I. — Promesse d'intervention
La dépêche diplomatique lue par M. Ribot à la tribune de la Chambre, le 5 mars 1892 (i), poursuivait ainsi :
La déférence envers les représentants du pouvoir civil, la neutralité dans les luttes politiques sont les premiers devoirs d'un clerg-é reconnu par l'Etat. Du jour où ce clerg"é sort de sa mission relig-ieuse pour se mêler à la politique, il met en dang-er le Concordat.
Je vous signale particulièrement, à ce point de vue, le projet qui semble avoir été formé par un certain nombre d'évêques de publier, quelque temps avant les prochaines élections municipales, un manifeste sur le devoir des électeurs. On ne manquerait pas de voir dans cette intervention collective une tentative de la part des évoques d'exercer une direction politique.
Je dois surtout appeler votre attention sur les nouveaux catéchismes récemment introduits dans un certain nombre de diocèses, et qui contiennent non seulement des conseils sur le choix des candidats po-
(i) L'Encyclique sur le Ralliement est du i6 février 1892. Il est bon de se rappeler cette date, pour bien comprendre la façon dont le Gouvernement de la République exploitait en ces circonstances les volontés conciliantes du Saint-Père.
l'affaire des catéchismes électoraux 255
liques^ conseils fort peu appropriés, en tous cas, à l'âg-e des enfants auxquels ils sont adressés, mais encore des critiques de la loi qui a tracé lés programmes d' enseignement dans les écoles publiques.
11 ne serait que temps de donner aux évêquesdes conseils de prudence si — comme je n'en saurais douter — le Saint-Sièg"e tient à prévenir de nouveaux et graves conflits dans une matière aussi délicate que celle-ci, entre l'autorité civile et une partie de l'épiscopat.
Vous pouvez affirmer hautement que le gouvernement de la République désire avec la plus entière sincérité la paix religieuse, quil a le plus profond respect des croyances et des droits de la conscience. Il vient de donner une preuve des sentiments qui dirig"ent sa conduite en déclarant publiquement qu'il ne s'associerait à aucune mesure préparatoire de la dénonciation du Concordat. En vous faisant l'interprète de ces sentiments vous n'aurez que plus d'autorité pour signaler le péril qu'il y aurait à laisser l'épiscopat persévérer dans la voie où il est entré. Votre langage doit être, à cet égard, aussi net et aussi ferme que notre conduite a été jusqu'à ce jour prudente et modérée. Nous ne voulons pas avoir la responsabilité de ce qui pourrait advenir si on laissait s'aggraver un état de choses si contraire aux véritables intérêts de l'Eglise. Vous êtes autorisé à donner lecture de cette lettre au cardinal secrétaire d'Etat. {^Applaudissements au centre et sur divers bancs à gauche.)
Le Ministre des Affaires étrangères ajouta :
Cette lettre a été communiquée au Saint-Père, et le Pape a dû être frappé des considérations qui y sont développées, puisqu'il nous a fait savoir qu'il avait r intention d'intervenir en cette affaire des catéchismes pour la régler de façon à prévenir un confiit entre l'autorité civile et l'autorité religieuse.