‹ Le professeur Koch et le péril de la tuberculose bovineChapitre 6 sur 34 · PLAN DE L'OUVRAGE · texte numérisé non relu

PLAN DE L'OUVRAGE

Depuis mon retour de Berlin, où j’étais allé m'offrir au Professeur Koch, comme sujet d’expérience, afin de l’aider à résoudre immédiatement une question que je croyais alors absolument impossible ou tout au moins très longue à tirer au clair par tout autre procédé, j’ai pu me rendre compte que le nombre des gens qui comprennent nettement et pleinement 1a. façon dont cette question se pose, est assez limité. Les complaisances et les indulgences, les adulations même des membres du congrès de Londres, qui, eux, devaient, ou tout au moinsétaient supposéssavoir, àPégard du professeur Koch, à un moment même où son imposture scientifique ne laissait de doute à personne, n’étaient pas faites, on en conviendra, pour l’éclaircir. Si le public, nécessairement peu informé de la nature exacte et profonde des choses, voit une réunion de savants

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faire l’apologie d’un homme que d’autres savants, que les faits eux-mêmes accusent, avec une extrême netteté, de mauvaise foi scientifique, il ne sait plus dans quel sens il doit se décider. S’il voit encore ces mêmes savanls s’efforcer, par la suite, d'atténuer les responsabilités d’un homme qui, volontairement, • sciemment, dans un but intéressé, d’après un plan évidemment concerté d'avance, a fait avorter en quelques minutes l’œuvre de défense humanitaire élaborée pendant près de trente années, par des savants de la plus haute conscience et du plus grand mérite, à la suite d’innombrables expériences qui semblaient concluantes, il finit par se demander si les choses de la science ne ressemblent pas à celles de la politique ou de la bourse, si elles ne doivent être qu’un leurre perpétuel; et si, fatalement, dans toute œuvre humaine, les apparences seront éternellement le contraire de la vérité. On serait vraiment tenté de le croire, lorsque l’on voit des hommes que la communication de Koch a rendus parfaitement ridicules, qui le sentent et qui le savent, éviter de nous dire un mot des responsabilités de Koch, qui sont formidables, des complaisances ou des lâchetés qui lui ont facilité son œuvre malsaine et retenu le châtiment qu’il a mérité. Ces hommes, qui connaissent pourtant la vérité (car

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celle vérité, à l'heure actuelle, est évidente pour tous ceux qui ont étudié sérieusement la bibliographie des rapports de la tuberculose bovine avec la tuberculose humaine et les conditions dans lesquelles Koch a fait sa sensationnelle communication), mais qui ont appris la prudence au cours de leur carrière officielle, n’ignorent point que les hommes se résignent volontiers à mourir par les procédés accoutumés. Ils saventbien que l’essentiel, pour avoir la paix, est de ne rien changer aux habitudes. Les deux vers célèbres du poète :

Et c’est une folie à nulle autre seconde,

De vouloir se mêler de corriger le monde.

sont inscrits profondément au cerveau de tout savant officiel, dès le début de sa carrière, et y paralysent à tout jamais les impulsions de sa générosité et de sa conscience.

L’humanité s’émeut infiniment plus au sujet de la perte de cent personnes riches, mortes dans un incendie, que par le fait de la destruction fatale, journalière, méthodique, pour ainsi dire, de milliers et de milliers d’hommes et d’enfants, qui périssent par suite de l’infection de la tuberculose bovine, c’està-dire par un procédé accoutumé.

Pour les médecins, les savants eux-mêmes, on a

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essayé, à plaisir, et on a, semble-t-il également, réussi à embrouiller les choses; ou, tout au moins, leur a-t-on fourni des explications d’apparence scientifique, suffisamment plausibles, pour que les esprits faciles à contenter se soient déclarés satisfaits. On a fait manœuvrer, dans ce but, à Berlin, en lapersonnedu professeur Virchow, les mécanismes les plus archaïques, les rouages les plus rouillés et les plus imprévus. Ce savant, qui fit faire à la vérité, entre 1850 et 1865, de notables progrès aux sciences biologiques; mais qui, dans la question même de la tuberculose en général, dans celle de la tuberculose bovine, aussi bien que dans la question des rapports delà tuberculose humaine avec cette dernière, n’a fait que contribuer, suivant le mot d'un maître éminent et d'un grand honnête homme, le professeur Chauveau, à entraver le développement de nos connaissances, est intervenu, à l’instigation des protecteurs et des inspirateurs de Koch, dans le débat. Plein de rancunes et d’amertume, il se porte, à contre-cœur, au secours de son ancien ennemi, qui, pendant vingt ans, ainsi que son école, l’a criblé de railleries, d’ailleurs fort méritées par l’obstination de Virchow, au nom de l’unité, en effet démontrée, de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine. Et maintenant, Virchow

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se félicite ironiquement de voir Koch devenu subitement plus dualiste que lui-même ne l’était autrefois.

Virchow nous dit ces choses dans une prose amère, que l’on trouvera reproduite plus loin in extenso. Malgré tout cela, il a accepté, quoique à contre-cœur, de marcher. Le politicien complaisant, qui, depuis plus de vingt-cinq ans, domina si complètement en lui le savant, l'oblige à rendre au monde officiel, instigateur de la communication de Koch, un nouveau service. Il s’agit de couvrir la retraite de Koch, de l’empêcher, le cas échéant, de se transformer en déroute; et Virchow consent, malgré son évidente répugnance, mais enfin il consent, à jeter la confusion dans les esprits, en superposant son vieux dualisme anatomo-pathologique démodé, au dualisme microbiologique de Koch, avec lequel il n’a rien à faire.

L’homme, le savant docile, qui, en 1877, jetait l’anathème à la théorie de l’évolution, aux théories monistes, dont il était autrefois un ardent défenseur, l’anthropologiste qui, dans la discussion de la signification des pièces anatomiques provenant do l’anthropopithèque de Java, ne craignit pas d’avancer les plus étranges affirmations, si péremptoirement réfutées par Manouvrier, afin de défendre la Genèse, ne pouvait faire moins, cette fois, pour servir les

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intérêts de ceux dont il est accoutumé à servir les passions réactionnaires et cupides.

Koch a interprété, d’une façon absolument et évidemment fausse, un fait, d'ailleurs très contestable, qui résulterait de ses propres expériences, contredites par tous les observateurs. Il en a tiré des conclusions nullement fondées en logique et qui dépasseraient singulièrement, même si elles l’étaient, la portée de ses expériences, au cas où ces dernières seraient réputées certaines. Koch prétend démontrer par ses expériences, que la tuberculose humaine ne peut infecter le bœuf ni le porc. Il conclut ensuite, par un prodigieux sophisme, que la tuberculose bovine ne peut infecter l'homme, et que les bacilles déterminant la tuberculose chez l'homme et chez le bœuf, appartiennent, non pas seulement à des races, mais même à des espèces absolument distinctes, et, par conséquent, que les deux maladies n'ont rien de commun.

D'abord, un grand nombre d’ expérimentateurs , Chauveau notamment autrefois, Ravenel dans des expériences communiquées à ce même congrès de Londres (et ce dernier auteur a opéré en conformité avec les règles les plus sévères de l’expérimentation moderne), ont pu réussir à infecter le bétail avec la tuberculose humaine; et Arloing, dans des expérien-

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ces publiées ces jours derniers, en décembre 1901, a facilement réussi à infecter, au moyen de la tuberculose humaine, les bovidés, ainsi que d'autres animaux.

Et ensuite, en admettant même (ce qui paraît bien être la vérité, mais ce qui, par contre, est certainement le prétexte sur lequel Koch a fondé toute une théorie), que le bétail fut moins sensible que l'homme à la tuberculose humaine, au moins à certaines races de tuberculose humaine, comment pourrait-on se croire autorisé à prétendre, à affirmer, que l’inverse soit la vérité; surtout, lorsque cette affirmation, au cas où elle serait fausse, doit amener nécessairement la disparition de milliers d’existences humaines.

C’est un fait d’expérience absolument certain, affirmé par tous les expérimentateurs, et autrefois par Koch lui-même, que les cultures de tuberculose bovine sont plus virulentes, pour la plupart des animaux qui servent à nos expériences, que les cultures de tuberculose humaine et ne le sont jamais moins pour aucun animal. Comment donc se feraitil que seul, l’homme, au moins aussi sensible, sinon plus, à la tuberculose en général, qu’aucune de ces espèces animales, pût être réfractaire à la tubercuculose bovine? La seule conclusion, dans l’état

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actuel de la science, c’est que la tuberculose humaine joue, en effet, le rôle d’une tuberculose de virulence atténuée pour le bœuf ; mais que, d’après toutes les probabilités, d’après les inductions tirées de toutes les expériences, d’après toutes les vraisemblances, la tuberculose bovine, qui tue infailliblement un veau, un cobaye, un lapin, tuerait plus infailliblement encore l'homme qui serait inoculé, puisqu’il est au moins aussi sensible à la tuberculose qu’aucun de ces animaux.

Si je n’avais été obligé de préparer moi-même les cultures de tuberculose bovine qui m’étaient nécessaires pour mon inoculation et qui, actuellement, sont prêtes, si je n’avais eu le temps matériel nécessaire pour étudier et peser scrupuleusement la valeur des données renfermées dans la bibliographie, si de nouveaux cas scientifiquement avérés n’avaient rendu mon expérience inutile, si enfin j’étais resté sous mon impression première de la bonne foi de Koch, et si je n’étais arrivé à me convaincre scientifiquement, méthodiquement, de son improbité scientifique et de son imposture, je n’ai à ce sujet aucune espèce de doute, je serais déjà mort. Je causais de la question, au cours de décembre, à un moment où j’étais encore irrésolu, avec MM. Charles Richet etHéricourt, dont la com-

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pétence est incontestable pour tout ce qui touche à la tuberculose ; et leur opinion très nette est que la vie d’un homme inoculé avec une culture de tuberculose bovine, ne dépasserait pas huit à douze semaines, si même elle les atteignait. Cette conclusion me paraît très vraisemblable.

Bien entendu, il ne me fallut pas une longue réflexion pour renoncer à suivre le conseil que Koch m’avait donné, à Berlin, de boire du lait tuberculeux pendant quelques mois. Il n’est, pour ainsi dire, pas de lait consommé à Paris qui ne renferme les bacilles de la tuberculose; et je suis tout à fait convaincu que, d’une façon générale, sauf quelques exceptions, il ne résulte pas cependant, de ce fait, pour l’homme adulte et bien portant, de grands inconvénients, à condition que le lait ne soit pas trop riche en bacilles. Pour l’enfant, assurément, il n’en va pas ainsi, loin de là. Nous pouvons même affirmer, d’après des probabilités logiques équivalant presque à la certitude, que, chaque année, des centaines de mille enfants périssent sur la terre, empoisonnés par le lait tuberculeux. Il ne faut pas se lasser de citer, à ce sujet, les observations faites en Angleterre. Dans ce pays, durant la dernière moitié du siècle précédent, la mortalité des adultes, par la tuberculose, s’abaissa considérable-

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ment, par suite de l’amélioration de l’hygiène et des conditions générales d’existence; tandis que, pendant le même laps de temps, la mortalité des enfants, de un jour à un an, s’est trouvée très augmentée. Il n’est pas raisonnable de supposer que l’amélioration du bien-être et de l’hygiène ait pu amener cet excès de mortalité, qu’elle devait, au contraire, contribuer à ralentir; et les raisons les plus fortes et les plus convaincantes ont conduit, je crois, l’universalité des hygiénistes à en rapporter la cause au lait tuberculeux. En effet, la tuberculose du bétail, grâce à la diffusion des races sélectionnées, beaucoup plus sensibles que les races rustiques, à la tuberculose, et pour d’autres causes encore, augmentait également en Angleterre, comme d’ailleurs pour les autres pays, dans de très notables proportions.

Quant à la nocuité de la viande, la question est trop complexe et trop délicate pour que je puisse l’étudier en cet avant-propos, ni même que je puisse songer à l’examiner à fond, en ce travail préliminaire. Mais, pour le moment, ce qu’il importe de savoir, c’est si la tuberculose bovine, d’une façon générale, doit être considérée, oui ou non, comme infectieuse pour l’homme et si l’homme constitue réellement, vis-à-vis d’elle, cette merveilleuse exception imaginée par Koch. Il importe aussi de

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savoir, au cas où la théorie de Koch serait démontrée fausse, dans quelle proportion sévissent, sur rhomme, les ravages de la tuberculose bovine.

Si un homme, si des hommes contractent brusquement, à la suite d’une injection sous-cutanée intrapéritonéale de tuberculose bovine, la tuberculose, les pouvoirs officiels auront alors, s’ils sont doués de la probité et du courage nécessaires (ce qui n’est pas très sûr), un guide certain pour prendre et pour imposer, même brutalement, au besoin, des précautions qui, malgré quelques timides tentatives, ne sont encore pour ainsi dire jamais appliquées ; en tout cas, ne le sont jamais d’une façon efficace. Eh bien! je le dis très hautement, à la suite d’un examen très minutieux de la bibliographie, ma conviction absolue est que l’inoculation, non pas même dans le péritoine, mais sous la peau, d’une culture de tuberculose bovine équivaut pour tout homme, si robuste, si sain, si dénué d’antécédents personsels ou héréditaires qu’il puisse être, à une véritable condamnation à mort, à brève échéance. Ce n’est pas un tantième : dix, vingt, cinquante, quatre-vingts pour cent qui mourront; j’en ai aujourd’hui la conviction la plus profonde, la plus absolue, ce sont tous ceux qui seront inoculés. Si, au contraire, une série d’hommes peut s’inoculer impunément la

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tuberculose bovine, il n’existe aucun doute, Koch a raison, et l’on ne doit prendre aucune mesure pour protéger les hommes contre un péril imaginaire.

Je suis certain que M. Koch, qui connaît aussi bien que moi la bibliographie, bien que, au Congrès de Londres, il l’ait singulièrement travestie et dénaturée, sans que personne, chose vraiment étrange, ait élevé la voix pour lui reprocher cette autre imposture, je suis certain, dis-je, que M. Koch ne s’inoculera pas. Il ne le fera pas, parce qu’il sait que de cette expérience, si elle est pratiquée sincèrement, il mourrait infailliblement en quelques semaines; et un homme qui a pu lancer à la face du monde des affirmations qu’il savait fausses et qu’il savait devoir entraîner sûrement la destruction d’innombrables existences a, en général, d'aulres préoccupations que celle de préparer sa mort.

La vérité, sur les origines de la communication de Koch, a été dite par un journal français, le Matin dans un article que je cite in extenso plus loin. C’est pour obéir aux suggestions des hommes intéressés à calmer les inquiétudes des insatiables agrariens allemands, qui redoutaient de voir sacrifier leurs animaux sans indemnité, de voir entraver le libre commerce de la viande et du lait tuberculeux, que Koch a commis son imposture. Car, n’eût-il pas

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menti, eût-il seulement affirmé, sans bases solides, une proposition d’où dépend la vie de tant d’êtres humains, pour en tirer les conclusions pratiques qu'il en a tirées, ce serait déjà une imposture. Mais je doute que tout esprit critique, qui voudra bien suivre et discuter avec moi les événements, les antécédents, les conséquents toutes les apparences, puisse aboutir à une conclusion autre que celle formulée par moi, plus haut.

Il est une réponse très simple, que Koch a le devoir de faire, en présence de cette accusation très nette, très consciente de ma part et absolument formelle, qui nous prouvera, sinon la vérité de sa thèse (car il mourra de son expérience, si elle est correctement pratiquée), au moins sa complète sincérité, c’est de s’inoculer le bacille de la tuberculose bovine et d’inoculer avec lui M. Schülz, son collaborateur, et ceux qui, peu nombreux je suppose, oseront se porter garants de la vérité de sa parole. Cela ne lui coûtera guère, puisqu’il a affirmé bien nettement, à Londres, que la tuberculose bovine ne constituait pour l’homme aucun danger; et cela est nécessaire, parce que sa parole a entraîné et entraîne chaque jour la mort de milliers d’êtres, qu’à la suite de sa communication, les gouvernements, qui d’ailleurs n’en avaient pas la moindre

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envie, ont renoncé à préserver. Koch a eu autrefois l’inoculation plus facile. Pour augmenter la valeur commerciale de la tuberculine, de ce néfaste produit, soi-disant thérapeutique, qu’il a inventé en 1890 et qui, prétendait-il, guérissait sûrement la tuberculose, au moins au début, Koch s’est inoculé son remède. Il voulait ainsi prouver que ce prétendu remède n’était pas dangereux. On a démontré que, pour les tuberculeux, loin de les guérir, la tuberculine a une action profondément néfaste ; qu’elle active la maladie, la généralise, au lieu de la ralentir ou de la guérir. Si Koch s’était senti tuberculeux, à quelque degré, il se serait probablement bien gardé, par crainte de la réaction, de déployer un si grand courage et d’essayer sur lui-même un remède aussi dangereux.

Mais c’est une tout autre chose de s'inoculer, à dose infinitésimale, une substance, vénéneuse il est vrai, mais dont les effets auraient été soigneusement calculés d’avance, ou, comme aujourd’hui, de s’inoculer la mort, non pas possible, non pas probable, mais sûre et à brève échéance, ainsi qu’il arriverait fatalement avec les cultures de tuberculose bovine. Yoilà pourquoi M. Koch, qui sait tout cela aussi bien que moi, ne s’inoculera pas. On a dit, à maintes reprises, lorsque je me suis proposé à

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Koch pour me faire inoculer, qu’une expérience isolée ne prouvait rien. Si, par impossible, Koch s’inoculait, et si après que Koch et ses collaborateurs se seront inoculés, «quelques semaines se passent, sans que nous voyions un résultat net se produire chez eux, je suis prêt encore, moi qui n’ai pourtant aucune responsabilité dans la matière, et je le répète, avec la conviction d’une mort des plus probables, je suis prêt à subir la même épreuve. Lorsque je suis allé à Berlin, n’avais-je pas offert à Koch, sans aucune réserve, de m’inoculer, par le procédé qu’il jugerait le plus convaincant? n’avais-je pas, en ce moment, fait le sacrifice entier, absolu de ma vie?j

J’ai été frappé, au cours de l’entretien que j’ai eu avec Koch, de son insistance à repousser la valeur probatoire de toute inoculation. Il affirmait sans cesse, de la façon la plus absolue, qu’il n’y avait aucune chance de contracter la tuberculose par ce procédé. Cependant Koch savait parfaitement, tous les expérimentateurs sont d’accord sur ce point, que cette valeur probatoire était bien supérieure, pour l’adulte au moins, à celle de l’ingestion du lait. Mais Koch voulait surtout me détourner d’une épreuve qui eût entraîné pour lui la responsabilité certaine de ma mort, ou qui l’eût obligé à sacrifier ensuite sa propre existence.

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Si je m'étais inoculé rapidement, je serais, je le répète, actuellement mort, ou mourant, et je ne pourrais terminer l’œuvre que j’ai entreprise dès mon retour de Berlin, et qui aura une signification autrement importante que n’aurait pu l’avoir mon expérience, celle de démontrer l'imposture de Koch. Nous avons souvent d’autres moyens que l’expérimentation pour déterminer la vérité, c’est la critique méthodique de la bibliographie, des documents. Cette critique de la bibliographie, je l’ai faite avec tout le zèle dont j’ai été capable, et l’on pourra constater, par un document ( l'Étucle de la tuberculose chez les Grecs et les Juifs ), qui constitue un fragment de cette étude, et qui a paru dans les Archives de Parasitologie du professeur Blanchard, dans la Revue internationale de la Tuberculose , et, sous une forme un peu différente et abrégée, dans la Revue scientifique , de quelle façon j’ai compris ce rôle de critique.

Cette étude m’a amené à la conviction, à la certitude, de l’imposture du professeur Koch. En faisant sa communication au Congrès de Londres, il a obéi à des suggestions malsaines, extra-scientifiques, intéressées, pour lancer une affirmation qu'il sait inexacte; et cela après avoir longuement réfléchi aux incalculables conséquences de son méfait. Ce

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n’est pas d’hier que date, en Prusse, dans le monde officiel, la détermination d’éviter toute réglementation, toute mesure préventive ou curative contre l’abatage du bétail tuberculeux, contre le libre commerce de la viande et du lait tuberculeux. Dans ce but, les membres de la « Deutsche Gesellschaft für ôffentliche Gesundheitspflege », « la Société allemande d’hygiène publique »,ouplulôt certaines personnes appartenant à ce Comité, ne reculaient pas, dès 1875, devant une altération de pièces qui constitue un véritable faux1. Ils modifiaient, et j’en apporterai les preuves imprimées, les procès-verbaux de vœux et de décisions que Gerlach avait fait rendre, quelques semaines auparavant, grâce à son indomptable énergie; et ce faux était commis dans le but de conjurer le spectre du péril bovin. Pour savoir quels furent les instigateurs de ces manœuvres, il suffit de savoir à qui elles pouvaient profiter. Ainsi donc, à vingt-cinq années d’intervalle, nous voyons des hommes officiels, oublieux

1 Le compte rendu de la séance et le proces-verbal que fit voter Gerlach, après une ardente discussion, par la Deutsche Gesellschaft für olïentliche Gesundheitspflege, dans sa séance du 14 juin 1875, ligura immédiatement dans la « Augsburg' s allgemeine Zeitung » et dans le grand journal médical « Berliner klinische Wochenschrift », n° 40, 1875. Le compte rendu olliciel, dûment atténué et sophistiqué, parut quelques semaines après, comme « Sepcirat- Abdruck aus Eulenburg’s Vierleljahrschrift für gerichtliche Medicin. N. F. Bd. XXIII. H. 2.

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de toute probité, dissimuler, sans reculer devant les plus honteux moyens, dans l'intérêt de quelques hommes riches, principalement des gros proprié-' taires fonciers, le péril de la tuberculose bovine.

Mais les temps sont changés. En 1875, Gerlach était directeur de l’Institut vétérinaire de Berlin ; il usa sa vie dans une lutte contre le monde officiel prussien, soutenu seulement par le sentiment de sa probité et le respect de la vérité. Malgré la réserve qu’imposait à Gerlach sa situation officielle, il donne à comprendre, en ses nombreux ouvrages, par son amertume mal dissimulée, qu’il n’est pas libre d’exprimer la lutte constante qu’il subit jusqu'à la mort, contre tous les intérêts, toutes les cupidités, toutes les autorités, coalisés. Aujourd’hui, c’est un autre savant, en qui se trouve condensé, pour ainsi dire, un étrange mélange de science profonde et de puffîsme transcendant, qui, avec d’autres tendances, aurait la prétention de représenter l’Allemagne en cette question.

Si Koch répond à ces accusations formelles et s'il affirme, malgré l’évidence des faits, que ces accusations constituent des calomnies, s'il entend au moins plaider sa bonne foi, qu'il s’inocule donc dans des conditions qui défieront la critique ; et, au cas où Koch et ses compagnons d’inoculation,

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ceux qui auront été inoculés, moi -môme avec eux, tous restent indemnes, je consens à être confondu. J'en ai la profonde certitude, Koch ne s’inoculera pas. Mais au moins saura-t-on ce que valent ses affirmations, et s’attaquera-t-on résolument au problème de la destruction de la tuberculose bovine. C’est là le point essentiel.

Cette abstention, pour moi certaine, de Koch, constituera déjà un certificat de culpabilité, mais cela n'est pas suffisant. Il est nécessaire, lorsque l’on accuse formellement un homme, après avoir placé en lui une confiance absolue, de montrer comment s’est établie la conviction. Il est bon aussi de faire nettement comprendre aux hommes, en rattachant ces notions à un fait impressionnant, qui aura peut-être le don de les émouvoir, le véritable crime qu’il y aurait à laisser plus longtemps subsister cette cause d’infection humaine, qui réside dans la tuberculose bovine, et qui fait, chaque année, des milliers de victimes. Je me suis donc décidé à faire, de celte question, une étude aussi complète qu’il m’aura été possible.

L’exposition complète de ces recherches bibliographiques et critiques devait primitivementparaître en un seul gros volume, que je me proposais d’intituler : a Le professeur Koch et le péril de la tubercu-

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lose bovine ». Je pense qu'il y a quelque inconvénient à procéder de cette manière. Je me rends même compte, à chaque moment, de la difficulté qu’il y a à faire comprendre, d’emblée, les divers termes delà question, aux personnes non initiées; et cependant, il est nécessaire, pour que le public s’émeuve, qu’il comprenne son propre intérêt, qu'il admette et qu’il provoque, au besoin, lui-même, des mesures qui pourront lui causer une gêne momentanée, troubler au moins ses habitudes. Duclaux, dans un livre tout récent et excellent (comme tous ceux qui sont sortis de sa plume) sur l’hygiène sociale, reconnaît, avec raison, que tout progrès, dans l’ordre de l’hygiène physique, aussi bien que dans l’ordre de l’hygiène morale, n’est possible que s’il correspond à un progrès de l’éducation des hommes. Le cas de Koch est surtout intéressant dans l’ordre moral. Il y aura, sans doute, plus tard, à essayer d’interpréter, par des motifs d’ambiance, comment une telle aberration a pu se produire dans des conditions telles qu'elle semble constituer un véritable défi à la science, à la critique, à la conscience publique, à la raison même. Mais, pour le moment, il faut aller au plus pressé ; il faut d’abord convaincre les hommes du réel péril de la tuberculose bovine, et leur suggérer l’idée de

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s’en débarrasser. Je pense que j’ai le droit, en cette circonstance, de me prendre comme exemple de l’évolution qui peut se faire en l’esprit d’un homme dénué de tout préjugé, de tout parti pris, qui s’est mis à étudier la question de façon impartiale.

On peut bien le dire, pour le grand public, pour la généralité des médecins eux-mêmes, la question ne s’est posée que lorsqu’ils ont eu connaissance de la communication de Koch. Encore actuellement n’est-elle pas toujours exactement comprise; constamment on entend confondre, par des personnes qui ne sont ni ignares ni inintelligentes, tuberculose et tuberculine. On ignore, ou on confond, ce que prétend Koch, ce qu’affirme Virchow et ce que disent ses adversaires. Plusieurs des journaux médicaux qui ont relaté la communication de Virchow, faite le 24 juillet, à Berlin, dans le but de couvrir Koch, dont la communication avait eu lieu la veille même, à Londres, n’ont que très approximativement montré quel était le sens exact de cette intervention. L’œuvre dans laquelle je me propose de dépouiller l’énorme bibliographie qui se rapporte à la tuberculose bovine est si complexe, les points de vue à étudier sont si divers, et le travail qui résultera de cette énorme compilation sera nécessairement si touffu, que j’ai cru utile d’en pré-

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parer la lecture par une sorte d’introduction.

C’est cette introduction qui paraît aujourd’hui, dans cet ouvrage, renfermant cependant ce qu’il y a d’essentiel sur la question des rapports de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine.

La collection des lettres, interviews, réflexions, qui ont précédé mon voyage à Berlin, avait semblé assez intéressante à M. Raphaël Blanchard, professeur à la Faculté de médecine, pour mériter d’être réunie; et il les a publiées, en les accompagnant d’une note amicale, dans la très importante publication qu’il dirige, les « Archives de Parasitologie ». Je reproduis, à mon tour, ces documents, parce que je les crois très instructifs. Ils expriment bien, me semble-t-il, les modifications qui, sous l’influence des événements et surtout d’une étude minutieuse des faits et des documents, ont pu se produire dans l’esprit d’un homme absolument désintéressé dans la question, et qui peut ainsi se mettre, en quelque sorte, à la place du public. Cet homme avait cru, tout d’abord, à la probité absolue de Koch et à l’utilité du sacrifice de sa vie, qu’il avait fait sans réserve. Ce sacrifice, je suis encore prêt, de nouveau, à le faire, sans plus de réserves, si la probité scientifique de Koch, dont je doute formellement aujourd’hui, m’est démontrée, et si toutes les preuves de son

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imposture, que j’apporte, paraissent insuffisantes.

Je terminerai cet ouvrage par un commentaire de tous ces documents, qui les rend mieux intelligibles et qui expliquera dans quel esprit l’ensemble de mon travail sur la tuberculose bovine a été écrit. On trouvera également, dans ce livre, le texte intégral des communications de Koch et de Virchow, aussi bien que l’analyse des faits intéressants qui auront pu se produire depuis le Congrès de Londres et qui seront arrivés à ma connaissance. C’est-àdire que, du Congrès de Londres jusqu’au mois d’avril 1902, je donnerai une bibliographie complète des documents qui auront été publiés, ainsi qu’une analyse, lorsque cela me paraîtra utile.

En somme, le contenu du travail qui paraît actuellement est destiné à mettre les lecteurs au courant des conditions dans lesquelles j’ai été conduit à m’intéresser au problème de la tuberculose bovine, à m’offrir pour l’inoculation, et à étudier d’une façon complète les conditions dans lesquelles se pose ce problème. Mais, je n’attribue à ma personnalité d’autre intérêt que de représenter, pour le lecteur, la moyenne des hommes appelés tous à se faire une opinion sur une question si importante pour l’humanité tout .entière.

Je m’etforcerai, par des analyses, des résumés, de

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faciliter la lecture de mon second volume, surtout dans ses parties les plus ardues, c’est-à-dire les questions et les débats anatomo-pathologiques, qui ont joué un si grand rôle dans l'évolution de nos connaissances de la nature de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine et de leurs relations. Pour toutes ces raisons, je crois que la lecture de ce premier travail facilitera beaucoup la compréhension du second.

Ce qu’il est essentiel, à l’heure actuelle, d’obtenir, c’est la promulgation de la vérité, sur l'attitude de Koch, les véritables motifs de ses affirmations, aussi bien que sur le fond de la question. Il faut qu’il ne reste plus un seul doute sur l'unité de la tuberculose bovine et de la tuberculose humaine, sur les dangers de la viande et du lait empoisonnés. C’est seulement lorsque les hommes sauront bien que, chaque année, des milliers d'enfants meurent par cette cause, qui doit être promptement corn battue, qu’ils se décideront à imposer aux gouvernements, généralement aussi peu disposés (sauf la très honorable exception du Danemark) à les prendre, que le gouvernement allemand, les mesures radicales qui mettront une fin à cet odieux état de choses.

Je trouve, à la division de mon ouvrage en deux

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volumes devant paraître successivement, un autre avantage, qui peut être exposé de la façon suivante.

Le gouvernement français, pour n’avoir pas contribué à l’inspiration des conclusions de Kocli, en a été, en réalité, enchanté. Aucun gouvernement n'a jamais été plus faible que le gouvernement actuel, plus obligé pour durer, de mentir à ses prétendus principes d’origine, d’observer les lois de l’équilibre instable, de vivre de compromissions, d’effacement, de concessions compensatoires, c’està-dire de duperies alternatives, à l’égard de tous les partis. Peut-on lui demander, lorsqu’on le voit décorer des fabricants d’absinthe, c’est-à-dire des hommes ayant acquis la fortune en distillant un poison odieux, favoriser l’empoisonnement alcoolique du pays sous toutes ses formes, plutôt que de le combattre, prendre dans maintes questions vitales, telles que la question de l’eau et du lait, une attitude inspirée de celle de Pilate, peut-on lui demander, dis-je, de faire mieux, à propos du péril bovin, que l’on ne fit autrefois en France, pour cette seule raison, que la question est aujourd’hui scientifiquement mieux posée?

Ce serait mal connaître les hommes politiques et se faire à leur endroit de naïves illusions. On verra, par des paroles de Colin, que je rapporterai plus loin,

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du professeur Colin, représentant à cette époque la médecine vétérinaire officielle, en France, avec moins de sens critique et de probité scientifique que Gerlach en Allemagne, ce que le monde officiel pensait, il y a près de trente ans, sur la question. L’Académie de médecine, qui avait pu entendre dire, au cours de la grande discussion sur la tuberculose, à propos des expériences de Yillemin, que « si la tuberculose était vraiment contagieuse, il faudrait soigneusement le dissimuler », sans imposer silence à celui qui lui demandait de se faire le complice d’un tel mensonge scientifique et social, entendit, de même, sans émoi, Colin lui exposer ses théories de gouvernement, à propos de la tuberculose bovine. Colin, en termes larmoyants, nous fait un tableau attristé des souffrances des malheureux propriétaires dont on saisirait le bétail. Toute cette viande que l’on devrait jeter au fumier lui arrache des larmes, tandis que son œil et son cœur restent secs à la pensée de l’empoisonnement humain par la tuberculose bovine ; et le sort de la viande paraît inquiéter beaucoup plus ce fonctionnaire modèle, que ne saurait le faire celui des enfants que l’on jette, par centaines de mille, au tombeau.

Depuis Colin les choses n’ont pas changé ; ou si

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elles ont changé, ce n’est que pour prendre une pire direction; et, dans le monde officiel, je ne vois qu’un seul homme suffisamment indépendant et assez fort pour oser dire toute la vérité. Cet homme est justement Chauveau *, celui-là même qui se trouvait sur la brèche au temps de Colin, il y a une trentaine d’années, et qui provoqua par de célèbres expériences, dont le sens vient d’être vilainement dénaturé par Koch, les mémorables paroles de Colin, imprégnées d’une amertume fielleuse, que Chauveau n’a pas dû oublier.

Quant aux autres, ils feront sans doute ce qu’ils ont déjà d’ailleurs commencé de faire; ils endormiront l’inquiétude publique par des sophismes et des mensonges. N’est-ce pas un sophisme et un mensonge, de prétendre que la terrible question du lait et même de la tuberculose du bétail, est résolue, parce qu’on aura répété à maintes reprises un vieux Leitmotiv aussi banal qu’impuissant: « Mères, faites bouillir le lait de vos enfants ». Telle n’est pas la question ; elle est autrement large et autrement grave.

Et quant au fléau de la maladie bovine en ellemême, comment a-t-on l’intention de s’y prendre pour le faire disparaître? Il serait utile, selon

1 Au nom de Chauveau, il est juste d’associer celui d’Arloing.

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nous, d’exposer le plan des mesures que Ton compte prendre. La vérité est qu’on a l’intention bien formelle de ne rien faire. Il faut prendre des mesures sévères, des mesures inquisitoriales, des mesures graves, qui feront gémir ceux des riches qui sont incapables de comprendre leur propre intérêt. Il faudra répartir des indemnités, nécessairement incomplètes, de façon que les pauvres et les faibles, qui seront le plus atteints par l’abatage immédiat et nécessaire du bétail tuberculeux, en bénéficient davantage.

Cette attitude et ces procédés sont si éloignés des mœurs et des tendances de nos gouvernants, qu’ils préfèrent nier le péril et dissimuler la situation. Complices moraux de Koch, eux et leurs tenants scientifiques, en se donnant l’apparence de combattre Koch, tant l’imposture est manifeste, ils manœuvreront de leur mieux pour l’innocenter, pour s’innocenter eux-mêmes, afin que les choses restent en état. Aux affirmations contenues dans ce premier ouvrage et qui n’apportent pas constamment la preuve avec elles, ils opposeront, sur la question du lait, sur la question du péril bovin, des mensonges et des dénégations. Ils essaieront, on peut y compter, et ils ont déjà essayé, de faire autour du problème la conspiration du silence.

Je crois que, sur ces questions, j’aurai réuni, pour

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mon second ouvrage, tous les documents d’ordre statistique et autres, qu’il est possible, à l'heure actuelle, dans les divers pays civilisés, de se procurer. J’aurai alors le plaisir de répondre à ceux qui, comptant éternellement sur l'ignorance et la nonchalance des hommes, auront fredonné, dans l’intervalle, la vieille chanson avec laquelle, depuis que des hommes en gouvernent d’autres, ou plutôt les exploitent, on endort les plaintes et les souffrances de l’humanité.

Il y a des hommes aussi coupables que Koch dans la question de la tuberculose bovine, ou qui le deviendront; ce seront ceux qui, à l’heure actuelle, demain, lutteront pour maintenir le statu quo , et empêcher que le mal ne soit atteint dans ses racines, c’est-à-dire ne soit radicalement extirpé du bétail, au plus grand bénéfice de l’agriculture et pour le salut de l’humanité.

Dr Paul Garnault.

Paris, 5 janvier 1002.

Ces pages ont été écrites le 5 janvier ; la nécessité de multiplier mes recherches et d'attendre la publication de nouveaux travaux a retardé l’apparition de ce premier volume. Par contre, le développement qu’a pris la question m’a

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amené à lui donner des proportions plus considérables que celles que j’avais prévues. Ce qui peut manquer ici à l'expression actuelle de ma pensée se trouve exprimé au cours de cet ouvrage et dans mes conclusions.

Paris, 15 avril 1902.

LA

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