PARTICULIÈREMENT VIANDE ET LAIT
Je l’ai dit, à plusieurs reprises, au cours de cet ouvrage, je ue comptais pas exposer dans ce volume le récit rassemblé des divers cas d’infection observés par les cliniciens. Je pense, ainsi que Koch, avec Th. Smitij, qui s’exprime nettement à ce sujet, dans l’article que nous rapportons, et avec tous ceux qui peuvent être
1 considérés, en raison de l’ensemble, de la profondeur et de la portée de leurs études, comme représentant la portion la plus aviséeet la plus scientifiquement critique
Ide l’opinion, que ces faits n’ont qu’une valeur relativement très secondaire par rapport aux faits expérimentaux, sans être cependant pour cela entièrement dépourvus d’intérêt ou de signification. Il serait inutile et puéril de discuter à ce sujet la valeur comparative des faits cliniques et expérimentaux.
Les faits cliniques, en général, et dans notre cas en
1 Qui se sont produits chez l’homme, soit à travers le tégument intérieur (tube digestif et amygdales), soit à travers le tégument extérieur (écorchures delà peau, ou muqueuses externes, telles que la conjonctive).
particulier, peuvent avoir, comme à propos des observations d’OLLiviER, de Gosse, de Demme, de Coppez, de Birch-Hirsciifeld, de Priester, de Hartzell, de Pfeiffer, de Tscherning, etc., etc., une valeur très grosse, et être assimilésavec raison, aupoint de vue de Iaforcedémonstrative, à de véritables expériences; ils n’en resteront pas moins, longtemps discutables, pour tous les adversaires quelque peu buttés. Ne voyons-nous pas Koch, pour soutenir sa thèse de la rareté de l’infection intestinale primaire par le lait tuberculeux, se prévaloir justement de l’autorité et des statistiques de Baginsky, qui a cependant (voir p. 909) publié un cas très typique de tuberculose primaire de l’intestin et qui a, depuis bien longtemps, affirmé sa croyance à la puissance d’infection des aliments et en particulier du lait tuberculeux. L’attitude de Koch, à propos du cas publié par Pfeiffer, celui du malheureux Moses, de Weimar (voir p. 919), estpluscurieuse encore. Lespièces ontétéexaminées au laboratoire de Koch, l’observation publiée dans son propre journal. A l’époque, encore bien peu éloignée, où Kocii croyait à la possibilité de l’infection de l’homme par le bacille bovin, la mort de Moses lui paraissait devoir être attribuée, sans conteste, aux conséquences et à la propagation de l’infection de la main, par la matière tuberculeuse provenant du bœuf. Et aujourd’hui — Kocii, à Berlin, m’a lui-même exposé ses opinions nouvelles sur ce cas — , oubliant qu’il a affirmé, avec raison, semble-t-il, que l’infection pouvait fort bien se propager sans laisser de traces de son passage, il se fonde sur l’absence ou la non-observation des
processus infectieux dans les ganglions intermédiaires, pour nier que, chez Moses, la phtisie ait eu le point de départ, que l'évidence avait fait jusqu’ici admettre, par Koch d’ailleurs, comme par tout lemonde. Ce que nous avons dit autre part, à propos des conditions comparées de l’infection chez les petits enfants et surtout chez les porcs, montre, à l’évidence, quelle faible valeur on doit attribuer à une telle objection, d’apparence spécieuse. Et, d’autre part, la facilité de l’infection générale, par voie hématogènes, démontrée expérimentalement, et sur laquelle j’ai insisté ailleurs, nous prouve bien que toute infection par voie cutanée, dans laquelle les vaisseaux sanguins auront été plus ou moins ouverts — et qu’elle soit d’origine humaine ou bovine — , peut devenir, plus ou moins rapidement le point de départ d’une infection générale, qui se localisera ordinairement de préférence dans les poumons. Bien entendu, dans ces conditions, l’infection générale pourra se produire sans qu’il y ait trace, ni de lymphangite intermédiaire, ni d’infection des ganglions ascendants i.
Le fait de Moses et ces considérations nous prouvent quelle faible valeur démonstrative interne les faits cliniques, en apparence les plus représentatifs et les mieux observés, possèdent par eux-mêmes, en présence de la négation, peu avisée ou peu sincère, de nos adversaires. La clinique n’existe-t-elle pas depuis probablement des centaines de siècles, et ne s’est-elle pourtant
* Voir la note de la page 413 et les expériences citées de Baum-
J A UTEN.
pas montrée impuissante à nous révéler la cause ou le mécanisme de la plupart des maladies, tant qu'elle ne s’est pas appuyée sur l’expérimentation; et, bien plus, le perfectionnement dans la rigueur de ses méthodes ne s’est-il pas trouvé directement et immédiatement lié aux progrès de l’expérimentation et au développement dê la méthode expérimentale.
Lorsque, comme dans le cas présent, nous avons l’heureuse chance de voir la question nettement et simultanément posée, sur le terrain clinique et sur le terrain expérimental, ne devons-nous pas essayer d’extraire, des résultats de cette expérimentation, toutes les notions directrices qui nous aideront àasseoir solidement notre jugement clinique et à tirer un parti vraiment fructueux de tous les faits que le hasard nous apportera.
C’est dans une contradiction de Kocn, et sans quitter ce terrain même de la tuberculose, que nous trouverons un exemple frappant, illustrant à plaisir le point de vue seul véritablement soutenable que je viens d’exposer. Koch, repoussant les données de la clinique, prétend, ou plutôt prétendait vouloir s’en rapporter aux seules conclusions de son expérimentation, telles qu’elles ressortaient des expériences exposées dans son rapport. Je dis prétendait, car depuis, sur ce terrain exclusif, même choisi par lui, il a été convaincu par tous les expérimentateurs, de ce qu’ils appellent avec ironie sa légèreté ou ses contradictions, de ce que moi, je n’hésite pas à appeler sa mauvaise foi. Depuis, il n’a plus soufflé mot, n’a plus ouvert la bouche. Mais sa thèse, quoique avec infiniment de restrictions et de réserves, a été
reprise, en partie du moins, et dans quelques-unes de ses conclusions théoriques, par Th. Smith qui, lui aussi, n’attache que fort peu d’importance aux faits cliniques. Gomment, pourtant, avons-nousvu opérer Koch, l’expérimentateur par excellence, dansl’affairedelatuberculine?
Parti d’une expérience unique, vaine et illusoire, dont il n'a jamais voulu nous révéler le résultat final, qui n’a jamais pu être répétée, ni par lui, ni par d’autres, Koch s’est entêté, depuis douze ans bientôt, à nous affirmer la valeur curative de ses diverses tuberculines. Il faut le dire et le crier bien haut, cette campagne longtemps poursuivie et qui a rapporté plusieurs millions à son instigateur, vaut exactement, au point de vue moral, la longue campagne de Mme Humbert ; avec cette double circonstance aggravante, que, non seulement on prenait ici aux gens leur argent, mais qu’encore on raccourcissait leur vie; et que c’est la science elle-même, faussement interprétée et vilainement prostituée, qui servait d’appas et de miroir trompeur.
Il me semble entendre d’ici la clameur étourdissante et discordante de l’innombrable gent, criarde et emplumée, qui défendit de tout temps, contre la critique sincère, le Capitole à peu près imprenable de l’hypocrisie pseudo-scientifique ; mais il ne suffit pas de hurler, il faut s’expliquer. Pourquoi Koch, lui, je le répète, l’expérimentateur par excellence, se rabat-il uniquement ici sur les données de la clinique et repousse-t-il celles de l’expérimentation, qui lui ont pourtant servi de point de départ et qui constituent son terrain familier. Depuis que j’ai rédigé mon chapitre sur la tuber-
LU PROFESSEUR KOCII
culine, les détails me sont arrivés en foule, innombrables, répugnants et écœurants, sur la curée de Berlin. Mais je n’insisterai pas, ici du moins, sur ce triste sujet. Tous les expérimentateurs sont unanimes : « la tuberculine ne crée aucune immunité; elle n'empêche en aucune façon l'infection; elle n arrête ni n'entrave dans sa marche le processus déjà établi. Il n'existe pas un fait expérimental , pas un seul, en contradiction avec cette thèse . Bien au contraire, il résulte de l'expérience que les inoculations, fortes et répétées de tuberculine, préparent ou affaiblissent le terrain pour V infection tuberculeuse, lorsqu'elle ne s'est pas encore produite; la précipitent lorsqu'elle existe déjà; transforment une aff'ection torpide en forme rapide souvent foudroyante, et généralisent rapidement les processus localisés. »
Le premier cobaye inoculé de tuberculine par Koch, chez lequel il avait pu ou cru voir, au début, l’indication d’un retard de l’évolution tuberculeuse, a joué, dans l’esprit de Kgcii, le rôle des premières visions fantastiques de Mme Humbert, appuyées en son esprit, comme dans celui de cette dame, sur des conceptions plus fortes et plus pratiques; et, de part et d’autre, ces processus ont abouti à une immense exploitation, savamment organisée, longtemps poursuivie, où, au début, mais au début seulement, des hommes de grande intelligence et de grande bonne foi, ont pu jouer le rôle de dupes inconscientes.
Eh bien ! ne sont-ce pas les illusions et les mirages de la clinique, qui ont entretenu ces longues décep-
tions ; et, si je me trompe ou si je mens, que M. Koch, le grand expérimentateur, apporte donc, pour me confondre, un fait expérimental, un seul, dûment constaté, montrant que sa tuberculine peut avoir, pour un animal, dans une expérience rigoureusement conduite, la moindre efficacité. Et l’on ne peut s’empêcher de songer, en présence de cette grande mystification, au traitement pastorien de la rage, prétendûment si efficace poiir les hommes et qui n’a jamais pu avoir la moindre efficacité sur un humble chien1.
D'autre part, le public, même médical, peut être plus fortement impressionné et saisi, par la valeur, en quelque sorte représentative, de faits cliniques d’apparence probante. L’Institut Pasteur n’a-t-il pas usé et quelque peu abusé de ce procédé. Les Pastoriens ont fait couler en bronze de grandes enseignes, figurant le berger Jupille et son chien, par des artistes habiles; et ils ont répandu à l’infini ce procédé de suggestion par l’image, dont ils n’ignorent pas la toute-puissance. Or, le cas du berger Jupille vaut exactement, faut-il le dire, ce que valent les cas cliniques dans les statistiques fournies par le traitement de saint Hubert ou par les innombrables méthodes empruntées à la médecine populaire traditionnelle et religieuse, qui se prévalent, à l’heure actuelle, dans le traitement de la rage, de statistiques exactement aussi favorables que celles de l’Institut Pasteur.
1 C'est là un fait absolument certain et classique reconnu par M. Nocard lui-même (voir à ce sujet : Friedberger et Frôhner, Lehrbuch cler speciellen Pathologie and Theropie der ttausthiere, t, II, p. 649. àu cd., 1900).
Je n’abuserai donc pas de la valeur représentative de ces images cliniques, pour attire]’ l’attention des médecins et du public, sur la question pourtant si grave de la tuberculose bovine et de ses rapports avec la tuberculose humaine ; je les ai réunies pour ce qu’elles valent, sèchement et sans commentaire. A mon avis, elles ne prennent leur valeur que par les autres considérations, déduites de la comparaison avec les données critiques et expérimentales, exposées au cours de ce volume. Je laisse au lecteur le soin de procéder lui-même à ce travail et d’en tirer, suivant son tempérament et ses tendances, les conclusions qui lui paraîtront se rapprocher le plus de la vérité.
Une autre raison qui, cependant, ne me paraissait pas extrêmement pressante, de rassembler tous ces cas, provenait de ce que jamais leur groupement n’a encore été sérieusement fait. Je pensais bien procéder à ce travail en mon second volume, et rapprocher ces données des statistiques de tout genre qu’on y trouvera rassemblées en très grand nombre, ç’eût été là leur véritable place. En effet, les tentatives récentes, faites par divers : Nocard, Repp et autres, de rassembler ces cas, sont restées très incomplètes et ne témoignent que d’un médiocre souci du respect du document bibliographique. Je ferai cependant une exception, pour le travail de Baum 4, qui est très consciencieux pour son époque, mais qui a le tort de remonter déjà à dix ans.
Qu’il me soit permis, a ce sujet, d’adresser à
Voir plus loin, p. 905.
M. Repp1, le seul auteur très récent, qui ait fait une tentative un peu sérieuse, quoique encore bien incomplète, de colligation de ces cas, un reproche confraternel, qu’il encourt d’ailleurs en même temps qu’un grand nombre d’auteurs américains. Que les Américains prennent plaisir à citer les travaux produits en leur pays, où sont relatés des faits de clinique ou d'expérience, qui, eux-mêmes, s’y trouvent cités de longue main ; si cela leur est agréable, cela ne nous gêne point. Ils auront ainsi pu fortifier la notion, très réelle d’ailleurs, et très légitimement défendable, que l’on travaille avec une grande ardeur scientifique, en toutes les branches de la connaissance, dans l’Amérique du Nord. Surtout ils auront pu être utiles à leurs compatriotes, en leur signalant les seules sources qui, souvent, puissent leur être accessibles. Mais, au point de vue scientifique pur, qu’ils se pénètrent bien de cette idée, que ces citations, lorsqu’elles sont isolées, sont de nulle valeur; il faut citer les originaux et jamais on ne les citera assez complètement et assez soigneusement. Pourquoi aussi, M. Repp ne donne-t-il pas les dates. Il nécessite, de ceux qui viennent après lui, un effort que je ferai assurément, mais qui est inutile et vain. Par exemple, pour Rich et Hills, Repp cite d’intéressantes observations, qui ont paru dans des publications américaines très difficilement accessibles, qu'il cite d’ailleurs en résumé trop bref et d’une façon parfois peu intelligible pour un européen. J,amais il ne pense qu’il
* Repp. Transmission oI‘ tuberculosis through the méat and miik supply. Philadelphia med. Journal, t. VI, 1900, p. 253-259.
LU PROFESSEUR KOCH
soit utile de fournir des dates. Je compléterai, dans un article supplémentaire, en mon second volume, les quelques lacunes, assez rares et assez peu importantes, de bibliographie, qui cependant me choquent, et que l’on trouvera en ce chapitre. Mais pourquoi des auteurs allemands, tels que Jacob et Pannwitz, Loffler, ne nous fournissent-ils pas des indications bibliographiques; ne complètent-ils pas au moins celles qui se trouvent dans Cornet, dont le livre, qui remonte déjà à plus de trois ans, peut être considéré comme formant le noyau de la bibliographie sur la tuberculose i.
J’ai déjà parlé de l’incroyable et douloureuse pénurie des renseignements concernant la médecine vétérinaire, à Paris et à Alfort. Aucune de ces publications américaines auxquelles fait allusion Repp, ne se trouve à Paris. La Bibliothèque nationale n’a rien à ce sujet. Alfort, peut-on dire, n’existe pas ; et la pauvreté du Ministère de l’Agriculture est telle, que je n’y ai pu trouver le recueil, cependant extrêmement important pour l’agriculture, qui renferme le mémoire de Salmon2. Cependant, il aurait suffi au Ministère de l’Agriculture de s’informer aux Etats-Unis, de l’existence des diverses publications des Etats, pour les obtenir très facilement1.
1 Depuis 1900., la bibliographie de la littérature se rapportant à la tuberculose, est donnée de façon assez complète et régulière, par W ürzburg, dans une bonne publication allemande sur la tuberculose : Zeitschrift fur Tuberculose Huncleilsldttenwesen. Le tome I a été publié en 1900.
5 U. S. Dep. of. agric. Bureau of animal indust. Bulletin n° 31,
:i 11 existe une excellente institution, récente, au ministère de l’agriculture. C’est un service de renseignement pour le public.
Il a suffi que l’attention soit portée, en ces derniers temps, sur la contagion de la tuberculose bovine, pour multiplier les observations d’infection par la peau ; il n'est pas douteux que bientôt on pourra les réunir en très grand nombre et peut-être ce travail contribuerat-il à attirer l’attention sur l’ensemble de ce sujet. De plus, de nombreux auteurs ont déjà demandé que quelqu’un prît la peine de rassembler ces faits.
Enfin, la raison principale qui m’a porté à réunir ces cas dans ce premier volume, c’est le désir de mettre le lecteur à même de supputer la valeur probatoire de l’inoculation que, tardivement aussi, je me suis décidé à subir ; et de mesurer les vraisemblances, les possibilités et la gravité du péril que paraît devoir contracter, dans de telles circonstances, un individu inoculé de cette façon. M. Koch me disait, à Berlin, qu’un élément très important de jugement c’était l’appréciation des cas d'infection chez les boucliers, si vraiment il s’en produisait, ce dont il doutait fort. Je me place dans des conditions comparables à celles dans lesquelles ont pu se trouver les bouchers et les vétérinaires, que nous croyons contaminés par le contact de produits tuberculeux bovins; et chez lesquels l’infection est restée purement locale, ou bien s’est généralisée, à divers degrés et même, semble-t-il, au point de donner la mort. Kocu doit être satisfait.
Peut-être cela sera-t-il parfait clans l’avenir ; mais, pour le moment. si le local est su (lisant, il m’a paru que deux éléments assez importants manquaient encore : un public d’abord, car je n’y ai jamais rencontré un chat; des documents ensuite, comme on peut le constater parles lacunes que je signale.
Le même desideratum a été formulé, presque dans les mêmes termes, par M. Theobald Smith, dans la communication que nous rapportons. Cet auteur considère comme condition du progrès de nos connaissances en la matière, la possibilité d’étudier les modifications dans l’organisme humain, d’un bacille dont l’origine bovine serait certaine et incontestable. Il ne désigne pas, dans ce but, et avec raison selon moi, ces cas de tubrculose humaine, d’origine intestinale, dans lesquels l’affection, évoluant sur les séreuses, revêt la forme végétante, cas dont la signification n’est pas encore absolument sûre. Il recommande, comme Koch, d’observer les cas d’infection par voie cutanée, qui pourront se produire chez les bouchers, et dont l’origine bovine ne saurait laisser prise au doute. M. Smith, comme M. Koch, doit donc, s’il est sincère et logique, se réjouir de mon inoculation.
Nous avons trop longuement parlé, en ce livre, de la contagion par le lait tuberculeux et de la tuberculose primaire de l’intestin, pour qu’il soit nécessaire de revenir sur ce sujet, autrement que par l’apport de faits objectifs, personnels, précis et celui de quelques renseignements complémentaires i.
1 Rappelons seulement, que, pour la viande, les adversaires de la nocuité de la tuberculose bovine bénéficient surtout, dans leur argumentation, des difficultés qui s’opposent à toute démonstration complète. S’il est très probable que la viande fortement infectée est très dangereuse, qu’on a raison d’en empêcher la consommation ou de ne la permettre qu’après une stérilisation préalable, il paraît certain que la viande tuberculosée, à un degré faible ou même moyen, surtout lorsqu'elle ne constitue pas une nourriture exclusive et surtout en raison des qualités de résistance des indi-
Il est assez probable* qu’en fouillant les vieux auteurs allemands, on trouverait un certain nombre d’indications semblables à celles que nous fournissent quelques auteurs français isolés, des trois premiers quarts du siècle dernier. Nous avons déjà rapporté les opinions, un peu vagues sur le sujet, de Huzard père; voici maintenant quelles furent celles de Segalas, qui, sans avoir cependant cité de fait précis, paraît bien avoir été le premier auteur ayant nettement indiqué la probabilité du péril tuberculeux par le lait. Il n’a pu, d’ailleurs, ni pratiquement, ni scientifiquement, attirer l’attention des savants ou du public sur ce sujet.
En effet, Segalas, dès 1826, s’est nettement demandé si le lait ne pouvait pas servir à la propagation de la phtisie humaine. Il pense, chose assez curieuse, puisque nous voyons en ses paroles une certaine prévision du traitement de la tuberculose par la viande crue (. Zomothérapie de Richet etHÉRicouRT), que l’alimentation animale doit être peu favorable au développement de la tuberculose ; tandis que l’alimentation végétale doit lui être au contraire favorable, étant donné que les vaches sont si fréquemment atteintes de cette maladie. ce II craint que le lait de ces animaux ne devienne un moyen de transmettre la tuberculose à l’homme 1 ».
En 1846, l’auteur allemand Klencke 2, dit que le lait
vidus sortis de l’enfance, vis-à-vis de la cause d’infection, est beaucoup moins dangereuse que le lait.
1 Archives générales de médecine, t. XII, p. 133, 1820.
2 Klencke, Ueber die Ansteckung und Yerbreitung der Scro-
de vache est une des causes les plus fréquentes de la dyscrasie scrofuleuse. Je ne connais ce travail que par une analyse (Schmidt Jahrbücher, t. LV, 1847, p. 114), qui semble très bonne ; mais, d’après laquelle il ne paraît pas que Klencke ait cité de cas précis d'infection.
Enfin, en 1868, le vétérinaire Felizet1, sans citer de cas précis, signale la très grande probabilité de la transmission de la tuberculose par le lait de la vache tuberculeuse, à l’enfant ; en même temps que la certitude ou l’on est, d’après l’expérience acquise, de donner à un veau sain, né d’une mère saine, la phtisie, en le faisant alimenter par une bête phtisique.
Puis alors vient toute la série des travaux de Gerlach 2, de Bollinger 3, de Orth 4, de Zürn, de Klebs, de
phelkrankheit bei Menschen durch clen Genuss der Kuhmilch. 99 pages, Leipzig, Kollmann. 1846.
* Felizet. Recueil de méd. vêt.. Y0 série, t. Y. p. 45, 1868.
2 Voir, à ce sujet, l'ensemble des travaux de Gerlach, que l’on trouvera analysés en notre second volume : et, en particulier son dernier grand ouvrage : Dus Fleischkost des Menschen von sanitûren and marklpolUzeilichen Stcindtpunkte. Bibliothèque Nationale, Te21 75. Je ne donne pas non plus ici de référence spéciale pour Klebs, dont les travaux seront également analysés dans le second volume.
3 Nous avons cité et analysé ailleurs tous les ouvrages de cet auteur sur la question.
Johne (Zeitsch. f. Thierheilk 1901) cite, en signalant simplement une indication personnelle tout à fait semblable, le cas suivant de Bollinger, dont il ne donne pas, d’ailleurs, l'indication bibliographique précise. Un enfant de cinq ans, issu de parents sains depuis plusieurs générations, mourut après avoir consommé le lait d’une vache tuberculeuse.
1 Ortii. Experimentelle Untersuchungen liber Fütterungstuberculose. Virchow' s Archiv, t. LXXVI. p. 242, 1879.
Toussaint1, dans lequels ces auteurs signalent le péril de la viande et du lait tuberculeux.
Zürn -, admet déjà, en 1872, que la sixième, ou même la cinquième partie du bétail des environs d’Iéna est tuberculeux ; et que 20 p. 100 des cadavres humains examinés à l’Institut anatomo-pathologique de cette ville, sont tuberculeux.
Zippelius, en 1876, signala un cas précis d’infection par le lait tuberculeux3. Il montra également, à la suite d’observations poursuivies pendant cinq années, que la mortalité des enfants au-dessous de deux ans, était plus grande dans les localités où on constate le plus grand nombre de bêtes tuberculeuses. Une démonstration semblable aurait été fournie par Bayard, dont je retrouve le nom cité par les auteurs à ce sujet, mais dont je ne suis pas actuellement en mesure de rapporter l’indication bibliographique.
Cette notion très importante de la concordance de la tuberculose bovine et humaine, dans les diverses localités, a été contestée dernièrement par Biedert, mais elle est affirmée par de nombreux vétérinaires. Behring,
1 Toussaint, C. R. de V Académie des sciences, 1881, p. 281 ; et Arch. vét., 1881, croit que la contagion est plus facile par l’intestin que par la peau, et il croit dangereux de nourrir les malades avec de la chair ou du suc musculaire peu cuits.
2 Zürn .Zoopatliologische und Zoophysiologische Untersuchungen ,
3 Zippklius. Ueber die Ursachen der Tuberculose. Woch f. Thierheilk a. Viezacht, t, XX. p. 205, 1876. (Cité par Johne, Zeitscli f. Thiermed, t. V, p. 457, 1001). Consulter également, du même auteur. Bujatrische Briefe, 1875 ; Die Tuberculose. Woehensch. f. Thierheilk. a. Viezacht , t. XIX, 1875; et Amtlichen Bericht iibev die... Zireile versammlung des Deulschen Velennarraths , 1875.
qui l'avait contestée dans sa communication à Stockholm, l’affirme clans son récent mémoire, dont on trouve l’analyse en ce volume.
M. Nocard1 rapporte, dans cet ordre d’idées, les faits suivants, qui lui ont été communiqués par un de ses anciens élèves, Bigoteau, vétérinaire à Anneau. 1 « Trente et un de ses clients ont leur étable infectée ; depuis plusieurs années; dix-neuf d’entre eux ont vu la tuberculose frapper successivement un ou plusieurs (jusqu’à quatre) membres de la famille. Si l’on songe que, dans les villages beaucerons, on a l'habitude de passer les soirées d’hiver dans l’étable, pour économiser le combustible, on se demande si ce n’est pas dans l’étable que les gens ont pris le germe de leur mal. » 1
De même, Goring2, qui a étudié la diffusion de la • tuberculose bovine en Bavière, rapporte (p. 142), d’après le vétérinaire Régnault, que deux enfants, qui avaient exclusivement consommé, pendant une année, le lait d’une vache tuberculeuse, tombèrent malades et revinrent à la santé, lorsqu’ils cessèrent de consommer ce lait.
Cet auteur cite, par contre, plusieurs cas dans les- j quels, grandes personnes et enfants purent consommer de la viande et du lait provenant d’animaux tuberculeux, sans en être incommodés3.
1 Noc.vnD. les Tuberculoses animales, p. 121. 1895.
2 Goring, Die Verbreitung der Tuberculose des Rindes in ] Bayern, in Jahr 1878. Deutsche Zeilsch. f. Thienned., t. VI, J p. 136-166, 1880.
:t .le crois bon d’ajouter ici. comme nouvelle démonstration ! par voie indirecte, de l’unité des deux tuberculoses et de la faci- 1
A diverses époques, la question de l’infection par le lait tuberculeux a été traitée, d’une façon plus ou moins complète, dans des articles d’ensemble. Nous n’indiquerons, bien entendu, que les travaux les plus modernes et les plus intéressants : Baum1, Stühlen2, Lôffler3.
On cite assez souvent le travail suivant de Schneidemühl4; mais, ce mémoire — que l’on trouve à Alfort — , assez complet pour l'époque, ne présente pas, je dois le dire, pour la question qui nous occupe ici, un
lité de la contamination des deux espèces, humaine et bovine, l’une par l’autre, le document suivant. Schyvabe (Betrachtungen über die Beziebungen der Tuberculose des Menschen zù der des Rindes, an der Hand eines besonderen Falles. Zeiis. f. Tuberk. u. Heilstâtt, t. II, Heft, o. p. 384-395, 1902) pense que, contrairement à ce qu’a dit Bollingeh, au Congrès de la tuberculose de Berlin, la transmission de la tuberculose de l’homme au bœuf, est une chose très fréquente ; et il rapporte plusieurs cas, dans lesquels l’infection d’un troupeau sain paraît bien, en effet, avoir été produite par la contamination provenant de l’homme.
1 Baum (H.). Welche Gefahren erwachsen fur den Menschen aus dem Genusse der Milch kranker Thiere ? Wie kann diesen Gefahren auf gesetzlichen oder privatem Wege vorgebeugt werden. Arch. f. wiss. u. prakt. Thierheil, 1892, t. XVIII, n° 3, p. 153-230.
Je recommande particulièrement la lecture de ce travail, excellent pour l’époque, que l’on trouve à Alfort.
2Stühlen. Ueber die Verbreitung von Krankheiten durch Milch und deren Produkte, sowie über die Maasregeln gegen die Verbreitung, etc., avec bibliographie, Thiermecl. Vortrdçje, von Schneidemühl, t. III, Hft, 7, 1895, 32 pages. Ce travail se trouve à Alfort.
Loeffler. Hygiene der Molkereiproducte. Vortrag, gehalten aut der Versammlung des Deutschen Vereins fur ôifentliche Gesundheitspflege in Rostock. Deutsche, med. Woch., 19 et 26 décembre 1901, p. 885-888 et 909-913.
* Schneidemühl. Die Tuberkulose der Menschen und der Thiere T hiermeclicinische Vortrdçje von Schneidemühl, t. 111, lift 8-10, 1895, 117 pages. Je n’ai pris connaissance de cette publication, ainsi que de celle de Baum, qu’à une époque assez tardive.
très grand intérêt, non plus que son Lehrbuch der vergleichenden Pathologie und Thérapie der Menschen und der Hausslhiere , publié en 1898.
Voici encore quelques renseignements, d’ordre général, que nous avons pu relever et qui nous paraissent susceptibles d’intéresser le lecteur.
Le Dr Ernst 1 fit, à l’instigation de la Massachusetts Society for promoting Agriculture, une enquête, qu’il adressa à 168 médecins et à 11 vétérinaires, pour savoir s’ils connaissaient des cas de tuberculose, pouvant être rapportés à une origine bovine.
Le vétérinaire Peabody rapporta le cas suivant. Le 15 juin 1878, il observa une vache atteinte de tuberculose avancée, qu’il conseilla à son propriétaire d’abattre. On ne suivit pas son conseil, et la famille continua à boire du lait de l’animal. La vache mourut, et l’autopsie confirma une tuberculose avancée des divers organes et en particulier des mamelles. Quatre mois plus tard, mourait le plus jeune enfant. Deux ans après, un enfant de trois ans ; et cinq ans après, un enfant de neuf ans.
Tous les trois étaient tuberculeux. Les parents et les grands-parents jouissaient d’une excellente santé.
Tiiorne rapporte que 22 médecins de l’Ohio, sur 339, qui avaient été consultés, répondirent qu’ils avaient eu l’occasion de constater la transmission de la tuberculose à l’homme par des vaches malades; et 33 répon-
1 Rap. Mas. Soc. P rom. Agric., p. 4. Cite par Repp et. avec plus de détails, par Lüliler ; par le premier sans date, et par le second sans aucune indication bibliographique.
dirent qu’ils avaient des raisons de soupçonner qu’elle avait pu être transmise, par la viande ou le lait, à des adultes ou à de grands enfants.
Ce texte est cité par Repp, sans indication bibliographique. Je n’ai pas pu le retrouver dans « The administrative control of tuberculosis », in Harben Lectures, 1899, dans le chapitre où Thorne traite des dangers du lait tuberculeux. Je cite donc uniquement sur la foi de Repp.
La seconde commission anglaise de la tuberculose, en 1895, se prononça avec une extrême netteté sur la question de la présence, dans les cas avancés, du bacille tuberculeux, dans le sang des animaux; sur le danger que fait courir la consommation de leur viande et le danger qu’il y a, pour les bouchers, de se couper, avec des couteaux enduits de ces matières. « In addition to distribution of the bacillus through the blood in generalised tuberculosis, it lias been shown, that there is a considérable danger of the flesch of other advanced cases being infected by contact with the diseased organs and by smearing with tuberculosis material from the knives of butchers 1 ».
Le Dr Robinson 2 (de Constantinople) a signalé le fait, que les gens de la tribu nomade des Avchares, vivant pourtant dans les meilleures conditions, au point de vue du climat, au milieu des montagnes du Taurus, sont souvent atteints de tuberculose, dont ils doivent
1 Report of' the royal commission ( second ) Gréai Britain, on tuberculosis, p. 14, 1896.
ïcr Congrès de la tuberculose, 1888. p. 168-171.
probablement les germes, d’après l’opinion de l’auteur, au lait et à la viande, qu’ils consomment très souvent crus.
IIolden 1 a signalé une grande mortalité par tuberculose chez certains indiens de l’Amérique du Nord, qui consomment la viande de leurs troupeaux sans la faire cuire. J’ajouterai à ces observations que le péril par la viande tuberculeuse est probablement très réel et très sérieux, dans les cas où cette substance est consommée en très grande quantité ; et que surtout la condition essentielle de ce péril réside dans les conditions de réceptivité, encore pour nous très obscures.
Schôngen2. Un enfant, sur le conseil de son médecin, avait bu longtemps du lait de vache ; il se prit à maigrir et l’on redoutait sa fin. Un vétérinaire suggéra que la vache pouvait être tuberculeuse et en effet l’autopsie confirma cette supposition. L’enfant cessa de boire de ce lait et revint à la santé.
Hergard 3 signale également l’infection des enfants par le lait tuberculeux.
Epstein4 rapporte plusieurs cas de tuberculose primitive de l’intestin, causés par l’alimention tuberculeuse.
1 Cité, sans aucune indication bibliographique, par Repp.
2 Schôngen, Magasin f. cl. ges. Thierheilk., t. XL, p. 90, 1874.
:! Hergard. Lehrbuch clër Kinder krankh., 1875, p. 303. Le livre n'étant pas à Paris, je ne puis dire s’il est question d'un ou de plusieurs cas. Je le cite, sur la foi de Predohl ( Geschichte der T uberkulose) .
A Epstein. Ucber Tuberkulose im Saliglingsalter : ein Beitrag zur Infectionslehre der Tuberkulose. Viertelj ahr . f. die prah t . Ileilk. Jahrg. XXXVI. t. CXLI1, p. 103, 1879; et Prager Yierteljahrschrif/, p. 115, 1878.
Baginsky 1 présente à la Société de médecine de Berlin un cas de tuberculose intestinale, avec perforations manifestes, chez un enfant de un an et trois mois. Les poumons étaient complètement sains. Sans affirmer absolument que cette interprétation soit exacte, Baginsky est tout à fait convaincu qu’il s’agit d’une infection intestinale produite par le lait de vaches tuberculeuses, et que cette infection est très fréquente. Il est assez piquant de constater que Koch cite cependant les opinions et les observations de Baginsky, à l’appui de sa nouvelle thèse (voir p. 48).
Uffelmann 2 a publié l’observation suivante : Un enfant, né de parents jouissant d’une excellente santé, nourri d’abord au sein, se développait très bien. On le mit ensuite au lait de vache, qu’on lui administrait non cuit et qui provenait toujours du même animal. A l’âge de sept mois, se produisit du catarrhe bronchique ; et l’on observa des nodules sous-cutanés du visage, qui s’ulcérèrent. La diminution de poids devint très marquée et l’on constata bientôt la présence de nombreux nodules et des ulcérations, sur toute la surface du corps
La mort se produisit à onze mois, accompagnée de fièvres hectiques et de diarrhée profuse. L’autopsie ne fut pas faite. L’enfant avait reçu le lait pendant cinq mois. Ce lait était devenu très clair et très aqueux. La
1 Baginsky. Berliner klinische Wochenschrift , 1880, p. 290.
2 Uffelmann. Was ist im Laufc der letzten zwei bis drei Jahre auf déni Gebiete der Kindernahrungsfrage geleisiet worden. Arch. f. Kinder heil/c., 1880, t. I, p. 433.
LE PROFESSEUR KOCLl
vache avait maigri et toussé, il est très probable qu’elie était tuberculeuse.
Le Dr Stang 1 (d’Amorbach), fut appelé pour donner des soins à un enfant âgé de cinq ans, bien constitué en apparence, né de parents sains, dont les familles, du côté du père et de la mère, étaient exemptes de toute maladie héréditaire; l’enfant succomba, quelques semaines plus tard, aux suites d’une tuberculose miliaire des poumons, avec hypertrophie énorme des ganglions mésentériques. En pratiquant l’autopsie, on apprit que, peu de temps auparavant, les parents avaient fait abattre une vache, que le vétérinaire de l’abattoir avait reconnue atteinte de phtisie (pommelière). Cette vache était bonne laitière et, pendant longtemps, l’enfant avait bu de son lait.
Johne 2 publia en 1883 le cas suivant: En 1880 un propriétaire lui envoya les viscères thoraciques et abdominaux d’une vache très tuberculeuse, en lui faisant observer que, peu de semaines avant sa mort, c’était encore la plus belle pièce de son troupeau. Elle maigrit ensuite avec une extrême rapidité. En raison de son aspect prospère, on l’avait choisie pour fournir le lait à un jeune enfant. Johne fit prévenir le médecin de cette famille et s’informa de l’état de santé de l’enfant.
* Stang. /F0 Congrès intern. vét. de Bruxelles , 1883.
N’ayant pas trouve à Paris, ni cette publication, ni le Aerzlliche Jntelligenzblat, 1876, qui est indiqué par les auteurs, je ne puis dire s’il s’agit du même travail. J'ai cité celui-ci de seconde main, d’après Nocard, Les tuberculoses animales.
2 Johne. Geschichte der Tuberkulose. Dent. Zeitsch. f. Thiermed ., t. IX, 1883, p. 57, en note.
Il mourut peu après, à l’âge de deux ans et demi, de tuberculose miliaire. Les parents etles autres enfants étaient tout à fait sains.
Demme1, à l’hôpital des enfants de Berne, a poursuivi, pendant de nombreuses années, une étude sérieuse de la question.
Il fît l’autopsie d’un enfant issu de famille saine, qui mourut d’une tuberculose étendue de l’intestin et du mésentère, bien que les méninges et les poumons fussent entièrement sains. Il croit pouvoir exclure toute cause d’infection autre que l’usage du lait d’une vache morte, huit semaines après le décès de l’enfant, de pommelière.
Il observa également la tuberculose intestinale, chez quatre enfants, jouissant antérieurement d’une bonne santé, après l’usage de lait cru provenant d’une vache tuberculeuse.
Dans le cours d’une seule année, Demme put observer, dans sept cas, la tuberculose isolée de l’intestin et des ganglions mésentériques.
Il fit la même observation chez un enfant de quatre
1 Demme. Ein Fall primarer Darmtuberculose. XVII Jcihresbericht der Jenner'schen Kinderspitals in Bern, in Jahre 1879 ; p. 27, 1880.
Id. Vier Falle von Darmtuberculose bei Kindern nach dem Genusse der Milch einer perlsüchtigen Kuh. XX Jbr. etc., p. 48,
Id. Ibid. XXIV Jbr. etc., p, 20.
In. Klinische Mittheilungen aus dem Gebiete der Kinderheilkunde. XXVII, Jbr. etc.. 1889, p. 11.
J’ai surtout suivi, dans cette analyse, Coiinet, Die Tuberculose, 1899, p. 101 ; le journal où Demme a fait sa publication, ne se trouvant pas à Paris.
mois, dépourvu de tout antécédent héréditaire, qui avait été nourri avec du lait cru, provenant d’une vache reconnue tuberculeuse à l’abatage.
Legroux1 pense que les enfants qui meurent dans les familles, tout en ayant présenté d’abord les apparences d’une bonne santé, les parents étant sains, sont fréquemment contaminés par le lait de vaches et que leur mort doit être rapportée à cette cause. Il cite un cas de ce genre, qui lui parait typique, où une enfant, issue de parents sains, périt, après avoir absorbé du lait de vache, très vraisemblablement contaminé. Les parents s’enquièrent, dit avec raison Legroux, de la santé de la nourrice qui alimente leurs enfants ; ils ne s’inquiètent jamais de la santé de la vache qui leur fournit le lait.
Meyerhoff2, a également observé la contagion tuberculeuse par le lait. « Un homme fut atteint de phtisie, après avoir consommé du lait d’une vache tuberculeuse et mourut plus tard, par suite de cette contagion », dit-il, tout simplement, sans plus de détails.
Hermsdorf3 rapporte le cas d’une fille de quatorze ans, issue de parents sains, et qui mourut d'une tuberculose du larynx, de l’iléon et du cæcum et qui s’était ali-
1 Legroux. L’origine alimentaire de la tuberculose chez l’enfant, moyen de la combattre. Ier Congrès de Ici tuberculose, p. 280- 290, 1883.
2 Meyerhoff. Ueber die Contagiositüt der Tuberkulose, Zeitach. f. klin, Medicin, t. VIII, p. 575, 1883.
"‘Hermsdorf. Ueber primare intestinal Tuberkulose, wahrscheinlich durch Nahrungsinfection bedingt. Inciug. Diss., München,
mentée avec du lait provenant d’une étable ou avaient constamment séjourné des vaches tuberculeuses. On trouva, à l’autopsie, des lésions beaucoup plus avancées et plus étendues de l’intestin que des autres organes.
Ollivier1 publia, en 1891, une observation justement célèbre, qui ne laisse guère prise au doute, sur l’interprétation qu’on peut en donner. Dans un couvent de Chartres, treize jeunes filles avaient été atteintes de tuberculose, parmi lesquelles six, quoique descendant de parents sains, étaient mortes présentant la tuberculose primaire de l’intestin. On soupçonna la vache qui fournissait le lait à cette pension, d’être atteinte de tuberculose; et, en effet, à l’abattoir, on constata, non seulement qu’elle était tuberculeuse, mais qu’elle présentait une tuberculose avancée de la mamelle. Le cas d’Ollivier a toujours été considéré, avec raison, comme ayant une très grande valeur probatoire.
On trouve le travail de Eisenuart 2 signalé par plusieurs auteurs; mais cette thèse, qui d’ailleurs ne contient le récit d’aucun fait original de contagion, ne présente aucun intérêt.
Le Dr Gosse perdit, en 1893, une fille de dix-septans, d'une très belle santé et dépourvue de tout antécédent héréditaire, qui se mit brusquement à dépérir et
1 Ollivier. Contribution à l’étude de la transmissibilité de la tuberculose par le lait de vache. Bulletin de l'Acad. de médecine, 24 février 1899, p. 288.
- Eisenhart. Ueber Haufîgkeit und Vorkommen von Darmtuber culose. Inaug., Diss. München, 1891.
iiS
mourut au bout de dix mois. Le père eut le courage de faire l’autopsie et constata l’existence d’une tuberculose intestinale et mésentérique.
Chaque dimanche, la famille allait dans la montagne, à une propriété, où la jeune fille buvait du lait cru. Quatre, sur cinq des vaches qui s’y trouvaient, furent reconnues tuberculeuses, à l’épreuve de la tuberculine; elles furent abattues et on constata que deux d’entre elles présentaient de la mammite tuberculeuse.
On a généralement et justement attribué la valeur d’une expérience à cette observation, que le malheureux père publia dans le Journal de Genève du 31 octobre 1893, pour mettre en garde ses concitoyens contre le danger de la transmission par le lait, de la tuberculose bovine.
Klebs1 rappelle qu’un homme jeune et fort, qui l'aidait dans des recherches sur l’infection par le lait, fut brusquement atteint de tuberculose miliaire et mourut en quelques mois. Il avait, à plusieurs reprises, consommé le lait d’une vache tuberculeuse.
Klebs cite un autre cas, observé dans sa propre famille, parmi ses six fils. L’un deux fut atteint, à l’âge de deux ans, de tuberculose cérébrale. C’était le seul qui eût été nourri au lait de vache.
' Ce cas se trouve déjà cite dans Allgemeine Pathologie . 1887, de Klebs. Il est rappelé, ainsi que le suivant, dans le travail tout récent de cet auteur, où il expose l’expérience dans laquelle il a pu réussir si facilement à transmettre la tuberculose humaine, au moyen de cultures pures, à un veau.
« E. Klebs u. Rievel. Ist Perlsucht und Menschliche Tuberculose identiscli oder nicht. Deutsche thierartz. Woch ., n° 3, 1902. »
Wyss1 publia le cas suivant. Une petite fille de cinq ans., présentait dans l’intestin grêle, un nodule tuberculeux et un ganglion caséeux renfermant des bacilles de la tuberculose. L’enfant avait bu du lait cru pendant longtemps.
Behrens2 trouva, à l’autopsie, chez unhomme de trente et un ans, qui, d’après ses indications ne se nourrissait que d’œufs et de viande crue, trois ulcérations intestinales tuberculeuses; les ganglions mésentériques étaient caséifiés ; dans le poumon, hépatisation caséeuse, très fraîche, sans autre altération tuberculeuse. Les bronches étaient intactes et Behrens, d’après l’ensemble et la comparaison des symptômes, croit qu’il s'agit d’une infection tuberculeuse primitive de l’intestin, causée par l’usage de la viande crue.
Ces jours derniers encore, un auteur américain, Nicoll3 a publié un cas de tuberculose primaire de l’intestin, chez un enfant qui avait consommé du lait cru.
Je réunis ici maintenant, en suivant simplement l’ordre alphabétique des noms d’auteurs, les cas d’infection primaire du tube digestif, que j’ai pu relever, mais qui sont rapportés sans date, ou d’une façon incomplète.
Dans une famille de brasseurs, deux enfants furent
1 Wyss. Zur Casuistik der primâren Darmtuberkulose im Kindesalter. Correspondenzblalt f. schweizer Aerzte, 1893, n° 22, p. 223.
2 Behrens. Ueber primàre Tuberculose Darminfection des Menschen. Inaug. Diss., Berlin, 1894.
:! Nicoll. A case of primary intestinal tubcrculosis. Archives of pediatrics, mai 1 902, p. 344.
alimentés avec le lait cru d’une vache considérée comme complètement saine. Les deux enfants moururent de tuberculose, avant d’avoir l’âge de trois ans. Les parents et les grands-parents joussaient d’une bonne santé. A l’abatage, la vache qui avait fourni le lait dont se nourrirent ces enfants, fut trouvées tuberculeuse h
IIills et Rich 2. Dans une famille jouissant d’une bonne santé, deux filles, nourries avec le lait d’une vache tuberculeuse, moururent; les deux fils, qui ne prirent pas de lait, restèrent sains.
Hills3 cite le cas d’un enfant de vingt et un mois, qui but, pendant une semaine, le lait d’une vache très tuberculeuse et mourut, trois mois après, de tuberculose intestinale. L’auteur pense avoir pu exclure toute autre cause d’infection.
Leoniiardt 4 rapporte le cas de deux morts par tuberculose des méninges, de l’intestin et du mésentère, chez deux enfants nourris de lait de vache tuberculeux.
Il en est de même du cas cité par Prümers, signalé également par Lueffler, sans références.
1 Cette observation provient des Miltheilungen ans dem amllichen Veterinâr-Sanitalsberichten Preussen ; et est signalée par Jacob et Pannwitz « Entstehung, etc., t. I, p, 256, 1901 », sans indication bibliographique, comme d’ailleurs toutes les citations de ces auteurs.
- Hills a. Rich. Bull. 42, VL Exp. S/a. p. 55. Cite par Repp sans date.
3 Bull. 42, F/. - exp. Sla., p. 55. Cite par Repp, sans date. Hills rapporte encore (ibid.) le cas d'un enfant de quatre ans, Yonkers (New-York), qui mourut de méningite tuberculeuse. L’enfant avait bu du lait de deux vaches tuberculeuses.
3 Cité par Loeffler, sans référence bibliographique, et par Repp, d’après Watson in Rep. N. 11. Bet. Health 1892.
Rien 1 rapporte qu’un jeune homme, issu de parents sains, qui mourut de tuberculose, avait usé de lait provenant d’un troupeau de 74 vaches, parmi lesquelles, 65 étaient tuberculeuses. Rich cite encore le cas d’un autre jeune homme, qui mourut de tuberculose; et la vache qui lui fournissait le lait mourut elle-même, un mois après, dans un état de tuberculose avancée.
Son nt a g 2 rapporte le cas d’un enfant, mort de tuberculose intestinale, qui avait bu du lait de vache tuberculeuse.
Stalker et Niles 3. Cinq personnes, entre vingt et trente ans, dont l’hérédité était bonne, moururent de tuberculose, au cours d'une période de deux ans. Dans la ferme où elles vivaient, 17 têtes, parmi les bestiaux, étaient atteintes de tuberculose ; et de nombreux animaux moururent de cette maladie.
Nous arrivons maintenant à l’énumération des cas cliniques d’infection qui se sont produits par l’action sur la surface des téguments du corps, de la matière tuberculeuse d’origine bovine. J’ai suivi ici le même ordre que précédemment ; c’est-à-dire que, pour tous les renseignements dont je possédais la bibliographie complète, je les ai classés par ordre chronologique; les autres ont été simplement classés dans l’ordre alphabétique des noms d’auteurs.
1 Ricii. Relation between human and bovine tuberculosis. Vct. Mar/. Philadelphia, t. II, p. 72'.). Cité par Rcpp. Cette publication n’est pas à Paris.
* Cet auteur est cite par Loeffleh et R,epp et, chose singulière, par Baum, sans indication bibliographique.
Bull. la. exp. Sla., n° 29, p. 257. Cite d’après Repp, sans date.
Nous rappellerons simplement ici les expériences signalées par BAUMGARTEN,et dont il a été plusieurs fois question, au cours de ce livre. Nous nous bornerons à redire, que si les six ou sept cancéreux inoculés autrefois à Tübingen, avec des cultures de tuberculose bovine,, ne sont pas morts, ou bien s’en sont simplement tirés avec des abcès qui, ensuite, sont entrés en régression, c’est que le degré de virulence des cultures employées n’était pas suffisant. De même que, si Gaiser, élève de Baumgarten, n’a pu réussir à inoculer à un veau la tuberculose dans la chambre antérieure de l’œil, l’Anglais Paterson a parfaitement réussi.
Je suis extrêmement surpris de constater, qu’un homme comme Baumgarten n’ait pas prévu les objections qu’on devait fatalement lui poser. N’est-il pas ému de voir que tant d’auteurs ont réussi si facilement l’expérience qui a failli entre les mains de son élève Gaiser, employant cependant la voie très aisée de l’inoculation par la chambre antérieure de l'œil. Assurément Baumgarten ne conclut pas comme Koch, mais les réserves qu’il a émises, de même que celles de Th. Schmidt, sont de trop ; et, dans le cas où mon inoculation ne réussirait pas, je me tiens à l’entière disposition de ces deux savants, non pas pour être inoculé par eux avec des cultures bovines incertaines dans leur virulence, mais avec des cultures de virulence certaine. Et si M. Baumgarten ne veut pas prendre la responsabilité de m’inoculer dans ces conditions, alors qu’il cesse — et avec lui ceux qui, depuis le Congrès, ont usé et abusé de cet
argument — de nous parler jamais de sa demi-douzaine de cancéreux.
Rieiil et Paltauf 4, qui ont fait une étude minutieuse, très étendue et très complète, aux points de vue clinique et anatomo-pathologique, du tubercule verruqueux de la peau, font remarquer que l’on observe le plus souvent cette affection chez les gens qui, par leur profession, se trouvent en contact ordinaire avec les animaux domestiques, ou avec les produits de ces animaux ; et que ce sont les parties de la main et du bras, naturellement les plus exposées aux contacts infectants, qui sont justement le plus souvent atteintes.
Pfeiffer1 2 a publié le célèbre cas du vétérinaire Moses, de Weimar. C’était un homme de trente-quatre ans, sans antécédents héréditaires, qui se fît, pendant l’été de 1885, une piqûre au pouce, en disséquant une vache tuberculeuse. Bien que, vraisemblablement, la pointe du couteau eût pénétré jusque dans l’articulation, la blessure guérit, sans production de pus. Au bout de quelque temps, un tubercule cutané se forma sur la cicatrice. Pourtant, jusqu’à sa mort, le patient put se servir de sa main pour écrire. Au cours de l’été 1886, il se prit à tousser ; et en novembre de la même année, on trouve des bacilles dans les crachats. En janvier 1887, se produisit une infiltration des poumons, et un an et demi après qu’il se fût piqué, la mort. Les ganglions de l’aisselle n’étaient pas atteints. Le pouce
1 Riehl u. Paltauf. Tuberculosis verrucosa cutis. Vierteljahr . /'. Dennat. u. Syph., t. XIII, p. 19, 1886.
- Pfeiffer, Zeitsch. f. Ilygiene, t. III, p. 269, 1888.
fut examiné à l’Institut hygiénique de Berlin (justement au laboratoire de Kocn), par le D1 Weisser. Au niveau de la piqûre, on observait une cicatrice plate et brune. L'articulation même était très enflée. La peau ne présentait aucune altération tuberculeuse. L’articulation interphalangienne était complètement détruite par une arthrite fongueuse. Les cartilages étaient nécrosés. La cavité articulaire remplie de masses friables, grumeleuses, renfermait le bacille de Koch, en quantité telle qu'on n’en rencontre jamais autant dans les articulations tuberculeuses, mais seulement dans les cavernes pulmonaires.
Tscherning 1 (de Copenhague) rapporta au premier Congrès de la tuberculose,, à Paris, l’histoire d’un cas d’infection par la tuberculose du bœuf.
« Le sujet de l’observation est un jeune vétérinaire, qui, en pratiquant l’autopsie d'une vache tuberculeuse, s’était fait une petite déchirure au doigt, avec le scalpel à dissection. Trois semaines plus tard, la petite plaie étant déjà guérie, les parties du voisinage ont gonflé et les mouvements du doigt ont été accompagnés d’une certaine sensibilité. Un peu plus tard, la cicatrice a recommencé à s’excorier et à suppurer.
« Ne croyant pas alors beaucoup à une vraie tuberculose, j’ai pratiqué l’immobilisation et des onctions avec l’onguent mercuriel, etc. Mais, après une amélioration passagère, les symptômes se sont sensiblement
1 Tscherning. Sur deux cas d'inoculation tuberculeuse chez l'homme. Traitement préventif de la généralisation de la tuberculose. Premier Congrès île la tuberculose, 1888, p. 275-276.
aggravés et deux mois et demi après l'inoculation, j’ai fait deux incisions dorso-latérales sur le doigt et j’ai trouvé et extirpé une tuberculose sous-cutanée, sans altération de la peau, ni des parties aponévrotiques ou osseuses. La plaie d’opération a été abandonnée à la granulation, et à mon départ de Copenhague, il y a quelques semaines, tout était guéri, mais il restait encore une petite nodosité, à 1 centimètre au-dessus du foyer primitif. Cependant, il n’y avait ni gonflement des ganglions lymphatiques, ni symptômes de tuberculose viscérale ou généralisée. Ce malade était dépourvu de toute prédisposition héréditaire. Il va sans dire que l’examen histo-bactériologique a été fait. On a trouvé les parties extirpées, formées par un tissu de granulation avec des tubercules bien nets, dans lesquels il y avait un certain nombre de bacilles de Koch ».
Tscherning cite, au même endroit, un autre cas, dans lequel l’infection, qui s’était montrée beaucoup plus virulente, provenait d’un homme phtisique. On dut, cette fois, couper le doigt, enlever les ganglions de l’aisselle. « La malade a guéri, et depuis sept années elle n’a pas eu de signes de tuberculose viscérale ou généralisée». Les cas de ce genre, par infection d’origine certainement humaine, ne sont pas rares.
Braquehaye1. Un garçon boucher s’était fait des éraflures au poignet gauche, en écorchant un bœuf. Les tubercules qui se formèrent à ce .niveau paraissent avoir guéri assez facilement, après curettage. On ne fit,
1 Braquehaye. Tubercules anatomiques chez un garçon boucher. Annales de la Polyclinique cle Bordeaux . t. I. p. 57,' 1889.
LE PROFESSEUR KOCE
ni l’examen anatomo-pathologique, ni l’examen bactériologique. Les réflexions de l’auteur ne sont guère intéressantes, car il paraît n’avoir fait aucun effort pour se mettre au courant de ce que l’on savait à ce moment sur la question.
Jadassohn 1 publia en 1890 l'observation suivante, recueillie chez un garçon boucher vigoureux et de bonne santé : Le patient s’était piqué, en mars 1886, au bras droit ; et lui-même ne doutait pas que l’origine de l’infection dût être rapportée à une infection prise en abattant une vache.
Il se produisit un lupus du bras, les ganglions lymphatiques du membre furent infiltrés et on dut désarticuler un doigt. On ne retrouva le bacille qu’avec une extrême difficulté, mais on observa facilement des cellules géantes.
Leloir1 2 cite le cas suivant : Une fermière, de très belle santé, âgée de vingt-huit ans, présentait un lupus classique de la joue. A l’âge de dix-sept ans, suivant un usage répandu, elle pansa des boutons (probablement acné ou folliculite suppurée) avec de la crème fraîche, pendant plusieurs semaines.
Le lait dont provenait cette crème était fourni par cinq vaches, dont deux, qui paraissaient de bonne santé, furent reconnues tuberculeuses, un peu plus tard.
Leloir publie, au même endroit, cette seconde obser-
1 Jadassoiin. Ëin Fait cler Impftuberkulose. Virchow' s Archiv , t. CXXI, Hft 2, p. 210-234, 1890.
2 Leloir. Etiologie et pathogënie du lupus. Études exp. et cliniques sur la tuberculose , Verneuil. 1892, t. III, p. 495.
vation : « J’ai observé, il y a cinq ans, chez un ouvrier ; équarrisseur, un vaste lupus scléreux du dos de la main, avec lymphangites tuberculo-gommeuses consécutives du membre supérieur, et production de nodules lupeux au niveau de quelques points de cette lymphangite scrofulo-tuberculeuse. Il est probable que dans ce cas une coupure, que s’était faite quinze mois auparavant l’ouvrier équarrisseur, avait été inoculée par le virus tuberculeux )).
Priester 1 publia, en 1895, dans sa thèse inaugurale, un cas très intéressant, qui est resté presque complètement oublié jusque dans ces derniers temps 2. Bien qu’ayant sous la main la très courte thèse de Priester, je préfère donner ici la traduction de l’excellente analyse publiée par Heller3 (deKiel), qui a également reproduit, dans son travail, le fac-similé des deux dessins lithographiques de l’auteur.
Ce cas avait été observé à la clinique de Kiel, et la préparation anatomo-pathologique est conservée, à l’Institut pathologique de cette ville, sous la rubrique (E n° 207, 1892).
Un trayailleur du port, âgé de dix-sept ans, se présenta en 1892 à la clinique chirurgicale. Il avait cherché à faire disparaître un certain nombre de tatouages sur ses mains et ses avant-bras. Il employa, dans ce but
1 Priester. Ein Fall von Impftuberkulose. Inaug. Diss., Kiel,
- Il est curieux que l’indication de la thèse de Priester ne ligure pas dans la bibliographie de Cornet.
3 Heller. Kleine Beitrâge zur Tuberkulose-Frage. Mittheil f. dus Verein Schleswig-Holstein. Jahrg. X, n° 5, 1902.
(d’après une opinion courante), du lait, qu’il introduisit avec une aiguille, dans les parties tatouées. Il fit ces piqûres à plusieurs reprises, se servant toujours d’un lait vendu par le même marchand. Après quelque temps, se développèrent, sur le dos des deux mains, aux endroits qui avaient été traités le même jour, avec du lait, des taches rouge clair, de la taille d’un grain de chénevis, présentant en leur centre un point jaunâtre, gros comme la tête d’une épingle. Quelques-uns des nodules de la main gauche laissaient écouler un peu de pus. Progressivement, ces productions prirent un ton plus foncé. Dès le début elles étaient dures et présentaient à leur surface des croûtes minces.
Le 23 août, jour de l’ablation, on fit un dessin des parties malades. Sur le dos de la main droite, se trouve un groupe de nodules de lupus, suivant les contours d’un tatouage, qui représente 4 F affrontées par le dos. Les nodules sont durs, d’un brun rouge, et présentent à leur surface de minces écailles épidermiques ; il ne s’en écoulait pas de pus. Sur le dos de la main gauche, au niveau des os lunaire et naviculaire, se trouve, audessus du dessin d’une ancre, un conglomérat de T nodules lupiques, dont l’aspect est semblable à celui des nodules de la main droite.
On pratiqua l’excision des parties malades, en pénétrant de 2 millimètres dans les parties saines. Les bords de la plaie furent réunis par une suture. Une dizaine de jours après, le malade était guéri. Au bout de trois ans ne s’était pas produit de récidive.
L’examen d’un grand nombre de coupes provenant
des parties malades permit de reconnaître la présence de multiples cellules géantes, mais on ne retrouva pas de bacilles.
Le D1' Grotiian 1 a cité un cas d’infection de la peau par la crème, provenant d’une vache, dont le lait fut démontré tuberculeux par inoculation expérimentale. La famille ne se servait que du lait d’une seule vache.
Le lait et la crème de cette vache, inoculés à deux lapins, les rendirent tous deux tuberculeux.
Coppez 2 rapporte le fait suivant: Une fermière de Brabant, issue de parents sains, elle-même de très bonne santé, s’était fait une blessure à la face palmaire de l’annulaire. En trayant une vache atteinte de mammite bacillaire, la plaie s’infecta, et donna rapidement lieu à une infection générale « qui se propagea parle torrent circulatoire, jusqu’au globe oculaire, où une iri Lis tuberculeuse éclata, très peu de temps après l’accident primitif. » Il ne s’agit donc pas, dans le cas de Coppez, d’une infection de l’œil s’étant opérée par la surface de cet organe, mais d’une localisation dans l’œil, d’un empoisonnement hématogène ayant gagné tout l’organisme. Un an et demi après l’infection, Coppez pratiqua l’énucléation ; et l’on constata, sur les coupes de l’œil, la présence des tubercules. Le pus d’un
1 Ghothan. Topical application of cream tlie cause of primary subcutaneous tuberculosis. Omaha clinic, février 1805, t. VIII, p. 319.
à Coppez. Un cas de tuberculose cutanée et oculaire sans manifestation viscérale. Revue générale d’Ophlalm ., t. XV, p. 433- 442, octobre 1896; et Journ. of ophl. olol. laryng., p. 283-205,
des nombreux abcès sous-cutanés, que présentait la malade, fut inoculé dans la chambre antérieure de l’œil d’une lapine. Cet animal mourut cachectique, et la tuberculose se développa, non seulement dans son œil, mais dans tout son organisme. La malade paraît avoir guéri ; en tout cas sa plaie oculaire se cicatrisa très bien.
Hartzell1 cite le cas d’un ouvrier employé à nettoyer des wagons ayant servi au transport du bétail. Il se fit, sur le dos de la main, de légères écorchures, au niveau desquelles apparut une tuberculose de la peau, bien développée. Au bout d’une année, la plaie était guérie, mais l’infection s’était généralisée et avait atteint le poumon. Le patient était un homme robuste, de quarante-quatre ans, pesant 175 livres et dépourvu d’antécédents héréditaires. Hartzell croit avoir pu, dans ce cas, exclure toute cause d’infection autre que le traumatisme, qui aurait servi de porte d’entrée à une infection, très vraisemblablement de nature bovine.
Ravenel2 a publié les trois cas d’infection tuberculeuse par la peau, d’origine bovine, qui suivent :
1° En 1896, le Dr G., vétérinaire de Pensylvanie, s’ouvrit l’articulation de l’index, en faisant l'autopsie
4 Hartzell. Three cases of tuberculosis cutis verrucosa. Journ. of lhe Am. vieil. Ass., 16 avril, 1898, p. 905. 11 me semble, en lisant attentivement le mémoire de Hartzell, que Ravenel (voir p. 04Ü de ce livre) fait erreur et qu'un seul des cas cités par cet auteur, peut être rapporté à la tuberculose bovine.
2 Ravenel. Three cases of tuberculosis of tlie skin due to inoculation with the bovine tubercle bacillus, Philadelphia vieil. Journ., p. 125, 21 juillet 1900; et Veterin. Journ., n° 10,1900.
d’une vache tuberculeuse. La blessure guérit mal et il se forma un nodule qui avait tendance à s’ulcérer. Au bout de quelques semaines, ce nodule fut enlevé et soumis à un examen. A l’examen histologique, Ravenel observa, dans la couche de tissu placée sous la peau, la présence d’une cellule géante, avec de nombreux noyaux situés autour. Il ne trouva pas de bacilles. Le nodule reparut, il lut cautérisé par l’air chaud et une guérison complète se produisit, du moins en apparence,
2° Le 1er janvier 1900, G. assistant de Ravenel, pratiquant l’autopsie d’un bouc, mort à la suite de l’inoculation d’une culture de tuberculose bovine, s’écorcha une articulation avec une esquille osseuse. La blessure fut lavée avec une solution de sublimé et pansée. La plaie guérit vite, mais trois semaines après, se produisit un gonflement; les mouvements étaient très douloureux. L’état empira et le 27 février on excisa le nodule avec un peu de peau saine. Une moitié servit à inoculer deux cochons d’Inde sous la peau. L’autre, fut débitée en coupes microscopiques, dans lesquelles on ne trouva, ni bacilles, ni cellules géantes. Le 5 mai, un des cobayes mourut, l’autre fut tué. Ces deux animaux présentaient une tuberculose généralisée des cavités thoracique et abdominale. Au moment où écrivait Ravenel, ne s’était pas produit de récidive de la tumeur.
3° Ce cas a déjà été publié. C’est celui d’un vétérinaire bien connu, de Philadelphie, qui, en faisant l’autopsie d’une vache tuberculeuse, se blessa à l’articulation de l’index. Trois ou quatre semaines après, la plaie était élargie, rouge, un peu sensible et ne présentait aucune
tendance à la guérison, au contraire. La plaie fut excisée et cautérisée et depuis ne se produisit pas de récidive. Dans les coupes, on trouva des lésions tuberculeuses, des cellules géantes et des bacilles.
Citons maintenant le cas d’infection des deux ouvriers des abattoirs de Berlin, employés à la section des abattoirs où l’on traite la viande tuberculeuse l.
Je suis en mesure de fournir des renseignements précis et sûrs, de source officielle, qui me parviennent par voie indirecte, sur l’état des deux ouvriers des abattoirs de Berlin, à la fin de mai 1902. L’ouvrier St., auquel on a excisé deux foyers de tuberculose sur la main gauche, peut être considéré aujourd’hui comme complètement guéri. Chez l’ouvrier Gr., la cicatrice démange beaucoup. Dans son voisinage immédiat, trois nouveaux foyers tuberculeux sont visibles. L’excroissance tuberculeuse sur la première phalange du médius de la main gauche, s’étend lentement latéralement, et mesure 7-14 mill. Il n’existe aucun signe d’affection des ganglions lymphatiques du bras gauche.
1 Voir le Lokcil Anzeiger de Berlin, n° 5S3, vendredi 13 décembre 1901. Cette note a été traduite par moi dans une lettre au Temps, voir le Temps du 18 et du 19 décembre 1901. Voir p. 1019 de ce livre. Ce sont ces deux cas qui furent présentés à la Société de médecine de Berlin par Lassar, dont la communication n'a pas encore été publiée. Cette communication lit l’objet d'une discussion, que l’on trouve résumée à la page 475 de ce livre, et où Lieureicii a fait les judicieuses observations que nous avons signalées. «le rappellerai simplement ici ce que j’ai déjà dit à cet endroit, que Blaschko a rapporté l’observation d’un cas d’infection tuberculeuse, par suite d’une écorchure faite avec un os. chez une fille de cuisine. Il avait fréquemment observé l'infection tuberculeuse de la peau, chez les ouvriers d’abattoir.
Quelques jours plus tard (le 17 décembre, en son n° 590), le même Lokal Anzeiger , de Berlin, faisait connaître un nouveau cas de contagion de tuberculose bovine à l'homme, dans les termes suivants :
« La transmissibilité de la tuberculose bovine à l'homme vient d’être malheureusement démontrée, à Berlin, par un nouveau cas. Il s’agit, cette fois, d’un tueur, qui a été opéré à la clinique chirurgicale universitaire, pour un lupus de la main. Le patient fut présenté dans une leçon préliminaire.
« Le Dr Lerer, premier assistant de la clinique du chirurgien Bergmann, y fit allusion aux deux cas que nous avons récemment signalés et fit observer que ce nouveau cas plaidait également contre la théorie soutenue par le professeur Koch, de la non contagiosité de la tuberculose bovine pour l’homme. En même temps, il signalait un cas observé à Londres, dans lequel un vacher, s’était infecté par le lait, en trayant une vache, après s’être fait au doigt une petite écorchure avec un brin de paille l. »
Un journal de médecine allemand2, nous donne, le 2 novembre 1901, l’indication suivante : Un ouvrier, Paul Johann II. fut condamné, par le tribunal de Ham- ( bourg, pour mendicité. Il déclara qu’il était incapable I de travailler, pour la raison suivante. En janvier 1900,
1 Je n’ai pas pu relever ce cas, qui m’aura sans doute échappé, î dans les journaux de médecine anglais.
* All<j. med. cent. Zeit., nu 88, p. 1010, 1901. D’après VAllg. fleischer Zeitung, de Hambourg; voir également Rundschau a. d. I (jeb. cler Fleischùeschau, etc.. 1901, n° 19, p. 157; al Zeitschrift r. Fleisch-u. Milchhygiene, t. XII, H. I, p. 31, octobre 1901.
LE PROFESSEUR KOC1I
il tua une vache tuberculeuse, dans une maison de correction. Pendant cette opération, il se coupa le pouce, et vit des tubercules se développer sur sa main droite, au niveau de la plaie. A la suite de cette affection, ce malade fut atteint de paralysie de ce bras. Le Dr Sick, médecin de la nouvelle Maison de Santé générale, à Eppendorf, appelé en témoignage, avait confirmé les faits. Il dit avoir pratiqué sur ce malade, une opération qui lui avait permis de faire, de façon certaine, la constatation de la tuberculose.
Ostertag1 cite l’observation personnelle d’un inspecteur des viandes de la Province Rhénane, qui est atteint, depuis plusieurs années, d’une forme grave de tuberculose de la peau. Il cite encore le fait suivant : Un ouvrier des abattoirs de Berlin, qui était employé au transport des animaux malades de tuberculose, est atteint, depuis huit ans, d’une tuberculose de la peau.
Le journal cI’Ostertag2 fait encore connaître le cas suivant :
Au dernier Congrès annuel du Verein f. offentliche Gesundlieitspflege, le Dr Müller, d’Erfurt, indiqua que deux tueurs avaient été atteints de tuberculose des gaines tendineuses, après s’ètre coupés, l’un au bras, l’autre au pouce, avec des couteaux qui avaient servi à tuer des bœufs tuberculeux.
1 Ostertag. Koch's Mitteilungen liber die Beziehungen des Mensclien zur Haustliiertuberkulose. Zeils. f. Fleisch-und Milch/iyt/iene, l. XI, H. 12, p. 364, sept. 4901.
- Zeitschrift /’. l'ieisch-und Mdchhyyicne, t. XI l. H. 1, p. 31. octobre 1901.
ET LE l’ÉRIL DE LA TUBERCULOSE BOVINE 931
J o ii ne 1 cite le cas encore inédit, d’un vétérinaire qui s’inocula accidentellement la tuberculose bovine. Les ganglions de l’aisselle et du bras furent pris. On réussit, par une opération, à sauver la vie du malade et à emcher l’infection de se propager à tout le corps.
Johne ajoute, dans le même travail, l’indication personnelle suivante :
Un examinateur de viandes, saxon, se piqua au doigt, en faisant l’examen d’une vache tuberculeuse; d’après l’avis des médecins qui l’examinèrent, la tumeur qui se forma au point piqué, était de nature tuberculeuse.
Law1 2 cite le cas d’un jeune vétérinaire, qui s’inocula, en ouvrant une bête tuberculeuse; et chez lequel se produisit une tuméfaction de la cicatrice, renfermant des bacilles tuberculeux.
Rien 3 cite le cas d’un homme qui s’écorcha le doigt avec un os, en faisant l’autopsie d’une bête tuberculeuse. Quelques semaines après, se développa une arthrite tuberculeuse; et la phtisie au bout de quelques mois.
Birch-IIirschfeld4, à la clinique des yeux de Sattler, a publié, en 1900, un cas d’infection de la conjonctive, chez un Suisse, qui avait trait, pendant l’été et l’au-
1 Johne. Koch’s neueste Mittheilungen liber Tuberkulose. Zeitsch. f. T hier me di cïn, N. F., t. Y, p. 455,1901.
i Bull. Gornell. exp. Sta., Bull, n° 65, p. 138. Cité d’après Reh*, sans date.
3 Vet. May. Philadelphia , vol. 11, p. 729. Cité par R,epp, sans date.
* Birch Hirschfei.d et Hausmvnn, Drei Faite von conjunctivaltuberkulose, Klinische Monalshlaller fur Auyenheïlkunde , p. 634- 643, 731-737. Octobre-novembre 1900.
LE PROFESSEUR KOCLl
tomne précédents, une vache, chez laquelle on avait constaté depuis, la tuberculose.
Un fragment de la conjonctive, débité en coupes, montre bien l’existence de cellules géantes, mais on n’y peut rencontrer de bacilles tuberculeux. Le 22 février 1896, un fragment excisé de cette conjonctive fut porté dans la chambre antérieure d’une lapine. Le 8 avril, on constata, chez l’animal qui avait mis bas, quelques jours auparavant, une tuberculose typique de l’iris. L’iris tout entier était parsemé de nodules tuberculeux. Le bulbe fut énucléé et l’animal tué le 5 juin. A l’autopsie, on le trouva atteint de tuberculose généralisée. Un des petits mourutle 22juin, tuberculeux.
Un autre lapin, inoculé le 5 mai, présentait, le 12 juin, une tuberculose de l’iris, comme dans le cas précédent.
Le malade, chez lequel on avait excisé les parties malades, semble avoir guéri.
Je puis rapporter ici un autre cas d’infection, qui m’a été communiqué par M. Parisse, vétérinaire à Lens (Pas-de-Calais), et par l’inoculé lui-même, M. le vétérinaire Th. Il s’agit d’un homme très jeune (au voisinage de la trentaine; et, avant son inoculation, extrêmement fort et vigoureux), qui s’inocula, à la main, en faisant l’autopsie d’une vache tuberculeuse. Bien que l’on n’ait pas observé de lymphangite, ni d’inflammation du membre inoculé, le malade et ceux qui l’ont vu, n’hésitent pas à considérer la phtisie pulmonaire, qui s’est manifestée peu de temps après, comme une conséquence directe de l’infection. L’infection du pou-
mou se serait produite, soit par voie lymphatique, sans arrêt dans les chaînons lymphatiques intermédiaires, soit par voie hématogène, comme dans l’expérience de Bàumgarten, rapportée plus haut (p. 414), où l’infection du poumon se produisit à la suite d’une infection expérimentale tuberculeuse, sur la surface vésicale.
Quoi qu’il en soit, le patient, chez lequel on ne peut entrevoir aucune autre cause de sa phtisie, fut extrêmement malade; et l’on me dit que, ces jours derniers, il est revenu de Davos, sérieusement amélioré, mais nullement guéri.
Il existerait enfin un autre fait, scientifiquement observé, d’infection d’un vétérinaire par la tuberculose bovine, ayant amené la mort. J’en emprunte la citation à M. Nocard, dans sa réponse à Koch, au Congrès de
Londres (voir p. 593 de ce livre). Je cite : « ; les
autres, moins heureux, ont fini par succomber à l’évolution progressive de l’infection : tels nos confrères Moses, de Weimar, et Thomas Walley, du collège royal vétérinaire d’Edinbourg ».
Je n’ai jamais trouvé ce cas cité nulle part; j’ai fait les recherches bibliographiques les plusconsciencieuses et n’ai rien rencontré. Le court article nécrologique consacré à Th. Walley, par The Lancet (15 décembre 1894), ne fait aucune allusion à ce fait ; et, de plus, dans l’ouvrage de cet auteur 1 , republié par son gendre, Mc Fadyean — , dont, le nom est plusieurs fois cité en cet ouvrage — , et dont je ne connais que la dernière édition
1 A praclical Guide /o racal, inspection. Edinb. and London. 4° édition.
(4e), toute récente, il n’est fait, en aucun endroit, allusion à la façon dont serait mort Walley. D’une part, je ne puis imaginer qu’un homme tel que M. Nocard ait inventé cette histoire de toutes pièces. L’article nécrologique consacré à Walley par The Veterinciricin, 1895, p. 80, dit que sa santé fut toujours délicate, qu’il mourut de phtisie, qu’il se fit au cours de son existence plusieurs piqûres anatomiques. Mais tout cela est fort vague, et ce cas ne saurait être comparé à celui de Moses.
Dans un de ses travaux, que nous avons précédemment cités, Ostertag appréciant ma proposition ne dit pas, comme l’a fait M. Brouardel dans un interview avec un rédacteur du Temps , qu’elle est inutile, inopportune, presque grotesque. M. Brouardel ne s’est exprimé ainsi, que parce qu’il sait, comme l’a très bien fait observer le Dr Lutaud, que mon inoculation démontrerait d’une façon formelle et éclatante la forfaiture de son collègue Koch. Ostertag qualifie mon offre de « encore prématurée » : « das Àngebot des Franzozen Garnault ist noch verfrüht » ; si, dans cette observation d’OsTERTAG, d’ailleurs dénuée de toute, espèce de malveillance, cet auteur entend seulement dire que l’état des mœurs ne permet pas d’accepter une telle offre, je n’ai qu’à lui donner acte de son affirmation, qui n’est qu’une constatation nouvelle, entre mille autres, de la profonde hypocrisie qui régit nos mœurs et nos rapports sociaux, et à procéder comme je le fais, c’est-à-dire, avec une profonde insouciance de l’opinion, en m’inoculant moi-même. Il est évident qu’OsTERTAG n’a pas entendu dire par là que
cette expérience ne serait pas utile et n’aurait pas de valeur. J’ai, en de nombreux points de ce livre, rapporté les indications tirées d’auteurs qui ne sont pas, comme M. Brouardel, dénués de toute compétence en la matière et je me contenterai de signaler ici encore une fois, au point de vue moral, les objurgations de M. Repp, sur le devoir de s’inoculer qu’ont ceux qui se permettent de jeter à la légère des doutes dans la conscience publique. Au point de vue bactériologique, le programme d’expériences nouvelles proposé par Smith, ne peut être résolu, si l’on ne dispose d’un sujet humain chez lequel évolue la tuberculose bovine à la suite d’une inoculation certaine, c’est-à-dire intentionnelle et expérimentale.
Depuis la communication de Ivocit, de nombreux cas de tuberculose bovine par infection cutanée ont été observés, mais il n’y a qu’à voir par la discussion qui s’est produite à la Société de Médecine de Berlin 4, à propos de cette communication de Lassar, qui ne peut arriver à voir le jour (6 juin 1902), quelle est la disposition d’esprit actuelle d’un grand nombre de médecins. Autrefois, le cas Moses, qui a entraîné la mort, paraissait très démonstratif à Koch. Aujourd’hui, il nous soutient que la phtisie pulmonaire du malheureux vétérinaire de Weimar, n’avait, dans tous les cas, rien à faire avec son infection locale. Pour cette infection locale, il nous dira que la preuve rigoureuse, scientifique, qu’elle soit due au bacille bovin, plutôt qu’au
1 Voir. p. 475. de ce livre.
bacille humain, n’est nullement faite. Ou plutôt, pour le moment, M. Koch ne dit rien, il laisse passer la violence de l’orage, et attend que l’impétuosité du courant d’indignation, du torrent qui s’est déchaîné dans la conscience publique, soit passée. En somme, mon inoculation, si elle est positive, ce qui semble probable, lui fermera à tout jamais la bouche, et si elle restait négative, elle servirait au moins d’exemple, ne manquerait pas d’ètre reproduite. Je ne doute pas, que sur dix sujets quelconques, qui la répéteront, sept ou huit ne réussissent à être infectés, et que deux ou trois n’v trouvent la mort par suite d’une généralisation à tout l’organisme et surtout de localisation dans les poumons.
En somme, nous sommes en présence d’une douzaine de cas assez bien observés, quoique l’on entrevoie déjà, par les faits et les circonstances que j’ai rapportés, la probabilité d’un nombre beaucoup plus grand, mais sur lesquels peuvent encore planer des doutes. Mais dans presque tous ces cas, en dehors du degré de virulence de l’agent qui reste presque fatalement incertain, dans les observations cliniques, nous avons à compter ordinairement avec l’extrême faiblesse du nombre des bacilles inoculés, qu’il semble important, surtout en ce qui concerne les débuts de l'infection, de considérer.
Si nous mettons de côté le cas extrêmement incertain semble-t-il, de Walley, rapporté par Nocard, nous avons au moins deux cas mortels, celui de Moses et celui qui a été rapporté par Hartzell, sur la signification desquels n’existe aucune espèce de doute, pour des hommes de valeur aussi haute et aussi
incontestée, que Nocard et Ravene1. Ces savants seraient cependant enclins, en raison de leur qualité dominante d’expérimentateurs, à n’attacher qu’une importance secondaire aux faits cliniques. Parmi les autres faits, nous en trouvons plusieurs (cas de Hambourg, divers cas rapportés par Johne et Ostertag, celui de Tsciierning, celui de Coppez, celui que moi-même j’ai versé au débat) qui indiquent une infection plus ou moins grave et plus ou moins étendue, à partir d’un point de départ, dont l’origine, actuellement, pour tout homme de bonne foi, parait bien difficilement contestable.
Enfin, il esta espérer que mon expérience, sur laquelle le doute ne saurait être permis, au cas où elle serait positive, permettra de se rendre compte du degré de facilité de l'infection des voies qu’elle est plus disposée à suivre, et de l’aisance avec laquelle peut se produire l’infection générale. De plus, mon cas doit permettre aux microbiologistes de réaliser les desiderata qui tiennent tant à cœur à M. Théobald Smith et qu’il a exposés en son mémoire.
Autant que nous puissions juger les choses d’après les documents antérieurs, assez imprécis, que j’ai exposés, j’estime qu’un individu de ma robustesse et de ma constitution, aborderait cette expérience, dans les conditions où je pratique l’infection avec une propabilité de mort — car je suis décidé à ne rien faire, au moins dans les débuts pour entraver la propagation de l’infection, afin de laisser aux bactériologistes la possi-
1 Voir pour Nocard, p. o9a et pour Ravenel, p. G40 de ce livre.
bilité de trouver et d’étudier les bacilles de mes ganglions — qui ne dépasse guère 1 pour 15 à 20, c’est-àdire 5 à 7 p. J 00. Si nous nous rappelons cependant que, dans les cas de Hartzell, de Moses, celui que j’ai cité, les victimes étaient des hommes jeunes et vigoureux, que, d’autre part, j’ai facilité en mon expérience les chances de l’infection, dans une proportioncertainement très supérieure à celle que l’on peut constater à l’origine de ces cas, on peut dire que l’inoculation, telle que je la pratique, peut être considérée comme se présentant avec une probabilité de mort de 10 à 12 p. 100, ce qui, enréalité, n’est pas énorme; tandis que si, d’emblée, j’avais subi une inoculation dans les veines, avec une culture virulente de tuberculose bovine, je considérerais la mort comme une conséquence absolument certaine, d’une telle opération. Au contraire, si je m’étais contenté de boire du lait tuberculeux, suivant le conseil de Kocri, je pense, malgré ce quej’ai dit sur les immenses dangers du lait pour les petits enfants, que le péril couru par moi eût été extrêmement faible, et difficile à évaluer sous forme d’un calcul de probabilité. Je rappellerai simplement à ce sujet, qu’OsTERTAG estime que, par rapport à l’inoculation, les chances d’infection par voie digestive sont deux millions de fois plus faibles, pour les adultes.