III. — La Déclaration
L'expulsion violente des Jésuites ne modifia pas l'attitude décidée des autres congrégations. Les causes dissolvantes vinrent d'ailleurs.
xi la réunion du 28 mai 1880, le Comité des reli-
gieux avait été informé que le Nonce, Mgr Czacki (i), essayait d'entamer des négociations avec le Gouvernement dans le but de sauver les congrég-ations. 11 espérait réussir si Gambetta y prêtait les mains. Du moins ces négociations fourniraient un prétexte pour suspendre l'exécution des Décrets.
On ne tarda pas à être fixé sur la nature de ces pourparlers. Le i8 juin, le R. P. Pététot fit savoir au Comité qu'il avait reçu la visite de Mgr Lavigerie, archevêque d'Alger, et que, d'après Sa Grandeur, il serait utile et urgent d'entrer en pourparlers avec le Gouvernement (2), Mg-r Lavigerie, dit son discret historien, Mgr Baunard, « fut un de ceux qui, de bonne foi, attentifs à des sig-nes venus de haut, crurent à l'utilité d'entrer en accommodement avec le Gouvernement )).Un autre Père, dans la même réunion, ajouta qu'on avait dû promettre àMgr Lavig-erie le chapeau de cardinal, s'il réussissait à déterminer quelques congrégations à se séparer des autres «t à solliciter l'autorisation. C'était, conclut-on, à chacune d'elles de se tenir sur ses gardes (3).
(i) On sait que Mgr Czacki avait été choisi ayec un soin tout spécial par Léon XIII pour représenter sa politique en France. Cas de Conscience, p. i63.
(2) A la nouvelle de ces projets, les Jésuites se retirèrent discrètement, pour ne pas gêner la liberté des autres religieux.
(3) Eu 1879, tous les évêques avaient protesté contre l'article 7. En 1880, aussitôt après l'apparition des décrets du 29 mars, ils élevèrent de nouveau la voix et adressèrent leurs protestations soit au Président de là République^ soit au président du Conseil des ministres, soit à leur métropolitain. Pas un ne manqua à ce devoir. (Voir r Univers, avril et mai 1880.) Les motifs allégués par Tépiscopat piour détourner le gouvernement de sa funeste entreprise contre les religieux sont admirablement résumés dans une lettre du 4 avril, adressée au Président de la République et signée par les évêques de la province de Tours. En parlant de ces magnifiques
Peu de jours après, — raconte le.R. P. Le Doré, — Mgr Lavigerie entrait dans ma chambre, et d'un ton solennel et légèrement ironique : Mon Père, me dit-il, voulez-vous me' donner le chapeau deCardinal? — Pas au prix qu'on y met,répondis-je. Il s'assit alors, et m'exposa la façon dont il comprenait les choses.
J'arrive de Rome, me dit-il, j'ai longuement causé avec le Souverain Pontife de la situation des Congrégations françaises, 11 est fort inquiet. Dans la tempête, quand un navire est en perdition, on jette à l'eau pour l'alléger les vivres et lesl objets les plus précieux ; si un matelot tombe à la mer, on ne peut engager les autres à se précipiter par-dessus bord et à se noyer avec lui sous prétexte de lui témoigner de l'attachement. Or, le Pape sait, comme moi, que les Jésuites sont irrémédiablement condamnés. C'est en vain qu'il a essayé de les sauver. « Tâchez, m'a-t-il dit, de sauvegarder les autres. » C'est ce que j'essaye, ajouta l'archevêque d'Alger.
M. de Freycinet, président du Conseil, m'en a fourni lui-même l'occasion. Dans un discours, ces jours derniers, il a protesté, du haut de la tribune, « de ses intentions bienveillantes, de son désir de voir s'établir sur les associations une loi plus libérale que celle d'aujourd'hui, et d'adoucir quelques-unes des conditions mises à l'autorisation », Dans la deuxième partie de son discours, il accuse les congrégations « d'avoir pris vis-à-vis des institutions du pays la situation de belligérants; de nier
Jettres de l'épiscopat français en i88o, le P. Monsabré dit dans 5 on Mémoire pour la défense des congrégations religieuses : « UEpiscopat éleva la voix avec une fermeté de langage, une surabondance de logique, un accent de douleur religieuse et de patriotisme attristé qui resteront notre meilleure justification devant l'attaque dont nous sommes l'objet. Si l'éloge que les princes de l'Eglise ont bien voulu faire des religieux de leurs diocèses nous interdit d'insister, la gratitude ne nous pas permet de nous taire. Quoi qu'il arrive, Nos seigneurs les évêques auront élevé, à la gloire de l'ordre monastique en France, un monument peut-être unique dans l'histoire ; un monument qui sera notre honneur et notre force, et nous consolera de toutes les injustices. »
DÉCLARATION BES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES ICl3
les droits du pouvoir civil sur elles; enfin, d'avoir fait alliance avec les partis hostiles au g-ouvernement ».
Je suis allé le voir, ajouta l'archevêque. Je lui ai affirmé qu'il se méprenait sur les dispositions des relig-ieux, et qu'il n'y avait dans leur conduite aucune arrière-pensée politique. — Dans ce cas, observa M. le Président du Conseil, qu'ils m'en donnent une attestation authentique ; s'ils y consentent, je ferai en sorte de retarder l'exécution des Décrets relatifs aux congrég-ations autres que celle des Jésuites, jusqu'aux votes de la loi sur les associations déposé par M. Dufaure. »
Entrant dans la pensée deM.de Freyci net, j'ai rédigée une déclaration dans le sens qu'il m'avait indiqué. Il l'a lue, il y a même fait quelques corrections de sa main. La voici (i). Je vous la laisse pour en faire l'usag-e que vous voudrez. Vous pouvez redire aux relig-ieux ce que je viens de vous raconter.
On juge de l'embarras. La pensée que Mgr Lavigerie agissait d'accord avec le Souverain Pontife, ainsi qu'il l'affirmait, l'espoir plus ou moins fondé de sauverles^Congrégations, ou du moins de gagner du temps, militaient en faveur d'une concession en matière politique. Mais, d'un autre côté, toute avance des religieux au Gouvernement devait se heurter à l'opinion générale des catholiques, à la détermination très arrêtée des Congrégations, à l'avis du comité des religieux qui, dans les réunions desi8 et 25 juin s'étaient de nouveau nettement prononcés pour le maintien des décisions, du 27 avril. D'ailleurs le texte même de la Déclaration soulevait bien des objections; en tout cas il blessait pro-
(t)Nous ne reproduisons pas ici le texte de cette de'claration, parce qu'il ne diffère pas sensiblement de celui qui fut envoyé plus tard de Rome et accepté. .
PH OGRES DU LIBER. I l3
194 LÀ. 1?OLlTlOtJE RELIGIEUSE
fondement les sentiments des relig-iêux et ceux de leurs amis.
Quand le Père Le Doré la présenta au Comité des religieux et leur raconta ce qui lui avait été dit, le premier sentiment de tous fut une impression de surprise. On lut et on relut la Déclaration, on examina la question sous toutes ses faces. Des arg-uments favorables ou contraires furent tour à tour étudiés. Les membres du Comité étaient perplexes et ne savaient que résoudre. Leur hésitation était d'autant plus grande qu'ils comprenaient les graves conséquences que leur décision entraînerait dans un sens ou dans l'autre.
Dans cet embarras, ils résolurent de consulter le Nonce et le cardinal Guibert.
La réponse de Mgr Czacki fut très diplomatique.
Je me-ïendis chez lui, — dit le P. Le Doré, — en compagnie de§ PP. Soulié et Chocarne, délégués du Comité. Le Nonce' nous fit une réponse qui m'est restée très présente parce qu'elle est contraire à l'opinion que le cardidinal Jacobini soutenait contre M. Nocedad, journaliste espagnol. « Je ne puis, nous dit-il, vous tracer une ligne de conduite en cette matière : je suis nonce, je ne suis pas légat a laiere. Je suis en France comme ambassadeur, chargé de traiter avec le gouvernement. Je n'ai ' pas, sauf dans le cas d'une mission spéciale, à m'immiscer dans les affaires intérieures du pays. Je puis cependant vous donner un avis officieux sur la question qui vous intéresse. Je connais la pensée du Souverain Pontife : il Voudrait sauver les congrégations françaises, et il les verrait avec satisfaction trouver une combinaison qui pût les mettre à l'abri; celle dont vous me parlez lui a été soumise. Sa Sainteté lui est favorable. »
Le Nonce — dit le P, de Rochemonteix — — reçut la Déclaration et l'approuva avec d'autant plus de plaisir
DEC1.ARATI0N DES CONGREGATIONS RELIGIEUSES igo-
que, malgré le zèle qu'il avait déployé, depuis deux mois pour l'union des ordres religieux, il insinuait dans l'intimité que la résistance ne devait pas seprolong-erau delà du 3o juin. Il voyait dans la Déclaration le baiser Lamourette entre les Gongrég-ations et le Gouvernement. La suite montra que tel était bien le fond de sa pensée.
L^idée de la déclaration ne trouvait donc pas à Rome la même opposition que les démarches de l'ambassadeur M. Desprez pour obtenir du Pape la fermeture volontaire des maisons des jésuites et la demande d'autorisation présentée par les autres^ ordres.
Ces tentatives n'étaient pas arrivées à faire fléchir les membres du Sacré-Gollèg-e. A la presque unanimité, ils restèrent fermes et résolus, carJIs comprenaient que l'avenir des Cong-régations en France dépendait surtout de leur union.
C'est sur cette même conviction que s'appuyait la politique de résistance de Léon XIIÏ. « Je me suis tu, pour ne pas provoquer, disait-il au P. Stecanella, directeur de la Civiltà; néanmoins, j'ai écrit une note vigoureue. Plus tard, quand tout sera publié, on sera étonné. » Il disait encore à l'ancien provincial des Jésuites de Paris, dans une audience pirvée : « On a essayé de séparer la Compagnie des autres Ordres; on a fait des démarches dans ce sens, mais tout a échoué; lé Saint-Siège a été très ferme, il faut se défendre énergiquement. » Il congédia le Père par ces paroles aussi rassurantes que significatives : Alios vidi ventés aliasque procellas.
Le 10 mai, le directeur de la Civiltà se rendait, comme d'habitude, au Vatican pour y recevoir les ordres du Souverain Pontife au sujet d'un article de
la revue, quand il rencontra Mgr Crëtoni, substitut de la secrétairerie d'Etat, qui lui dit, entre autres choses : ft Le gouvernement français fait des démarches auprès du Saint-Sièg-e pour que le Pape agisse sur les g-énéraux des ordres religieux, et spécialement sur le général de la Compagnie, afin que les maisons des Jésuites en France se ferment sans bruit, promettant en retour de laisser les autres en paix... Le pape a refusé d'intervenir... 11 connaît la situation en France, et il est ferme dans la résolution de défendre la cause des Congrégations religieuses.
Aussitôt après leur visite au Nonce, les délégués du Comité se rendirent chez le cardinal Guibert. L'archevêque de Paris pouvait être considéré comme l'intermédiaire des évêques français, et, par suite, comme l'intermédiaire des congrégations de femmes, dont les évêques sont les supérieurs hiérarchiques. Le cardinal appela Mgr d'Hulst, alors vicaire général, et le pria de donner lecture de la Déclaration. En l'écoutant. Son Eminence faisait quelques remarques : c C'est bien dit, tout cela, il écrit bien, cet archevêque d'Alger... » La lecture achevée, le cardinal se contenta d'observer que la chose lui paraissait très grave, qu'avant de se prononcer il avait besoin de réfléchir et de consulter. Il remit donc à plus tard sa réponse.
Le lendemain, le P. Le Doré était mandé à l'archevêché.
Dès mon entrée, le cardinal Guibert me dit : « Mgr d'Hulst a vu hier ces Messieurs des comités catholiques. Plusieurs d'entre eux sont venus me visiter ce matin . M. Ghesnelong accepterait l'idée de présenter une
note; mais M. Eraoul, M. Robinet de Cléry et plusieurs autres repoussent toute démarche de ce genre. Dans les circonstances actuelles, ces avances des congrég-ations seraient reg-ardées comme une défection. Ce serait, aux yeux des catholiques, l'abandon de l'attitude conservée si noblement jusqu'ici après la démission des mag-istrats abandonnant leurs sièg-es pour n'avoir pas à s'occuper de ces décrets. Après l'expulsion des Jésuites, le pays considérera la sig-nature de cette déclaration comme un , acte de faiblesse inspiré par la peur, et comme une capitulation honteuse. Or, en France, mon Père, l'honneur joue un trop g-rand rôle, c'est une trop noble chose pour que les cong-rég-ations le" compromettent, au risque de sacrifier avec lui leurs droits et leur liberté. Puisque les relig-ieux m'ont demandé mon avis, dites-leur que je leur conseille de ne pas sig"ner cette pièce. »
Le Comité attendait avec impatience le retour de son président. Le P. Le Doré lui fit aussitôt part de la réponse du cardinal. A l'unanimité^ le Comité des supérieurs rejeta le projet de Mgr La^dg-erie et tous les projets similaires.
Coïncidence remarquable. Dans ces mêmes jours, le cardinal Nina, secrétaire d'Etat, manifestait la même pensée au P. Emmanuel Mourier, provincial des Jésuites : « Ces avances des religieux, disaitil, avec une certaine vivacité, seraient un scandale. »
Désormais les relig"ieux ne songèrent plus qu^à laisser venir les événements et à se préparer à subir l'expulsion violente de leurs couvents, plutôtque de solliciter l'autorisation, ou même de faire quelqu'avanceaugouvernement. Cinq semaines se passèrent. Mais tandis que les Congrég-ations se disposaient, avec courage et sans arrière-pensée, à soutenir la
igS 14 POLITIQUE RELIGIEUSE
dernière et criminelle attaque de la force contre le droit, un incident inattendu se produisit.
Le 18 août, le Comité des supérieurs est appelé à l'archevêché pourune communication importante. Là, on demande aux religieux de signer une déclaration qui reproduisait à peu de chose près les idées de celles de Mgr Lavigerie. Tous consentirent bientôt à Y apposer leur signature.
Ou'était-il donc arrivé ?
Le Président du Conseil s'était imaginé que la Déclaration de Mgr Lavigerie serait signée, après l'expulsion des Jésuites, par les autres congrégations; il avait même compté sur cet acte de soumission, pour ne pas précipiter, selon son expression, les mesures extrêmes.
L'échec de cette Déclaration déjoua ses calculs, sans toutefois le décourager. Il chargea notre ambassadeur à Rome, M. Desprez, de faire savoir au cardidal secrétaire d'Etat que le gouvernement français se contenterait, de la part des congrégations religieuses, à défaut d'âne dem,ande d'auto- .risation, d'une simple déclaration désavouant loute intention d'hostilité politique, toute idée d'opposition aux institutions actuelles du pays. L'ambassadeur entama, sur ces bases, des négociations .avec la cour pontificale.
Le nonce s'était franchement rallié à cette idée. M. Grévj essaya directement, mais en vain, d'y amener le cardinal Guibert. Quelques «vêques servaient les vues du Président du conseil- Ils envisageaient avec effroi le dissolution dont les congréga-
DÉCLA.RATION DES GONGREÇ-éLTitOSïS RELIGIEUSES' I Ç^Q
tioiis étaient menacées, et la ruine des œuvres ca^tholiques qui en seraientles conséquences. ïls cherchaient un moyen de procurer au g-ouvernement uji prétexte pour les sauvegarder. L'essai infructueux de Mg-r Lavigerie indiquait assez qu'il serait inutile de vouloir agir directement sur les religieux. Les évêques se tournèrent aussi vers Rome. L'archevêque de Rouen, Mgr de Bonnechose, et plusieurs autres écrivirent au Pape.
De là les négociations qui se poursuivirent à Rome entre l'ambassade de France et le Vatican. De là les démarches multipliées du nonce, Mgr Gzacki- Mgr Lavigerie écrivait, le lo août, à l'évêque de Rodez, Mgr Bourret : « On prépare à Rome une déclaration dans le sens de celle que vous avez «ntre les mains » (la sienne). Tout cela se traitait en dehors des religieux. A cette date du lo août, les négociations étaient terminées.
La question d'exécution restait à trancher. Comment et par qui transmettre aux religieux le résultat de ces négociations ? Le Souverain Pontife s'arrêta au parti de le faire, non directement, mais par un intermédiaire.
Plusieurs motifs lui conseillaient cette voie. C'était d'abord un sentiment de dignité vis-à-vis du gouvernement français, qui n'aA^ait pas écouté sa voix en faveur des religieux. De plus, ce n'était pas à proprement parler le Gouvernement qui traitait avec le Saint-Siège : c'était seulement le Président du conseil qui, sous sa responsabilité personnelle, se faisait fort de faire accepter le retard des exécutions (i). Pour atteindre ce but, il avait besoin d'une
(i) Si Ton considère qu'après vingt années .d'fiiîfrériclice politique
démarclie des Congrégations, et il s'adressait au Pape pour obtenir d'elles une concession. Dans ces conditions, il n'était pas nécessaire que le Pape intervînt en personne.
D'autre part, — ajoute le P. Le Doré, — la Déclaration traitait un sujet bien délicat. Dans sa pensée maîtresse, elle n'était pas autre chose que la formule et le résumé de cette doctrine qu'on a désignée depuis sous cette expression assez malheureuse de ralliement... Le Pape allait donc tenter pour la première J ois de faire accepter les institutions républicaines. Or, on savait à Rome combien le sentiment d'un grand nombre de catholiques français était impressionnable par rapport aux opinions politiques. Par suite il était sage de préparer peu à peu les esprits par des essais dus à des initiatives particulières, avant que le Pape prît luimême la parole pour imposer une doctrine commune... La Déclaration, comme le toast du cardinal Lavigerie, ce devait être que l'écho fidèle et encouragé de sa parole; ce ne devait être ni sa parole, ni l'ordre immédiat de sa volonté .
De là des réticences, des demi-jours et aussi une certaine obscurité, je ne sais quoi d'embarrassé dans la lettre du cardinal Nina, du loaoût, au cardinal Guibert, et dans la circulaire dont les cardinaux Guibert et de Bonnechose accompagnèrent l'envoi de la Déclaration.
Voici la lettre du Secrétaire d'Etat. D'après cette lettre, il n'aurait pas renouvelé, à cette époque, son appréciation sur ce projet d'avances.
avec le Gouvernement de la République le Souverain Pontife Léon XIII allait encore au devant des mêmes déceptions avec Waldeck-Rousseau, en 1901, comment s'empêcher de reconnaître que Pie X, ce pape étranger à la diplomatie, s'est montré un politique autrement clairvoyant et avisé, par la façon dont l'Encyclique Gravissimo officii a déjoué toutes les hypocrisies et posé les conditions d'une négociation sûre ?
Eminentissime et Révérendissime Seigneur,
La lettre de Votre Eminence, en date du 3o juillet dernier, a été remise fidèlement entre les mains du Saint- Père, Sa Sainteté y a vu avec une particulière satisfaction la preuve nouvelle d'un vif intérêt pour les ordres religieux et celle d'un dévouement sans bornes à Tég-ard du Sièg-e Apostolique, non seulement de la part de V, E., mais aussi de tout l'épiscopat français, dont votre lettre exprime les sentiments.
Les choses exposées par V. E. présentent une telle gravité qu'elles demandent la plus sérieuse attention. Aussi le Saint-Siège, dont l'affection pour les congrégations françaises est bien connue, les a considérées avec beaucoup de soin, et il a cru bon de s'arrêter à certaines décisions dont y. E, et l'E. cardinal archevêque de Rouen recevront cojnmunicatioQ de la part de S. E. le Nonce apostolique. j
Le Saint-Père, au nom de qui j'ai l'honneur de vous répondre, a cru meilleur d'employer ce moyen, d'abord parce que l'unité de direction et d'action est plus qu& jamais nécessaire au moment d'une situation si critique, en second lieu parce que V. E. elle-même le lui avait indiqué dans sa lettre.
Dans l'espoir que les efforts du Saint-Père, etc. ..
Partis de Rome le lo août, le texte de la Déclaration et les instructions spéciales du Saint-Père furent aussitôt remis par le Nonce au cardinal Guibert avec la lettre du cardinal Nina.
Avant de raconter la communication qui en fut faite aux religieux, nous donnons ici la circulaire que les Cardinaux Guibert et de Bonnechose écrivirent aux évêques, en leur adressant le texte de cette Déclaration.
Monseigneur, Le conflit soulevé par les décrets du 29 mars paraît
a02 XA. POLITIQUE RELIGIEUSE
entrer dans une voie d'apaisement. Le Gouvernement avait été blessé de voir les congrég'ations refuser de solliciter l'autorisation. Il avait attribué cette attitude à des motifs politiques. Et, dans ces derniers temps, il a laissé voir qu'une déclaration qui désavouerait de leur part, de semblables intentions, lui donnerait une satisfaction suffisante d). .
Une haute autorité, qu'il est inutile de nommer ici, mais à laquelle vous et nous, Monseig-neur, nous devons la plus entière déférence^ autorise les congrég'ations à sig-ner et à présenter aii gouvernement la déclaration dont nous joig-nons ici le modèle.
Le sens de iee document est connu à l'avance de ceux à qui il doit être adressé, et tout fait espérer qu'il les affermira dans les dispositions bienveillantes qui paraissent les animer en ce moment.
Nous avons été charg-és, Monseig-neur, de vous faire ■connaître la décision ci-dessus mentionnée, en vous priant d'envoyer le modèle de déclaration aux supérieurs •et aux supérieures des Communautés non reconnues, établies dans votre diocèse, pourvu qu'elles n'aient pas ■de supérieurs majeurs (Généraux ou Provinciaux en dehors du diocèse), car dans ce cas l'adhésion de ces supérieurs majeurs suffirait pour tout l'Institut.
Vous voudrez bien, Monseig-neur, eng-ag-er les supérieurs, hommes et femmes, à sig-ner le document dont il s'ag-it, et à vous le retourner le plus tôt possible, car il j a des motifs sérieux de se hâtei^. Vous auriez la bonté d'envoyer les exemplaires sig-nés à l'archevêque de Paris, qui les transmettra à qui de droit.
Toute cette affaire demande à être traitée avec g-rande discrétion, aucune communication ne doit en être donnée à la presse.
Veuillez ag-réer, Monseig-neur, l'expression de nos sentiments respectueux et bien dévoués.
(i) Eq d'autres termes, le Gouvernement attendait des religieux persécutés par lui une amende honorable 1
DÉCI.A.RATIQN DES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES 2o3
Voici maintenant le texte de la fameuse pièce venue de Rome. Elle portait pour titre : Déclaration adressée à Monsieur le Ministre des Cultes par les Chefs des Congrégations non autorisées :
A l'occasion des Décrets du 29 mars, une partie de la presse a dirigé de vives attaques contre les Gongrég-ations non autorisées des deux sexes, les représentant comme des foyers d'opposition au Gouvernement de la République.
Le prétexte de ces accusations était le silence observé par ces congrégations qui, en effet, n'ont pas deraandé l'autorisation que le second décret les mettait en demeure de solliciter.
Le motif de leur abstention a été tout autre que celui qu'on leur prête et les répugnances politiques n'y^ ont eu aucune part. Convaincus... (Ce passage est cité^plus haut. )
Pour faire cesser tout malentendu, /es Congrégations dont il s'agit ne font pas difficulté de protester de leur respect et de leur soumission à l'égard des institutions de leur pays.
Le but moral et spirituel qu'elles poursuivent ne leur permet pas davantage de se lier exclusivement à un régime politique ou d'en repousser aucun. Elles n'ont d'autre draperiu que celui de la charité chrétienne et elles croiraient le compromettre en le mettant au service de causes changeantes et d'intérêts humains : Elles rejettent donc toute solidarité avec les partis et les passions politiques.
Enfin elles ne s'occupent des choses qui regardent le gouvernement temporel que pour enseigner, par la parole et par l'exemple, l'obéissance et le respect qui sont dus à l'autorité dont Dieu est la source.
Tels sont les principes qui ont inspiré jusqu'à ce jour leurs pensées et leui-s actes ; elles sont résolues à ne jamais s'en départir.
Aussi ne peuvent-elles s'empêcher de nourrir l'espoir que le Gouvernement accueillera avec bienveillance les déclarations sincères et loyales dont elles prennent l'initiative, et que, pleinement rassuré sur les sentiments qui les animent, il les laissera continuer librement leurs œuvres de prières, d'instruction et de charité auxquelles leurs membres ont dévoué leur vie.
On reconnaît là l'esprit, presque les termes de l'Eiicjclique du i6 février 1892. — Léon XIII écrivait au cardinal Guibert le 12 octobre 1880 :
C'est alors qu'on nous représenta qu'il y avait chance d'arrêter l'exécution des Décrets si les membres des cong-rég-ations déclaraient par écrit qu'ils étaient étrangers aux agitations et aux manœuvres politiques, et que ni leur manière de voir ni leurs actes n'avaient rien de commun avec l'esprit de parti.
De nombreux et graves motifs nous persuadèrent d'accepter une offre faite spontanément par les gouvernants eux-mêmes. Cette proposition d'ailleurs n'avait rien de contraire ni à la doctrine catholique ni à la dignité des Ordres religieux, et elle offrait le double avantage de détourner de la Fi-ance un malheur redoutable, ou, du moins, semblait-il, d'enlever aux ennemis des congrégations une arme dont ils ont souvent abusé contre elles.
Le Nonce, fidèle écho de la pensée du Pape, écrivait, en septembre r88o, à Mgr Hugonin, évêque de Bajeux :
Personne ne pourra plus attaquer l'Eglise sur le terrain politique. Jeneme flatte pas que cet acte puisse produire tous les résultats que nous serions en droit d'en attendre... mais il est incontestable que l'herbe a été coupée sous les pieds de nos adversaires...
DÉCLARATION DES CONGRKGATIONS RELIGIEUSES 2o5
S'étonnera-t-on jamais assez que des illusions aussi naïves aient pu diriger cette politique, dont le monde, nous dit-on, comprendra dans un avenir lointain la profondeur !
Il pourrait être délicat à nous de faire en détail la critique d'une pièce ayant une si haute origine. Le vaillant et clairvoyant évêque d'Angers, Mgr Freppel, ne trouvant pas le nom du Pape dans la lettre des cardinaux, s'estima libre de leur exprimer son avis en toute franchise. Il écrivit au cardinal de Bonnechose une lettre admirable de clarté et de force, sur l'inopportunité, les dangers et les équivoques de la Déclaration :
Angers, le 21 août 1880.
Monseigneur, J'ai reçu la lettre que Votre Éminence, de concert avec Mgr l'Archevêque de Paris, a bien voulu m'écrire en date du 19 courant, avec la formule de déclaration que devraient adresser à M. le ministre des Cultes les chefs des congrégations non autorisées. Ces documents ont une telle portée et touchent à des questions si délicates que vous me permettrez de vous soumettre quelques scrupules de conscience, avant d'y conformer ma ligne de conduite .
Si la haute autorité à laquelle Votre Éminence fait allusion est celle du Souverain Pontife, je m'incline d'avance et mes observations tombent d'elles-mêmes. Si, au contraire, comme j'ai tout lieu de le penser. Son Excellence Mgr le Nonce apostolique de Paris avait pris l'initiatiyede la responsabilité desdémarches proposées, malgré tout mon respect pour le caractère dont il est revêtu, je conserverais des doutes sérieux sur l'opportunité et sur l'efficacité de la Déclaration que l'on suggère aux chefs des Congrégations non autorisées.
(f. Et d'abord sur son opportunité. Il est, en effet, une
206 LA POLITIODE RELIGIEUSE
réflexion qui viendra immédiatement à l'esprit de tout le inonde. Si les Congrégations non autorisées sentaient le besoin de faire une pareille déclaration que ne laifaisaientelles eri temps utile, cest-à-dire avant le 3o juin? Pourquoi avoir attendu si longtemps, pour couper court aux commentaires malveillants de la presse, et donner au Gouvernement la satisfaction qu'il paraît demander ? Est-il bien opportun de quitter le terrain si solide du droit commun, avant que le tribunal des conflits se soit prononcé sur les questions pendantes ?Demander au Gouvernement une simple tolérance, n'est-ce pas reconnaître qu'on n'a pas pour soi le droit et la légalité? Un pareil acte, intervenant après la dispersion violente des Pères Jésuites, ne paraîtra- t-il pas, aux yeux du public, l'indice d'une séparation entre la cause de ceux-ci et la cause des autres communautés religieuses ? N'y a-t-il pas même lieu de craindre que cette demande d'être admis à une tolérance pure et simple ne pèse défavorablement sur la décision du tribunal des conflits et des autres juridictions compétentes ? Plus j'y réfléchis, moins je trouve opportune une déclaration dont le moindre défaut est de venir trop tôt ou trop tard . , .
Faire dire à de pauvres servantes du Saint-Sacrement et à des Carmélites qu'elles n'ont pas obéi à des répugnances politiques, qu'elles protestent de leur respect et de leur soumission à l'égard des institutions républicaines^ ce serait de la part de l'épiscopat un acte qui ne me semblerait pas avoir tout le sérieux désirable... N'est-il pas à craindre que la presse, actuellement, et l'bistoire, plus tard, ne trouvent matière à plaisanterie dans le fait d'une supérieure de Visitandines, d'Ursulines, venant déclarer qu'elles rejettent toute solidarité avec les passions politiques? Peut-on, sans manquer de gravité, proposer à un tiers- ordre de Franciscaines d'affirmer sur la foi d'une signature quil n'est pas un foyer d opposition au gouvernement de la République?... T)
DEGLARATICfiSr DES CONt^REGATIONS RELIGIEUSES 207
Il me resterait bien des observations à présenter sur la Déclaration que Votre Eminence m'a fait Tbonneur de me communiquer; celles-là suffisent pour autoriser mes réserves sur une rédaction que je prends la liberté de regarder comme très défectueuse. Soumettre la conscience des relig-ieux à une telle épreuve me paraît chose absolument impossible. S'il en est encore temps, je vous supplie, Monseig-neur, de retirer cette pièce qui ne sauve rien et peut tout compromettre. Ni comme évoque ni comme théolog-ien, je ne saurais admettre une rédaction si pleine d'équivoques, et pouvant si facilement ouvrir la voie à des sentiments erronés. Si l'on veut donner quelques satisfactions au Gouvernement, ce qui me paraît absolument inutile, il faut le faire en termes qui ferment toute issue à des interprétations fâcheuses. Nous sommes en présence d'une erreur qui consiste à séparer complètement la relig-ion de la politique, comme si la politique ne devait pas être g-ouvernée par les lois de la morale, comme si les lois de la morale pouvaient être indépendantes de la religion . Avoir l'air de favoriser, même de loin, une telle erreur, ce serait jeter le trouble dans les consciences.
Veuillez excuser, Monseig-neur, la liberté de mon langage, mais la question est d'une telle gravité qu'à moins d'un désir du Souverain Pontife clairement manifesté, je i^egarderais comme un devoir de conscience de ne pas prêter la main à des démarches dont les conséquences seraient funestes pour le bien et la religion en France.
J'ai l'honneur d'être, Monseigneur, avec un profond respect, de Votre Eminence, le très humble et très dévoué serviteur.
t. Emile, Ev. d'Angers.
Les religieux étaient accourus avec empressement le 18 août, à l'appel du cardinal, comprenant qu'une
^08 LA. JPOLITIQUE RELIGIEUSE
grave communication pouvait seule motiver une convocation aussi extraordinaire; et ils arrivèrent anxieux et inquiets.
Mgr Richard, coadjuteur de Paris, avait été chargé de les recevoir. Il leur donna connaissance de la Déclaration. Ce fut un étonnement général, presque un sentiment de stupeur. Cette Déclaration était au fond la même qu'ils avaient rejetée quelques semaines auparavant sur le conseil du cardinal Guibert. Les raisons qui en avaient imposé le rejet au mois de juillet n'avaient rien perdu de leur "force au mois d'août. Les religieux se rendirent parfaitement compte des conséquences de l'acte qu'on leur proposait. Les promesses de M. de Freycinet leur paraissaient offrir une bien faible garantie. Ils prévoyaient au contraire que la signature d'une pièce semblable allait soulever contre eux une véritable tempête de récriminations et de calomnies.
Mgr Richard s'attendait sans doute à cette première impression d'hésitation et de surprise. Il montra aux religieux les pièces de Rome; il leur fit part des instructions spéciales du Pape ; il leur donna l'assurance, il leur fournit des preuves que cette Déclaration et la signature qu'on leur demandait étaient le résultat de négociations intervenues entre le Président du Conseil et le Saint-Siège. Tout avait été pesé, combiné, réglé par le Souverain Pontife lui-même.
« Je sais, ajouta-t-il, que votre acte ne sera pas compris. Vos amis et vos défenseurs en seront indignés ; on vous accusera de faiblesse, votre conduite sera taxée de défection. Je n'ose même pas vous garantir que M. de Freycinet puisse vous sauveugarder. Vous êtes des religieux, c'est à vous de
donner l'exemple de l'obéissance au Souverain Pontife en vous rendant à ses désirs. »
Il leur dit aussi : « Ce n'est pas sans un sentiment de peine, inspiré par une très louable délicatesse, que plusieurs craignent de se séparer momentanénément des Jésuites et de rompre l'union parfaite qui a existé jusqu'ici parmi vous. Mais la pensée que vous vous conformez aux directions du Chef de l'Eglise doit dominer toute autre considération. »
Les religieux ne pouvant mettre en doute les assertions de Mgr Richard ni récuser l'authenticité des documents dont il leur avait donné connaissance, étaient déjà convaincus que le Pape leur demandait leur signature. Cependant ils se retirèrent pensifs et silencieux.
Dans toutes les congrégations de Paris, les conseils furent aussitôt convoqués et mis au courant de ce qui s'était passé à l'archevêché. Celles dont les supérieurs généraux résident à Rome écrivirent pour avoir une direction. Les réponses ne se firent pas attendre, on les avertit de signer.
Le R. P. Le Doré, ayant été reçu en audience particulière par le Nonce, rédigeait le soir même cette note en rentrant à sa résidence :
Le Nonce m'a dit : C'est le Pape qui, d'accord avec les évêques et avec le gouvernement,a rédigé la Déclaration. Il désire que les Congrégations françaises la signent. Refuser de le faire serait le contrarier; ce serait lui désobéir, et puisque cette note est réellement la conclusion de ses négociations avec le Saint-Siège, ce sériât exposer l'honneur du Saint-Siège que de repousser ces conditions acceptées par lui.
Avec le même Père, le cardinal Guibert daigna entrer dans des détails particuliers :
PROGRÈS DU LIBER. I — l4
Le Pape non seulement autorise que vous sig-niez la Déclaration, il le désire. Il n'y a plus que vous, je crois, et les Bénédictins qui ne l'aient pas sig-née (i). Je ne parle pas des Jésuites, l'expulsion les place à part.
Ce n'est pas que j'espère aucun succès de cette démarche. Par ces moyens diplomatiques, on n'obtiendra rien du tout. Aussi ai-je été surpris tout d'abord de la mission qui m'a été confiée. Par ég-ard pour la volonté du Souverain Pontife, je m'y suis prêté. Sig-nez aussi, vous, mon Père, pour faire plaisir à ce bon Pape.
Heureusement, ajouta-t-il, le Pape m'a permis de chang^er quelques expressions à la formule qu'il nous a envoyée. Il ne connaît pas toutes les délicatesses de la lang-ue française. Ainsi il avait écrit que vous protestez de votrerespect pour le « g"ouvernement.» Il ne sait pas, le bon Saint Père, qu'en finançais le mot g-ouvernement se prend au concret, pour les hommes et pour les actes •du g-ouverneraent. Or on ne peut avoir de respect pour plusieurs de ces « messieurs » (qu'il qualifia d'une expression très cnerg-ique : Ce sont des gredins). A la place du mot Gouvernement^ j'ai substitué le mot Institut ion, qni représente d'une façon g-énéraJe et indépendante des hommes, les formes que revêt l'autorité.
Et avec une certaine bonhomie enthousiaste, il ajoutait ces observations orig-inales dont j'ai conservé un vivace souvenir : Ah ! Mon Père, on peut avoir du respect pour un Sénat! Ils étaient dig*nes de respect, les sénateurs de Rome, sur leur chaise curule, tenant en main leur bâton d'ivoire! Ah ! qu'il est beau ce Sénat du Paradis, dont les vieillards jettent leur couronne au pied de l'ag-neau 1... Oui, oui, on peut avoir du respect pour une institution sénatoriale, vous pouvez le sig-ner.
. Au même encore, Mgr Richard disait : Au fond, cette protestation a surtout pour but et
(i) Le R. P. Le Doré,relenu en août par des prédications, n'était rentré à Paris qu'en septembre.
pour effet de séparer la cause des Congrégations des partis politiques. La sig-ner dans les circonstances actuelles, c'est renoncer à votre attitude de résistance-, c'est aussi paraître sacrifier ces sentiments traditionnels en Vendée et en Bretagne : et cela coûte à un Breton. Eh bien ! Signez pour obéir au Souverain Pontife.
Les religieux sig-nèrent dans la douleur. Le R. P. Bailly racontait plus tard qu'un des traits les plus édifiants de la vie du saint fondateur des Assomptionnistes, le R. P. d'Alzon, était précisément la signature de cette déclaration. Quand, après une visite à Mgr Besson, évêque de Nîmes, il se fut assuré que le pape demandait de lui ce sacrifice, ce vieillard, déjà près du tombeau, se prit à pleurer!,. « Il faut donc rompre, disait-il, avec tout mon passé, avec mes traditions et celles de mes amis. Mais le Pape le veut, j'obéirai. » Et, pour donner à cet acte quelque chose de plus chrétien, ce vénérable vieillard se mit à genoux, et c'est dans cette posture que, par respect pour la volonté du Vicaire de Jésus-Christ, il apposa sa signature.
Les Congrégations françaises avaient été admirables dans la résistance aux injustes prétentions du pouvoir civil, guidé par la haine de l'Eglise: elles furent admirables aussi dans la résignation aux volontés du Souverain Pontife leur demandant de sacrifier leurs biens les plus chers dans l'espoir de désarmer d'hypocrites ennemis.