‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 44 sur 118 · I. — L'esprit des Directions pontificales · texte numérisé non relu

I. — L'esprit des Directions pontificales

Les évêques ne parlaient pas tous comme Mgr Trégaro. La loi d'abonnement nous donne occasion de le constater une fois de plus.

Cependant les témoignages accumulés dans ce livre ont dû justifier aux yeux du lecteur notre assertion du début, qu'en dépit des tendances libérales existant déjà dans une partie du clergé, il y avait encore assez d'énergie parmi les évêques pour soutenir la résistance des catholiques, si la politique de Léon XIÏI n'avait exercé une influence contraire.

Et nous devons le dire, sans rejeter entièrement sur les directions pontificales la responsabilité d'une conduite que chacun avait à régler selon la conscience de ses devoirs, cette politique, dont les tendances s'affirmaient et s'imposaient avec un éclat toujours soutenu, rendait singulièrement délicate l'attitude publique des évêques vis-à-vis des représentants du pouvoir.

Quoi d'étonnant, si plusieurs prélats donnaient trop^de place, dans les circonstances officielles, aux

protestations d'esprit pacifique, aux assurances de leur loyalisme constitutionnel, et passaient à peu près sous silence la revendication des libertés catholiques, au risque d'étonner l'opinion publique en oubliant la réserve que la charg-e des droits violés leur imposait, au risque aussi de diminuer à ses yeux la gravité de cette violation? Quoi d'étonnant, si parfois même leur langage était empreint d'un libéralisme corrupteur des saines idées ?

Au surplus, nous n'entendons pas prononcer sur les cas individuels ; notre tâche se borne à placer les documents sous les yeux du lecteur. Mais nous ne devons lui cacher cet aspect de la politique pontificale.

Au lendemain de la loi d'abonnement, le présisident Félix Faure fit un voyage dans les départements. Voici le texte de l'allocution que le cardinal Lecot lui adressa, en lui présentant son clergé (5 juin) :

J'ai l'honneur de vous présenter MM, les vicaires généraux, les membres du chapitre de l'Eglise prima tiale et MM. les curés de la ville de Bordeaux.

Le clergé du diocèse s'unit à moi, monsieur le Président, pour vous offrir l'hommage de son respectueux dévouemeat; il est heureux d'honorer à la fois la situation et l'homme et de pouvoir mettre ainsi d'accord son devoir et ses sympathies.

Après le regretté président que cette cité acclamait il y a six ans, qui vécut si honnête et qui mourut chrétien, nous pouvions avoir l'espérance que les traditions commencées se conserveraient honorables et pures dans notre magistrature suprême.

La Providence a souri à nos vœux, en vous appelant à les continuer.

Le clerg-é de France^ monsieur le Président, est aujourd'hui ce qu'il fut dans tous les temps ; sa vie est tout entière en Dieu et dans son pays ; en Dieu par la foi ; dans son pays par le patriotisme le plus sincère et le plus passionné qui puisse se rencontrer où que ce soit.

Il a le sentiment de ses droits parce qu'il aime la justice, il a surtout le dévouement au devoir parce qu'il aime sa patrie et son Dieu; il suit avec les mêmes préoccupations du cœur et avec les mêmes élans de la prière ses chers enfants charg-és de l'honneur du pays dans les luttes lointaines, ses assemblées délibérantes dans toutes les décisions qui touchent à la paix des âmes et à l'honneur du pays, son président très honoré dans les démarches multipliées qui lui font recueillir les remerciements chaleureux des pauvres dans les hôpitaux et les acclamations enthousiastes des populations dans. ses voyag-es à travers la France.

En dehors des dispositions et des préférences qui peuvent varier à l'infini, le prêtre est ce que le veut, d'accord avec un enseignement qui n'a jamais varié, le chef suprême de l'Eg-lise qui aime les Francs, car, dans ce pays de foi et de bon sens, être catholique et se laisser dirig-er par le Père commun des catholiques c'est tout un : ses vœux, qu'il dépose avec confiance dans votre cœur loyal et bon, monsieur le Président, n'ont rien qui puisse étonner ou seulement surprendre. Il demande à voir se g^raver dans les cœurs la formule que nous voyons sans déplaisir d'aucune sorte g-ravée sur nos murs et que les pouvoirs publics, dans ce temps de démocratie éprouvée, nous g-ardent avec un soin jaloux ; la liberté qui brise les chaînes, l'égalité qui assure la justice et la fraternité, la douce et forte charité du Christ qui fait l'union dans l'amour.

Comme il arrivait régulièrement en pareille circonstance, le Président prenait acte de telles déclarations et les mettait en valeur :

Je suis très touché des paroles que vous avez prononcées. Je sais, Eminence, que les vertus que vous avez rappelées sont l'apanage des membres du clergé de votre diocèse, vous les pratiquez comme des vertus chrétiennes, ce sont aussi des vertus républicaines.

Vous pouvez être assuré que le gouvernement de la République est pénétré de pensées de liberté, d'union et de concorde : il s'est toujours inspiré et s'inspirera toujours de la belle devise que vous rappeliez et qui est inscrite sur le fronton de nos monuments : Liberté, Egalité, Fraternité.

Vous pouvez beaucoup pour faciliter sa tâche en contribuant à l'apaisement des esprits, à l'union de tous les Français ; vous ferez ainsi œuvre de bons catholiques et de bons citoyens. Je connais trop votre patriotisme pour ne pas être assuré que vos enseignements et vos conseils seront toujours animés de l'esprit élevé qui a dicté vos paroles.

Mais la presse ne manquait pas de tirer encore plus clairement la morale : voici d'abord le Temps :

Ce qu'il y a de plus frappant, peut-être, c'est ce que Mgr Lecot ne dit pas : c'est l'exclusion préméditée de toute allusion voilée ou non de la question fiscale, dont ailleurs on a mené si grand bruit : c'est V indijférence absolue où cette prétendue persécution subie par VEglise laisse l'âme de V archevêque. Il est bien évident que ce prélat ne partage pas V émotion manifestée par quelques-uns de ses collègues. Mais il y a plus encore que ce silence. Loin de considérer le régimerépublicain comme nécessairement et essentiellement hostile à la religion, il a commenté avec éloquence la formule de la Révolution : Egalité, Liberté, Fraternité, en demandant simplement qu'elle se grave dans tous les cœurs, comme elle est gravée sur les murs des édifices publics.

Notons [enfin un plus direct et précieux hommage. Après une allusion au dernier président de la Répu-

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blique, « qui vécut si honnête et qui mourut chrétien y), il a ajouté que cette tradition honorable et pure se continuait dans cette magistrature suprême et par cela même en imposait le respect à tous les bons citoyens. Si partout l'épiscopat était animé de ces sentiments, les malentendus se dissiperaient aisément et la question cléricale disparaîtrait bientôt de la politique pour le plus grand bien de tous.

Ecoutons maintenant l'Echo de Paris :

A chaque étape — et combien est-il obligé d'en franchir ! — que parcourt M. Félix Faure, le clerg-é apporte ses déclarations plus ou moins habilement préparées;.

Or, pas une note discordante n'a été donnée Jusqu'ici et le mot d'ordre parti de Rome a triomphé oartout des intentions de protestations locales.

Il est curieux de constater combien certains meneurs cléricaux, qui voulaient-de Paris échafauder sur le dernier vote du Parlement une campagne beaucoup plus politique que religieuse, se trouvent mis de côté par les évêques et par Léon XIII.

Nulle part la résistance n'apparaît, pour cette bonne raison que le droit établi par les Chambres non seulement ne saurait tuer les congrégations, mais qu'il leur servira à consacrer une existence jusqu'ici plus ou moins contestée.

C'est M. Ranc, qui, dans le Matin, dorme la note la plus répugnante. On nous pardonnera, dit la Vérité, de le montrer dans les exercices d'un style à rendre jaloux le Zola de la Mouquette, mais on doit se rappeler la leçon que les Spartiates tiraient du spectacle des Ilotes en état d'ivresse. Ces citations font voir en quelle estimé nos ennemis tiennent ces prélats conciliateurs :

Oui se douterait, écrit un des distingués collabora-

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teurs du frère Janicoti que l'Eg-lisè de France traverse une des périodes les plus douloureuses peut-être de son histoire ?

On ne s'en douterait pas ; en effet, à Nevers, à Moulins, à Glermont, à Tulle, les évêques se sont présentés à M. le Président de la République ; ils l'ont salué en plong-eant et, sauf votre respect, à eu., ouvert.

Pas un d'eux n'a fait la plus légère allusion à l'épouvantable loi qui va oblig-er les moines et moinesses à payer l'impôt, comme tous les autres citoyens et citoyen-, nés.

Au banquet de Bordeaux, le cardinal archevêque Lecot était assis à côté du franc-maçon Félix F'aure.

Le voilà, le symbole de l'apaisement.

On serait tenté de dire que ni le roi saint Louis ni aucun des rois très chrétiens ne fut plus encensé par le clerg-é que lé président Carnot, ou le président Félix Faure, chefs d'un g-ouvernement athée, et qui ne mettaient jamais le pied dans une église. Il est difficile de calculer Tinfluence que cette attitude inspirée par la politique pontificale eut sur l'affaiblissement des convictions et les compromissions de conscience.

Six mois après l'Encyclique, en septembre 1892, Mgr Juteau, évêque de Poitiers, harangue en ces termes le Président de la République :

J'ai l'honneur de vous présenter les hommages respectueux de mon clergé et les miens.

Les prêtres de ce diocèse sont zélés, simples et modestes, attachés aux devoirs de leur ministère sacré, dévoués aux intérêts de la patrie.

Nous avons accepté sans réserve la doctrine si nette, si résolue du Souverain Pontife, et applaudi à son grand amour pour la société moderne et nos institutions démocratiques.

Il a béni, g-lorifié l'accord de notre foi et de notre patriotisme. Français républicains, nous ne saurions désormais compromettre notre titre de catholiques dévoués, d'enfants soumis de l'Eg-lise et du Pape.

Que le ciel vienne en aide, monsieur le Président de la République, à vos travaux ; qu'il assure les résultats heureux des g-randes manœuvres dont notre contrée vient d^être le théâtre! Qu'il accorde le succès à cette expédition lointaine que vous venez d'entreprendre! Qu'il bénisse nos ai'mées de terre et de mer! Que Dieu conserve la France et le grand citoyen qui la représente si dig-nement !

A Toccasion des grandes manœuvres de i SgS, Mgr Fuzet adresse à M. Carnotle discours suivant:

Evêques et prêtres, nous sommes heureux de venir vous offrir nos respectueux hommages et l'assurance de notre dévouement absolu aux intérêts de la patrie. C'est parce que nous comprenons ces intérêts 'que nous proclamons le devoir de ne pas mêler la religion, dans sa majesté auguste, aux luttes des passions humaines, d'oublier les vieilles querelles, d'accepter sincèrement et de garder loyalement la constitution républicaine, telle que la France la maintient avec une fidélité que rien ne peut ébranler ; et en même temps nous prêchons à tous les règles évangéliques de la vie chrétienne, qui rendent les âmes fortes^ les mœurs publiques honnêtes, les peuples heureux.

Nous nous renfermons dans l'exercice de ce ministère assez vaste et assez beau pour suffire à notre ambition; mais affectionnés à notre pays, nous ne nous séparons pas de l'âme de la nation, appelant l'heure prochaine où l'unité politique remplacera les divisions funestes des anciens partis, et où nous verrons tous les fils de France travailler à sa prospérité matérielle comme à sa grandeur morale.

Aussi demandons-nous à Dieu de faire régner l'équité

dans les lois, la justice dans les réformes, la concorde et la tolérance entre toutes les classes de la Société.

Nous lui demandons, monsieur le Président, de vous protég-er, afin que vous continuiez à renouveler au déclin de ce siècle, pour les triomphes pacifiques de la République^ pour son influence et sa bonne renommée dans le monde, les gloires qui illustrèrent, au commencement de notre âge, le nom que vous portez si dignement.

C'est bien dans cette grande fête militaire, réunissant en présence de notre admirable armée toute la France dans un même sentiment de lég-itime fierté et d'indéfectible espérance, que nous devons exprimer ces vœux patriotiques.

Ils se réaliseront, et la République, bénie du ciel^ servie par tous les Français, respectée par tous les peuples, poursuivra, puissante et prospère, ses g-lorieuses destinées.

Tours était la dernière étape du président de la République, à son retour à Paris, lors du voyage qui suivit la loi d'abonnement. Dans la gare de Saint-Pierre-des-Gorps, pendant les quelques minutes d'arrêt du train, il fut barang-ué par son Em. le Cardinal Maig-nan, archevêque de Tours, en ces termes.

Monsieur le Président,

L'archevêque de Tours, ses vicaires g-énéraux, les chanoines et les curés de la ville métropolitaine s'empressent, à votre passag-e, d'ofiFrir au président de la République l'expression sincère et loyale de leurs profonds respects.

Ils se joig-nent avec bonheur aux autorités civiles et militaires pour saluer en vous une popularité à laquelle la Touraine, où vous n'êtes pas un étrang-er, applaudit avec unanimité. Vous vous arrêtez de trop courts instants

dans notre diocèse ; vous y verriez goûtés et suivis les avis et les instructions de notre Sàint-Père le Pape Léon XIIL relatifs à V attitude politique du clergé français devant la constitution que le pays s'est donnée. En nous appliquant à. sauvegarder et à promouvoir les intérêts sacrés qui nous sont confiés, nous ne nous départirons jamais de notre amour de la paix et d'une conciliation à la fois évangé ligue et patriotiqUfe qui honore ceux qui s'y prêtent. Jamais non plus nous n'oublierons que, dans [les limites de ce que permet la conscience, le prêtre doit donner au peuple l'exemple de l'obéissance aux lois. Sachant bien d'ailleurs que, dans un pays de liberté et de justice comme la France, des lois excessives n'auraient qu'une éphémère durée.

Que Dieu veille sur vos jours, monsieur le Président, nous prions pour que le Ciel vous donne de réaliser tout ce que votre cœur g-énéreux vous inspirera pour l'honneur et le bonheur de la République.

Ce discours attira au cardinal la réponse suivante du Président :

Je connais et j'apprécie vos sentiments et la correction de votre attitude. Je sais que vous ne consentirez pas à vous associer à une campagne de résistance aux lois. Le g-ouvernement n'attend pas moins de votre patriotisme éclairé ! Je suis touché, de votre démarche et je vous en remercie.

Un incident, insig'nifiant en lui-même, révéla au public que le cardinal-archevêque de Tours avait communiqué le texte de son allocution au journal l'Eclair, avant qu'elle fût prononcée. Il ne faudrait pas confondre l'Eclair d'alors avec celui d'aujourd'hui. Ce journal fut amené par une polémique de détail à publier un télégramme de Mgr Maignan

indiquant une correction au texte primitif. Ces communications donnent naturellement du poids aux explications de V Eclair sur la pensée du cardinal. Comme on discutait sur le point de savoir si celuici plaçait la loi d'abonnement parmi celles auxquelles le clergé doit obéissance, l'Eclair dit :

11 n'en reste pas moins à établir si, de l'aveu de l'émînent archevêque de Tours, l'obéissance à la loi d'accroissement rentre précisément ou ne rentre pas « dans les limites de ce que permet la conscience ».

Or, nous sommes en mesure de trancher le litig-e.

Nous pouvons, en effet, affirmer que le cardinal Maig-nan a donné aux congrég-ations relig-ieuses d'Indre-et- Loire les mêmes instructions conciliantes que Mgr Fuzet à celles de l'Oise.

Seulement, au lieu de les publier, comme l'évêque de Beauvais, il les a fait porter à domicile, dans chaque communauté, par un délég-ué.

D'où il appert que l'archevêque de Tours n'a entendu émettre, dsms le passag-e de son discours, cité plus haut, qu'une réserve purement doctrinale, sans aucune application déterminée à telle ou telle loi, et que par conséquent M. Félix-Faure était parfaitement fondé à lui répondre : « Je sais que vous ne consentiriez pas à vous associer à une campag-ne de résistance aux lois. »

L'attitude de, Mg"r Maig-nan s'explique d'autant mieux qu'il a été, on s'en souvient, le destinataire de la fameuse lettre du cardinal Rampolla, secrétaire d'Etat du Saint- Sièg-e, document empreint, comme nous l'avons fait remarquer en tout temps, du plus larg-e esprit de tolérance...

Mgr Lecot, le jour où lui fut imposée la barrette cardinalice, n'hésite pas appellerle Président V idole de la Bourgogne, à vanter « les vertus de famille religieuses et civiles qui brillent d'un particulier

éclat dans sa maison », et à prier Dieu « de le garder longtemps en possession de ce rôle pacificateur qui est autant dans les sentiments de son âme que dans les intérêts sacrés de la nation » .

Au mois d'octobre 1894, deux ministres étaient à Pau pour l'inauguration du monument érigé en l'honneur du Maréchal Bosquet.

Monseigneur l'évêque de Bayonne, venu pour présenter son clergé, s'exprime en ces termes :

Messieurs les ministres,

« En présentant leurs hommages à Vos Excellences, le clergé et l'évêque de Bayonne affirment qu'ils regardent comme une obligation stricte celle de concourir à V harmonieuse union de tous pour la gloire, la force et la paix de la République française. Lors de son voyage à Bayonne en 189 1, l'infortuné Président Garnot remercia le clergé d'être venu, nombreux, s'associer aux paroles que nous lui adressions de respectueux dévouement.

Aujourd'hui, le ministre que nous fûmes heureux de complimenter dans notre ville épiscopale, bien peu de temps avant que le portefeuille de la guerre fût remis à sa vaillante expérience, et le ministre dont la prompte élévation, méritée par ses talents hors ligne et par une rare activité au travail, est une gloire pour le département qu'il représente et pour la ville qui lui a donné le jour, accueilleront avec le même sentiment la même déclaration d'adhésion sincère.

La solennité qui vaut à Pau le grand honneur de la visite de deux ministres montre que, lorsqu'on aime la patrie et qu'on se prodigue pour elle, la patrie n'est pas ingrate et paye par de la gloire celle qu'on lui procure.

Le clergé ne peut pas briguer les lauriers des champs de bataille, mais il sera toujours orgueilleux de ceux que moissonnent nos grands capitaines et nos valeureux soldats, et toujours s'efforcera de lutter avec eux d'abnéga-

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tion, de dévouement, de sacrifice. Cette patrie française, nous l'aimons comme Bosquet aima sa. mère, nous inspirant de cette parole du héros : « Ne sommes-nous pas, soldats et prêtres, serviteurs de Dieu qui est le Dieu des armées et le Dieu du travail et de la paix? » Double mission, monsieur le Ministre de la Guerre et monsieur le ministre des Travaux publics, que la Providence vous confie et pour laquelle vous pouvez compter sur notre constant et fidèle concours. »

M. Barthou répond à Mgr Jauffret :

Nous sommes heureux, M. le ministre de la Guerre et moi, des paroles que vous venez de prononcer au nom du clerg-é du diocèse de Bayonne et des sentiments auxquels vous avez su donner une forme si élevée et si cordiale. A coup sûr, vos élog-es, du moins en ce qui concerne le ministre des Travaux publics, sont trop flatteurs. Laissez-nous les mettre au compte d'une sympathie qui m'est d'autant plus précieuse que nous la savons indépendante et sincère. Mais, comme membres du g"ouvernement, nous devons retenir surtout les déclarations plus générales que vous avez faites. La République n'a pas d'ambition plus haute que d'apaiser toutes les haines et de réunir autour d'elle tous ses enfants. Vous l'avez compris, et vous avez dit que vous teniez pour une obligation stricte d'adhérer au gouvernement qui puise sa force dans la volonté nationale. Ce langag-e est celui d'un bon patriote. Accepter la République c'est aimer, c'est bien servir la France.

A la fin de l'année iSgB, marquée par la loi d'abonnement, Mgr Fonteneau, archevêque d'Albi, s'adresse en ces termes au préfet de son département, dans les réceptions officielles du jour de l'an :

Nous professons des sentiments de respect et de dévouement pour les représentants du pouvoir. Nous

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n'ignorons pas la solidarité qui nous unit en quelque sorte aux fonctionnaires de la République. Nous aurons envers vous le respect que l'autorité supérieure a le droit d'attendre d'an clergé d'élite qui, connaissant l'oriffine divine du pouvoir, ne croit pas déchoir en se soumettant sincèrement aux institutions qui nous régissent. Nous n'ambitionnons que le privilège des apôtres, celai de nous dépenser pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Mgr Gouzot, archevêque d'Auch, apprenant, en octobre 1894., la nomination d'un nouveau préfet dans le Gers, lui écrit de Paris :

Monsieur le Préfet,

Bien que fort loin d'Auch, je m'empresse de m'y rendre pour vous souhaiter la bienvenue. Mes rapports avec votre prédécesseur ont toujours été non seulement courtois, mais excellents. Il en sera ainsi, avec vous, votre réputation m'en est un sûr g"arant.

Concilier, unir en conformité avec le Saint-Sièg'e, c'est ma vie ; mon pieux et vaillant clerg-é s'honore des mêmes dispositions, parce qu'il est fier d'être avec le Saint-Père.

Dès lors, loin de vous créer des difficultés, nous les préviendrons, nous les aplanirons toujours, comme je n'ai jamais cessé de le faire avec dix-huit préfets que j'ai eu l'honneur d'avoir depuis 1870, comme archiprêtre de cathédrale, évêque et archevêque.

Puissions-nous ainsi, monsieur le Préfet, vous procurer des jours heureux dans notre beau département, au milieu de mes bien-aimés et si intellig-ents diocésains !

Poissions-nous ainsi honorer la relig-ion et servir la patrie, en vous aidant à asseoir la Répubhque sur les bases essentielles à sa durée, la justice et la liberté !

Ce sont là des exemples entre beaucoup d'autres. Laisseraient-ils soupçonner même, si elle

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n'était connue par tous les faits de l'époque, la situation lamentable de la religion dans le pays, et la persécution incessante dont elle était l'objet de la part du pouvoir ?

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