DÉVELOPPEMENT
De très bonne heure, l’enfant essaie de reproduire les objets qui l’entourent : nous nous en rendons compte facilement tous les jours en voyant nos élèves profiter d’un moment où ils ne se croient pas surveillés pour essayer de dessiner de naïves silhouettes.
Ce besoin, inné chez l’enfant, loin d’être combattu, me semble devoir être encouragé par le maître, qui s’appliquera surtout à le diriger par une suite d’exercices simples et bien gradués.
ÉPREUVES GRAPHIQUES
La nature elle-même nous indique que l’étude du dessin est celle par laquelle l’instituteur commencera par faire acquérir à l’enfant Yhabileté manuelle et visuelle, indispensable pour la géométrie aussi bien que pour le dessin.
Lorsque l’enfant sera capable de reproduire assez aisément les objets simples qui l’entourent, lorsqu’il aura dans la main le tracé des lignes, la fermeté nécessaire, le maître pourra alors aborder l’étude de la géométrie pour rectifier ou aider le jugement de l’enfant ; il lui fera dessiner des figures régulières, lui en signalera les propriétés immuables, les lui fera reconnaître autour de lui et développera son jugement par l’observation, jugement qui viendra en aide à l’œil. De la sorte, on sera parvenu à ce résultat : une main habile dirigée par un œil sain et un bon jugement. On aura ainsi développé par la pratique du dessin le goût de l’enfant, goût qui se perfectionnera à mesure que l'élève verra ses efforts récompensés par de bons résultats. On aura en même temps développé son jugement, son esprit, en lui faisant acquérir des notions justes, des connaissances exactes, qui, loin de demeurer abstraites, lui seront d’un grand secours pour dessiner.
En un mot, quoique le dessin doive précéder la géométrie, aussitôt que l’élève sera habitué un peu à se servir de son crayon, le maître abordera la géométrie.
Dans le cours élémentaire, le travail manuel lui sera très utile ; l’enfant ayant en main des formes diverses, prendra goût à les étudier, à les comparer, à les reconnaître. Les deux enseignements, dessin et géométrie, se compléteront mutuellement pendant tout le séjour de l’enfant à l’école ; le dessin viendra même animer la leçon de géométrie en utilisant, sous des combinaisons agréables, ce que les formes géométriques pourraient avoir de trop abstrait.
Ainsi sera bien près d’être atteint le but de l’éducateur : procurer à l’enfant par le dessin une main habile, un goût sûr, et par la géométrie un jugement sans lequel il ne parviendrait pas à voir juste.