AUTRE DÉVELOPPEMENT DU MÊME SUJET
Le dessin diffère de la géométrie en ce qu’il s’adresse surtout à la sensibilité, tandis que la géométrie s’adresse plutôt à l’intelligence.
C’est donc par l’enseignement du dessin qu’il faut forcément débuter avec le jeune enfant. En effet, l’enfant dessine naturellement, avec plaisir. Évidemment ce n’est pas le trait, la ressemblance avec le modèle qui l’occupe, ses facultés ne lui permettent pas encore ce travail ; mais c’est l’idée représentée par l’image qui l’intéresse et c’est elle qu’il évoque dans ses dessins plus ou moins grossiers. Cela est facile à constater dans tous les dessins faits par de jeunes enfants.
ENSEIGNEMENT élémentaire DU DESStN
Puisque de lui-même il apporte un intérêt à ce genre de travail, il ne reste plus au maître qu’à l’encourager et à l’aider dans cette voie. Il est donc probant que l’enseignement du dessin peut s’imposer dès le plus jeune âge, dès que l’enfant peut penser : lui-même nous le prouve.
Pour celui de la géométrie, il ne peut venir que beaucoup plus tard ; il faut que l’enfant ait déjà une certaine expérience de l’œil et de la main, une habitude du dessin assez grande pour reconnaître et distinguer lignes ou angles et savoir s’en servir. Ce n’est que vers la douzième ou la treizième année que l’on peut en parler avec profit et donner des définitions qui puissent être comprises.
L’enseignement du dessin exige, de la part du professeur, beaucoup de prudence et de circonspection. L’ordre que l’on peut suivre doit être le plus naturel : commencer par des exercices très simples, ne comprenant qu’une ligne ou deux, par exemple; plus tard, on pourra augmenter le nombre des difficultés, mais en ayant toujours soin de choisir des objets capables d’intéresser l’enfant, de l’émouvoir, en se servant avec lui d’un vocabulaire simple, convenant à son âge.
On ne doit pas craindre de multiplier les exercices de dessin ; et le professeur lui-même doit, autant que faire se peut, dessiner beaucoup au tableau noir, appliquer le dessin à l’enseignement général. On ne s’imagine pas combien les enfants d’une classe prennent goût au dessin lorsqu’ils ont un maître qui dessine bien lui-même. Cela se conçoit naturellement, étant donnée la nature de l’enfant, toute d’impression et d’imagination. Il faut que la leçon de dessin ne soit pas pour eux un ennui, mais un exercice attrayant, et cela est très réalisable.
Pour l’enseignement de la géométrie, il convient également de procéder par degrés, car il demande beaucoup d’attention, de précision et surtout de raisonnement et de jugement, toutes choses qui ne peuvent s’acquérir qu’avec le temps et l’habitude.
Lorsque l’enfant sera bien familiarisé avec toutes les expressions géométriques, qu’il aura compris les définitions, qu’il pourra faire des exercices intéressants, il sera alors profitable de faire une sorte de fiction des deux enseignements, au bénéfice de tous deux, en appliquant l'un à l’autre : lorsque l’enfant, ayant beaucoup dessiné, aura pris l’habitude de bien voir, il sera facile de lui faire distinguer, même dans un motif assez compliqué comme traits, la forme géométrique primordiale qui a servi de base à l’exécution. On pourra ainsi, en se servant de ces formes géométriques étudiées (trapèze, etc.), faire exécuter des sujets pleins d’intérêt pour l’élève, tels que croquis d’animaux, fleurs, etc., basés toujours sur la forme géométrique primitive.
ÉPREUVES GRAPHIQUES
Du dessin appliqué à toutes les matières de l’enseignement ; le rendre compréhensible à V enfant. Exposer pour quelles raisons et par quel moyen.
Développement
En introduisant le dessin dans l’enseignement primaire élémentaire, le législateur s’est préoccupé de développer chez le jeune enfant certaines facultés physiques et intellectuelles, de lui donner les moyens d’acquérir avec le concours de ses maîtres d’abord, seul plus tard, par son travail personnel, l’habileté suffisante pour transcrire une forme vue sans erreurs grossières, pour reproduire des formes géométriques, enfin pour grouper, arranger ces formes au besoin, de façon à faire œuvre d’imagination, œuvre personnelle.
Les procédés à employer pour aboutir à un résultat sérieux doivent tendre à l’éducation de l’œil et de la main et à développer l’esprit d’observation.
Le meilleur de ces procédés est l’analyse : analyse d’aspect, d’ordonnance et de position de l’objet; analyse de forme, d’ordonnance de l’image; analyse de position et d’orientation des figures ; enfin analyse du dessin ou de la transcription.
Il est évident que les exercices choisis doivent être rigoureusement progressifs. La ligne se traduisant par un trait, rien de plus naturel que de commencer par elle ; elle fournira par ses combinaisons binaires bon nombre d’exercices graphiques intéressants, et par l’étude des positions optiques le sujet de remarques judicieuses pour l’éducation visuelle. Les objets à deux dimensions (épaisseur négligeable) viendront ensuite, objets droits ou ronds entre lesquels il est bon d’établir une progression : forme rectangulaire, circulaire, annulaire, etc.
Déjà ces exercices nécessitent une étude des valeurs angulaires. Il est bon dès lors d’en tirer des remarques et des règles qui doivent être utilisées fréquemment dans les exercices suivants. Les figures combinées deux à deux à angle droit fournissent un champ très vaste d’imagination et constituent la pierre de base de l’enseignement du dessin à vue (dièdre droit à faces carrées, par exemple). Deux surfaces liées, dépendantes, donnent des images dont la représentation est soumise à des règles où le raisonnement vient compléter les renseignements visuels. Ces raisonnements doivent être compris de l’élève avant d’aborder le troisième genre d’exercices: objets à trois dimensions.
Ici l’échelle est vaste ; cependant, en classant du simple au composé, il est facile de faire un choix progressif de modèles : solides simples droits et courbes ; solides composés droits et courbes. Chacun de ces modèles types doit être étudié en particulier, dans ses différentes apparences de conformation et de position et au point de vue de sa forme géométrique. D’ailleurs point de leçon simultanée possible dans nos classes, si chaque élève n’est
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ENSEIGNEMENT ELEMENTAIRE DÛ DESSIN
pourvu de son modèle réduit ; alors seulement pourront s’exécuter des séries d’exercices avec le même modèle en modifiant successivement sa position optique ou son attitude. Les corrections orales du professeur s’appliquent grâce à ce moyen à tous les élèves et profitent à tous. Le modèle unique est un écueil contre lequel se heurtent encore les professeurs de dessin : autant d’élèves, autant de dessins différents, autant de leçons particulières.
Les solides simples et composés nécessitant des exercices nombreux pour obtenir des exécutions franches et intelligibles, il serait fastidieux de produire les mêmes objets abstraits. Un enfant consentira volontiers à recommencer une même forme si elle appartient à un objet usuel différent : l’étude du cylindre s’applique à une très grande variété d’objets : casseroles, marmites, fontaines, seaux, etc. Ces objets, l’enfant les trouve chez lui ; on peut les lui procurer en classe à bon marché ; les modèles ne manquent pas dans la collection des jouets enfantins. De la sorte l’intérêt des leçons se soutient et les progrès nés des remarques, des observations individuelles et collectives, des corrections simultanées et personnelles, sont certains.
Les analyses de forme, d’ordonnance, de position, de conformation soit au point de vue géométrique, soit au point de vue de l’apparence, doivent être non seulement orales, mais écrites, surtout au début. C’est un moyen sûr d’obliger l’enfant à exécuter ce travail d’esprit.
L’analyse aide à la reproduction du dessin de mémoire, qui n’est autre qu’une synthèse ; il n’y a même pas de dessin de mémoire fidèle s'il n’y a eu analyse préalable de la forme vue. Ces exercices de mémoire doivent s’étendre non seulement aux objets inanimés, mais aux êtres animés. Il est indispensable de mettre à même l’enfant de pouvoir reproduire, avec les faibles moyens dont il dispose, quadrupèdes, oiseaux, etc.
En lui faisant rechercher les caractères généraux des formes, en lui faisant trouver les attitudes familières de ces êtres, il parviendra assez vite à crayonner des silhouettes satisfaisant sa curiosité. Ces exercices lui seront un auxiliaire précieux pour la compréhension des autres parties du programme, sciences par exemple.
La composition, œuAre d’imagination, de création absolument personnelle, est cependant susceptible d’étude grâce à une progression raisonnable ; elle est abordable dans nos classes par le point, le trait, la combinaison de lignes deux à deux, trois à trois, etc. (décor polygonal, conjugaison des figures asymétriques, adaptation de la plante aux dispositifs de combinaisons).
L’étude de la couleur : tonalités, composition, nuances, loi des complémentaires, est indispensable et permet un grand nombre d’exercices spéciaux ; mais où l’enfant y trouve un attrait particulier, c’est dans la décoration de ses œuvres personnelles. Le maître intelligent fait aussi de cette étude un moyen d’émulation.
Le dessin géométrique est, cela est possible et naturel, mené de front avec le dessin à vue. La plupart des constructions exécutées au cours du
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programme, les procédés employés pour enseigner le dessin à main levée sont applicables au dessin à vue.
Grâce à cette observation soutenue et aux nombreux exercices, l’enfant aura acquis une écriture spéciale, un dessin qui pourra lui rendre dans la vie de signalés services.