PROCÈS-VERBAL
DE L’INOCULATION DU Dr GARNAULT
Le mardi, 17 juin 1902, a été procédé, aux abattoirs de la Villette, par-devant les Drs Marcel Baudouin, Barlerin et Demeurisse, à la tentative d’inoculation de tuberculose bovine, pratiquée par le Dr Garnault sur lui-même, et sans aucune intervention des témoins.
Le Dr Garnault a excisé, au moment même, l’ampoule d’un vésicatoire, de 2 centimètres carrés, placé, la veille, sur la face antérieure de l’avant-bras gauche, à 10 centimètres au-dessous du pli du coude. Le Dr Garnault a gratté la surface de cette plaie avec un bistouri flambé, et a ainsi produit une légère effusion de sang.
Un ganglion diaphragmatique tuberculeux, frais, provenant d’une vache atteinte de pommelière, a été décortiqué avec un couteau stérilisé, broyé dans un mortier stérilisé, réduit en pulpe, et appliqué, au moyen d’un bandage, sur la plaie. Le contact a été assuré pendant deux heures. Il n’a été fait aucun lavage par la suite.
On avait attendu l’hémostase de la plaie, afin de diminuer, dans la mesure du possible, les chances d’infection générale, par voie hématogène, que font prévoir les cas, déjà observés, de Pfeiffer-Moses, de Ilartzell, etc., et les récentes expériences de Baumgarten.
Un fragment du ganglion tuberculeux a été placé, par
Fig. A. — Photographie de l'excoriation du derme de l’avant-bras, résultan de l'application d’un vésicatoire, avec surface grattée au bistouri.
(Mardi, 17 juin 1902, 11 h. 1/4 du matin).
Fig. B. — Photographie de la plaie, après application de matière tuberculeuse provenant d'un ganglion d’une vache saisie aux abattoirs de la Villette.
(Mardi, 17 juin 1902, 11 h. 1/2 du matin).
PROCÈS-VERBAL DE L INOCULATION DU Dr GARNAULT XXIX
le D1' Barlerin, dans un tube stérilisé, pour être débité en coupes et inoculé à des cobayes.
Fig. G. — Photographie de la plaie d’inoculation 48 heures après.
(Jeudi, 19 juin 1902 *.)
En cas d’insuccès de cette inoculation, le Dr Garnault s’engage à se remettre, sans réserves, pour toutes les expériences qu’ils jugeront convenables, pratiquées avec des cultures de tuberculose bovine, dont la haute
1 Ces photographies ont été éxécutées par le Service Photographique de l’Agence de la Presse scientifique internationale, dépendance de l'Institut de Bibliographie de Paris.
XXX PROCÈS-VERBAL DE L’iNOCULATION DU Dr GARXAULT
virulence aura été déterminée, non pas entre les mains du Pr Koch, dont le Dr Garnault conteste formellement la bonne foi et la probité scientifiques, et qui, s’il a le devoir strict de s’inoculer lui-même, ne présente pas, d’après l’avis du Dr Garnault, les garanties morales le rendant susceptible d’inoculer personne ; mais aux mains du D1' Theobald Smith, de Boston, ou du professeur Baumgarten, de Tübingen.
Mais, au préalable, il tenterait une nouvelle inoculation sur lui-même, soit dans l’une des articulations du petit doigt, soit dans la gaine d’un tendon, soit d’une autre manière, à déterminer ultérieurement.
Malgré que ces auteurs ne concluent pas dans le sens de Koch, surtout au point de vue pratique, ils ont émis certaines réserves (le premier pour des raisons purement théoriques ; le second, pour avoir vu, autrefois, 6 ou 7 cancéreux inoculés sans effet, avec des cultures de tuberculose bovine, probablement insuffisamment virulentes), qui paraissent mal fondées au Dr Garnault; et qui, en tout cas, obligent leurs auteurs, probablement peu disposés à expérimenter sur eux-mêmes, à accepter l’offre qui leur est faite, et qui, seule, permettra de lever rapidement tous ces doutes.
Le D1' Ox (Matin, 17 juin 1902) signale un article tout récent de M. Estancelin, ancien député, publié par le Gaulois, d’après lequel « ses lils, robustes, de parents sains, sont morts, l’un de méningite tuberculeuse, l’autre de phtisie pulmonaire, après avoir consommé le lait cru provenant d’une ferme où, en quelques mois. 15 vaches sur 25 avaient succombé à la tuberculose. »
AVANT-PROPOS
ET