‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 45 sur 118 · II. — Les éloges du Président Caroot · texte numérisé non relu

II. — Les éloges du Président Caroot

L'exécrable assassinat du président Carnot était assurément une de ces circonstances tragiques où le respect et la décence imposent à tous les griefs un silence momentané. Mais la fin la plus digne de compassion et de sympathie ne saurait effacer les responsabilités publiques, ni devenir la justification d'une vie qu'elles écrasaient de leur poids devant l'EgHse et devant l'opinion des catholiques. Il n'est pas nécessaire de rappeler ici les lois iniques présentées au Parlement avec la signature du président Carnot et les mesures odieuses qu'il a sanctionnées. Si l'on en rapproche le langage outré de nos prélats, je ne sache rien de plus propre à remplacer la conscience des devoirs civiques du chrétien par les commodes maximes du libéralisme.

Mgr Jauffret, évêque de Bayonne, prescrit des prières et ajoute :

Nous demanderons que le Ciel lui tienne compte de son honnêteté parfaite, de ses hauts sentiments et de ce qu'il y avait de sincèrement bon dans ses intentions.

Mgr Lecot :

C'est dans l'accomplissement d'un devoir que la mort l'a surpris.

46o LA POLITIQUE BELIGIEUSE

Il la vit venir avec le calme et l'intrépidité qu'on trouve chez les héros sur le champ de bataille. La Providence avait préparé d'ailleurs à cette âme loyale et droite l'assistance d'un g-rand cœur dans ce moment suprême ; l'archevêque de Lyon parut un instant auprès de raug"uste malade, et fut assez heureux pour rappeler au fond de l'âme du blessé les convictions endormies ; un serrement de main énerg-ique fut à la fois un signe d'amitié donné au prélat et un gB-ge de retour généreux à la foi du chrétien.

II voulut et reçut les sacrements de l'Eg-lise catholique et put donner ainsi à une vie brillante de toutes les vertus humaines le couronnement de la vertu surnaturelle, qui seule assure le salut, suprême et immense consolation pour sa famille noblement et simplement chrétienne, pour la France catholique qui désirait si ardemment pouvoir louer sans réserve des vertus jusque-là incomplètes, pour le Pape qui aimait le Président Carnot comme il aimait la France, et qui, si souvent, de ses yeux baig-nés de larmes, demanda à son crucifix, dans la solitude de son petit oratoire, le retour à la vraie lumière du g"ouvernement républicain et de son chef.

C'est à l'homme qui vécut et mourut de la sorte que nous devons aujourd'hui nos prières : personne de nous ne les refusera au citoyen digne de tous les respects, à l'homme public dont le désintéressement et la loyauté resteront légendaires, au chef d'Etat dont la vie fut si pure et la fin si glorieuse.

Mgr Gouzot:

Cette manifestation relig-ieuse et patriotique sera un hommag-e au chef de l'Etat, à sa veuve inconsolable, à toute sa famille. Quels temps difficiles il a traversés? Nous demanderons au Jug-e suprême de tenir compte du bien qu'il a fait, de celui qu'il a voulu faire, des tortures de son ag-onie ^et surtout de sa fin. chrétienne, qui est un exemple mémorable .

En priant, nous réfléchirons. Le crime du 24 juin a un caractère peut-être unique dans l'histoire des scélératesses humaines. Depuis Gain jusqu'à nos jours, il y a eu bien des assassins. D'ordinaire ils ont voulu atteindre un ennemi, une dynastie, un principe, une nation. Ici, c'est la société tout entière , dans l'universalité de ses principes essentiels, qui a été frappée.

Gomment triompherons-nous de cette invasion de bêtes féroces? Uniquement par l'union.

Et où est l'union? Dans l'adhésion aux conseils du Saint-Père (U).

En s'y conformant^ tous les braves gens se grouperont autour du nouveau président de la République,pour l'aider à faire régner dans notre pays la justice et la liberté.

Mgr Larue, évêque de Langres :

Vous voudrez bien, monsieur le Curé, exhorter vos paroissiens à prier pour le magistrat de la République si lâchement assassiné. Que tous, inspirés par la foi et le patriotisme, demandent au Dieu des miséricordes la lumière et le repos éternels pour celui qui, pendant 7 ans, a présidé avec intégrité et dévouement aux destinées de notre pays. Que tous, anxieux en présence des menaces de l'impiété, cause des désordres publics, supplient le Seigneur de protéger notre patrie, afin qu'elle reste fidèle à sa noble mission dans le monde.

Mgr Touchet, évêque d'Orléans, commence Foraison funèbre du président défunt, en retournant au profit de celui-ci la grande parole que Massillon prononçait sur le cercueil de Louis XIV, et célèbre son héros en ces termes :

Les leçons de la mort, ce sont des leçons de grandeur. En face du cercueil de Louis XIV, se rappelant le souvenir des batailles gagnées, des provinces conquises,

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des lauriers littéraires et . artistiques semés sous les pas de ce triomphateur, par la main d'une Providence prodig-ue ; voyant le peu de place que tiendrait désormais celui qui avait occupé tant de place, Massillon promena ses reg-ards sur l'assistance qui se pressait autour de lui, puis il prononça ces mots fameux : Dieu seul est grand, mes frères ! - .

Certes la phrase est belle et sonne bien. Mais elle n'est pas vraie. Sans nier en effet que Dieu soit la grandeur substantielle et essentielle, disons que l'homme aussi est grand, très grand !

Il est grand, parce qu'il est le fils de Dieu, venu de son Père et retournant à son Père.

Il est grand, parce qu'il est capable de comprendre le devoir et capable de l'accomplir.

Il est grand, parce qu'il est appelé à vivre en honnête homme toujours, et en héros parfois ; à mourir en chrétien toujours et en martyr parfois, afin de survivre en immortel, en bienheureux.

Recueillons-nous, Messieurs, prions pour Tâme du président Garnot. Il a rempli noblement sa tâche. // a vécu en honnête homme, il est mort en chrétien, en martyr ; puisse Dieu lui accorder pour ses mérites et par nos supplications la survivance des élus.

Si l'authenticité de ce texte n'était pas garantie par sa publication dans les Annales Religieuses du diocèse d'Orléans, nous hésiterions à croire qu'il est absolument exact; car c'est le catéchisme même qui nous apprend que celui-là n'est pas vraiment honnête homme qui méconnaît ses devoirs essentiels de la vie chrétienne. Combien moins l'est-il, quand il a voté ou sanctionné nombre de lois odieuses contre l'Eglise !

L'auteur de cet ouvrage s'est .permis plusieurs fois de dire qu'on pourrait trouver nombre de prê-

très pour absoudre le Président de la République, tous les ministres, tous les députés, comme n'étant ni les uns ni les autres personnellement responsables des attentats consommés par une législation impie contre les droits les plus sacrés de Dieu et de FEglise. Sans faire aucunement aux prélats cités Finjure de cette faiblesse, on conviendra qu'il faudrait un lang-ag-e plus ferme que le leur pour réagir contre le libéralisme qui y conduirait certains autres.

MgrFuzet, évêquede Beauvais, adresse au clergé et aux fidèles de son diocèse une. lettre où, après avoir parlé des « éminentes qualités » du président de la République, il continue ainsi :

On reconnaissait en lui l'homme Juste et bon qui rehaussait ses hautes fonctions par la dignité de sa vie privée. Il était impossible de l'approcher sans éprouver pour sa personne un respect sympathique. Le coup immérité et féroce qui a frappé M. Garnot se fait sentir à tous les cœurs. Nous prenons une vive part à l'inconsoiable affliction de sa famille si cruellement éprouvée. Elle souffre pour la France ; toute la France souffre avec elle.

Mais cet affreux attentat ne doit pas seulement exciter des regrets et des larmes : il nous impose de grandes obligations.

N'oublions pas que, citoyens de la République, nous sommes tous atteints dans la première magisti'ature de notre Gouvernement. La crise redoutable que traverse le pays montrera que nos institutions sont à la hauteur de toutes les épreuves ; montrons que nos mœurs politiques sont à la hauteur de nos institutions. Tandis que le Congrès remédiera au malheur présent avec promptitude et sagesse, nous saurons aider la transmission du pouvoir souverain par notre possession de nous-mêmes, par notre respect absolu de la loi et de l'autorité.

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Fils de l'Eglise , notre deuil ne se borne pas à l'expression de notre douleur, et à l'accomplissement de ces devoirs civiques.

Au delà du temps, nous voyons l'éternité ; au-dessus des hommes, nous voyons Dieu.

Prions.

Il nous faut prier pour celui qui n'est plus, afin que Dieu lui soit miséricordieux, et comment ne le serait-il pas pour un martyr de la patrie ?

Il nous faut prier afin que les pouvoirs publics soient inspirés d'élire un président qui marche à la tête du g-ouvernement de la République dans les voies de l'honneur et de la justice.

Il nous faut prier afin que le monde apprenne une fois de plus que les coups les plus funestes de la fortune adverse ne sauraient interrompre les g"lorieuses, les immortelles destinées de la France.

Notre présente Lettre pastorale sera lue dimanche prochain dans toutes les Eg-lises et chapelles du diocèse.

Enfin, Mgr Billières , évêque de Tarbes,dans une lettre pastorale relative à la mort de M. Carnot, évoque ce compliment qu'il avait eu « l'honneur » de lui faire un jour: « Nous saluons en vous, non seulement le glorieux élu de la nation, mais encore et surtout V image vivante du souverain du ciel ». — « Toucher à la Majesté ici-bas, continue-t-il, c'est toucher à la Majesté d'en haut, et verser le sang du Christ temporel, du Christ séculier, c^est en quelque sorte renouveler les horreurs du Calvaire... » (!! ).

Et, faisant allusion aux heures d'agonie du président, l'hyperbolique prélat ajoute : « Par une volonté visible du Très-Haut, qui voulait récompenser ses nobles vertus humaines, Vauguste vie-

tinie put vivre encore ce que vécut le Christ sur la croix... » (! !).

Ces exemples des complaisances excessives du clergé à l'égard d'un pouvoir oppresseur donnent la simple esquisse d'un tableau qu'il serait facile de pousser davantage, mais nous n'éprouverions qu'un sentiment pénible à le compléter.

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