‹ Le professorat du dessinChapitre 24 sur 112 · CORRECTION D UN DESSIN DE TETE · texte numérisé non relu

CORRECTION D UN DESSIN DE TETE

telle faute commise, un mot dit à propos pour provoquer les observations et la réflexion de l’élève et l’amener à penser ce que l’on juge utile qu’il pense, lui laisseront le mérite, à ses propres yeux, de l’initiative, et graveront dans sa mémoire une empreinte infiniment plus durable. On lui fera remarquer la facilité qu’il a de découvrir luimême sa faute, en s’y prenant avec méthode. On lui recommandera de toujours commencer la séance par la recherche des fautes commises dans la leçon précédente. En se mettant de nouveau au travail l’œil et l’esprit reposés, il est bien plus apte à se juger sainement qu’il ne l’était lorsque la fatigue avait altéré ses facultés d’observation et de comparaison. La faute découverte, le professeur devra aider l’élève à comparer la partie qui lui semblait défectueuse avec tout l’ensemble de son dessin ; il devra lui apprendre à ne pas se hâter de faire une correction qui pourrait, dans beaucoup de cas, amener un résultat pire que la faute première. Il faut, de même, enseigner à l’élève à se bien garder d’effacer tout d’abord cette partie défectueuse, car il aurait bien des chances de retomber exactement dans les mêmes erreurs. Quand les traits sont nouvellement placés, on lui permettra seulement de faire disparaître les quelques faux traits qui gênent. Cette méthode, qui consiste à corriger avant d’effacer, permet quelquefois de recommencer en un instant une figure entièrement dessinée et que, pour une raison ou pour une autre, on veut déplacer dans le papier.

On pourra énumérer ces divers conseils au cours de l’épreuve de correction ; ils montreront à l’examinateur comment le candidat professerait s’il était en exercice, et ce sont là, croyons-nous, les meilleurs moyens de corriger promptement un dessin avec quelques chances d’instruire les élèves.

N. B. — Les candidats feront bien de se munir d'un fil à plomb et d’un fusain taillé.

Correction d’un dessin de tête.

Agrippa (%. 61).

Question de l’examinateur : A première vue, quelle est la faute essentielle de cette tête ?

La faute essentielle de cette tète est le manque de caractère, par rapport au modèle. En effet, ce qui ressort de l’ensemble du buste d’Agrippa, c’est :

i° une expression de dureté et de concentration, due à l'abaissement des sourcils sur les yeux ; 2° une impression de force, rendue par la largeur des mâchoires et la grosseur du cou.

Si je trouve ce manque de caractère général dans ce dessin, il existe aussi des fautes d’ombres. En effet, les ombres n’ont pas été bien indiquées ; cela provient de ce que l’élève n’a pas l’habitude de les masser, ce qui doit toujours être fait de la façon dont je l’indique par ce croquis (croquis de la tête d’Agrippa situé en marge du dessin). (Nous avons représenté le croquis avec la lumière dans le sens opposé, pour donner un nouveau document aux candidats.)

Supposez maintenant que mus soyez devant un élève et que vous ayez à corriger son dessin ; que feriez-vous ?

Je commence par chercher le plus exactement possible la place occupée par l’élève ; une fois cette place trouvée, je procède dans le même ordre pour corriger un dessin que pour l’exécuter, c’est-à-dire que je m’occupe en premier lieu du mouvement et des proportions, puis je passe au caractère, aux détails d’esquisse et enfin aux ombres. En conséquence, je dirais à l’élève : Dans le buste d’Agrippa que vous me présentez, le mouvement général est bon, les grandes proportions sont bien observées dans l’ensemble, f erreur commence avec le détail des formes et la construction des traits. Ainsi, la ligne des cheveux sur le front est beaucoup trop basse ; cette faute était cependant bien facile à éviter de la place où vous étiez, la ligne des cheveux séparant en deux parties égales l’espace compris entre les sourcils et le sommet de la tête.

La ligne formée par l’arcade sourcilière n’est pas juste. Vous avez trop accentué l’expression du modèle et, quoique les yeux noyés dans l’ombre soient peu visibles, on se rend suffisamment compte qu’ils sont ouverts également, ce qui n’a pas été fait dans votre dessin.

Le nez n’a pas le caractère ferme et puissant du modèle ; les lignes en sont molles et rondes.

La bouche manque également de fermeté, et le triangle qui accentue à son extrémité l’expression sévère du modèle, n’existe pas ici.

Le menton n’a pas été bien construit. En effet, je ne retrouve pas la silhouette du maxillaire inférieur, avec sa division centrale, dans celte ligne courbe et uniforme qui indique le menton.

Dans les contours extérieurs, je trouve les mêmes fautes que dans les traits ; ces contours sont ronds et mous. Vous avez bien fait de simplifier les détails des cheveux, mais il faut prendre garde de ne pas exagérer cette simplification ; quelques accents rompant l’uniformité du crâne ont leur utilité.

Le contour de l’oreille est négligé.

J’ai déjà parlé du caractère et des ombres au commencement de ma correction, Aussi n’y reviendrai-je que très sommairement, pour indiquer

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