‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 104 sur 118 · IV. — ce L'Univers » et l'Américanisme (i · texte numérisé non relu

IV. — ce L'Univers » et l'Américanisme (i

L'Univers, authentiquera en t reconnu pour « le bon journal », « le journal catholique par excellence (2) », eut-il une meilleure ligne de conduite dans cette question de l'Américanisme que dans les précédentes ? Organe attitré du clergé et des catholiques purs, journal obligatoire pour les communautés, quelle opinion répandait-il dans sa clientèle? Le lecteur en jugera par les documents que nous lui soumettons.

Passons sur les préliminaires. Le 17 octobre 1892, /' Univ ers annonçait avec de grands éloges le livre de M. l'abbé Klein : Nouvelles tendances en religion et en littérature, YTai précurseur d'américanisme; le II mai 1894, il enregistrait avec une satisfaction et une approbation non moins vives une singulière lettre de Mgr Ireland au traducteur de ses discours publiée avec ce titre : l'Eglise et le siècle.

Voici enfin la vie du P. Hecker due toujours à la même plume. J'invite le lecteur à chercher seulement l'expression d'une réserve mêlée aux éloges de premier-Paris du 7 juillet 1897 paru sous ce titre : te Père Hecker :

C'est une chose étonnante à quel point la vie de ce prêtre américain peut intéresser les catholiques d'Eu-

(i) Tout le moade sait que le livre de M. l'abbé Maignen, le P. Hecker est-il un saint ? qui contribua puissamment à la condamnation de l'Américanisme, est le recueil des articles publiés par lui dans la Vérité. Nous n'avons donc point à insister autrement sur l'attitude de ce journal dans l'affaire.

{2) Le P. Maumus, loc. cit., p. 276.

rope, et principalement les catholiques de France. On dirait que l'auteur a écrit pour nous. Mais il a encore mieux réussi que s'il avait eu une telle intention. Il a voulu faire saisir la pensée qui a dirig-é un apostolat des plus féconds. Et comme le P. Hecker était surtout préoccupé des difficultés spéciales que l'Eglise rencontre dans la société contemporaine , le livre qui parle de lui se trouve s'adresser à tout le monde.

On ne manquera pas de présenter la vénérable objection que la France n'est pas l'Amérique ; c'est entendu. Ce point admis, on ferait bien de considérer qu'en Amérique il y a des hommes comme nous^ qui ressentent nos besoins, no& passions, qui éprouvent nos inquiétudes et nos désirs. Là-bas, l'ardeur est extrême, mais sommesnous donc si patients et si pondérés ?

En somme ce qui se passe aux Etats-Unis peut nous aider à mieux connaître ce qui se passe dans la vieille Europe.

La crise sociale, morale, relig"ieuse est ouverte partout. Si elle se" manifeste avec plus d'ardeur en Amérique, il est utile de regarder de ce côté-là pour mieux comprendre ce qu'elle signifie, d'où elle vient, à quoi elle tend.

La vie du P. Hecker est d'ailleurs pleine de tant de choses curieuses et sublimes ! Ce fondateur de communauté avait commencé par être ouvrier imprimeur, puis ouvrier boulanger. Tout en travaillant des bras, il étudiait sans trêve. Il avait installé une bibliothèque au-dessus de son pétrin. C'est ainsi qu'il lut et médita la. .. Critique de la raison pure! Après Kant, Fichte, Hegel et d'autres philosophes vinrent respirer l'odeur du froment réduit en pâte.

Nous ne nous imaginons guère, nous, ces êtres poursuivis du besoin de savoir au milieu du travail manuel. Cependant, à Paris et dans d'autres villes, on rencontre facilement des ouvriers qui se reposent en dévorant des livres, en écoutant quelque professeur de physique, de chimie ou d'histoire. Il y a même des espèces d'écoles

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privées qui fonctionnent ainsi. Les cours du soir attirent un masse d'hommes, jeunes ou vieux, qui ont passé la journée à l'atelier ou au bureau.

Chez le futur P. Hecker, le désir d'apprendre avait le caractère le plus élevé. Notre boulang-er voulait arriver à la vérité complète. Il y tendait par l'amour de la vertu, comme par le g-oût de la science. Il procéda à l'examen de toutes les sectes. Episcopaliens, Gongrég-ationalistes, Baptistes, Méthodistes, etc., le voient dans leurs rang-s, indépendant et attentif. Dans son journal (de nombreuses citations sont reproduites), Hecker déclare avoir été pendant un certain temps socialiste radical.

Malgré ces allées et venues en plein chaos, il restait animé de la même et unique pensée. C'était le vrai et le bien qu'il lui fallait. Dieu, qu'il cherchait de tout cœur, le conduisait par les détours qui sont ordinairement les voies de la Providence. Aucun lecteur de n'importe qu'elle opinion ne restera indifférent en écoutant ce récit.

Devenu catholique, prêtre, relig-ieux, Hecker put dire, avec autant de conviction que de modestie, qu'il était demeuré fidèle à lui-même. Et l'ordre des Paulistes fondé par lui (dans quelles circonstances sing-ulières) a précisément pour objet de développer toutes les ressources naturelles, de mettre en valeur toutes les facultés de l'individu en les vivifiant par la foi.

Cette union de la nature et de la g^râce, de la vie civile et de l'Eg-lise, de la raison et de la Révélation, c'est un des aspects essentiels du christianisme. Certaines âmes pieuses sont portées à l'oublier et, par attachement au surnaturel, voudraient creuser entre la relig-ion et la société humaine un abîme infranchissable (?). Celui qui existe ne les satisfait pas. Il a cependant de belles dimensions.

Quinze, pag-es mises en tête du volume et écrites par Mg-r Ireland résument, avec une parfaite clarté, et une élévation admirable, la pensée qui a remplie l'existence du P. Hecker et qui lui survivra. « Chaque siècle », dit

le grand évêque, <( à son idéal en fait de perfection chrétienne. Tantôt c'est le martyre, tantôt c'est l'humilité du cloître. Aujourd'hui il nous fait l'homme d'honneur chrétien et le citoyen chrétien. » Une élég-ante préface composée par M. l'abbé Félix Klein met en évidence les préoccupations principales qui disting-uèrent l'apôtre américain. Pie IX disait du P. Hecker: a. Cet homme est universel. » En effet, le fondateur des Paulistes avait aussi bien le sens de la doctrine et de l'ascétisme que de la prédication et des œuvres. Son esprit était attiré continuellement par l'état g-énéral de ce monde que la relig-ion doit pénétrer. Il comprenait à merveille le travail que l'Eg-lise a, pendant trois siècles, accompli pour fortifier les principes et la discipline; et il appelait, avec une humble impatience, l'heure où toute la force surnaturelle accumulée serait abondamment répandue dans toutes les directions. L'heure approche. Léon XIII a donné U impulsion qui va ouvrir à la foi des chemins nouveaux dans le monde entier. Oui, nouveaux. Notre Seig-neur lui-même l'a dit : « Le maître de maison tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes. »

Qu'on lise ce livre très bien écrit et très bien traduit ; plein d'originalité^ de charme et de puissance ; plein de pensées qui éclairent et qui font battre le cœur d'un courage invincible.

Eugène Tavernier.

Le 6 mai 1898, l'Univers dit :

S. Em. le cardinal Gibbons vient de faire connaître par une lettre destinée à être rendue publique son appréciation sur le P. Hecker et sur les Paulistes.

Cette lettre est adressée au P. EUiot, pauliste et auteur de la Vie anglaise du P. Hecker. Elle paraîtra en tête de la sixième édition de la traduction française . ■ Après les nombreux éloges et les rares, mais violentes attaques dont le P. Hecker et ses œuvres ont été l'objet dans ces derniers temps, on ne lira pas sans

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intérêt le jugement qu'avec sa grande autorité l'archevêque primat des Etats-Unis a cru devoir prononcer luimême sur le célèbre fondateur des Paulistes (suit le texte de la lettre).

Si V Univers était réellement aussi peu charitable que la Vérité l'a quelque fois dit,il pourrait s'ojBFrir le malin plaisir de relever une à une les... différences vraiment étonnantes qui existent entre cette lettre écrite le i4 avril par le cardinal Gibbons, et les attaques publiées contre le P. Hecker durant tout le mois de Mars, sous le pseudonyme de Martel, par M. l'abbé Maignen^ ancien aumônier du cercle Montparnasse.

Déjà la vie du P. Hecker avait pour elle une introducduction élog"ieuse de Mg-r Ireland et V Imprimatur de New-York. L'approbation sans réserves que vient de lui donner l'archevêque primat des Etats-Unis achève de réduire à leur juste valeur les longs reprochés accumulés dans la Vérité par un écrivain dont on connaît l'esprit réfractaire. Nul n'a oublié, en effet, la lettre révoltante qu'il publia ces dernières années contre M. le comte A. de Mun coupable, à ses yeux, d'avoir suivi les directions politiques et sociales du Souverain Pontife.

Trois jours après, le 9 mai, avec ce titre : Précisons :

Dans notre dernier numéro, nous constations que la Vérité est oblig-ée de reconnaître l'identité de son collaborateur Martel avec le fâcheux abbé Maig-nen, et celle de son correspondant Saint-Clément avec un ancien professeur remercié de l'université catholique de Wasing-hton (i).

Nous ajoutions : « C'est tout ce que nous avons à dire.

(t) m. l'abbé Périès quitta l'université dans des conditions parfaitement honorables ; mais on ne lui pardonnait pas d'avoir signalé les erreurs dont elle était devenue le foyer. L'Univers montre ici trop de zèle pour l'Américanisme.

Quant à la Vie du P. Hecker, nous n'avons pas publié d'appréciations sur cet ouvrage,» et nous disions nous être bornés à reproduire, comme document de haute importance, la lettre de l'illustre cardinal Gibbons en faveur du père Hecker et de ses Paulistes.

Cela sig-nifîe, bien entendu, que nous ne croyons pas utile de discuter avec Martel. Mais nous n'oublions pas quun des nôtres, sans entrer dans l'examen détaillé de l'ouvrage, a fait de la vie du P. Hecker un éloge

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