l'A POZITIQVB REM&IEUSE
de sérieux. La seule raison est de répondre à ces deux mots : Vive le Pape !
Mais est-ce un crime à soulever tout un peuple que d'écrire: iVive le Pape dans une Eg-Iiseoù le Pape est chez lui, à côté du tombeau d'un roi que Pie IX a pardonné, et qui a reconnu ses torts en se confessant avant de pai-aître devant Dieu ?
Vous ne savez pas même si ces deux mots sont l'œuvre d'une main étrangère. Gomment rendre les pèlerins français responsables d'un fait personnel et insignifiant, dont vous ne connaissez pas sûrement l'auteur? Dites, si vous voulez, que c'est une étourderie, et vous' l'aurez jugé avec une entière sévérité.
M. le Président de la République et ses ministres se croiraient-ils insultés parce qu'un visiteur écrirait sur un registre officiel : Vive Monsieur le Comte de Paris f Vous n'y prêteriez pas même attention, à moins que les francs-maçons ne voulussent en faire un cas de guerre contre les catholiques, comme en Italie.
Ah ! si les rôles étaient intervertis, quelles protestations vous auriez déjà reçues^'et à bon droit. Il aurait bien fallu qu'on insultât un pèlerin anglais! La pénitence serait déjà faite. Nous nous refusons à croire que des excuses et des remerciements aient été présentés au gouvernement italien . Des excuses I On nous en doit ; nous n'en devons. point. Où sont les fautes commises? Des remerciements !!! Pourquoi? Sans doute pour quelque genre d'outrages qu'on aura oublié, et pour de plus grands malheurs qui n'ont été évités que par le bon esprit et le calme chrétien des pèlerins, obligés de fuir, comme des criminels à des heures indues.
Gomme ils ont été admirables de prudence et de sagesse à tous les points de vue, et qu'ils vous ont rendus fort à l'égard de nos voisins !
' Nous devons aussi féliciter nos conipatriotes de ne pas répondx'e par la plus légère représaille aux nombreux Italiens, qui viennent gagner leur vie au milieu de nous.
Vous nous faites Ihonneur, monsieur le Ministre, de nous dire que nous avons le sentiment des intérêts de la nation. Oui, nous avons ce sentiment profondément enraciné dans nos âmes, parce que nous le puisons à une source où il est toujours pur, et où il ne subit jamais de défaillance. En allant à Rome, nous l'avons ravivé aux pieds de ce grand Pape, héroïque victime delà Révolution, qui nous a parlé de la France catholique en des termes qui nous la feraient aimer davantage, si c'était possible, et nous ont rendus plus fiers d'être ses enfants ; il m'a dit à moi personnellement sur mon pays des paroles inoubliables.
Et voilà pourquoi nous sommes humiliés des lamentables événements qui se passent en Italie et en France, où les maîtres du jour ne manquent aucune occasion d'at- / taquer et d'insulter cette relig-ion catholique qui a fait l'Italie et la France. La paix est quelquefois sur vos lèores, la haine et la persécution sont toujours dans les actes, parce que la franc-maçonnerie^ cette fille . ainée de Satan, gouverne et commande : mille fois aveugle volontaire qui ne le voit pas.
Pour moi je suis vivement blessé dans ma dignité de Français, de catholique et d'évéque.
Recevez, monsieur le Ministre, l'assurance de tout mon respect. Xavier,
Archevêque d'Aîx.
Mgr Gouthe-Soulard, il est bon de s'en souvenir ici, fut un rallié d'avant la lettre. Aucun prélat n'avait affirmé plus hautement son adhésion à la République sans attendre la parole du Pape. Mais il était de ceux qui prenaient au sérieux la résistance à l'oppression anti-chrétienne, indiquée pour but à l'union de tous les g'ens honnêtes. Et en cela, il dépassa,';^force est bien de le reconnaître, non pas, certes, les directions qu'on appellerait justement pontificales, maiâla politique de Léon XIII.
Aussi arriva-t-il pour lui, comme pour M. Isoard, l'évêque d'Annecy, le premier adhérent à l'Encyclique, que leur fermeté en présence de la tyrannie religieuse les fît considérer par les politiques de la conciliation comme des brouillons, des emportés; et finalement, eux aussi, furent traités de réfractaires.
Mais, dans cette circonstance, Albert de Mun ne fut pas le seul complice du coup monté par Paul de Cassag-nac contre la République. Les cardinaux, les évêques, le Pape lui-même au premier moment apportent leur concours par des manifestations qui occupent toute la presse. Leurs lettres ne pouvaient manquer de produire sur le clergé et les catholiques une impression dont le lecteur se rendra aisément compte; elles dénotent le sentiment qui agitait le clergé et la masse religieuse.
Le cardinal Langénieux écrit de Rome au ministre, le 10 octobre.
Monsieur le Ministre.
J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre circulaire en date du 1 1 octobre, que je reçois à Rome.
Oui, monsieur le Ministre, je connais, pour en avoir été témoin, les regrettables incidents qui viennent de se produire, et j'aime à penser que vous ne les connaissiez que très imparfaitement, lorsque vous avez pris larésolution d'envoyer à NN. SS. les évêques de P'rance, la lettre qui me parvient ici. Autrement vous auriez su que le pèlerinage dit (( des ouvriers français » n'a jamais perdu son caractère religieux et que, s'il a été victime des mani- • feslations violentes de la populace, il n'a fourni aucun prétexte à la malveillance vigilante des agitateurs italiens ; vous auriez su que tout a été préparé, et dirigé .moins contre les pèlerins que contre la France. Aussi, ce
qui nous tient le plus à cœur, ce ne sont ni les injures, ni les outrag-es, ni les mauvais traitements dont les membres du pèlerinag-e ont été l'objet : c'est d'avoir entendu, pendant delong-ues heures, retentir dans toute la ville de Rome ces deux cris sans cesse répétés : a A bas Le Pape ! A bas la France !
Devant le caractère antirelig-ieux et antifrançais que prit, dès le premier instant, la manifestation , je n'ai point attendu votre invitation, monsieur le Ministre, pour envoyer, d'accord avec le comité org-anisateur, un contreordre à tous nos correspondants de France; et dès le samedi, 3 octobre, la dépêche suivante était expédiée : « Les démonstrations tumultueuses et violentes qui se sont produites à Rome contre les ouvriers et contre le Saint-Sièg-e, sous le prétexte d'un fait isolé, dont on accuse un ou deux jeunes gens étrangers au pèlerinage ouvrier, prouvent trop évidemment que les catholiques français ne sont pas libres dans la Ville éternelle, et que leur présence ne pourrait que donner lieu à des nouvelles manifestations contre la Papauté et contre la France. Dans ces conditions douloureuses, le comité décide la suppression des cinq trains départ d'octobre, » Après cet acte inspiré par le sentiment des intérêts de la nation, j 'espérais que notre gouvernement ne manquerait pas d'adresser des représentations devenues nécessaires au gouvernement italien, qui a manifestement laissé toute liberté à l'émeute.
J'ai le regret de constater que l'espoir des Français insultés à Rome a été déçu. Permettez-moi de vous dire, monsieur le Ministre, que nous en sommes profondément affligés, plus encore pour notre patrie que pour nousmêmes.
Veuillez agréer, monsieur le Ministre, l'assurance de ma haute considération.
B, M. Cardinal Langénieux, Archevêque de Reims.
Trois jours après, c'-estle futur cardinal Perraud:
23o LA POLITIQUE BELIGHEUSÈ
.Autun, 13 octobre 1891.
Monsieur le Ministre,
Noire patriotisme nous impose l'oblig'ation de croire que, mieux informé du véritable caractère de ces événements, le g-ouvernement de la République se fût abstenu de paraître donner l'encourag-ement même le plus indirect aux passions hostiles, si violemment déchaînées depuis dixjoursà Rome et dans toute la péninsule italienne, contre la personne du Souverain Pontife, l'indépendance nécessaire de son ministère et l'honneur de notre pays.
Je vous prie, monsieur le Ministre, de vouloir bien agréer l'expression de mes sentiments respectueux.
Adolphe Louis,
Evêqae d'Autan.
Mgr Trégaro, le vaillant évêque de Séez, adresse à son tour au ministre la protestation suivante :
Séez, 14 octobre 1891.
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre en date du 4 octobre, par laquelle vous m.'invitez à ne plus prendre part aux pèlerinages d'ouvriers français à Rome.
Votre Excellence voudrait-elle me permettre de lui exprimer ma surprise en la voyant faire peser cet ostracisme sur l'Episcopat? Les insulteurs italiens ne se sontils pas adressés à la France entière? N'est-ce pas aux cris de : (( A bas la France! Mort aux Français ! »,que nos pèlerins ont été outragés et indignement brutalisés ? On n'a même pas entendu une seule fois messieurs les francsmaçons Juifs s'adresser à l'Episcopat français, par oubli sans doute, car leurs sentiments à notre égard sont assez connus et pourtant c'est nous et nous seuls que vous frappez.
Vous nous mettez ainsi au banc des coupables, monsieur le Ministre, et laissez-moi vous le dire avec tout le respect dû à Votre Excellence, nous ne l'avons pas méri-
PROCÈS DE MONSEIGNEUK GOUTSE-S0ULA.RD 201
lé- Je ne sache pas, monsieur le Ministre, que vous ayez à nous reprocher d'avoir jamais compromis Thonneur de la France, qui nous est cher avant tout. Vous pouvez considérer sans crainte le passé comme un sûr g-arant de l'avenir, et les coups, quelque injustieiables qu'ils soient et d'où qu'ils viennent, ne sauraient atteindre notre absolu dévouement à notre Patrie bien-aimée. Ce dévouement n'a d'ég-al que notre inviolable attachement à l'Eglise dont nous saurons, sans défaillance, quoiqu'il arrive, défendre les droits sacrés. Ce sont surtout ceuxlà, vous le savez bien, monsieur le Ministre, que l'on viseaujourd'liui. Si nous en souffrons cruellement en les voyant odieusement et contre toute justice foulés aux pieds, par ceux-là même dont le devoir serait de les défendre ; nous restons cependant sans une crainte exagérée pour l'avenir. La vérité est imprescriptible, monsieur le Ministre, tôt ou tard elle doit triompheret elle triomphera.
Agréez, monsieur le Ministre, l'assurance de ma haute considération- François-jVIarie,
Euêqae de Sées,
Coùtances, le 16 octobre 1891.
Monsieur le Ministre,
Avant de vous accuser réception de votre circulaire concernant les pèlerinages à Rome, j'ai voulu prendre quelque temps pour être plus à même d'apprécier la situation.
Laissez-moi vous dire aujourd'hui, monsieur le Ministre, que plus j'y réfléchis et plus je me sens douloureusement affecté d'une mesure prise à l'occasion des faits dont la gravité n'était nullement démontrée et avant même que la justice italienne eût prononcé. L'invitation que vous avez cru devoir adresser à l'épiscopat français fait souffrir mon patriotisme et ma foi.
-Je ne vois que trop iien en effet ce que la dignité nationale peut y perdre ; je ne vois pas aussi bien ce
qu'elle peut y g-ag-ner. Quant à la relig"ion, monsieur le Ministre, la mesure que vous signifiez aux évêques doitelle réellement tourner à son profit ? Les apparences tout au moins sont contre la liberté de l'Eglise ? Cette liberté, monsieur le Ministre, nous ne devons, nous ne pouvons la sacrifier à aucun prix.
Or, dans les circonstances où vous nous écrivez, ne semble-t-elle pas menacée en même temps que la liberté même du Saint-Siège. N'est-ce pas pour nous un droit et un devoir de visiter, au gré de notre conscience, le Chef, le Père de la famille catholique ? Et les manifestations qui viennent de se produire pourraient-elles porter atteinte à notre droit, entraver l'accomplissement de notre devoir, alors que ces manifestations, on le sait du reste actuellement, n'ont pas été provoquées par nos pèlerins, mais ourdies par les sectaires contre la Papauté, contre la France elle-même ?
Votre invitation, il est vrai, monsieur le Ministre, n'est que « pour le moment ». Mais l'expérience nous instruit ici. Que de projets dont la première idée révoltait, et qui, depuis, habilement entretenus et propagés, sont devenus des lois qu'il nous faut subir !
Oui, monsieur le Ministre, les évêques français ont le sentiment des intérêts de la nation. Ils les défendent avec un dévouement que ne lassent ni les amertumes, ni les humiliations. Mais ils ont aussi le sentiment des conditions essentielles à la vraie grandeur de la patrie.
Après ces observations qui dégagent la conscience de l'évêque, et la trop légitime susceptibilité du Français, je vous prie^ monsieur le Ministre, d'agréer l'hommage de ma haute considération.
Abel, Evêqiie de Coutances et d'Avranches,
Mgr Freppel avait été le premier à relever, en termes d'ailleurs très mesurés, l'impertinence du ministre :
Angers,! octobre 1891,
Monsieur le Ministre,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser à la date du 4 courant et dans laquelle vous invitez les évêques à s'abstenir, pour le moment, de toute participation aux pèlerinag-es dits « des ouvriers français ».
Sans vouloir discuter, dans les circonstances présentes, les questions de droit que soulève votre circulaire, je me permets de penser qu'elle était à tout le moins superflue; car, devant l'attitude ag-ressive d'une partie de la population italienne, contre la France, il ne pouvait venir à l'esprit d'aucun évêque français de choisir le moment actuel pour se rendre auprès du Souverain Pontife. D'ailleurs, en présence de manifestations qui sont hors de toute proportion avec l'acte irréfléchi de quelque jeune étudiant, les directeurs des pèlerinag-es s'étaient empressés, spontanément, de suspendre leurs projets. Je partag-e absolument, monsieur le Ministre, votre juste souci des « intérêts de la nation », mais il m'est impossible de ne pas appeler à mon tour l'attention du g-ouvernement sur la situation anormale et violente que révèlent ces reg-rettables incidents. S'il suffit d<un fait purement individuel, d'un acte de lég-èreté de quelque pèlerin, désavoué d'ailleurs par tous ses compag-nons, pour amener à Rome et d'un bout de l'Italie à l'autre un pareil déchaînement de passions contre la France, et pour rendre impossible aux catholiques d'un pays leur accès auprès du Père commun des fidèles, peut-on dire que l'honneur et la dignité de notre nation n'ont reçu aucune atteinte, et que le Pape est vraiment libre dans l'exercice de son ministère? .
Laissez-moi croire que ce côté si grave de la question n'aura pas échappé à la clairvoyance de votre patriotisme ,^ et que le gouvernement se fera un devoir de protéger, dans la mesure de ses forces, avec l'indépendance du Saint-Siège, les droits et la liberté des catholiques français.
Agréez, monsieur le Ministre, l'assurance de ma haute considération.
Cha.rles-Emile, Evêque d'Angers.
Le Souverain Pontife Léon XIII, voulant épancher sa douleur et consoler celle de ses enfants, choisit justement l'archevêque d'Aixpour confident de ses peines. Le 12 octobre, Sa Sainteté adressait à Mgr Gouthe-Soulard la lettre suivante :
A notre vénérable frère François-Xavier, archevêque d'Aix à Aix,en Provence, Léon XIII, Souverain Pontife.
Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique. C'est avec g"ratitude et g"rande joie que nous avons accueilli les sentiments exprimés dans la lettre que vous nous avez adressée dès votre retour de Rome. Assurément, pendant votre récent séjour dans la Ville éternelle, alors que tant de consolations nous étaient données par le dévouement et la piété admirable d'une si g-rande multitude, nous ne pressentions nullement les angoisses qu'allaient nous apporter si tôt des incidents imprévus.
Il est bien triste, comme vous l'avez compris, d'avoir aies souffrir, et plaise à Dieu qu'ils ne nous présag-ent pas quelque chose de plus triste encore. Nous ne pouvons, en effet, nous empêcher de redouter pire encore en voyant qu'on laisse aux insulteurs du Pontificat romain tant d'impunité et de licence. Et de fait, au premier prétexte, ils ont lâché les freins à la colère, et aussitôt la ville retentissait partout de cris sauvages, "
La fureur dont ils étaient pleins a éclaté. La majesté d'un temple très auguste a été violée, le pontife attaqué par d amères et bruyantes insultes, le nom catholique couvert d'injures. Les outrages et même les voies de fait se sont multipliés contre un grand nombre de pèlerins que n'ont pu protéger ni les lois de l'hospitalité ni l'innocence, et vraiment on a traité comme on traite des
ennemis des hommes que leur piété seule et leur dévouement au Saint-Sièg-e avaient amenés à Rome. Après ces attentats qui ont porté une grave atteinte à la vieille réputation de distinction et d'urbanité italiennes, il devient évident que la haine de nos adversaires g-randit de jour en jour, et quels que soient enfin les artifices hypocrites dont on se sert, on voit éclater de plus en plus les tristes projets qui se trament contre nous et contre le Saint-Sièg-e.
Pour vous, vénérable frère, vous continuerez de toutes vos FORCES A COMBATTRE AVEC NOUS POUR L EGLISE.
Quant à ceux qui, sous votre conduite et vos auspices, étaient venus vers nous à Rome, unis par leur piété, vous leur ferez part de nos sentiments paternels, et, pour g'ag-e des g'râces divines, nous vous donnons affectueusement à vous, vénérable frère, et à eux, ainsi qu'à votre clergé et à tout votre peuple, la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, k Saint-Pierre, le 19 octobre de l'année 1891, de notre pontificat la quatorzième,
LÉON XIÏI, Pape.
Après de telles manifestations, il semble vraiment superflu de recourir aux passions monarchiques pour expliquer le retentissement de cette affaire. Il est encore permis d<t croire que les sug-gestions de Paul de Cassag-nac n'étaient pas pour grand'chose dans les lettres épiscopales qui se multiplièrent de toutes parts après l'annonce des poursuites intentées contre l'archevêque d'Aix, et dont le cardinal Richard, puis les cardinaux Deprez et Langénieux donnèrent l'exemple très significatif, bientôt suivi par la presque universalité de l'épiscopat français ; tandis que Léon XIII, ne soupçonnant peut-être pas toute la portée que prenait ce mouvement protestataire, s'adressait cette fois
à tous les chefs des diocèses, par rintermédiairè du cardinal Lang-énieux.
Archevêché de Paris. Paris, 23 octobre 1891.
A Monseig-neur l'Archevêque d'Aix.
Monseigneur,
Les journaux d'hier nous ont appris que Votre Grandeur était citée à comparaître, le mardi 24 novembre, devant la première chambre de la Cour d'appel de Paris.
Permettez-moi de revendiquer l'honneur de vous offrir l'hospitalité à l'archevêché, en cette circonstance.
Tous vos frères, dans l'épiscopat, soyez-en assuré, vous entoureront d'une respectueuse et affectueuse sympathie.
Vous aviez voulu, Monseigneur, accompagner vos chers ouvriers de la Provence dans le pèlerinage de Rome et vivre de leur vie durant tout le voyage. Vous avez dû, j^lus que tout autre, éprouver une douloureuse impression des incidents qui ont marqué la fin du pèlerinage.
Notre pays aime les âmes loyales et généreuses ; il ne vous blâmera pas d'avoir vivement ressenti et vivement exprimé la douleur que vous causait l'injure faite à l'Eglise et à la France.
Veuillez, très cher et vénéré Seigneur, agréer l'hommage de mon affectueux respect et de mon fraternel dévouement.
François, Cardinal Richarb, Archevêque de Paris
Archevêché de Toulouse. Toulouse, 25 octobre 1891.
A Monseigneur l'Archevêque d'Aix.
Monseigneur, Je ne croyais pas que, dans un pays où l'on se pique de tenir encore aux grandes et saintes choses, il était
possible de commettre un délit en faisant acte de relig-ion et de patriotisme.
L'amour de l'Eg-lise et celui de la France ont seuls inspiré votre réponse à M. le ministre des Cultes. Les maîtres du jour ontvu dans cette lettre tout aspostolique un outrage au lieu d'un service, et ils requièrent des peines pour un écrit à l'occasion duquel ils devraient vous octroyer des remerciements. Votre courage épiscopal ne laisse pas de provoquer ailleurs les sentiments qu'il mérite depuis que vous êtes poursuivi pour avoir soutenu les droits de la conscience catholique et de la dignité française.
D'un bout à l'autre de notre pays, les prêtres et les fidèles en sont fiers comme d'une gloire qui leur est propre. On dirait que vous êtes devenu l'évêque de tous les diocèses de France. Aussi votre sort inspire à vos collègues dans l'épiscopat une jalousie que je n'ai pas la force de ^enir secrète, et, en attendant le jour peut-être prochain où il me sera donné de vous suivre, je regarde comme un devoir de vous apporter, Monseigneur, l'expression sincère de ma cordiale sympathie.
Veuillez, en même temps. Monseigneur, agréer l'assurance de mon respectueux dévouement.
P. Cardinal Desprez, Archevêque de Toulouse.
Archevêché de Reims
Reims, 19 novembre.
Monseigneur,
En vous envoyant la lettre de Notre Très-Saint Père que je suis chargé de communiquer à N. N. S. S. les cardinaux, archevêques et évêques de France, je veux vous redire encore nos sentiments de fraternelle affection et de respectueuse sympathie, à la veille de votre comparution devant le Tribunal.
Vraiment, cher Seigneur, je me demande comment, unis comme nous l'étions à Rome dans la même pensée et dans la même œuvre ; 'associés, quelques jours après,
238 LA POLITigtTE RELIGIEUSE
dans la même protestation contre la circulaire de M. le ministre des Cultes, nous sommes aujourd'hui séparés.
Je m'incline devant le choix qui a été fait de votre personne, en me disant que tous ne sont pasjug-és dig"nes de souffrir pour Jésus-Christ et pour son Eglise.
Au moins, cher et vénéré Seig-neur, veuillez me faire une part dans vos mérites comme je vous la fais chaque jour dans mes prières, et soyez assuré que mes vœux dévoués vous suivront devant vos jug-es .
B. M. Cardinal Langénieux.
Archevêque de Reims.
Lettre de Mgr de Valence au ministre des Cultes:
Valence, 24 octobre 1891.
Monsieur le Ministre,
Je m'étais proposé d'ahdérer purement et simplement à la noble et ferme lettre qui vous a été adressée par mon vénéré métropolitain; mais apprenant que des poursuites sont dirigées contre Mgr l'archevêque d'Aix, je considère comme un devoir de solidarité fraternelle de vous faire parvenir directement l'expression des sentiments qui m'ont été inspirés par votre lettre du 4 octobre, adressée à l'épiscopat.
Depuis que lé jour s'est fait sur les tristes événements du 2 octobre, il est évident pour tout homme de bonne foi qu'une manifestation hostile à la Papauté et à la France était préparée dans l'ombre par la franc-maçonnerie italienne, et que l'acte bien innocent de quelques jeunes pèlerins n'en a été que le prétexte.
Les mauvais traitements infligés à des citoyens français par la canaille de Rome, sous les yeux bienveillants de la police, les cris furieux et mille fois répétés de : A bas le Pape ! A bas la F'rance ! Vive Sedan ! indiquaient clairement le] but de cette haineuse démonstration.
Vous deviez être informé de tout cela, monsieur le Ministre, autrement, ceux qui représentent la France en
PROCÈS DE MONSEIGNEUR GODTHE-SOULARD zdç}
Italie n'auraient pas rempli leur devoir. Alors, comment se fait-il que Votre Excellence n'ait pas cru devoir prendre d'autre mesure que d'inviter 4es évêques à s'abstenir de dirig-er les pèlerinag-es ? Pour ma part, je ne crois pas que cela suffise pour donner satisfaction à l'opinion publique et à la dig"nité nationale si grossièrement oiïtrag-ée. Je n'j vois, bêlas! qu'un symptôme de plus des dispositions dé notre g-ouvernement k l'ég-ard des catholiques : ce sont eux qui ont toujours tort, c'est d'eux seuls que vient tout le mal.
Et pourtant, dajïs ces hommag-es publics rendus à la religion et au Vicaire de Jésus-Christ, les évêques fontils autre chose que de réveiller la foi, d'exciter la piété, d'encourag-er le respect et la soumission filiale à l'autorité la plus sacrée et la plus soucieuse de notre chère France? En quoi cela peut-il nuire à la prospérité d'un peuple et à l'honneur de son drapeau ?
Ah I s'il était permis aux catholiques du monde entier de ne plus faire le pèlerinag-e de Rome pour aller porter au Souverain Pontife l'hommiag-e de la vénération et d& l'amour qui le consolent dans sa douloureuse captivité, les ing-rats habitants de cette Rome intang-ible mourraient bientôt de faim et subiraient le juste châtiment que leurs insultes n'ont que trop mérité. Mais nous avons, des devoirs de piété filiale à remplir, et nous voulons j être fidèles. On voudrait empêcher des enfants de visiter leur père, mais Dieu ne le permettra pas, et tant que le Saint-Siège n'aura pas reconquis l'indépendance qui permettra au père de recevoir librement ses fils, nous ne cesserons de protester contre l'odieuse tyrannie dont il est la victime. Ces sentiments, d'ailleurs, n'ont rien d'incompatible avec l'amour de la patrie, et nous saurons prouver que les chrétiens les plus dévoués à la Papauté sont aussi les meilleurs citoyens.
Dans sa lettre du 4 octobre. Votre Excellence veut bien reconnaître que les évêques ont le sentiment des intérêts de la nation. Oui, monsieur le Ministre, ces
24q la politique religieuse
intérêts nous sont à cœur, et nous les défendrons partout et toujours. Quand nous entendons crier .* A bas la France ! nous avons l'âme profondément humiliée et navrée. Quand nous voyons des Français faire brûler l'encens au pied de la statue d'un Garibaldi qui fit couler ie sang" de nos soldats à Rome et qui les trahit à l'armée de l'Est, quand, pour faire leur cour au radicalisme cosmopolite, ils s'aplatissent devant la nation- sœur et lui tendent la main, au moment où elle nous prépare ses ig-nobles crachats, notre âme bondit et se révolte, notre sang- français bout dans nos veines ; car notre pays, sa dignité, sa grandeur nous sont plus chers que la vie.
C'est parce que vous en convenez, monsieur le Ministre, que vous devriez compter sur notre patriotisme et vous en rapporter à notre prudence pour concilier nos devoirs de catholiques avec notre invincible amour pour la France.
Veuillez, monsieur le Ministre, agréer l'hommage de mon profond respect.
Charles, Evêque de Valence.