I. — L'Américanisme, religion de la démocratie
J'entends ici la démocratie politique. Elle est le fondement de la religion américaine, et, certes, le
(i) Ua simple exemple d'aujourd'hui : M. l'abbé Lemire a prononcé, le i5 janvier 1907, à la Chambre des députés, un discours scandaleux où il a eu l'inconsciente audace de reprocher à Pie X de n'avoir pas cru à la sincérité, aux attentions Joyales des auteurs de la séparation et à celles du Parlement. Le devoir de tout journal catholique eût été de veûger l'auguste pontife et de relever une telle insolence. La Croix est restée muette; elle fait l'union des catholiques.
(2) On se souvient de la lettre citée dans l'introduction (tome I, Pa^e 133), oii il est dit que, pour le Pape et le cardinal RampoUa, l'Américanisme est essentiellement lié à l'évolution politique qu'ils favorisent en France.
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spectacle n'est pas banal, de voir les preneurs du ralliement, dont le grand scandale avait été la prétendue union du trône et de l'autel, se passionner pour un système basé sur l'alliance indissoluble de l'Eglise avec la démocratie politique. Tant il est vrai que l'indifférentisme est un principe faux et inapplicable ! Quant à la contradiction formelle avec les vraies directions pontificales prohibant la confusion entre cette démocratie et la démocratie chrétienne, il est superflu de la faire ressortir une fois de plus. Au quatrième congrès scientifique international des catholiques tenu à Fribourg, en juin 1897, le recteur du collège américain à Rome, Mgr Denis O'Connel, présentait et définissait, pour ainsi dite officiellement , l'Américanisme.
Examiné de bonne foi, dit-il, il ne représente pas auti^e chose que le loj^al dévouement des catholiques américains aux principes sur lesquels le gouvernement est fondé, et leur conviction intime que ces principes offrent aux catholiques des avantages sérieux pour promouvoir la gloire de Dieu, le développement, l'épanouissement de l'Eglise et le salut des âmes en Amérique (i).
« L'œuvre du P. Hecker, dit M. Klein, dans la préface qu'il a donnée à la vie de son héros, est d'avoir montré les harmonies profondes qui rattachent le
(î) « L'Eglise catholique aux Etats-Unis est avant tout l'Eglise d'Amérique. » Bargy, la Religion dans la société aucs Etats-Unis. Colin, 190a, p. 186. « Le patriotisme de l'Eglise américaine a été mis à l'épreuve. C'est en américanisant les fidèles qu'elle en a perdu plus de la moitié : en les familiarisant avec la langue, les lois, les mœurs de leur nouveau pays, elle a hâté leur désertion vers le protestantisme ou vers la libre pensée... De chaque catholique l'Eglise veut faire un Américain, même au risque de préparer en lui un protestant, ie loyalisme envers le pays passe même avant le dévouement à la foi. » Bargy, p. i85. — Inutile de souligner le rapprociement que cette dernière phrase évoque.
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nouvel état de l'esprit humain au véritable christianisme et aux plus intimes rapports de Fâme avec Dieu. » Et encore : « Sa mystique s'applique à tout chrétien dans la vie moderne. » Et enfin : « Il a établi les principes intimes de \di formation sacerdotale pour les temps qui commencent ».
Ainsi donc, d'après ces évolutionnistes, non seulement nous entrons dans des temps nouveaux, mais l'esprit humain entre lui-même dans un nouvel état. Ce chang-ement appelle d'après eux une transformation de la vie, où se trouveraient modifiés non seulement les rapports mondains des hommes entr'eux, mais « les rapports les plus intimes de l'âme avec Dieu » .
Quels sont ces temps nouveaux qui commencent? Quelle est la caractéristique de cette vie moderne qui a de telles exig-ences ? Quel est ce nouvel état de l'esprit humain qui s'impose à Dieu lui-même au point de le. mettre dans la nécessité de changer les rapports qu'il a eus depuis Notre Seig-neur Jésus- Christ avec les âmes rachetées du sang" divin ?
A ces interrog-ations, les Américanistes répondent: C'est la démocratie (i).
« La vie de l'homme, dit encore le P. Hecker, dans l'ordre naturel et temporel, marche vers la
(1) « La forme gouvernementale des Etats-Unis est préférable à toute autre pour les catholiques. Elle est plus favorable que d'autres à la pratique des vertus qui sont les conditions nécessaires du développement de la vie religieuse dans l'homme. Elle lui laisse une plus grande liberté d'action, par conséquent lui rend plus facile de coopérer à la conduite du Saint-Esprit. Avec ces inslitutions populaires, les hommes jouissent d'une plus grande liberté pour l'accomplissement de leur destinée. L'Eglise catholique sera donc d'autant plus florissante dans cette nation républicaine que les représentants de 1 Eglise suivront de plus près, dans la vie civile, la doctrine républicaine... » (Sa vie, pages 280-281.)
liberté et Findépendance personnelle, et c'est un chan§"ement radical.» Parce que l'homme moderne devient partout un citoyen libre, Hecker jugeait qu'il fallait lui façonner un tempérament moral différent du temps où il était sujet d'une monarckie.il fallait développer sa volonté, éduquer son sentiment de la personnalité. Cette émancipation semblait au P. Hecker devoir entraîner une liberté spirituelle qui restait inoffensive puisqu'elle était toujours soumise à l'Eg-lisCjaux papes infaillibles, à ceux que Dieu a choisis pour les conducteurs des hommes dans le chemin du salut.
L'intelligence qu'avait le P. Hecker des besoins démocratiques et sociaux des temps nouveaux ne lui inspirait aucune sympathie pour les catholiques d'Europe, attardés dans l'attachement aux régimes finis. Leur manière de comprendre la religion ne le séduisait pas plus que leurs tendances politiques. Il avait une antipathie instinctive pour la dévo- , tion exprimée par beaucoup de pratiques extérieures, comme cela se rencontre dans les pays méridionaux (i) . Il pensait que « le malheureux état des pays catholiques est l'effet de trois siècles d'insistance sur la soumission et la négligence des vertus actives. Il appelait ainsi l'énergie, l'esprit d'initiative, la virilité, qu'il opposait aux vertus passives, c'est-à-dire à celles qui rendent l'homme humble, obéissant, effacé dans la proportion des sacrifices qu'il fait aux exigences de l'autorité. Sur cette division des vertus en deux catégories, il avait échafaudé tout un système :
L'énergie que "réclame la politique moderne n'est (i) Revue du Clergé français, i" mars 1898, p. 11.