‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 105 sur 118 · MÉRITÉ · texte numérisé non relu

MÉRITÉ

22 octobre.

Parce que nous nous sommes élevés contre un partipris criant, contre une campag^ne qui ne respectait pas les intentions et ne voulait tenir aucun compte des circonstances, contre des procédés de polémiques sans dig'nité ni correction, enfin contre l'introduction du pamphlet dans la discussion théolog-ique, nos adversaires se sont empressés de nous représenter comme de chauds et absolus partisans de ce qu'on appelle l'^merzcanisme . Un journal que Rome a frappé d'une censure dont il n'est pas relevé, et qui se donne cependant pour le gardien sévère de la doctrine, dispensateur d'excommunications, répète constamment avec charité cette assertion qu'il sait fausse.

Nous sommes heureux de devoir à l'Ami du Clergé, la mag-istrale revue, une occasion nouvelle de montrer notre impartialité dans cette question.

L'Ami du Clergé vient de consacrer une très long-ue et très remarquable étude à l'Américanisme (i). Nous ne pouvons song-er à la reproduire tout entière. Au moins en voulons-nous donner de larges extraits, qui renseigneront nos lecteurs sur ce que des théologiens éminents — sérieux et convenables ceux-ci — pensent de ce sujet. D'aucuns trouveront sans doute que l'Ami

(i) Voir plus haut, page 436.

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du Glerg-é aurait pu faire un peu plus large la part du bon, an peu moins vaste la part du mauvais dans l'Américanisme. U excellente revue ne leur paraîtra point avoir péché par excès d'indulgence. Néanmoins, ce qu'elle dit, pour ne pas entièrement plaire à tous, n'en doit pas moins être écouté gravement et médité.

Le i8 janvier 1899, l'Univers reproduit, sans l'accompàg-ner d'aucune réserve ni réflexion, le filet suivant que par conséquent il faisait sien :

Nous lisons dans la Vie catholique :

La Vie Catholique a annoncé en primeur que Léon Xin ne publieraitpas sa lettre au cardinal Gibbons, et nous regrettions ce désistement, la lettre approuvant tout ce que nous approuvons dans (c VAmérica-' nisme » (i). Mais les réfractaires de tous bords et de tous pays se sont lancés sur une fausse piste; ils prétendaient hier encore que Léon XIII allait écraser a l'Américanisme » et condamner ses admirateurs. Ils ont poussé l'imprudence jusqu'à résumer le document pontifical. Pour plus de sûreté, nous avons pris des renseig-nements aux sources les .plus directes, et il nous a été répondu : Ghiaccheria giornalistica (potins de journaux). On s'est demandé aux bons endroits pourquoi la coterie anti-romaine a répandu ces mensong-es. On croit savoir que les inspirations de l'intrig^ue ont voulu prolong-er la confusion jusqu'à l'arrivée de Mgr Ireland à Ptome, afin de pouvoir attribuer le silence du Pape et la défaite des anti-américains aux te pressions » et aux (( manœuvres » de l'archevêque de Saint-Paul . Mgr Treiong- s'embarquant le i4 janvier à Nev^^-York, nous avons tenu à fixer l'exacte vérité et à établir le jeu de ces adversaires.. Nous sommes en mesure de déclarer dès aujourd'hui que cet incident est clos.

(i) La lettre datée du 22 janvier fut rendue publique le ai février.

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Il est nécessaire de citer aussi quelques spécimens des correspondances romaines, d'allure plus autorisée, dont l'Univers nourrissait ses lecteurs. Le 24 juin 1898, il donnait celle-ci :

« La lettre suivante nous arrive de Romeavec ce titre : Soyons exacts; elle n'est pas pour nous d'une parfaite amabilité, s'il nous y est dit que nous valons mieux que d'autres - — ce qui n'est jamais désag-réable — on nous y fait entendre que nous pourrions cependant valoir mieux encore. Nous acceptons tranquillement l'une et l'autre appréciation et nous donnons la parole à notre correspondant. C'est de la polémique sur la Vie du P. Hecker et de l'œuvre des Paulistes qu'il nous entretient. Il est homme de grand savoir et tout à fait en position d'être très bien informé. » — (Eugène Veuillot.)

Ce volume du P. Elliott, traduit en français par les soins de M. l'abbé Klein, est une biographie et pas autre chose, biographie qui a eu le mérite de déplaire aux réfractaires, et cela est une bonne note. La doctrine du fondateur des Paulistes sur l'action du Saint-Esprit dans les âmes et dans l'Eglise a pour répondants un grand nombre de théologiens anciens et modernes, entre autres, parmi ces derniers, le grand cardinal Manning, qui l'a développée dans son beau livre sur la Mission du Saint-Esprit.

Dans l'article de la Croix supplément on fait un récit, plein de réticences, du refus de V imprimatur par S. Em. le Cardinal Richard au volume de M. Charles Maignen, dit Martel. Le vénérable archevêque de Paris a eu très certainement de bonnes raisons pour refuser cet imprimatur. Dans le même article, on exagère à dessein l'importance de Vimprimatur donné à Rome, au même ouvrage, par le Maître du Sacré Palais. Je connais le RmeP. Albert Lépidi et le crois incapable

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d'avoir fait des confidences à M. Maig-nen (i). Son audience du Souverain Pontife, dont on fait un événement, est tout simplement l'audience périodique dans laquelle il rend compte au Pape des affaires courantes concernant sa charg-e.

// est faux que la vie du P. Hecker soit sur le point d'être condamnée par VIndex, comme on l'insinue avec malig'nité.

M. Maignen me paraît être une raison sociale de V agent réjractaire qui, ne pouvant dépenser toute son activité à Paris, en a réservé une part à Rome (2). Ces messieurs seront bientôt désillusionnés.

Qu'ils sachent, en attendant, que notre grand et Saint-Père le Pape Léon XIII professe la plus haute estime pour les Paulistes et leur fondateur. Il va procliainement appeler à Romc un membre de cette congrégation pour lui confier la direction de l'Observatoire du Vatican. Cette année même tous les journaux catholiques de Ronae ont parlé avec de grands éloges du zèle des Pères Paulistes et raconté les conversions admirables qu'ils ont faites aux Etats-Unis pendant le dernier carême.

Un théologien et canoniste romain.

Mais voici l'oracle universel. M. l'abbé Bœglin,

(i) Sans recourir à des confidenceSj on pourrait s'appuyer, quelques jours plus tard, sur une lettre du cardinal Satolli, délégué du Pape aux Etats-Unis, Préfet de la S. Congrégation des Etudes, qui aurait dû ouvrir les yeux des plus hésitants. Il écrivait à l'abbé -Maignen : « Espérons que Dieu vous aidera à arrêter cette peste de rAméricanisme, dont la contagion s'étend aux deux mondes. Tenez-vous bien assuré, mon révérend Père, d'avoir fait œuvre utile et recommandable entre toutes, et si, par aventure, quelqu'un la prend en mauvaise part, celni-lk devrait bien plutôt reconnaître son erreur inconsciente, en exprimer de justes regrets et tirer parti de la leçon. »

(2) Cette basse et odieuse accusation devint la cause d'un procès intenté à l'Univers pour refuser d'insérer une réponse de protestation. Il s'efforça de traîner l'affaire en longueur, mais finalement fut condamné.

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j'ustifiant une fois de plus le jug-ement porté plus haut sur son rôle (i) va cauteleusement prêcher au public de l'Univers rAméricanisme, relig"ion de la démocratie, Finnocenter de tout reproche, réclamer pour la France catholique la séparation de FEglisc et de FEtat, etc. Sa lettre est datée du 7 novembre 1898 :

Uarticle que M. Ferdinand Brunetière vient de publier dans la. Revue des Deux Mondes rouvre avec éclat la question si passionnément débattue de \' Américanisme. Il nous semble que Féminent pasteur a élevé le débat à sa véritable hauteur. Il est surprenant de voir un laïque, positiviste hier, im.partial et sag-ace observateur aujourd'hui, posséder à ce degré le sens du catholicisme, ce que les Pères appelaient senifeAî^m ecclesiastica, ou \q sensus catholicus (2).

Cette discussion haute et sereine est un service rendu à la fois au Continent et à l'Ëglise d'Amérique.

Tels les grands écrivains du xvn*^ siècle, qui portaient dans les sujets le plus compliqués la fermeté de leur esprit et la lumière de leur érudition.

La vie du P. Hecker a allumé sur plusieurs points d'ardentes polémiques, nous ne nous y arrêterons point. JJ Américanisme résistera à cette poussée d^ envies, de vengeances et d'équivoques. Il sera peut-être plus correct d'abandonner cette formule historique , bien quelle ne couvre qu'une chose grande et vivante : le catholicisme aux Etats-Unis. C'est une mesure de précaution. Les inconscients et les détracteurs n'auront plus le facile avantag-e de faire résonner ce mot, comme s'il cachait un nouveau système ecclésiastique, rfiligieux, politique ou social, ou s'il offrait quelque faux air de

(i) Voir.plus haut.

(2) Voilà M. Brunetière devenu lui aussi un oracle de l'Eglise. On peut et on doit lui reconnaître beaucoup de mérites, de services rendus, mais que de chemin il lui restait à faire pour en larriver là.

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parenté avec le g-allicanisme et le germanisme en opposition contre le romanisme.

U Américanisme, dans sa nature et son acception historique, c'est l'Eglise d'Amérique, avec son ambiance ethnographique et ses méthodes de travail. C'est ce que ni de faux admirateurs ni de passionnés contradicteurs n'ont compris. Prêter aux catholiques des Etais-Unis le dessein d'opposer un nouveau système théologique ou philosophique àla tradition chrétienne ; les croire capables de vouloir examiner la chrétienté d'un ensemble d'idées audacieuses et révolutionnaires, c'est à la fois leur faire injure et méconnaître le caractère particulier du catholicisme transatlantique. L'Amérique, comme chaque race et chaque nation, a son génie, ses mœurs, son milieu. Ce qui constitue précisément la grandeur et la fécondité du christianisme universel, c'est 4'unité de la doctrine, de la morale et de la discipline dans la souple variété des méthodes de travail (?) De là, ces emprunts réciproques que se font, sous l'égide de Rome, les Eglises ; de là, la richesse et l'abondance des moyens d'action, la variabilité sans limites de l'adaptation des principes éternels aux contingences des peuples et des époques (???)

L'Eglise des Etats-Unis a donc son esprit, son instrument d'expansion. C'est la démocratie et c'est

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