‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 27 sur 118 · V. — Le sentiment de Rome · texte numérisé non relu

V. — Le sentiment de Rome

Il faut néanmoins convenir que l'attitude des archevêques de Bordeaux etde Tours répondait mieux à la pensée du Pape que celle des autres évêques.

Mgr Gouthe-Soulard, connaissant les dispositions du Nonce, et préoccupé de lui éviter des embarras diplomatiques, s'était tenu sur une grande réserve à son égard jusqu'au moment du procès, alla le voir le lendemain de l'arrêt. Lui-même a raconté fréquemment depuis que le Nonce lui fit un excellent accueil et loua très spécialement, dans sa déclaration, le passage concernant la respectueuse soumission aux institutions du pays. Mais ce fut de la bouche du ministre des Affaires étrangères en séance publique de la Chambre que les évêques apprirent, s'ils ne la connaissaient déjà, et que fut révélée aux catholiques la désapprobation de leur conduite par la cour de Rome.

Et c'était, certes, de quoi les replonger dans l'attitude humiliée, pour ne pas dire en beaucoup de cas, servile, dont ce procès les avait fait sortir un instant.

Le 5 mars 1892, quelques jours après l'apparition de l'Encyclique sur le ralliement, M. Ribot donnait lecture à la Chambre d'une dépêche diplomatique adressée par lui, le 17 décembre 1891, à l'ambassadeur français près du Saint-Siège. Ce que le ministre y affirmait de la politique pontificale aurait pu laisser un doute dans les esprits, si ces assertions n'avaient été destinées, comme on le verra au début du chapitre suivant, à être placées

SOUS les yeux du cardinal Rampolla et du Saint- Père, qu'on prenait ainsi à témoins :

Monsieur, la haute sag-esse dont le Souverain Pontiffr a coutume de s'inspirer dans ses jug-ements n'a pas manqué sans doute d'apprécier comme il convient les récentes manifestations auxquelles une trop g-rande parlie de l'épiscopat français s'est laissé entraîner. Sans vouloir exagérer la portée de ces manifestations, et l'émotion qu'elles ont produite, il est impossible de méconnaître quelles ont eu pour premier résultat de raviver des luttes irritantes et de compromettre la pacification que le Saint-Siège ni! a pas cessé de recommander aux évêques. On ne comprendrait pas que ceux-ci se soient départis en cette occasion de la réservequi convient à leur caractère, si l'on ne savait de quelles pressions ils ont été l'objet de la part de certains partis politiques. La lettre de l'arcKevôque de Bordeaux, qui a été communiquée à la Chambre par le ministre des- Cultes, d'autres lettres d'un caractère plus confidentiel, ég-alement adressées à M. Fallières, nous ont fait connaître le but de la campag-ne qui vient d'être eng-ag-éeau nom de la relig-ion et les moyens employés pour forcer les évêques à y prendre part.

Les déclarations que S. Em. le cardinal Rampolla. a faites spontanément à M. de Monbel ne nous ont laissé aucun doute sur les sentiments qu'a inspirés au Souverain Pontife la conduite de quelques-uns de nos évêques. Ces sentiments m'ont d'ailleurs été confirmés au cours des entretiens que fai eus avec le nonce apostolique. Je n ignore pas que Mgr Ferrata a usé de toute V infiuence dont il dispose pour faire comprendre aux évêques que le Saint-Siège n approuva.it pas leur attitude. Il n'a pas dépendu de lui d'empêcher les regrettables incidents qui ont précédé et suivi la condamnation de M. l'archevêque d'Aix...

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