chiffres montrant que, parmi les vaches abattues, 46,8 p. 100 étaient atteintes de la tuberculose. Laperte totale, pour le bétail d’Angleterre, est de 12 000 000 de francs h
Field fait observer que la tuberculose humaine a diminué de 50 p. 100, tandis que la tuberculose bovine, par contre, a triplé. L’inspection de la viande, telle qu’elle est pratiquée actuellement, est une mauvaise plaisanterie ; en effet, ainsi qu’un rapport à la Chambre des communes l’a montré, en beaucoup d’endroits, elle
même en supposant les gens de bonne foi, jette un très grand trouble dans le résultat des épreuves pour la tuberculine, les rend absolument illusoires, lorsque les proprietaires et les nourrisseurs sont arrivés à connaître le moyen (qui leur est déjà familier a tous) de l’éluder.
* En réalité ce chiffre devrait être sensiblement augmente (Gar-
est faite par des jardiniers et des plombiers. On voit, suivant les quartiers, les principes les plus différents guider les inspecteurs.
Les paroles de M. Anderson ( délégué de la corporation des bouchers 1), qui sont conformes à la thèse et aux conclusions de Koch, sont couvertes par de constantes protestations.
Reeves ( agent général pour la Nouvelle-Zélande) , nous dit qu’en Australie, où la tuberculose bovine est abondante, les bêtes tuberculeuses abattues sont payées à leur propriétaire la moitié de leur valeur.
Hunting ( directeur du Veterinary Record ), nous apprend que l’on n’examine pas mêmela moitié de la chair des bêtes abattues.
Nocard fait observer, que dans les lieux où l’on ne prend pas de précautions, la tuberculose du bétail se développe; c’est la seule maladie infectieuse qui ne soit pas protégée par des dispositions formelles de la loi. Il recommande l’emploi delà tuberculine, l'examen des viandes dans les abattoirs et la stérilisation du lait.
1 Cependant ce Monsieur n’a fait que soutenir les affirmations de Koch, dans l’intérêt de sa corporation, comme Koch le faisait lui-même dans l’intérêt des agrariens allemands ; d'où vient donc cette diversité de traitement, les huées pour l'un, les applaudissements et la Harben-Medal pour l’autre. La responsabilité de Koch serait-elle donc moindre. Elle est, en réalité, mille fois plus grande et il y a eu, il y aurait, une singulière hypocrisie à s’acharner sur ces hommes, voués au commerce, et dont le sens moral a été obnubilé par le désir constant et immédiat du gain et à dis ’ culper Koch, qui, en somme, et cela est beaucoup plus grave, a constamment obéi aux mêmes tendances dans le cours de sa vie scientifique, orientée à la manière de celle des plus âpres traitants. Que l’on se rappelle les deux campagnes de la tuberculine Garnault),
Thomassen, sur quatre veaux infectés avec ces crachats, a obtenu un résultat positif; et conclut très énergiquement à la possibilité delà transmission de la tuberculose bovine à l’homme.
Prof. D. Mc Eaciiran (délégué du Canada). Législation suggérée pour contrôler et détruire la tuberculose parmi les animaux.
Je reproduis textuellement les premières paroles de l’auteur; et les livre à la méditation de ceux qui croient que j’exagère, en affirmant que les propriétaires sont capables de recourir à toutes les manœuvres pour conserver ce privilège, considéré par eux comme un droit, de nous empoisonner par la viande et par le lait des animaux tuberculeux : « The subject for discussion, which I hâve the privilège of introducing, must be carefully considered in ail its various bearings, lest by proposing impracticable enactments we nullify our goods intentions and give rise (as has already been the case in some countries and States) to bitter opposition by the owners of infected herds. » Que serait cette opposition de propriétaires empoisonneurs, si elle n’était soutenue, par tous pays, en France plus encore qu’en beaucoup d’autres, par les gouvernants, c’est-à-dire par ceux qui auraient le devoir de marcher sur elle, brutalement et sans aucun ménagement. Faut-il le dire, ce sont les savants, en ne se mettant pas d’accord sur l’immensité du danger, qui justifient cette attitude neutre1 de l’autorité, lly a quelque chose depireencore
1 Dans presque tous les cas de la vie des gouvernements, comme de celle des hommes, neutralité est synonyme d’hypocrisie,
que l’attitude de Koch, qui porte en elle-même son châtiment, par l’évidence des motifs qui l’inspirèrent, c’est celle des savants quisingénient à diminuer, semble-t-il, l’importance du péril ou qui calmentles inquiétudes, en engageant les mères à faire boire à leurs enfants du lait tuberculeux bouilli qui est encore empoisonné par la tuberculine, dépouillé de tous ses ferments détruits parlachaleur ou qui est décomposé au point de dégager de l’hydrogène sulfuré.
Mc Eachran recommande de faire l’éducation des hommes; il rappelle qu’il y a trente ans, lorsqu’il proposa de prendre des mesures contre la tuberculose du bétail, il fut suivi par un seul médecin sur 40. Ce qui est fâcheux, dans la com munication de Mc Eachran, c’est qu’il ne jette pas de doute sur la probité et la bonne foi des adversaires actuels de telles mesures.
de lâcheté et de trahison. Peut-on concevoir chose plus méprisable, plus illogique et plus dégradante, en face des problèmes qui se posent et des solutions que la science a déjà données, que la « neutralité de l’école » telle qu’elle est comprise en France par nos libéraux. Ces deux neutralités : celle de l’école, entre les progrès et les démonstrations de la science, les mensonges grossiers de la tradition, d’une part; et celle de l’administration vis-àvis de la tuberculose, d’autre part, se valent, par les motifs qui les inspirent, comme par leurs effets désastreux. Les observations du professeur Albrecht ; en France, l’interpellation de M. Denis, montrent quelle influence néfaste la communication de Koch aura jouée dans la pratique, en dehors des innombrables morts qu’elle cause directement. Elle a, en effet, rendu impossible l’établissement de mesures législatives complètes, efficaces, et a empêché l’application de celles, pourtant si insuffisantes, qui existaient déjà. On peut voir quelle est, à l’heure actuelle, l’énorme responsabilité qu’encourrait, de façon évidente, tout savant qui, même par son silence, « sa neutralité » vis-à-vis de Koch, contribuerait à maintenir l’hypocrite et désastreux æstatu quo.
doutes si profondément justifiés par tant de démonstrations scientifiques.
L’auteur rappelle, qu’il y a quelques années, des reproducteurs de race noble, anglaise, vendus aux prix fabuleux de 125 000 à 225 000 francs, étaient souvent tuberculeux et propageaient la maladie dans son pays. Même des troupeaux placés dans les meilleures conditions de grand air et de lumière, dans le far West, sont infectés à tel point qu’il faut les détruire. Ces troupeaux avaient été infectés par contagion, car Bang a montré que la tuberculose héréditaire ne dépasse pas 0,33 p. 100.
Mc Eacuran étudie longuement ce qui a été fait et ce que l’on pourra faire, en se basant surtout sur les expériences fournies par les Etats-Unis et le Canada.
Il ne croit pas qu’aucune législation puisse aboutir au résultat désiré, à moins que les mesures prises soient sympathiques et non antipathiques au public.
Quoi qu’il en soit de cette affirmation, qui aurait dû viser, pour être complète, l’inertie coupable et complaisante, toujours intéressée des gouvernants et la re'serve si fréquemment néfaste des savants, nous reproduirons les conclusions et les vœux de l’auteur.
I. La tuberculose devrait être comprise dans la liste des maladies contagieuses. Les animaux tuberculeux devraient donc tomber sous le coup des prévisions de V Animal Contagions Diseases Ad; mais les autorités devraient avoir le pouvoir de permettre la vente et le déplacement des parties de la carcasse qui ne portent
pas la contagion, tels que cuir1, sabots, cornes, poils, prévenant ainsi les pertes non nécessaires.
II. Tous les animaux étrangers, admis pour l’alimentation et la laiterie devraient être soumis à l’épreuve de la tuberculine. On doit empêcher l’entrée des animaux tuberculeux.
III. La tuberculine devrait être contrôlée et seuls les vétérinaires qualifiés devraient pouvoir en user; et tous les animaux réagissant devraient être marqués et mis en quarantaine.
IV. Tous les animaux présentant des symptômes cliniques de tuberculose, principalement la maladie des mamelles, des poumons, de l’utérus ou des intestins, devraient être abattus immédiatement; et tous les animaux chétifs et débiles, réagissant, devraient être tués dans un délai de six mois.
V. Les épreuves autres que celles des animaux d’importation devraient être faites aux frais de l’État. Une réaction de 2° indiquerait la tuberculose; 1 1/2 laferait soupçonner. Les animaux suspects seraient mis en quarantaine et de nouveau éprouvés au bout de trois mois, à moins que des symptômes cliniques ne se développent, auquel cas ils seraient immédiatement condamnés. Le gouvernement doit avoir le droit de décider une nouvelle épreuve lorsqu’il le juge nécessaire.
VI. La désinfection des locaux serait ordonnée par des régulations spéciales, dont la direction appartiendrait aux officiers de la santé publique.
1 Nous devons faire, pour le cuir et les poils, les plus extrêmes réserves.
Nous avons exposé en entier le plan de défense proposé par le délégué canadien au congrès de Londres, comme un modèle ou plutôt un embryon de ceux qui devraient être déjà mis à exécution, en France et ailleurs. Nous l’avons fait, pour donner à nos lecteurs une idée de l’œuvre à accomplir, car nous sommes loin de nous ranger à l’avis de M. Mc Eachran sur tous les points, notamment au sujet de-la confiance qu’il paraît mettre en l’épreuve de la tuberculine. Nous l’avons déjà vu, par l’exposé même de diverses communications du congrès, cette épreuve reste en défaut dans bien des circonstances et permet d’être tournée ou rendue illusoire, en ce qu’elle a de bon, avec la plus extrême facilité. Il est nécessaire d’établir une surveillance très minutieuse et très éclairée et de frapper de très hautes pénalités, amendes énormes et prison copieuse, les empoisonneurs volontaires.
Le colonel Nunn dit que, transmissible ou non à l’homme, la tuberculose bovine doit être extirpée par des mesures législatives sévèrement appliquées.
Deavar dit que la dépense ne serait pas si considérable qu’on le croit.
W. Hunting, (directeur du Veterinary Record) a établi que la législation actuelle était une farce absolues Stated that, at présent, législation was an absolute farce » ; un homme qui a son bétail condamné sur un marché public, sait toujours où il pourra le faire vendre, grâce à un boucher complaisant. Il pense que le grand obstacle au progrès, réside dans les niaiseries que débitent les experts au public, dont ils devraient
LE PROFESSEUR KOC1I
faire l’éducation, et qui constituent un encouragement direct au Board of Agriculture, qui ne désire qu’une chose, c’est rester tranquille et ne rien faire i.
Porter estime que les lois actuelles sont incapables de permettre aucune action efficace. Gomme la tuberculose ne figure pas parmi les maladies contagieuses des animaux, les officiers préposés à la santé publique, sont désarmés.
M. Armitage dit que le véritable obstacle à la législation, c’est le manque d’unanimité parmi les vétérinaires 2.
Lloyd ( Chemist to the Dairy Farmes Association) affirme, contrairement à ce qu’a dit M. Nocard, qu’il est impossible de faire du fromage avec du lait stérilisé. Il pense que la stérilisation du lait destiné à être bu, devrait être effectuée; cela serait plus efficace que toute législation.
Dans la IVe Réunion générale, le comte Spencer a le bon sens de dire que, lors même que la tuberculose bovine ne serait pas infectieuse pour l’homme, il est certain que le lait provenant de bêtes tuberculeuses, ne doit pas être considéré comme une boisson d’un bon usage pour l’homme et surtout pour l’enfant3; et
1 On voit que les gouvernants, par tous pays, sont aussi inertes ou aussi malfaisants; c’est ce que constatent les plus hautes autorités en la matière, les B.yng, les Hunting, les Bollinger.
2 C'est là le point délicat de la question, que je recommande aux méditations de la conscience de M. Nocard. Tout homme compétent, qui glisserait la moindre réserve, à l’heure actuelle, dans la condamnation de Koch, peut se rendre compte de la responsabilité qu'il pourrait encourir.
3 On est en ellet certain, par les expériences contradictoires que
à ce point de vue,, en même temps qu’au point de vue des pertes énormes qu’elle fait subir à l’agriculture, la tuberculose du bétail doit être détruite.
Prof. J. Mc Fadyean, Les bacilles de la tuberculose dans le lait, comme source possible de la tuberculose humaine.
L’orateur pensait n’avoir pas à discuter la question de l’identité de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine.
On supposait, d’ordinaire, que Koch, lui-même, avait été le champion de cette affirmation, qu’aucune conclusion, dans les recherches faites pendant ces dix-huit dernières années, ne tendait à infirmer ; et que l’identité d’action de la tuberculine qu’elle soit d’origine humaine ou d’origine bovine, confirmait encore. C’est la mort dans l’âme que M. F... combattrales nouvelles affirmations de Koch « de cet homme dont il s’avoue indigne de dénouer les cordons des souliers ». « The latchet of whose shoes I am not worthy to loose ».
Je ne donne pas ici, qu’on le croie bien, cette référence, pour faire regretter à M. Nocard, de n’avoir pas su trouver de telles formules de servilisme, devant
nous nous avons déjà exposées, que le lait des vaches tuberculeuses renferme, indépendamment des bacilles, un poison qui n’est pas détruit par l’ébullition et qui n’est autre que la tuberculine de Koch. L’ébullition décompose le lait, qui devient un liquide indigeste et mauvais pour l’enfant. Il est curieux de constater que, de tous ces savants dont c’est le métier de connaître ces faits, pas un n’ose dire la vérité complète. Seul, un simple laïc, le comte Spencer, ignorant sûrement ces faits et ces expériences, mais guidé par son bon sens et parla logique la plus élémentaire, a eu l’intuition de la vérité, ainsi que le courage de l’exprimer.
l’idole officielle. Nous exposons en ce livre le doit et l’avoir du professeur Koch, en ce qui concerne l’admiration et la reconnaissance des hommes. On jugera par ce que l’on a lu, dans quelles mesures de telles expressions sont justifiées. Mais cette citation est bonne, pour montrer quel état d’esprit régnait au congrès de Londres, où on acceptait comme paroles d’évangile des affirmations dont personne ne pourra jamais donner une explication scientifique et dont tout le monde incriminait déjà les motifs.
Mc Fadyean soutient que le lait produit par des vaches, dont 30 p. 100 sont tuberculeuses, est extrêmement dangereux. Il conteste les affirmations d’après lesquelles la tuberculose primitive de l’intestin serait très rare, mais sa communication, peu originale, ne présente, en somme, rien que nous ne disions ailleurs.
L’affirmation suivante, si juste et d’une si grande portée, est cependant à retenir et à méditer : « Le mal est si étendu, qu’essayer d’obtenir, de n’importe quel gouvernement, des mesures de protection et de destruction de la maladie, semblables à celles que l’on a prises pour la peste bovine ou la pleuro-pneumonie, ce serait empêcher ce gouvernement de faire quoi que ce soit».
Il faut, dit avec raison l’orateur, que le public soit convaincu du danger de la contagion de l’alTection, et, à l’heure actuelle, il ne l’est pas.
« M. F... n’a guère confiance dans l’épreuve par la tuberculine qui est extrêmement coûteuse, parce qu’elle doit être répétée très fréquemment. De plus, après l’infection s’écoule une longue période au cours de
laquelle la bête 11e réagit pas ; dans un assez grand nombre de cas avancés, la bête ne réagit plus; après une injection, la bête, pendant quelques semaines, est incapable de réagir et on comprend comment les propriétaires, par ce procédé, qu’ils connaissent déjà fort bien, peuvent rendre illusoire toute inspection. L’auteur demande des inspections très fréquentes, d’ailleurs très coûteuses, et paraît compter beaucoup sur l’examen des mamelles, dont le Dr Rabinowitsch, pourtant, nous a montré la presque complète inanité. Il demande que l’on établisse l’obligation de la déclaration de la mammite tuberculeuse ». Il ne manquera pas de gens, de ceux qui ne soupçonnent pas le danger et surtout de ceux qui ont choisi comme attitude de le diminuer systématiquement ou le dissimuler, pour excuser l’inertie ou la complicité des gouvernants devant l’empoisonnement chronique ou méthodique de la race. Ecoutons un homme, un professeur qui, s’il n’est évidemment pas un très grand savant, possède au moins une haute compétence pratique dans la matière.
<c Against the demand for the amendment of the existing law to the extent of granting the public these very reasonable safeguards against infection through mille, it cannot be urged that they would be very expensive or that they would press hardly on private interests. The présent State of the law, or rather the almost entire absence of any law, dealing with tuberculous disease of the udder in cows, is a scandai and a reproach to civilisation. It scarcely sounds crédible, but it is a fact, that the owner of a cow in the most
advanced state of tuberculosis, and exhibiting the' most manifest signs of udder disease, may sell that cow’s milk for humanfood, as long as the sale lias not been specially interdicted on the certifîcate of a veterinary surgeon, and that no penalty attaches to this crime of deliberately or carelessly placing on the market a food material charged with the germs of a dangerous disease. In the interests of public health, the sale of milk from tuberculous udders and from cows that are obviously tuberculous in any part of the body, must be stopped, and it must be declared illégal to keep such animais alive. There need be no hésitation in pressing for this reform because the measures demanded are in the interests of the owners of cattle and would be advisable, even if it were established that bovine tuberculosis is not transmissible to man. There is no dispute as to the danger of visibly tuberculous animais to others of their own species, and it is the very reverse of a hardship to the owner of such animais to insist on their being slaughtered ».
Je résume. L’état de la loi, ou, pour mieux dire, l’absence actuelle de toute loi protectrice est une honte pour la Société. On se refuse à prendre les mesures nécessaires, parce qu’elles seraient trop onéreuses. Un individu peut commettre le crime de vendre, jusqu’à la mort de sa vache, un lait empoisonné, et aucune pénalité, non seulement, ne peut l’atteindre, mais même ne le vise. 11 faut qu’il soit défendu de vendre du lait d’une vache atteinte de mammite tuberculeuse; et une telle réglementation serait encore avantageuse à
l’intérêt bien compris des propriétaires, lors même que la tuberculose bovine ne serait pas transmissible à l’homme. Car aucun doute n’a été soulevé sur la contagion de la tuberculose bovine pour le bœuf.
M. F... est malheureusement de ceux qui considèrent l’ébullition du lait comme un remède provisoire. Il n’a pas le courage de nous dire que le lait bouilli est un liquide altéré, qui a dégagé de l’hydrogène sulfuré, par suite de la décomposition des matières protéiques qu’il renferme ; et, pas plus que Nocard, pas plus que tous ceux qui conseillent ce remède, presque aussi dangereux que le mal, il ne nous avertit de ce fait, qu’il n’a pas le droit d’ignorer : que le lait bouilli renferme encore la tuberculine, la fameuse lymphe de Koch. Cette substance qui n’a jamais guéri personne et qui est un poison violent, est constamment sécrétée dans le lait de toutes les femelles tuberculeuses. Les nourrissons, enfants ou animaux, qui suceront ce poison, que ne détruit pas l’ébullition, sont, de ce fait, voués à la mort ou à la déchéance. C’est là un fait aujourd’hui classique. Comment se fait-il donc que personne, au Congrès de Londres, n’y ait fait ou voulu faire la moindre allusion. Craignait-on donc de montrer sous son véritable jour le poison Kochien, dont on a pu, sans rire, discuter encore, en ce même congrès, la prétendue valeur thérapeutique.
Enfin, Mc Fadyean, retrouvant quelque semblant de ïourage, un peu tardif et un peu vain, vis-à-vis de 'homme qu’il vient de flagorner et dont il n’oseTait lénouer les souliers, ose cribler d’un juste trait l’impu-
LE PROFESSEUR KOCTÏ
dente communication de Koch, dans laquelle cet auteur nous avait dit, d’un air détaché, que ses animaux inoculés avec le bacille humain, présentaient « de-ci de-là de petits nodules dans les ganglions lymphatiques » du cou et « quelques tubercules gris » dans les poumons. En effet, dit l’orateur, bien que le bacille humain doive être considéré comme la cause principale de la tuberculose humaine, « nous ne devons pas accorder aux laitiers le droit de nous vendre des bacilles de la tuberculose, même si nous étions assurés — comme les porcs soumis aux expériences, du professeur Koch — de n’avoir rien de plus à craindre que le développement de « petits nodules par-ci par-là dans les ganglions lymphatiques de notre cou» et de «quelques tubercules gris » dans nos poumons.
Il semble difficile d’imaginer une situation plus étrange et, disons-le franchement, plus honteuse pour la science et pour l’humanité, que celle qui s’est produite au Congrès de Londres, aussi bien que celle qui en est résultée depuis. Aucune puissance logique au monde ne semble pouvoir la dénouer, et il semble vraiment que personne ne le désire.
On n’a qu’à lire, si l’on doute de mon affirmation, le tout récent article de Th. Smith1, l’initiateur detoutce mouvement autour de la prétendue dualité des bacilles humain et bovin, le véritable inspirateur de Koch. Il
1 Th. Smitii et G. Fabyan. The relation between bovine and human tuberculosis medical news 22 février 1 902. lu à l'Académie de médecine de New-York le 19 décembre 1901, dont on trouvera plus loin la traduction intégrale dans ce volume.
nous dit ce que répétera Koch, s’il se décide jamais à prendre la parole ; il ne tient aucun compte des faits expérimentaux acquis ; et bien que, pratiquement, il conclue d’une façon inverse de celle de Koch, l’immense programme d’expériences qu’il nous propose — parfaitement inutiles d’ailleurs à la solution immédiate de la question qui nous occupe — , ne peut que jeter, pendant des années, le trouble et la confusion dans les esprits. A cela, et pour nous fixer d’une façon immédiate, Koch n’a qu’une réponse à faire, celle de son inoculation, qu’il ne fera pas, parce qu’il sait mieux que personne qu’il a menti et que si cette expérienee était faite loyalement, il en mourrait.
En somme, M. Koch peut se glorifier d’avoir atteint son but; ce but était évidemment d’empêcher l’humanité de se diriger résolument vers une voie scientifique, dans sa lutte contre la tuberculose du bétail, qui constitue, en même temps, l’une des plus graves sources de la tuberculose humaine et l’une des plus terribles calamités de l’agriculture. Il est certain que, depuis quinze ou vingt ans, la tuberculose du bétail a augmenté, a triplé, disent les auteurs les plus compétents ; qu’elle augmente sensiblement chaque année ; que l’infection se propage dans les étables; et que, dans un petit nombre d’années, l’ensemble des bestiaux sera contaminé, sauf quelques petits noyaux, de plus en plus rares, et de plus en plus restreints. D’autre part, en France particulièrement, on ne fait rien, on ne veut absolument rien faire d’efficace; aucune mesure sérieuse n’est, ni proposée ni appliquée, par ceux qui ont la charge de la santé
publique, à reflet de faire disparaître un tel mal. Jedoute que cette affirmation soit contestée et si elle1 l’était, j’en démontrerais, dans mon second volume, parr des documents officiels, irréfragables, l’absolue vérité..
On devrait nous faire considérer — ce qui ne serait* que la vérité, — les pasteurisations, chauffages, stérilisations du lait, comme un terrible pis-aller qui, pourr un grand nombre de médecins de la plus haute valeur,, est presque aussi dangereux que le mal. On devraitt nous dire : qu’avec nos vaches laitières, dont la moitié est tuberculeuse ; avec notre lait, dont plus des troisquarts est contaminé, que si nous donnons aux petits enfants le seul lait rationnel, le lait cru nous les tuerons • par le microbe1, et que si nous leur donnons le lait stérilisé, dont déjà les matières albuminoïdes sont décomposées et dégagent, àpartir de S5°C, de l’hydrogène sulfuré, nous les tuerons parla toxine non détruite par lachaleur. Au lieu de nous dire tout cela, on berce et on endort les inquiétudes des hommes, en leur faisant croire que la coctiondu lait peut représenter le salut; en répétant avec une sorte d’onction hiératique : « Mères de famille ne donnez pas de lait à vos enfants sans l’avoir fait bouillir. » D’une part, le lait cuit est un lait altéré, mauvais, d’où se dégage, je le répète, dès 85° C.,du sulfure d’hydrogène provenant de la décomposition des matières albuminoïdes par la chaleur, engendrant chez les nouveau-nés le catarrhe intestinal, la maladie de Barlowou scorbut infantile, le rachitisme; et, d'au-
1 En raison de l’impossibilité pratique où nous sommes, à l’heure actuelle, d’administrer un lait cru irréprochable.
tre part, d’après les travaux de Michèle, confirmés par Michelazzi, sur lesquels on s’obstine à faire un étrange silence, auxquels personne nJa fait allusion au Congrès de Londres, les animaux tuberculeux sécrètent, à un degré variable, un lait empoisonné qui tue les nourrissons. Non seulement les recherches de la statistique anglaise à laquelle nous avons fait allusion, mais aussi les recherches allemandes, dirigées dans ce sens, tout récemment, par Gottstein 1 — et aussi probablement celles que l’on voudra faire avec conscience, partout ailleurs — , montrent que la tuberculose bovine est un facteur des plus importants de la tuberculose infantile. Il est cependant possible qu’une certaine diminution de la mortalité ait été obtenue depuis l’emploi des laits stérilisés, mais nous payons très cher cette fausse sécurité qu’elle nous donne, par l’inertie qu’elle développe chez les gouvernants vis-à-vis de la tuberculose du bétail; et nous
i Gottstein. Statistische Beitrage zur Yerbreitung der Tuberkulose. Münch. mecl. Wochenschrift, n°4i, 4901. Nous opposons les conclusions de cet auteur au travail de Biedert (Prof. Bïedert, u E. Biedert, Milchgenuss und Tuberkulosesterblichkheit, Berliner Klinische Wochenschrift, n° 47, 25 novembre 1901), l’un des trois auteurs (avecToNZiG et Ruatà) qui aient écrit dans un sens favorable à Koch. Je possède déjà un grand nombre d'arguments nécessaires pour réfuter Biedert, en mon second volume, sur le terrain où il s’est placé : de la comparaison des statistiques de tuberculose bovine et de tuberculose humaine en diverses régions de l'Allemagne ; notre compatriote, le Dr Revillet l’a déjà fait (Réceptivité de l’enfant à la tuberculose des animaux, faits contraires aux idées de Koch. Lyon médical, 20 octobre 1901, p. 560). Mais c’est à l’école de Munich, à Bollinger et à ses élèves, qu’il appartient, en raison de leurs travaux antérieurs, de réduire à néant, après Gottstein, les affirmations de Biedert, de Tonzig et de Ruata. Behring, dans son nouveau mémoire, les contredit.
LE PROFESSEUR KOCil
ignorons encore de combien de cas de rachitisme tardif l’usage des laits stérilisés devra être tenu pour responsable.
Bollinger, antérieurement, et Mac Fadyean, dans ce même congrès, ont, l’iin et l’autre, prononcé des paroles terribles de vérité.
Les gouvernements, a dit le second, se refusent à classer la tuberculose du bétail parmi les maladies contagieuses, et si on demandait à n’importe quel gouvernement de prendre contre cette tuberculose des mesures semblables à celles qu’il prend contre la péripneumonie ou la peste bovine, ce serait l’épouvanter à tel point qu’il ne ferait rien.
Mais, Bollinger l’a dit expressément, dans un des travaux que nous avons cités : toute cette expectation, tous ces mensonges et ces hypocrisies, ne serviront de rien ; il faudra bien un jour lutter ouvertement contre l’ennemi. Lorsqu’on s’y résoudra, le mal aura empiré, chez les bestiaux, dans des proportions fantastiques; des millions de cadavres d’enfants pourriront dans la terre; et cela sera sans inconvénient pour ceux qui auront conseillé l’inertie, car personne ne s’avisera de rechercher les responsabilités. Mais, argument qui touchera peutêtre plus les hommes, que celui de leur responsabilité morale ou que la mort de leurs enfants; il faudra dépenser plus d’argent, cela coûtera plus cher , pour déraciner le fléau. Et, il n’y a pas le moindre doute à ce sujet, il faudra bien, un jour, en arriver là.