‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 36 sur 118 · III. — Préludes de rintervention pontificale · texte numérisé non relu

III. — Préludes de rintervention pontificale

Les discussions sont fort animées dans la presse, entre les journaux qui se placent simplement au point de vue de la défense catholique et ceux qui soutiennent la politique de ralliement. Ceux-ci ont une thèse très simple, que les événements se chargeront de justifier, malgré son invraisemblance : les évêques qui protestent publiquement contre la loi des fabriques font une mauvaise besogne; ils contrarient l'action pacificatrice et conciliatrice de Léon XIII ; on aurait grand tort de croire que la loi des fabriques (pas plus que la défense des Congrégations en r88o ou l'affaire des catéchismes électoraux, et autres semblables) pourrait devenir pour lui un motif de modifier sa politique.

A la date du lo février 1894, la Vérité^ sous la plume de M. Paul Tailliez, tente vainement, quoi qu'avec des arguments fort justes, de crever le ballon d'essai lancé par le Nouveau Moniteur de Rome (f) :

Donc, le Nouveau Moniteur de Rome, appréciant les innombrables protestations que soulève le décret du 27 mars iSgS sur la comptabilité des fabriques, y voit « un avertissement plus sensible des délicatesses de la « situation présente au point de vue religieux» ; il en tire « un conseil plus pressent d'observer la mesure, le tact, les convenances »; if y dénonce a un indice plus subtil tlu danger qu'il y a parfois à publier, c'est-à-dire à livrer à l'interprétation des partis, des documents qu'il a été utile et sage d'écrire ».

(') Sur la réorganisation de ce journal, voir Cas de Conscience, p. 81.

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Il faut, on l'avouera, une forte dose d'optimisme au Nouveau Moniteur pour imaginer qu'on sauvera les intérêts de l'Eglise à l'aide de cette diversion. Car ce n'est qu'une diversion, et une diversion peu glorieuse, à l'heure où éclate un conflit entre les catholiques et les laïcisateurs, que de jeter le blâme précisément et uniquement sur les premiers, et de n'avoir pour les seconds que des trésors d'indulgence.

Il est d'ailleurs superflu, pensons-nous, de défendre NN. SS. les évoques contre ce rappel, légèrement prétentieux, à la « mesure », au « tact », aux « convenances » ; les plus intrépides des vénérables jftrotestataires sont animés d'un esprit de paix sincère, qui les met à l'abri de telles impertinences. Mais quant le Nouveau Moniteur regrette la pensée qui a conduit Leurs Grandeurs à « publier » les documents dont il s'agit, parce que c'était les « livrer à l'interprétation des partis », ce journal réédite un sophisme que nous avons déjà signalé, mais auquel il faut une fois de plus couper court.

S'il suffisait, en effet, d'alléguer 1' « interprétation » passible des « partis » pour prouver le (c danger » de la publicité des protestations épiscopales, qu'elle est l'ingérence , la vexation , la persécution que l'Eglise n'aurait pas dû subir en silence, non seulement en France depuis quinze ans, mais partout depuis dix-neuf siècles? Les « partis » interpréteront ? C'est possible, probable, certain même; et puis? NN.'SS. les évêques, qui n'ont sûrement pas écrit leurs protestations sans prévoir « l'interprétation des partis », ont sans doute estimé que ce n'était pas là un « danger » suffisant pour retenir plus longtemps leur plume. Ils ont vraisemblablement pensé qu'étant demeuré sourd à leurs représentations discrètes et personnelles, le gouvernement serait moins insensible aux protestations publiques.

Aussi bien, le gouvernement, lui, avait-il nais le

moindre tempérament dans la publicrté de ses mesures persécutrices? La loi du 26 janvier i8g2, le dé— cret du 2j mars iSgS, le règlement du i5 décembre de la même année, les reg-istres types, et jusqu'aux formules de serment, il a « publié » tout cela sans l'ombred'une hésitation, avec une inflexibilité qui n'a point déconcerté la pei'spective de voir les « partis » interpréter son œuvre. Ce n'est surtout pas l'interprétation du Moniteur de Rome, ancien ou nouveau, qui l'a fait reculer d'un « demi-millimètre », suivant le mot de M^ l'Archevêque d'Aix.

Le droit pour les évêques de publier leur protestation n'était pas douteux. Le Moniteur de Rome soutiendra-t-il qu'il y a unecertaine opposition entre la pixblicité dont il s'irrite et les instructions pontificales ? Peutêtre le pense-t-il,inais,à coup sûr, il ne peut le prouver..

Que sont, en effet, ces directions? Si, d'une part, Sa. Sainteté recommande l'acceptation du fait constitutionnel, elle spécifie, d'autre part, et de la façon la plus expresse, que cette acceptation doit avoir pour but uneplus g-rande énerg-ie, une plus g-rande union, une plus grande efficacité dans la lutte contre la lég-islation sectaire. La question est donc de savoir si la publicitédes protestations épiscopales à propos des fabriques heurte l'une ou l'autre de ces deux parties indivisibles. dont se composent les instructions de Léon XIII.

Heurte-t-elle la seconde? Assurément non: en publiant. leurs protestations sur la question des fabriques, les évêques accomplissent précisément l'acte recommandé de lutter avec énerg-ie, avec union, avec efficacité contre la législation anti-chrétienne.

La publicité des protestations épiscopales sur les fabriques heurte-t-elle davantag-e la première partie des instructions de Léon XIII, celle qui recommande l'acceptation du fait républicain ? Non encore. Car enfin, est-ce attaquer la République, est-ce seulement l'effleurer que de publier, pour la comptabilité des deniers de

l'Eg-lise, la g-estion d'hommes dûçaent désig-néspar l'autorité ecclésiastique, à celle des fonctionnaires de l'Etat?

Entre la publication d'une pareille thèse, et la mise en question de la constitution politique, qui peut imag-iner la moindi-e connexion ?

Nous allons plus loin, et nous soutenons qu'en publiant les documents dont s'alarme le Nouveau Moniteur de Rome, NN. SS. les évoques, loin d'y contrevenir, ont précisément abondé dans le sens de la première partie des instructions de Léon XIII. Non seulement, en effet, ils n'ont pas attaqué la République, mais ils en ont observé les mœurs et mis en pratique les procédés. Qu'est-ce donc que la République, sinon unrég-ime de discussions publiques, partant de publicité? « Publier » un document, le « livrer à l'interprétation des partis », mais c'est la condition môme des républiques.

Après cela, laissons le Nouveau Moniteur croire, puisqu'il l'affirme, que « le désir d'un accord est dans tous les esprits », et que, « M. le ministre des Cultes a donné sa /o^a/e promesse d'étudier les modifications aux décrets qui lui seraient proposés ». Mais nous lui demandons en retour la permission. d'attendre, pour partag-er sa tranquillité d'esprit, autre chose qu'une conjecture arbitraire et naïve, à savoir un résultat tang-ible; ce serait peut-être la première fois qu'il ne serait point déçu dans l'inébranlable optimisme qu'il oppose aux attentats perpétrés lentement, mais sûrement, contre l'Eg-lise, en France.

Pour tout dire, si le Nouveau Moniteur de Rome trouve mauvais que nous discutions ses propos, qu'il s'abstienne de les « publier » ; il évitera du même coup, suivant son propre système, de les « livrer à l'interprétation des partis ». Toutes choses s'en trouveront mieux y compris la défense de l'Eg-lise.

Trois jours après, les journaux enreg-istrent la dépêche suivante, donnée par l'Ag-ence Noto :

Rome, 13 février.

Le Pape a chargé le nonce de Paris et le cardinal Langénieux de faire des remontrances au g-ouvernement français au sujet de la loi sur les fabriques.

Etant donnés les rapports actuels du Vatican et de la République, ces remontrances ont été présentées sous une forme très modérée.

Le ministre Gasimir-Périer a promis au Vatican d'introduire quelques modifications de détail dans la loi relative aux fabriques.

// est probable que le Vatican se contentera de cette concession et que la dite loi ne donnera pas lieu à une protestation publique de la part du Saint-Siège.

A la secrétairerie d'Etat^ on n approuve pas la forme dans laquelle certains évêques ont protesté contre les projets gouvernementaux.

Puis une nouvelle note du Moniteur de Rome (i) :

L'agitation autour de la loi des fabriques tend à faire place à un travail sérieux et secret pour l'amélioration d'une mesure inapplicable : « // était temps, nous écrit-on de Faris, que le Saint-Siège intervînt pour calmer les esprits. Une lutte trop ouverte aurait empêché toute modification. La voie diplomatique, me disait un éminent dignitaire de l'Eglise, était la seule issue. Le cabinet ne pouvait céder à v.ne pression populaire, mais il n'a aucujie difficulté de s'entendre à l'amiable avec le Saint-Père.

Léon XIII nous a rendu un service de premier ordre en traitant cette affaire par des intermédiaires. Dans le

(1) On trouvera dans le Cas de Conscience et dans Rome et l'Action libérale de curieux documents sur Taclioii démoralisatrice de '^^ journal, que la presse et les écrivains ralliés donnaient pour un organe officieux du Vatican. Si sévère que puisse paraître cette appréciation, il n'est pas exagéré de dire, sans incriminer, bien entendu, les intentions, que des traîtres n'auraient pas donné de conseils plus perfides, plus funestes.

PROGRÈS DU LlBÉR. — I — 22

cas contraire, c'eût été la g-uerre, et, dans les paroisses, la permanence de conflits. Aussi bien, le cabinet a rendu hommag'e au taet et aux procédés courtois du Pape. Convaincu lui-même du. caractère inapplicable de la loi, il est disposé à modifier ce leg"s assez malencontreux de l'ancien ministère. Une commission mixte, où se coudoieront les représentants des deux pouvoirs, n'aura pas trop de difficultés pour trouver un accommodement.

Le Moniteur de Rome cherchait vainement à -diminuer la valeur des protestations épiscopales ; non moins vainement il plaidait en faveur du ministère, comme si la loi des fabriques était « le legs assez malencontreux du ministère précédent ». C'était oublier, non seulement que tous les ministres actuels avaient voté cette loi, mais que la circulaire du i5 décembre, leur œuvre propre, en avait aggravé les dispositions. Quant à la Commission mixte à laquelle le Moniteur fait allusion, la Vérité du 3 mars 1894 relevait très justement le piège et le danger de cette conciliation officieuse, et d'autres essais semblables.

Par son caractère et par sa teneur, le mémoire officieux sur les fabriques paroissiales, que nous avons publié, serait de nature à tromper la bonne foi du clergé •et des fidèles. Il se présente comme un projet de contradiction. Des propositions de ce genre ont souvent chance d'être écoutées, lorsque ceux auxquels elles s'adressent n'espèrent pas obtenir par le bon droit plus •qu'on ne leur offre par transaction.

L'auteur de ce document anonyme, communiqué à ■quelques hauts personnages ecclésiastiques et civils, a cru trouver le moyen de donner satisfaction au clergé et de faire passer le reste de la loi nouvelle sans diffî-

culte, en supprimant le point le plus irritant de cette loi, celui qui a trait au casuel. C'est sur cette base qu'il propose une révision du décret rég-lementaire de la comptabilité des fabriques.

Nous avons vu là un pièg-e, et nous l'avons dénoncé.

Les fabriques, en effet, et avec elles les curés et desservants, sont assurées de vaincre judiciairement sur le point au sujet auquel on leur propose une modification à l'amiable. Se prêter à un arrang-ement serait se priver à la fois de l'avantag-e de l'emporter de haute lutte, dans le conflit, et du droit de repousser de toiites pièces cette lég"islation illégitime et vexatoire. Fort du texte des Articles prg-aniques, le curé établira victorieusement devant le Conseil d'Etat, qu'il est « autorisé » à recevoir les dons et oblations des fidèles, sans conditions de versement dans la caisse de la fabrique, et le trésorier, de son côté, déclarei^a qu'il ne peut pas encaisser ce que les Articles organiques autorisent le curé à recevoir luimême, pour son propre compte, et ce que le décret-loi de 1809 ne permet pas de faire figurer parmi les recettes des fabriques.

Il n'y a point là matière à transaction. Le décret réglementaire de iSgS a méconnu, sur ce point, les Articles organiques et le décret de 1 809 ; ses prescriptions sont incompatibles avec les lois en question : il doit être radicalement réformé, et par un arrêt même du Conseil d'Etat, déclarant que l'article de son règlement sur le casuel est contraire à des lois supérieures et, par conséquent, illégal.

Là-dessus nous pourrions vaincre, nous n'avons pas besoin de traiter. Et si nous vainquons judiciairement sur un point aussi important du décret réglementaire, que deviendra le reste de cette réglementation, aussi impraticable que tracassière ?

Peut-on croire que ce soit le seul intérêt du clergé et des fabriques qui ait inspiré ce mémoire officieux, lorsque son but est de fcdre abandonner aux intéressés une

34o LA POLITIQUE RELIGIEUSE

position avantag-euse de résistance, poui^ les amener à une transaction, dont ils n'ont pas besoin, et qui comporterait avec elle L'acceptation intégrale de la nouvelle législation ?

Non, les catholiques ne sauraient croire aux bonnes intentions d'un entremetteur, qui se propose moins de venir au secours du clergé que d'assurer le sort d'une loi à laquelle on devine assez qu'il n'est point étranger. Il y a dans le mémoire en question, ce premier pièg-e, que nous avons signalé.'

Il y en a un second, non moins perfide. Pour la révision du décret du 27 mars, sur l'incorporation du casuel ecclésiastique dans la comptabilité des fabriques, l'anonyme propose la formation d'une commission mixte de représentants des deux autorités religieuse et civile. « Cette forme « de révision », ajoute-t-il, serait la plus heureuse, non seulement parce qu'elle procurerait plus facilement l'accord, mais encore parce que, en elle-même et par elle-même, elle serait la reconnaissance du caractère mixte de la question des fabriques et des biens qui la rattachent au régime contractuel institué pour l'Eglise de France par la législation concordataire. »

Ici l'auteur du mémoire ne dissimule même plus sa pensée.

A la faveur d'une révision partielle du décret du 27 mars, par une commission mixte formée d'éléments ecclésiastiques et laïques, il veut arriver, et il le dit, à faire sanctionner un des abus les plus graves de notre législation politico-ecclésiastique, un des empiétements les plus intolérables de l'Etat sur l'Eglise.

C'est, en effet, par une usurpation formelle de l'Etat, que l'administration du temporel des paroisses a été soumise au régime du décret-loi de 1809.

L'Eglise revendique pour elle seule le droit d'administrer ses biens et revenus. Selon le droit canonique, les fabriques ne devraient relever que des évêques pour leur règlement et leur. gestion. L'Etat n'a point à s'immis-

cer dans radministration des biens ecclésiastiques consacrés au culte.

Le décret de 1809 sur les fabriques ne dérive en rien du Concordat, ni d'une dèlég-ation quelconque donnée par le Saint-Sièg-e au lég"islateur français ; il est tout arbitraire, et, dès l'orig-ine, il a été l'objet de protestations légitimes de la part des évêques. Le Saint-Sièg-e ne l'a jamais approuvé, et il faudrait une autorisation formelle de sa part pour le sanctionner.

Or, le décret du 27 mars 1898 ag-g-rave sing-ulièrement le décret impérial de i8og. Il pousse l'empiétement jusqu'au bout, en laïcisant les fabriques elles-mêmes. C'est cette situation exorbitante, que l'auteur du mémoire voudrait régulariser, comme il le déclare, paf l'institution d'une commission mi-partie ecclésiastique et laïque, charg-ée d'une révision partielle du décret rég-lementaire de 1898, laquelle affirmerait par son existence et ses décisions le caractère mixte de la question des fabriques.

Ainsi le projet de transaction offert par rentremetteur du gouvernement aurait uniquement pour effet, d'un côté, de paralyser la résistance des fabriques et des curés contre la nouvelle loi scélérate ; de l'autre, de faire reconnaître la légitimité de l'intervention séculière, non seulement pour le décret organique des fabriques de 1809, passé à l'état de fait accompli, mais aussi pour le décret complémentaire de 1898, qui désorganise et laïcise les fabriques. C'est un double piège, qu'on évitera en continuant de lutter pour la sauvegarde des droits de l'Eglise et la liberté du culte .

Mgr Coullié, archevêque de Lyon, avait noblement revendiqué les droits de l'Eglise, par une lettre du i4 janvier, à laquelle adhérèrent d'autres prélats. Il y ajouta, le 11 mars, une circulaire à son clergé, portant des instructions qui lui valurent la suppression de son traitement et furent déférées au Conseil d'Etat, puis condamnées.

Cette suppression de traitement fut basée, non seulement sur l'ordre donné par Mgr Coullié à son clergé de suivre l'ancienne comptabilité, mais encore sur une circulaire que ce prélat avait adressée à tous les évoques pour s'informer de leur attitude dans la question des fabriques. « Vous avez l'honneur, écrivit à cette occasion le cardinal Langénieux à l'archevêque de Lyon, d'être frappé d'une manière aussi injuste qu'inattendue. Vous ne serez pas le seul, si les menaces deM. le ministre se réalisent; mais vous aurez la gloire d'être signalé le premier à l'admiration publique pour n'avoir point laissé compromettre les intérêts dont vous avez la charge » (28 avril 1894).

Au sujet de ce qu'on appelait le conflit lyonnais, le journal le Monde, qui n'était pas encore passé aux mains de M. l'abbé Naudet, publiait, au commencement de mai, des information» venues de Rome, pour répondre, disait-il, « à certaine version que l'on se plaît à répandre, et d'après laquelle l'opposition de NN. SS. les évêques et des catholiques de France à la loi des fabriques servirait simplement de « prétexte à une campagne politique (i) » imaginée pour combattre les directions données par le Souverain Pontife sur la ligne de conduite à suivre relativement à la forme républicaine du gouvernement » . Le correspondant du

(i) M. SpuUer, dans sa circulaire aux évêques, avril 1894, ne craignait pas, non plus, d'attribuer ces protestations <c à des individualités politiques cherchant dans cette circonstance un nouveau prétexte à divisions ». Assurément, c'était de l'impudence. Mais pourquoi le Gouvernement se serait-il privé d'une arme que les catholiques lui mettaient entre les mains ? Après tout, il se trouvait ici d'accord avec les promoteurs du ralliement. Bien plus, ce même reproche ne se trouvait-il pas dans les actes publics de Léon XIII ?

Monde ajoute qu'il ne redoute aucun démenti pour ces informations :

I. — Quant à la question de fait, le Saint-Sièg'e déplore et condamne l'acte inique dont l'archevêque de Lyon a été victime, autant qu'il approuve la ferme attitude de Mgr Coullié et de tous les catholiques français qui ont pris sa défense.

II. — Ces sentiments du Saint-Sièg-e, parfaitement connus, dans le cas dont il s'ag-it, de tous ceux qui veulent bien se donner la peine de se renseigner, sont motivés aussi bien par l'iniquité de la mesure dont l'archevêque de Lyon a été frappé que par l'esprit et les tendances hostiles de la loi sur les faloriques, et paç la façon dont on a voulu l'appliquer, sans tenir compte des justes réclamations de l'épiscopat, sans même se soucier de mettre cette ' application d'accord avec les déclarations officielles sur « l'esprit nouveau » .

III. — Partant, loin de blâmer en quoi que ce soit les énergiques protestations dès catholiques et de leurs organes contre la conduite absolument condamnable et contradictoire du gouvernement de la République dans toute cette question, le Saint-Siège estime que les catholiques français doivent de plus en plus, désormais, se tenir en garde contre de vaines paroles de conciliation et d'apaisement, et réclamer des actes, attendu que l'on a affaire à un gouvernement qui semble se laisser encore dominer et mener par- les sectaires.

IV. — La ferme attitude prise par les catholiques français, loin de contrecarrer, quoi qu'on en dise, les instructions du Saint-Siège sur l'adhésion à la forme de gouvernement, répond à ces instructions mêmes, d'abord parce qii'elles ont eu pour objet de mettre audessus de toutes les questions contingentes la défensesuprême des intérêts religieux et sociaux ; en second lieu, parce que le Souverain Pontife a toujours recommandé, parallèlement à l'adhésion à la forme de gouvernement, les efforts qu'il ne faut pas se lasser de faire

pour chang-er le fond et l'esseiïce de l'esprit sectaire de la lég-islatioiijau moyen d'hommes apportant au pouvoir un esprit vraiment nouveau, et dont nul ne puisse suspecter ni la loyauté comme sujets de la République, ni le sincère respect pour les droits et la liberté des catholiques.

— Que si tel ou tel journal prend occasion du conflit suscité par le g-ouvei-nement pour confondre ce qui est si clair dans les instructions pontificales, cela ne saurait évidemment empêcher les catholiques français de prendre fait et cause pour leurs évoques.

— Et si des actes iniques de la part du g-ouvernement devenaient pour quelques-uns l'occasion de rouvrir l'ancien débat sur la question constitutionnelle, le gouvernement ne pourrait s'en prendre qu'à lui-même.

Enfin, bien que des nég-ociations puissent avoir lieu pour résoudre le déploi-able incident suscité au sujet de l'archevêque de Lyon, il est bon que les catholiques se tiennent sur la réservé, jusqu'à preuve du contraire, touchant les bruits optimistes que l'on fait circuler sur les dispositions soit du g-ouvernement, soit de l'autorité ecclésiastique, cherchant à trouver ce que l'on appelle une voie d'accommodement alors qu'il s'agit purement et simplement d'une réparation.

Ces informations du Monde mirent le feu aux poudres des org-anes du ralliement, et Ton vit aussitôt qu'à leurs yeux les intérêts de la politique pontificale passaient avant tout le reste. On lit dans la correspondance romaine de l'Univers, le 4 mai:

Ils semblent moins autorisés encore par le Vatican, ceux qui vont ces jours-ci semant de part et d'autre les appréciations les plus surprenantes sur l'attitude actuelle du Saint-Père, vis-à-vis le g-ouvernement français. Les uns, au sujet des pénibles conséquences de la législa-

ilon sur les fabriques, annoncent la fureur de Léon XIII, les autres parlent d'un mémorandum des plus sévères transmis à M. Casimir-Périer. Il en est enfin qui trouvent à point des cardinaux tout prêts à se consoler avec eux de ces tristes événements. J'avoue que je n'avais pas eu la même fortune, et de là mon silence sur cette question, tant qu'il ne m'a pas été donné de puiser à bonne source une affirmation que je puisse dire certaine. Sans nul doute, le Souverain Pontife est vivement affligé d'un acte aussi déplorable que la suppression du traitement de l'archevêque de Lyon ; mais Sa Sainteté et S. Em. le secrétaire d'Etat, pas plus dans cette circonstance qu'en aucune autre, ne se sont départis de l'esprit conciliant, de la modération, du tact politique qui avaient amené les déclarations de M. Casimir Périer et Spuller au sujet de l'esprit nouveau et cet esprit nouveau lui-même. Ils mesurent toute l'importance de ces malheureux débats, et l'on peut s'en rapporter à eux pour leur trouver la solution la meilleure et la plus prompte possible : ils ne failliront point davantag-e à la protection des droits de l'Eg-lise, eu France, qu'ils n'y manquent, à Rome, en Italie et pax"tout ailleurs. Malheureusement, il est ici des ennemis du Vatican et de la France qui compliquent à chaque instant les questions, en substituant leurs propres vues et leur intérêt personnel à la sagesse et à la politique du Pontife. Ils ont tort.de croire qu'en agitant ainsi ropi'nion, aujourd'hui ou plus tard, ils feront dévier le Saint-Siège de la ligne de conduite suivie jusqu'à ce moment. Ce n'est pas un cardinal, mais plusieurs qui disaient récemment : « Léon XIII a attaché pour longtemps le Pontificat à sa politique, c'est une vérité si évidente qu'il faut être aveugle pour vivre à Rome et ne pas en être absolument convaincu. »

Le Moniteur de Rome multipliait de son côté les communications aux journaux, pour détruire l'ef-

fet de la note du Monde; et VOsservatore Romano intervenait lui-même, en donnant à son filet ce titre courtois : Mensonff es libéraux :

Les journaux libéraux font toujours des leurs. En A'oici deux exemples très récents. Plusieurs d'entre eux ont annoncé que le Saint-Sièg-e aurait adressé aux évé- .ques français une encyclique dirig-ée contre le g"Ouvernement français, au sujet de la loi sur les fabriques et de l'incident de Mgr Goullié. Il est superflu de dire que rien de cela n'est vrai.

De même aussi, ou trouve reproduite dans ces journaux une correspondance romaine qu'ils prétendent être une note officieuse du Vatican et dans laquelle abondent des détails très inexacts sur le même sujet. Ici encore il est facile de comprendre qu'il ne s'ag-it pas du tout de note officieuse, et que cette correspondance n'est pas véridique.

Mais, d'ailleurs, il n'y a pas de sujet qui ne donne occasion à nos adversaires de dire des énormités.

Et l'Univers, de nouveau :

Le Moniteur de Rome d'hier soir nie formellement le bien fondé de certaine correspondance romaine qui a beaucoup occupé ces jours-ci la presse française. Je n'avais pas attendu cela pour vous mettre en g-arde contre des récits fantaisistes, qui trahissent trop l'intérêt qui les dicte. Depuis lors, du reste, de nouveaux renseig-nements, puisés aux meilleures sources, n'ont fait que confirmer mes dires sur les dispositions de. Sa Sainteté et de son secrétaire d'Etat.

Ils défendront certainement les intérêts de l'Eg-lise, comme ils l'ont toujours fait, avec fermeté et conscience, mais ils ne se laisseront pas entraîner par ceux qm cherchent dans tous les incidents le moyen de combattre une politique qui leur déplaît. L'intrig-ue est, ces temps derniers, si évidente, qu'il n'est pas possible que

le Vatican n'en tienne déjà les principaux fils, et son affection pour la France est si foncièrement vraie qu'il trouvera bien le moyen d'atteindre les semeurs de fausses nouvelles.

Le Monde alors, pour sa défense, sommait ses détracteurs dédire en quoi ses informations étaient contraires à la vérité :

Serait-ce parce que j'ai dit :

Le Saint-Sièg-e déplore et condamne l'acte inique dont l'archevêque de Lyon a été victime, autant qu'il approuve la ferme attitude de Mg-r Coullié et de tous les catholiques français qui ont pris sa défense.

Serait-ce dans les motifs de ces sentiments du Saint- Siège, que j'ai exprimés en ces termes :

Ces sentiments du Saint-Sièg-e, parfaitement connus, dans le cas dont il s'ag-it, de tous ceux qui veulent bien se donner la peine de se renseig^ner, sont motivés aussi bien par l'iniquité de la mesure dont l'archevêque de Lyon a été frappé que par l'esprit et les tendances hostiles de la loi sur les fabriques, et par la façon dont on a voulu l'appliquer, sans tenir compte des justes réclamations de répiscopat, sans même se soucier de mettre cette application d'accord avec les déclarations officielles sur « l'esprit nouveau » ?

Serait-ce dans l'affirmation suivante ?

Le Saint-Sièg-e estime que les catholiques français doivent de plus en plus désormais se tenir en g-arde contre de vaines paroles de conciliation et d'apaisement, et réclamer des actes, attendu que l'on a affaire à un g'ouvernenent qui semble se laisser encore dominer et mener par les sectaires ?

Serait-ce dans cette considération ?

La ferme attitude prise par les catholiques français, loin de contrecarrer, quoi qu'on en dise, les instructions du Saint-Sièg-e sur les adhésions à la forme de g-ouvernement, répond à ces instructions mêmes, d'abord parce

qu'elles ont eu pour objet de mettre au-dessus de toutes les questions conting-entes la défense suprême des intérêts religieux et sociaux, en second lieu, parce que le Souverain Pontife a toujours recommandé, parallèlement à l'adhésion à la forme de g'ouvernement, les •efforts qu'il ne faut pas se lasser de faire pour chang-er le fond et l'essence de l'esprit sectaire de la législation ?

Serait-ce dans cette prévision des conséquences possibles de la conduite du g-ouvernement français :

Que si des actes iniques de la part du gouvernement devenaient pour quelques-uns l'occasion de rouvrir l'ancien débat sur la question constitutionnelle, le gouvernement ne pourrait s'en prendre qu'à lui-même ?

Serait-ce, enfin, pour avoir, en terminant ma correspondance, mis en garde les catholiques contre certaines nouvelles optimistes qui avaient pour but de les endormir, et dit que, dans cette afiFaire des fabriques et dans l'incident de Lyon, il ne devait pas être question d'un accommodement qui consacrerait toutes les usurpations et tous les actes arbitraires du gouvernement, mais bien d'une réparation ?

Voilà toute cette correspondance, que le Nouveau Moniteur de Rome a pris l'initiative de condamner en bloc, en des termes que VOsservaiore a reproduits en les atténuant.

Mais si des publicistes se sont permis de donner des démentis contestant la véracité de ma correspondance, et n'ayant sur ce point aucun caractère officieux, aucun cachet d'autorité, je crois avoir le droit de leur demander en quoi j'ai failli à la vérité, alors que je me suis conformé strictement aux renseignements les plus certains et aux appréciations qui se dégagent d'ellesmêmes des actes pontificaux, les seuls qui puissent faire autorité en la matière.

Quelques jours après, 28 mai, COsservatore

Romano concluait un article sur cette discussiony en disant:

Da reste, il nous plaît, en clôturant, nous ne dirons pas cette polémique, mais cet échange de paroles, de répéter avec M. Eugène Veuillot que nul ne doit attribuer au Pape de vaines préoccupations, que nous devons au contraire être toujours prompts à le suivre, et que,par conséquent, aucun bon journal catholique ne doit même supposer un instant comme vrai, ou même comme probable, que la conduite adoptée avec tant de prévoyance parle Pape à l'égard de quelque araire que ce soit, et quand cette araire regarde directement le bien de la religion et des peuples chrétiens, puisse être changée à tout moment ou puisse, en quelque manière, rester incertaine et équivoque en face de difficultés, ou d'incidents déjà prévus et calculés, ou surmontables par des négociations dignes, plutôt que par d'importunes et bruyantes agitations.

C'était clair. La divulgation des instructions pontificales donnait d'ailleurs à ces paroles leur signification complète.

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