‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 13 sur 118 · V. — Le libéralisme dans l'Eglise · texte numérisé non relu

V. — Le libéralisme dans l'Eglise

Pour catholiciser le libéralisme, il faut le mettre d'accord avec l'ensemble des vérités enseignées par l'Eglise. Du domaine politique, l'œuvre s'étendra donc au domaine religieux ; elle se poursuivra parallèlement dans les deux ordres.

L'expression de catholicisme libéral pourrait s'entendre plus spécialement du libéralisme intro-

g6. INTRODUCTION

duit dans les questions de doctrine. En ce sens, le catholicisme libéral est la tendance de certains esprits à concilier les principes du libéralisme avec les exigences de la foi, en tempérant celles-ci par un esprit de liberté.

Le libéralisme ne change pas de caractère quand il passe d'un ordi^e à l'autre. De même que, en politique, il tend à l'application, dans le gouvernement, de la philosophie rationaliste et naturaliste qui est le fond de la doctrine libérale, il tend à en pénétrer l'esprit de la religion et de l'Eglise.

Nous avons remarqué plus haut que libérahsme et catholicisme s'excluent. M. Anatole Leroy-Beaulieu, dans son étude sur l'histoire du mouvement libéral de i83o jusqu'à nos jours, rejette aussi l'expression de catholicisme libéral, mais pour une raison toute différente, et peut-être discutable :

Le lecteur remarquera que, dans tout le cours de cette étude, nous nous sommes interdit l'expression, fréquemment employée par d'autres, de catholicisme libéral. C'est qu'à nos yeux, c'est là un terme à tout le moins impropre, qui a le tort de prêter à l'équivoque. Ainsi que nous le rappellerons plus loin, il n'y eut jamais là, en effet, de catholicisme d'un genre particulier . Jusque chez les plus hardis d'entre eux, le libéralisme de ces catholiques libéraux est toujours demeuré d'ordre politique, entièrement étranger à la sphère religieuse. — L'orthodoxie des Montalembert, des Lacordaire, des Dupanloup même, était habilement et sournoisement mise en suspicion, si bien que, dans le clergé, beaucoup se demandent encore si c'étaient là de vrais catholiques. Les contempteurs de lasociétè moderne, qui se plaisaient à confondre l'ordre spirituel et l'ordre temporel, prêtaient à leurs adversaires la même confusion, s'imaginant ou feignant de croire que le libéralisme des catholiques

libéraux débordait sur le domaine religieux. C'était là une erreur ou un artifice de polémique.

Ce que ses adversaires s'obstinaient à dénommer « le catholicisme libéral », comme si c'eût été un catholicisme de nouvelle sorte, est toujours, nous l'avons déjà remarqué, resté purement politique, étrang-er à la sphère relig-ieuse ou théolog-ique, à la discipline aussi bien qu'au dog-me (i).

Tout en rendant à des hommes comme Lacordaire, Montalembert et Mgr Dupanloup la justice et Fhoinmag'e auxquels ils ont droit, on pourrait dire que les catholiques libéraux de i83o sont mis ici un peu vite hors de cause. Car, enfin, une alternative assez pressante se pose, quand ils déclarent que l'Eg-lise ne réclame du pouvoir civil que la liberté du droit commun :. ou c'est de leur part artifice de tactique, mais leur conduite tout entière proteste contre une attitude équivoque et déloyale ; ou ils affirment avec conviction, et alors que deviennent les droits de l'Eg-lise, l'ordre social chrétien, et cet ensemble de principes si fortement inculqués par les Encycliques de Léon XITI, comme dans celle de Grég-oire XVI ? Est-ce que tout cela est « étranger à la sphère religieuse ou ttiéologique, à la discipline aussi bien qu'au dogme » ? ^

Mais ce qu'il faut, en tout cas, reconnaître, c'est l'énorme progrès accompli parles catholiques libéraux d'aujourd'hui sur leurs devanciers.

Voici, par exemple, un tableau récemment tracé des effets de cet esprit libéral introduit dans le domaine de la foi et de la discipline de l'Eglise :

(1) Les Catholiques libéraux, -pp. 3 et 180.

PROGRÈS D0 LlBÉR . — I 7

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Un petit nombre d'hommes suffît pouf infecter et troubler les esprits d'un grand nombre, non seulement par la licence des conversations particulières, mais si ce sont des écrivains, par l'usag-e de la Presse. Ils se permettent de discuter la théolog-ie et le gouvernement de TEg-lise avec la même liberté de lang-ag-e et d'opinion qu'ils ont l'habitude d'employer en lançant de nouvelles théories sur les sciences sociales, l'économie politique, l'ai-t, la littératui'e ou tout auti'e sujet. Manquant de docilité filiale et de révérence, ils disposent librement des questions de doctrine et de discipUne, d'après leurs propres idées, et sans tenir aucun compte de Hesprit de l'Eglise et de la manière de voir de ses ministres.

Par exemple, on prétend que, dans le passé, l'épiscopat ou Y Ecclesia docens n'était pas en état de définir avec exactitude des vérités doctrinales, parce que des découvertes récentes n'étaient pas alors connues; que les dogmes de la Foi catholique né sont pas immuables mais sont de simples efforts pour atteindre la vérité, et doivent être réformés d'après l'inspiration de la science moderne; que. l'enseignement de l'Église devrait être limité aux articles ou définitions de la Foi catholique ; qu'il est permis de rejeter ses autres décisions ; de mettre de côté ses censures, de critiquer son culte, d'amoindrir son autorité, et particulièrement celle des Congrégations romaines ; de mettre en suspicion son habileté à résoudre lés objections intellectuelles et scientifiques ; de rabaisser son caractère, autant que possible, au niveau de celui d'une institution humaine ; que la constitution et l'enseignement de l'Eglise devraient être mis en harmonie avec ce qu'on appelle la pensée moderne et le progrès du monde ; que les laïques devraient avoir, de droit,, une large part au gouvernement de l'Eglise; et que leshommes de science et de grande, culture intellectuelle devraient s'employer à ohtenir ce changement : que lesdistinctions entre Pasteur et Brebis devraient être effacéesen permettant aux, plus savants parm:i les laïques de ne plus figurer comme disciples, mais de prendre le "rang;-

de docteurs et de maîtres en Israël ; que l'intérêt croissant du peuple dans les affaires ecclésiastiques fait qu'il est bon et à propos d'en appeler de l'autorité ecclésiastique à l'opinion publique; et qu'il est permis aux fidèles de corriger les abus et les scandales en ayant recours au peuple et aux puissances civiles, plutôt qu'aux autorités de l'Eg-lise; que, de même que le Pontife a été dépouillé de son pouvoir temporel, de même aussi les propriétés ecclésiastiques ne devraient plus être tenues et administrées par les ecclésiastiques, mais par des laïques ayant du talent pour les affaires ; que les catholiques sont libres de lire et d'étudier tout ce qu'ils veulent, quel que soit le dang-er pour la foi et les mœurs ; qu'ils peuvent g-arder le nom de catholiques et recevoir les sacrements, tout en ne croyant pas à une ou plusieurs vérités de la Foi ; et que^'en ces matières, ils ne sont soumis à aucune autorité ecclésiastique, ni à aucune correction épiscopale.

L'une, ou l'autre de ces erreurs, ou des erreurs semblables, qui sont des attaques plus ou moins voilées contre les droits et les libertés de l'Eglise, se rencontrent parmi les catholiques libéraux et peu instruits. Ce sont là des opinions qui naissent dans l'atmosphère nationale de libre-pensée et de critique dont nous avons parlé.

Ge tableau est extrait d'un acte épiscopal collectif. On le croirait émané des évêques français^ si l'on ne savait les difficultés spéciales^ résultant des tendances politiques, qui les dissuadaient presque universellement d'agir contre les novateurs. C'est une citation extraite d'une lettre pastorale des évêques anglais sur l'Eglise et le libéralisme catholique.

Léon XIII leur répondit par une lettre du 1 1 février 1901, où il disait :

...On ne connaît que trop ce fléau qui tantôt sévit.

tantôt est menaçant et qui a pour orig-ine les opinions complètement erronées, dont l'ensemble est ordinairement désig-né sous le nom de catholicisme libéral. No\xs n'exag"érez nullement en vos paroles, mais vous exposez telle qu'elle est la gravité du péril auquel est exposée la relig-ion catholique en Ang-leterre à l'époque actuelle ; appuyé sur les enseig-nements etles préceptes dePEg-lise, votre lang-ag-e n'excède en rien la vérité.

Peu de temps auparavant (septembre 1899) le Souverain Pontife Léon XIII, jug'eant que l'état d'esprit très inquiétant répandu dans une partie notable du clergé français demandait un paternel mais grave avertissement, l'avait donné dans une encyclique à l'épiscopat et au clergé de notre pays. Avec une précision et une énergie singulières il y analysait, définissait et condamnait les erreurs de doctrine et de conduite qui s'étaient glissées parmi nos clercs et nos prêtres.

Ici se pose une question bien faite pour piquer l'attention de ceux qui cherchent à analyser la mentalité des libéraux d'aujourd'hui. Gomment se fait-il que, malgré les jugements authentiques et solennels portés par Léon XIII sur le catholicisme libéral à toutes les heures de son pontificat, leur esprit novateur ait justement pris dans cette même période plus libre essor, et, chose plus surprenante encore, comment ont-ils pu, comme on le voit par mille exemples, couvrir leurs innovations du nom et de l'autorité de ce pape ?

C'est ce qu'il faut exposer.

LE LIBERALISME lOF

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